CHAPITRE V
DE LA CULTURE ET DES SOINS DES PREMIÈRES ANNÉES DE LA PLANTATION A DEMEURE.
Soins généraux.
La culture du sol joue toujours un rôle bien important; c'est d'elle que dépend la réussite des plantations. Pour les mûriers de toutes classes , le binage , la destruction des plantes parasites, sont des soins indispensables. La première année de plantation des mûriers à haute et moyenne tige , il convient de ne rien ensemencer au bas de la tige et de biner ou labourer , deux fois au moins par an , à deux ou six pieds autour de l'arbre. La prospérité future de l'arbre dépend principalement de la formation des racines destinées à remplacer celles que la transplantation a fait perdre , et l'introduction de l'air jusqu'à ces racines facilite merveilleusement la cicatrisation des blessures occasionées .par l'arrachis. Ce qu'il y a de plus à craindre , c'est la formation d'ulcères aux racines ; le manque de binages, fréquents pendant les deux premières années , ou l'ensemencement de toutes récoltes au bas de la tige peut y
donner lieu. N'oublions donc pas qu'un mûrier nouvellement planté, a besoin, pour réparer les pertes qu'il a faites, de tout le soleil , de tous les bienfaits de l'influence atmosphérique , que le voisinage de plantes parasites pourrait lui disputer ; ce besoin d'air et de soleil est encore plus impérieux pour les mûriers à basse tige , qui , par rapport à leur rapprochement , ne permettent , parmi eux , aucune culture étrangère.
Membrure par l'ébourgeonnement.
Après la transplantation , on verra surgir une grande quantité de bourgeons sur tous les parois de la tige et sur les branches qui auront échappé à la serpette. Il convient de supprimer avec soin ceux qui se forment le long de la tige, au fur et à mesure de leur apparition , ainsi qu'une partie de ceux qui se forment au-dessus de l'embranchement. Le nombre des bourgeons qu'il convient de laisser est réglé par la forme du premier embranchement. Si l'embranchement primitif a été formé sur deux branches , on conservera , sur chacune d'elles, deux bourgeons ; chaque bourgeon doit être placé dans une position convenable , c'est-à-dire des deux côtés opposés de chaque branche , l'un près de la jonction de la mère branche avec la tige , et l'autre près de l'extrémité de cette branche , au bout où elle a été coupée , et les quatre bourgeons ainsi choisis doivent être placés de manière à ce que les bourgeons
inférieurs ou supérieurs ne soient pas du même côté. Ce choix une fois Eût , il faut veiller avec soin à leur conservation , protéger leur faiblesse contre la dent des bestiaux et contre la fureur des vents , empêcher le surgissement de nouveaux bourgeons , soit sur la tige , soit à l'embranchement.
Si les arbres ont été membres sur trois ou quatre branches , il convient de n'élever qu'un bourgeon par chaque branche , à une distance égale l'un de l'autre ; dans ce cas , chaque bourgeon doit être , autant que possible , placé près de l'extrémité du tronçon de chaque branche , afin de conserver intact le premier embranchement. Ces soins ne s'étendent pas au mûrier de quatrième classe , dans laquelle il n'est pas possible d'avoir des sujets régulièrement membres.
Les soins de la deuxième année , pour les mûriers de première , deuxième et troisième classe , se réduisent à peu de chose : veiller à ce qu'il ne surgisse pas de nouveaux bourgeons sur la lige ou les mères branches , et biner fréquemment le terrain autour de l'arbre. Il ne convient pas de tailler un mûrier k la seconde année de sa transplantation ; les branches nouvelles qu'il a nourries lui sont nécessaires pour réparer les pertes de l'arrachis ; et s'il est de bonne espèce on peut , dès la seconde année , lui aider à former son second et troisième embranchement. Cette opération , qui a lieu sans le secours de la serpette , demande toute l'attention du planteur ; 11 s'agit de choisir dans la longueur de deux pieds , sur chaque branche nouvelle , trois bourgeons , éloignés les uns des autres de 5 k 6 pouces, échelonnés régulièrement ; de supprimer, au
moment où ils surgissent, tous les bourgeons intermédiaires ; de supprimer l'extrémité de la branche , rez le bourgeon le plus élevé , et de veiller à ce que les bourgeons adoptés soient les seuls qui profitent de l'ascension du fluide séveux. Chacun de ces bourgeons formera une nouvelle branche qui , Tannée suivante , pourra être soumise à la même opération.
