DES PLANTATIONS A DEMEURE
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Préparation du sol et distance des plantations*
Pour la préparation du sol d'une plantation , je ne cesserai de faire la même recommandation : de profonds affouillements avant l'hiver , le bouleversement du terrain qui doit recevoir la plantation ; et ce bouleversement, commun à toutes les classes de mûriers , devient plus ou moins nécessaire aux terrains en raison directe de leur perméabilité.
Pour les plantations de mûriers de première et deuxième classe , le moyen le plus facile de planter est de faire un trou pour chaque mûrier ; la distance de ces treus doit varier suivant la. richesse du sol. Dans les bons terrains de notre plaine de Graisivaudan , propres à la culture du chanvre , la distance des mûriers de première classe «toit être de 8 mètres au moins; dans ceux de cette même plaine , dont la qualité trop siliceuse ou trop argileuse ne laisse pas espérer une aussi belle végétation , 6 mètres peuvent suffire. Mais , en règle générale , dans les bons
terrains on a toujours k se repentir d'avoir planté trop près.
Les trous destinés à recevoir un mûrier doivent être faits d'avance , afin que leurs parois s'impreignent des bienfaits atmosphériques , vastes et de la profondeur k laquelle il convient de planter , suivant les lieux.
Dans nos coteaux , et sur le versant de nos montagnes , dans les terrains bien exposés , où la qualité du sol permet la culture du mûrier de première classe ou de deuxième , les trous doivent également être creusés d'avance, et il est indispensable, dans la majeure partie de ces terrains, d'affouiller profondément tout le sol de la plantation ; ces terrains provenant d'alluvions de montagnes , composées en majeure partie de substances calcaires, de chiste et d'humus , sont ordinairement très-compactes k une certaine profondeur, et le bouleversement du sol est indispensable , soit pour lui donner de la perméabilité , soit pour le garantir du sec. Ce travail peut faire , d'un sol de deuxième et troisième classe , un sol de première , et alors la distance des mûriers doit être la même que dans nos plaines pour les mûriers de première classe. La distance des mûriers de deuxième classe doit être de 4 mètres ; celle des mûriers de troisième classe , de 2 mètres , et ceux de quatrième doivent être plantés k 1 mètre les uns des autres. La distance d'une ligne k l'autre peut varier selon l'usage que le propriétaire veut faire du sol de la plantation ; mais si le terrain planté n'est destiné k aucune autre culture , les distances ci-dessus indiquées doivent être prises en tous sens.
Époque et manière de planter.
î re Classe. Les mûriers se plantent en automne ou au printemps ; ces deux époques sont , je crois , aufsi avantageuses Tune que l'autre , et je ne saurais pas k laquelle donner la préférence. Les plantations faites en automne ont un avantage que n'ont pas celles du printemps , celui de pousser un peu plus tôt. La raison en est toute simple: le terrain se tasse naturellement pendant l'hiver , les rapports qui doivent exister entre la porosité du sol et la capillarité des racines se forment d'avance , et il doit s'en suivre une végétation plus précoce. Cet avantage doit-il balancer celui qui résulte des plantations du printemps? Les trous qui ont été soumis , pendant l'hiver, aux influences atmosphériques , n'ont-ils pas , sur ceux que l'on remplit en automne , l'avantage de contenir plus d'éléments de prospérité? Toutes choses bien observées , j'ai remarqué que les arbres plantés en automne , malgré la précocité de leur végétation , ne fournissaient pas des pousses plus vigoureuses que ceux plantés au printemps ; ainsi je ne trouve aux plantations d'automne d'autre résultat avantageux que celui d'avoir fait un travail que les occupations multipliées du printemps peuvent entraver.
Avant de placer le mûrier à demeure , il convient de fouiller le fond du trou où on le place , et s'il a été creusé trop bas, de régler cette profondeur, en mettant au fond du trou la terre qui était , avant de le creuser , à sa super-
ficie , celle du fond devant y être remise la dernière» Dans nos plaines , où l'humidité abonde , la profondeur à laquelle on plante un mûrier ne doit pas dépasser 30 centimètres , tandis que dans les terrains inclinés , et craignant le sec, cette profondeur peut aller jusqu'à 45 centimètres. Celte règle est comriiune à toutes les. classes de mûriers. La profondeur à laquelle se trouvent enfouies les racine» est une chose très-importante ; le planteur doit y faire la plus grande attention. En règle générale , le collet des racines devrait se trouver a la superficie du sol ; mais avec la mutilation que les racines ont subie , cela deviendrait , sinon impossible , du moins dangereux , à moins que , dans l'arrachis , de longues racines n'aient été conservées ; dans ce cas , leur extrémité pourrait atteindre le fond du trou > alors même que le collet serait a fleur de terre.
