DES DIVERSES VARIETES DE MURIERS
S I er
Considérations générales sur la nature du mûrier et sur l'origine des variétés.
Tous les auteurs qui ont écrit sur la culture du mûrier, ont décrit diverses variétés composant cette nombreuse famille , et la description que chacun a fait de ces variétés diffère beaucoup ; leur nombre et leur nomenclature n'est nulle part semblable dans aucun ouvrage. Néanmoins , je n'ai point vu pousser la bisarrerie de nomenclatures inintelligibles aussi loin que dans une traduction récente d'ouvrages chinois , par M. Stanislas Julien. Divers auteurs qui ont traité cette matière sous le rapport agricole ont poussé la division des espèces jusqu'à l'infini. Malgré toutes mes investigations , toutes mes recherches , je n'ai pu découvrir qu'une seule espèce de mûriers, se divisant en deux branches , que j'appellerai races : la blanche et la noire.
Bien que cet ouvrage ne soit écrit que pour des cultivateurs , étrangers pour la plus part aux règles de la botanique , je suis , malgré moi , obligé d'introduire ici quelques
termes qui ne seront intelligibles que pour ceux qui la connaissent.
D'après Linné, le mûrier est monoïque » c'est-k-dire que ses deux sexes , mâle et femelle , se rencontrent le plus souvent sur la même tige ; que le mûrier a des fleurs mâles avec pétales et étamines unies k des fleurs femelles apétales avec pistils et ovaires sans étamines sur la même tige.
Cette règle trouve de nombreuses exceptions. On voit très-souvent les deux sexes chacun sur une tige séparée. On voit des mûriers ne portant que des fleurs mâles avec pétales et étamines sans pistils et ovaires , ce qui constitue le sexe masculin , et d'autres ne portant que des fleurs femelles apétales sans étamines , avec pistils et ovaires , ce qui constitue le sexe féminin , ce qui me ferait penser que le mûrier fut dioïque primitivement , c'est— à— dire qu'il sortit des mains du créateur muni de ses deux sexes, chacun sur une tige séparée. Cette opinion semble être celle du célèbre naturaliste Jussieu , qui a classé le mûrier dans la famille des urticées , dont le caractère le plus distinct est de posséder leurs deux sexes sur des tiges séparées (les orties , les épinards , le chanvre , etc. ).
Je me garderai bien ici de contredire l'immortel Linné. Si je me suis permis une légère dissertation sur son système , ce n'est que pour arriver plus facilement k la solution des inombrables problèmes que la nature nous donne à résoudre , et pour mettre plus de méthode dans les subdivisions que je suis obligé d'établir , afin d'arriver k une nomenclature que tout le monde puisse comprendre.
En botanique , il n'est rigoureusement reconnu qu'un
genre dans le mûrier , mais les naturalistes me passeront sans doute la division qui suit, en faveur du besoin d'être compris de tous.. Ainsi je trouverai , k défaut de mot plus convenable, trois genres dans le mûrier ; ces genres sont : le mâle y la femelle et l'hermaphrodite ou bisseocuél. Le mâle ou mûrier à chatons , ne portant que des fleurs mâles et pas de fruits; la femelle, ne portant que des fleurs femelles avec des fruits , et V hermaphrodite ou bissexuel portant réunis des fleurs mâles, des fleurs femelles et des fruits , et réunissant, par là , les deux sexes sur la même tige.
C'est du mélange des sexes , des rc^ces et des divers genres que nous adoptons , ainsi que du mélange des variétés issues dû mélange primitif , qu'est provenue, avec l'abâtardissement des races , cette multitude de variétés que nos écrivains ont prises pour des espèces distinctes , et la subdivision des variétés s'est encore accrue des variétés produites par la différence des sols et des climats , et par la subdivision des mélanges. Ainsi le mélange des deux races , soit par l'accouplement , soit par la greffe , nous a doté des variétés roses ou violettes , suivant la proportion du mélange , et la subdivision de chaque sous— variété a dépendu de la proportion du mélange des variétés entr' elles. Le mélange des sexes par la greffe ou par l'accouplement a ensuite produit les bissexuels ou hermaphrodites , et ce phénomène a varié de forme el de couleur suivant la race à laquelle appartenaient les sujets mélangés , suivant la proportion du mélange ou selon la race à laquelle appartenait le sujet superposé à l'autre.