Ce procédé ne peut avoir lieu, la seconde année de la transplantation à demeure , qu'autant que la végétation de la première serait belle. S'il arrivait que les nouveaux jets fussent munis de brindilles latérales, il faudrait, avec la serpette, faire la même opération que celle de l'ébourgeonnement à la main , le jet ou bourgeon inférieur devant avoir une distance de 25 à 30 centimètres au moins du premier embranchement , et ceux supérieurs une distance de 15 à 20 centimètres les uns des autres. Ce procédé a sur celui de la taille un immense avantage ; d'abord celui de ne pas faire de cicatrices aux branches , et , ce qui est mieux encore , celui de jeter sur la branche que nous voulons conserver , tous les sucs , toute la végétation que vingt jets rivaux lui auraient disputés.
Si les jeunes mûriers n'ont pas fourni une belle végétation , il convient d'opérer le recepage sur le nouveau jet et de veiller à ce qu'il n'en fournisse qu'un , qui , l'année suivante , pourra recevoir l'opération de la membrure par l'ébourgeonnement ; toujours est-il que cette opération ne peut avoir lieu que sur les sujets dispensés de la greffe , ceux que l'on doit greffer étant soumis, jusqu'après la greffe, à un traitement tout différent.
Quelle que soit la beauté de la première végétation , il
n'est pas prudent de soumettre un mûrier à cette douloureuse opération avant que les blessures des racines ne soient parfaitement cicatrisées , et , pour cela , les deux premières années sont nécessaires. Dans ce cas , on ne touchera pas aux jets de première année , on veillera seulement à ce qu'il n'en surgisse pas de nouveaux , afin que les jets adoptés aient toute la végétation au commencement de la troisième année; et long-temps avant que le fluide séveux ait commencé son mouvement ascensionnel , on coupera ces jeunes branches à 30 centimètres au moins du premier embranchement. Lorsque les nouveaux bourgeons se dé*velopperont , on aura attention de supprimer ceux de moindre apparence , à l'exception des trois ou quatre plus vigoureux par chaque branche, régulièrement placés et espacés. Chaque jet produit par ces nouveaux bourgeons pourra recevoir une greffe k la quatrième année , et chaque jet provenant de la greffe recevoir ensuite l'opération de la membrure par lébourgeonnement.
La distance des embranchements que je viens d'indiquer s'applique aux mûriers de première classe ; elle doit être moindre , en raison directe de la différence d'élévation de la tige.'
Je ne pourrais assez recommander à tous nos cultivateurs de mûriers d'avoir recours à ce mode de membrer les mûriers ; il y a une si grande différence de vigueur , de santé et d'accroissement pour les sujets que j'y ai soumis, avec ceux que j'ai élevés d'après les méthodes usitées en Provence , dans les Cevennes, en Italie ou partout ailleurs, que je ne doute pas que les habitants du midi ne renonçassent immédiatement à leurs fâcheux procédés de taille
rase , lorsqu'ils auront essayé ma méthode , surtout pour les premières années des plantations.
La membrure une fois opérée sur toutes les classes de mûriers, les soins changent: le climat, le sol , la hauteur de la tige modifient fcetle culture qui ne peut pas raisonnablement être la même partout. Ici commence naturellement cette division que j'ai établie pour chaque classe , et la série des soins propres à chacune d'elles.
Mûriers de première classe.
Le mûrier de première classe est celui qui , placé dans tin bon sol et un climat chaud , peut y développer tôûte s les qualités dont la nature Ta doué ; celui qui , élevé à grande tige , peut faire partie de la famille des grands végétaux à laquelle il appartient.