Pour abréger le travail et le rendre plus facile , il convient de placer d'avance , dans le trou , le pieu qui doit servir de tuteur au mûrier , et l'alignement de la plantation doit être fait avec ces pieux avant de placer les mûriers. Ces pieux ou tuteurs doivent être polis , afin que les - tiges des mûriers ne soient pas meurtries par le frottement de l'écorce contre les aspérités ou nœuds du tuteur. Il doit y avoir entre le tuteur et le mûrier une distance de 2 ou 3 centimètres , afin que la base du tuteur ne gêne pas l'accroissement de celle du mûrier ; l'intervalle entre l'un et l'autre doit être dans deux endroits au moins ( le sommet de la tige , et 1 mètre au-dessus de sa base ) garni de paille ou toute autre matière propre à empêcher le frottement entre le tuteur et l'arbre , et le lien qui sert à les unir doit être changé toutes les fois qu'il parait vouloir s'im-
preigner dans l'écorce du mûrier. Le tuteur ne doit pas s'élever au-dessus de l'embranchement , afin que le balancement des pousses , occasioné par les vents , ne fasse pas endommager leur écorce ; le frottement d'un arbre en végétation , avec un corps plus dur , forme d'abord une lésion à Y écorce et au liber ; cette lésion dégénère plus tard en carie , chancre ou ulcère, et endommage fortement le mûrier.
Les tuteurs une fois placés et alignés , on plaee le mûrier dans son trou , au midi du tuteur ; on rafraîchit avec la serpette l'extrémité des racines ; on supprime celles auxquelles l'arrachis a fait de trop grands dommages et on étend celles que Ton conserve , avec précaution et dans les directions qu'elles avaient en pépinière. Si les racines ont plusieurs étages , on recouvre celles inférieures d'une légère couche de terre pour les séparer des supérieures , et on procède à l'arrangement des autres que l'on recouvreégalement , en conservant à chaque rang la distance que la nature lui avait donnée ; elles doivent toutes être inclinées vers le fond du trou , afin de ne pas contrarier l'effet ascensionnel de la capillarité. Les racines une fois arrangées et recouvertes d'une couche de 3 ou 4 centimètres de terre , on peut placer dans les trous , à 20 centimètres de distance de la tige , l'engrais qui était destiné k la plantation , et après , les boucher entièrement , ou raser,
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Des engrais.
Les engrais les meilleurs pour les plantations sont ceux qui proviennent de décompositions végétales , et s'il était possible de faire opérer cette décomposition dans le trou même du mûrier , elle n'en vaudrait que mieux ; ainsi , ceux qui mettent dans les trous de leurs arbres des buis , des paquets de genièvre, des feuillages, donnent à leurs arbres un engrais aussi puissant et plus efficace que celui provenant de matières fécales. L'effet de l'engrais ne se produisant que par émanation et absorption , celui-là produira plus d'effet sur les grands végétaux , qui fournira ses émanations au fur et à mesure des besoins du végétal qui l'avoisine. J'ai fait divers essais là-dessus , et voici dans quelle proportion j'établis l'efficacité des engrais que j'ai donnés aux plantations de mûriers. Sur vingt mûriers plantés à côté les uns des autres, cinq ont été fumés avec de l'engrais ordinaire d'écurie , cinq avec ce que nous appelons ici de la bringue ( vidange de fosses ) , cinq avec des végétaux , tels que tiges de choux , fanes ou plantes de pommes de terre , et cinq avec de la feuille de mûrier, cueillie en automne et conservée sèche exprès pour l'essai. Ceux qui ont végété avec le moins de vigueur sont ceux fumés avec l'engrais de fosses, après et un peu mieux, ceux fumés avec engrais d'écurie , et ceux fumés avec de la feuille de mûrier se sont développés avec une rapidité incroyable ; leur accroissement s'est soutenu toujours dans la même proportion.
J'ai répété un essai de cette nature avec d'autres ingrédients , avec le buis , le genièvre , les débris de nos haies , des feuilles de noyer , des tiges de maïs , et toute espèce de plantes vertes mises en décomposition naturelle dans les fossés des plantations ; la végétation produite par ces divers genres d'engrais offre peu de variantes , toujours supérieure à celle produite par les engrais d'écurie et de fosses, mais inférieure à celle produite par la feuille de mûrier , après laquelle les débris et tiges de choux et la fane de pommes de terre arrivent en première ligne. Dans les terrains compactes, les engrais de buis et ceux semblables doivent être préférés.
Les procédés de plantations de mûriers de troisième et de quatrième classe ne sont pas tout-à-fait les mêmes ; le rapprochement des plants nécessite le creusement d'un fossé au lieu de l'ouverture de trous ; mais , du reste , laffouillement du sol , la profondeur , les précautions pour l'emplacement des racines , pour l'engrais , doivent être les mêmes ; la culture seule et les espèces doivent être différentes , et réglées par le climat et le sol.