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CHAPITRE IX

De la correction, qui est la seconde fin. Il est montré qu'elle nous est utile en deux manières.

La seconde fin des calamités publiques est de corriger, et je nie que l'on puisse imaginer rien de meilleur et de plus efficace pour le salut.

La correction aide et préserve de deux manières, soit comme fouet quand nous avons péché, soit comme frein pour nous retenir de pécher. Je dis fouet, ou dans la main du père qui frappe souvent et à chaque faux pas, ou dans celle de l'exécuteur qui punit tard et en une fois. Comme le feu et l'eau purifient certaines souillures, ainsi les malheurs publics purifient nos péchés. Et, disle moi, Lipse, n'est-ce pas justement que nous sommes aujourd'hui frappés? Depuis longtemps déjà, nous, Belges, nous sommes tombés, nous sommes corrompus par les jouissances et par les richesses, nous glissons sur la pente des vices. Mais ce Dieu nous prévient et nous rappelle avec clémence ; il nous inflige quelques plaies, afin qu'avertis par là nous revenions à nous, bien plus, à lui-même. Il nous arrache nos biens, parce que nous

expiât et depurgat. Vere miti. quantula enim ista satisfactio ? Persas aiunt cum supplicium de illustri viro sumpturi sunt, vestem et tiaram ei detrahere, eaque suspensa verberare ut hominem ipsiim : facithoc noster ille pater, qui in ornni castigatione non nos tangit, sed corpus, agros, opes et omnia externa.

At Frsenum etiam castigatio est. quod opportune injicit, cum videtpeccaturos. Utmedici sanguinem interdum provide demittunt, non quia seger sis, sed ne aegrescas : sic deus per bas clades quïedam nobis adimit, materiam alias et fomitem vitiorum. Novit enim ille naturas omnium, qui condidit : nec ex venis aut colore de aegritudine judicat, sed è pectore et è fibris. Videt Etrusca ingénia végéta nimis et excitata? Principe coercet. Helvetiorum sedata et mitia? libertatem indulget. Venetorum média? médium dat regimen, eaque ipsa in tempore fortasse mutaturus est, cum ipsi se mutabunt.

en avons abusé pour le luxe; notre liberté, parce que nous l'avons fait dégénérer en licence ; et, par cette verge indulgente des calamités, il expie en quelque sorte et efface nos fautes. Je dis indulgente; car, au fond, combien cette correction n'est-elle pas légère ? On raconte que les Perses, lorsqu'ils voulaient punir de quelque supplice un personnage illustre, le dépouillaient de sa robe et de sa tiare, qu'ils suspendaient et sur lesquelles ils frappaient comme sur le personnage luimême. C'est précisément ce que fait ici notre père : dans aucune correction, il ne nous touche réellement ; ce qu'il frappe en nous, c'est le corps, ce sont les champs, les richesses et les autres choses extérieures.

De plus , la correction est aussi un frein que Dieu nous jette au moment opportun, lorsqu'il nous voit près de pécher. Comme le médecin fait de temps à autre des saignées de précaution, non parce qu'on est malade, mais pour empêcher de le devenir, ainsi Dieu, par les calamités, nous retire certaines choses qui sont comme la matière et le foyer de nos vices. Il connaît notre nature particulière à tous, lui qui nous a créés tous. Il ne diagnostique pas sur notre maladie d'après l'aspect de notre sang ou la couleur de notre teint, mais il en juge par la vue de notre cœur et de nos fibres. Voit-il en Etrurie les esprits trop vifs et emportés outre mesure? il les contient par un Prince. En Helvétie, les esprits sont-ils calmes et paisibles? il leur accorde la liberté. A Venise, les esprits sont-ils dans un juste milieu? il leur donne un régime intermédiaire : et tous ces états de choses, il les changera sans doute dans le cours du

Tamen querimur. et cur, inquiunt, nos diutius bello adfligimur , quam alii ? aiit cur in acriori servitute ? Stulte, et verejam £eger, tu prudentia ante deum es? Die mihi, cur medicus aliquis liuic plus absynthii aut ellebori miscet , quam illi ? nempe quia morbus ejus id postulat, aut natura. Idem in te censé. Videt hune populum fortasse ferociorem esse, ideoque flagris coercendum : illum alterum mitiorem, et in gyrum reduci posse sola virgae umbra.

At tibi ita non videtur. Valde scilicet id refert ! Ne parentes quidem puero cultrum aut ferrum in manu relinquunt, etsi valde se adflictanti. prse vident enim Isesionem. cur deus nobis perniciem indulgeat, qui vere pueri, nec salutaria gnari sumus petere, nec abjicere nocitura? Tamen, si voles, et quantum voles, plora. bibes nihilominus illud poculum mœrorum, quod non temere tam plénum tibi cœlestis ille medicus propinat.

temps, lorsque les esprits viendront eux-mêmes à changer.

Cependant nous nous plaignons. Pourquoi, dit-on, la guerre nous afflige-t-elle plus longtemps que les autres? ou pourquoi sommes -nous plongés dans une servitude plus dure ? Homme insensé et vraiment malade ! Es-tu donc plus prudent que Dieu? Et dis-moi, pourquoi le médecin donne-t-il à celui-ci plus d'absinthe ou d'ellébore qu'à celui-là? N'est-ce pas assurément qu'il se conforme aux exigences de la maladie ou du tempérament? Sois certain qu'il en est de môme ici pour toi. Dieu voit que ce peuple est peut-être trop turbulent, et qu'il faut le réprimer par des coups; que cet autre est d'un naturel plus doux et qu'il suffit de lui montrer la verge pour le ramener au bien.

Mais toi, tu n'en juges pas ainsi? Cela importe beaucoup en vérité ! Les parents ne laissent pas un couteau ou une arme dans la main d'un enfant, quelque chagrin qu'il en soit, parce qu'ils prévoient qu'ilpeutse blesser. Pourquoi Dieu nous serait-il indulgent à notre préjudice, à nous qui sommes de vrais enfants ne sachant ni demander ce qui nous serait salutaire, ni rejeter ce qui doit nous nuire? Et cependant pleure, si tu le veux; pleure autant que tu le voudras : tu n'en boiras pas moins, et jusqu'au fond, ce calice d'amertume que, dans sa prudence, le médecin céleste te présente rempli jusqu'aux bords.

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