La culture de cette classe de mûriers est la plus généralement répandue partout , quels que soient le sol et le climat. Nos planteurs ont voulu posséder des mûriers à plein vent; de là , cette différence d'accroissement , cet aspect rachitique de beaucoup de plantations ; de lk , le peu de progrès que cette culture a faits dans certaines localités où la qualité médiocre du sol et la fraîcheur du climat ne répondaient pas aux exigeances des planteurs. S'ils eussent abaissé les tiges de leurs arbres en proportion directe de la pauvreté de leurs positions , s'ils se fussent contentés d'élever des mûriers de troisième ou quatrième classe, appartenant aux
espèces propres aux climats froids , alors ils eussent reconnu qu'il n'est pas rationnel d'exiger d'une localité des produits qu'elle ne peut créer.
Un climat chaud et un sol riche peuvent plutôt permettre un contre-sens en culture d'arbre. Toutes les classes de mûriers y végéteront vigoureusement , et la vigueur de végétation, la longueur des pousses y seront même en raison directe de l'abaissement des tiges ; mais ce contre-sens nous fera perdre en produits réels et en qualité de produits ce que nous croirons gagner en apparence végétative. Dans un sol riche , les sucs abondent , les émanations du sol sont considérables , la chaleur leur donne une grande activité; il faut que les végétaux destinés à habiter ces heureuses localités soient construits sur une échelle vaste, en harmonie avec l'abondance des principes de végétation. Les végétaux appartenant aux grandes familles n'y joueront pas impunément le rôle d'arbuste , et celte lutte incessante de la nature contre la volonté de l'homme , causera bientôt la perte du végétal , obligé de vivre autrement que son organisation le lui prescrit. Il est bien rare , en effet , que des mûriers nains vivent long-temps dans un sol riche et un climat chaud ; les fréquentes tailles destinées à lui conserver sa forme basse ne lui laissant pas assez d'espace pour dépenser l'abondance des sucs que les racines envoient dans la tige , et la suppression de ses branches destinées k humer dans l'atmosphère les substances aériennes , dont le mélange et la proportion est indispensable à l'élaboration du fluide séveux , il en résulte une décomposition de ce fluide , l'origine de chancres , d'ulcères qui entraînent la mort du sujet. Dans ces heureuses localités , contentons-
nous donc de la culture du mûrier de première classe , et si nous cultivons quelques haies plantées en pourettes , hâtons-nous d'user de leurs produits , car leur existence , dans nos climats et sols de première classe , sera de courte durée.
Les embranchements d'un mûrier de première classe une fois formés , ce qui doit être fait dans les trois ou quatre premières années de sa transplantation à demeure , il convient d'attendre encore un ou deux ans avant de l'effeuiller; pendant ce temps il se développe , se fortifie , se crée luimême de nouveaux embranchements , de nouveaux et nombreux organes. Ses fibres , ses filaments , ses tubes prennent une fixité , une perfection nécessaires k sa santé et à sa durée ; la qualité de ses feuilles s'améliore , et Ton peut , après ces deux années de repos , le faire contribuer avec ses aînés , à augmenter nos richesses. Un arbre ainsi élevé peut , si sa végétation n'a pas été entravée par des accidents , produire , après six années d'attente , 40 à 50 livres de feuilles , et à l'âge de dix ans en produire 50 kilogrammes. Si , au contraire , notre avidité , notre impatience nous font devancer cette époque pour nous appro*prier ses produits , nous pouvons tout au plus en obtenir le quart à la même époque , et nous n'avons pas à attendre de lui un accroissement satisfaisant. Cette vérité est malheureusement peu sentie , et la plupart des planteurs commencent à effeuiller leurs mûriers & la deuxième ou troisième année ; aussi , voyez l'aspect malheureux , le peu de vigueur , l'accroissement nul de la majeure partie des mûriers de nos plaines où il n'est pas rare , après dix
années de plantation à demeure , de rencontrer des mûriers ne produisant pas 20 livres de feuilles.
Pendant les deux années qui précèdent la cueillette de la feuille, il y a peu de chose à faire pour soigner les mûriers. L'assollement toujours ; des précautions pour empêcher le frottement des tiges contre leurs tuteurs ; éviter <le4es heurter avec la charrue , la herse ou tout autre instrument tranehant* Les contusions à la tige sont dangereuses, surtout pendant la végétation. Lorsque le mûrier est en pleine végétation , il faut le visiter, et voir quels sont, à l'extrémité de chaque pousse , les bourgeons supérieurs auxquels la nature donne la préférence , et supprimer avec un instrument bien tranchant , rez le bourgeon le plus élevé qui paraît vigoureux , la pointe de cette pousse que Thiver peut avoir endommagée , et dont la végétation serait peu de chose ; changer les liens qui unissent le mûrier au tuteur , toutes les fois que le développement de la tige fera craindre que ce lien ne s'impreigne dans l'écorce ; changer la paille qui sépare le mûrier du tuteur lorsqu'elle est pourrie ; l'humidité peut endommager l'écorce ; détruire avec soin les lichen ou mousses qui pourraient naître sur la tige ou les branches , et surtout ne jamais semer autour des mûriers de la luzerne ou toute autre prairie artificielle.
Le mûrier une fois assez fort pour être effeuillé , a encore besoin de nos soins. La cueillette de la feuille doit se faire de manière à ne pas l'endommager ; le cueilleur de feuille doit dominer la branche qu'il veut dépouiller , ne pas la tordre , et la remettre avec soin à la place qu'elle occupait précédemment; tous les jets cassés ou froissés doivent être immédiatement retranchés avec un instrument
bien tranchant , ainsi que les petites branches mortes. Il faut éviter de monter sur les branches des jeunes mûriers , bien qu'elles paraissent assez fortes pour porter un homme, le frottement des sabots ou des souliers ferrés endommage T embranchement , et fait périr l'écorce partout où elle est un peu comprimée. Il faut pour la cueillette de la feuille , se servir d'échelles à trois pieds , assez élevées pour dominer l'arbre, ou , si Ton se sert d'échelles ordinaires , il convient de garantir la branche où l'échelle appuie, d'un frottement trop fort qui ferait aussi périr l'écorce en cet endroit ; bien se garder de laisser , comme cela se pratique dans beaucoup d'endroits , un bourgeon à l'extrémité des pousses ; enfin , profiter , autant que possible , d'un jour serein pour effeuiller un jeune mûrier, à quelle classe qu'il appartienne.
Le reste des soins qu'exigent les mûriers de première classe , gissent dans la taille et l'émondage. Les époques et la manière dont ces opérations doivent être faites , seront traitées ultérieurement au chap. 8 , où je parlerai de la taillfi des mûriers de chaque classe et de tout âge.
S iv.
Mûriers de deuxième classe
Cette classe de mûriers , dont la tige doit être moins élevée que celle des mûriers de première classe , peut se diviser en deux sections , l'une dépendant des terrains médiocres à expositions chaudes , l'autre des bons sols à
expositions fraîches ; la première , plantée dans des terrains pas assez substantiels pour la culture du chanvre , et assez chauds pour que le raisin acquierre une parfaite maturité ; et la deuxième , plantée dans des sols assez riches pour la culture du chanvre , mais situés dans des localités où le raisin n'acquiert qu'une maturité imparfaite.
Deux raisons opposées empêchent , dans ces deux localités , que le mûrier n'y acquierre tout le développement dont il est susceptible» Dans la première, le fluide séveux > plus rare en raison de la qualité peu substantielle du sol , ne fournira pas beaucoup de sucs au développement des organes aspiratoires , et F accroissement de l'arbre y sera en raison directe de ce développement ; la végétation y sera courte, et l'absorption aérienne y jouant un plus grand rôle que l'ascension du fluide séveux, les jets, quoique plus courts , y seront gros et nourris. Dans la deuxième section , au contraire , l'abondance du fluide séveux , par rapport à la richesse du sol , y développera une grande quantité de brindilles , qui , par rapport à la fraîcheur du climat , ayant leurs organes aspiratoires f leurs pores peu développés , fourniront des jets longs r mais minces et peu nourris ; de là, cette différence d'aspect que la végétation présente dans chaque localité; de là aussi, la nécessité de varier la culture et de bien choisir les espèces dont .la végétation offre plus de chances de succès dans chaque localité.
Si j'ai , dans ces deux hypothèses , abaissé la tige des mûriers , c'est que , dans le premier cas , il est évident que la tige n'eut pas été , en raison de l'accroissement des branches ; la cause de cet accroissement tenant , presque
en entier , à l'absorption aérienne , eut , avec une tige élevée , donné tous ses produits autour des organes aspiratoires , et il s'en fut suivi , ce qui arrive toujours , dans ces localités , aux mûriers à trop haute tige , que le développement de la tête est considérable et celui de la base nul ; qu'une infinité de branches se forment et grossissent , tandis que les racines prennent peu d'accroissement ; dèslors , manque d'harmonie , manque de vitalité , et perte de produits.
L'élévation des tiges dans la deuxième section n'offrirait pas le même inconvénient ; la richesse du sol fournissant abondamment les sucs aqueux , donnerait à l'arbre un développement qui , n'étant contrarié que par la difficulté de l'absorption aérienne , serait plus lent > mais pour— rait à la longue donner des produits, et la tige se trouvant dans une région plus basse que les branches , y prendrait du développement par sa propre absorption. Mais ne vautil pas mieux abaisser cette tige , amener par cet abaisse* ment les organes aspiratoires au niveau des émanations terrestres f qui , dans les pays froids , sont moins dilatées, moins considérables , et s'élèvent bien moins que dans les . pays chauds , où la radiation est prodigieuse ? Par ce procédé on établit , comme dans la première section , l'équilibre , l'harmonie entre ces deux principes de la végétation. La culture du mûrier de deuxième classe est surtout impérieusement commandée dans les plaines exposées aux vents , quelle que soit la richesse du climat et du sol ; dans ces plaines , les substances aériennes , emportées qu'elles sont par les vents qui régnent continuellement , rasent la tertre, et ne s'élèvent par l'effet du calorique. que dans les mo*
ments de calme , c'est-à-dire rarement ; le balancement continuel des tiges élevées , interceptant l'ascension du fluide séveux , nuirait nécessairement à Y accroissement des mûriers. Cette vérité a été bien reconnue par les habitants du midi. Il est bien rare, dans les plaines delà Provence , de rencontrer des arbres à haute tige ; les arbres qui y acquièrent un développement prodigieux , ont des branches peu élevées qui , par leur rapprochement avec le sol , se trouvent parfaitement placées dans la région des émanations terrestres que les vents continuels obligent à raser la terre ; le développement forcé de leurs mûriers est horizontal au lieu d'être vertical comme dans les pays où le calme de l'atmosphère permet aux mûriers de prendre la forme que la nature leur assigne.
Les soins de culture , dans cette classe de mûriers , sont absolument les mêmes que pour ceux de première classe; il ne doit y avoir de différence que dans le choix des espèces. La membrure ou formation de l'embranchement doit néanmoins être plus courte et proportionnée à l'élévation de la tige , réglée également sur la vigueur ou la faiblesse de chaque sujet. Cette classe de mûriers peut être effeuillée un ou deux ans avant la première ; son organisation » formée sur une moins grande échelle , est plutôt achevée. Il n'est pas prudent , malgré cela , de les effeuiller avant que l'embranchement soit achevé , et que la .vigueur du sujet annonce qu'il est parfaitement remis de la secousse produite par la transplantation.
Les soins ultérieurs d'émondage et de taille doivent être réglés par la localité ; dans les expositions chaudes on aura besoin d'y recourir moins souvent que dans les expositions
fraîches, parce que l'effeuillemenl plus précoce et le climat plus chaud , permettront aux pousses qui surgissent après , de se mûrir et de mieux résister aux intempéries ; ces différents cas seront, comme pour la première classe , traités au chap. 8.
Mûriers de troisième classe et- de quatrième.
Les mêmes raisons , développées au paragraphe précédent , qui m'ont déterminé à prescrire l'abaissement des tiges de mûriers , se présentent encore ici , mais avec plus d'intensité. Le sol s'appauvrit encore, et acquiert de l'aridité avec la même intensité de chaleur , ou le sol s'appauvrit avec une atmosphère plus froide que celle de la deuxième section de deuxième classe. Nous sommes dans ces terrains secs , presque arides , où l'intensité du calorique est considérable , où la végétation tient , pour les parties aqueuses, aux caprices de l'atmosphère, et n'a une vie réelle que par l'effet de l'absorption atmosphérique , ou bien dans ces plaines immenses de notre département », telles que la plaine dite de Bièvre , où le sol graniteux et siliceux , combiné avec du gypse , s'oppose à la culture du chanvre, où la fraîcheur des vents qui y régnent continuellement, rend presque nulle l'absorption aérienne. Ces deux causes opposées amènent les mêmes résultats, et nécessitent impérieusement la culture du mûrier nain , ou de celui de quatrième classe. Ces deux cultures mar*ehent de pair , et peuvent s'unir dans un même sol.
L'élévation des mûriers de troisième classe est peu considérable ; la tige ne doit pas avoir plus de 30 k 40 centimètres ; l'élévation de la lige ainsi fixée , la forme et les règles de F embranchement doivent êlre en proportion de cette élévation. La distance d'un mûrier k l'autre doit êlre de 2 mètres en tout sens*. Si Ton veut allier la culture du mûrier de troisième classe avec celle du mûrier de quatrième , on doit placer les lignes de troisième classe à 4 mètres de distance , afin d'y cultiver entre-deux , une ligne de mûriers de quatrième classe , dont la distance de l'un à l'autre doit être d'un mètre. Ce mode m'a paru , pour les climats froids , plus avantageux que la culture du mûrier nain seule. Il est inutile de dire que pour ces deux classes de mûriers, les espèces doivent être également choisies , et ce choix déterminé par le climat.
Ces deux classes de mûriers peuvent donner beaucoup de produits , malgré l'obligation dans laquelle on est, dans les climats chauds , d'alterner leur effeuillement par tiers ( deux tiers en produit annuel ) , et dans les climats froids par moitié.
Le mûrier de quatrième classe est une pourette bien racinée , que l'on plante avec soin , et que l'on recèpe tous vies deux ans à 8 à 10 centimètres près de terre , sur laquelle on élève plusieurs jets ; ce recepage doit toujours se faire au printemps , afin de s'approprier ses produits Tannée suivante.
Dans les climats chauds ce recepage peut avoir lieu après la cueillette de la feuille , pourvu qu'on supplée par l'engrais k l'ingratitude du sol , k la condition néanmoins de laisser , de loin en loin , quelques années de repos k ces
deux classes de mûriers. Dans les climats froids , l'obligation de la taille au printemps , nécessitée par le peu de végétation après l'effeuillement , ne permet d'effeuiller que la moitié des mûriers de ces deux classes chaque année.
Pour ces deux genres de plantation , on est obligé de creuser des fossés , autant que possible , dans une direction nord et sud , k la distance ci-dessus prescrite ; la profondeur de la plantation doit varier selon la qualité humide ou aride du sol ; les assolements , binages et préparation de sol , étant communs à toutes les classes , je n'y reviens pas. Le rapprochement de cette classe de mûriers ne permet aucune autre culture entre ses lignes. L'engrais , le bigot , la serpette , voilà leurs éléments de prospérité.