Pour bien s'expliquer les phénomènes nombreux qui tiennent soit au mélange des sexes , soit au mélange des
races , il importe de remonter aux causes premières de ces mélanges ; ii importe aussi de rechercher les causes qui ont fait préférer telle race à telle autre.
L'importation du mûrier noir en Europe se perd dans la nuit des temps. Le lieu où il fut d'abord implanté ne peut se découvrir que conjecturalement par l'étude des rapports des races entr 7 elles et en suivant la chaîne de l'affiliation des deux races , en déroulant et décomposant tous les chaînons de cette chaîne et remontant , par là , jusqu'à la race première , et jusqu'aux lieux où cette race a conservé les caractères qui lui sont propres.
L'importation de la race blanche est postérieure ; on peut lui assigner pour date l'époque de nos incursions dans le Levant , et il n'est pas douteux qu'elle n'a point pris la même route que la noire pour arriver jusqu'à nous.
L'origine des variétés , qui forment autant de chaînons des deux races mélangées , est plus facile à préciser. Les effets du mélange des races peuvent encore se renouveHer , et ses résultats se constatent et s'apprécient , puisque , malgré tous les efforts humains pour leur abâtardissement, nous possédons encore à leur état pur les types des deux races.
Le mûrier noir fut , à n'en pas douter , le premier importé. La soie qu'il produit n'a pas la finesse et le brillant de celle que produit le mûrier blanc ; cette différence doit nous faire comprendre l'engouement général qui dut accompagner l'introduction de la race blanche en Europe , les efforts inouis pour substituer une race à l'autre , et l'impossibilité dans laquelle on fut d'y procéder autrement que par la greffe ou par le semis des graines de la face noire ,
fécondées par tes étamines de la race blanche , les fruits de la race blanche première n'acquérant pas leur maturité dans nos pays. De là , l'origine de toutes ces nuances du blanc au hoir et du noir au blanc ; de là , la formation inombrable de ces bissexueh blancs , noirs , violets , gris , etc. , qui, ne doivent leur origine qu'au mélange des sexes, sans égard k la race de laquelle étaient issus les sujets soumis à l'opération.
Le mûrier blanc était certainement très-répandu en Orient , et surtout en Grèce k des époques très-reculées ; mais dans ces contrées, comme dans les nôtres, l'existence du mûrier noir y était antérieure. Roger le conquérant , premier roi de Sicile , dota sa patrie du mûrier blanc , et , pour l'Italie , cette île parait avoir été le premier lieu où s'opéra l'alliance des deux races , la blanche superposée. Les mûriers blancs ou variétés blanches issues du mélange primitif s'étendirent ensuite rapidement dans les pays voisins. D'un autre côté , le royaume de Grenade faisait subir k cette culture les mêmes variantes que la Sicile. Le reste de l'Espagne, le midi de la France d'un côté , l'Italie et le Piémont de l'autre , firent marcher cette culture k la rencontre l'une de l'autre , et les races premières s'appauvrirent , dégénérèrent et finirent par s'effacer presque k mesure qu'elles s'éloignaient du point de départ.
Ces diverses combinaisons de races et de sexes , dues au hasard , ont été très-heureuses pour tous les pays. Elles ont fourni des variétés qui , de proche en proche , ont pu s'acclimater partout. C'est k nous maintenant k choisir celles qui nous conviennent.
Le mûrier blanc type , dont la contexture est légère et délicate , dont les pores , les fibres et les tubes sont dune plus grande dimension , dont Técorce est plus tendre et moins ligneuse , dont la moelle est beaucoup plus grosse que celle du mûrier noir, demande un climat au moins tempéré. Je considère comme type de cette race le mûrier des Philippines , muras multi-caulis , qui se cultive dans ces îles , dans une partie de l'Inde et en Chine , à haute tige. Ce mûrier , dont les variétés blanches que nous possédons sont issues, mais abâtardies et dégénérées par le mélange avec la race noire , est originaire des climats chauds. Il nous sera bien difficile d'acclimater cette race première , et nous serons obligés de chercher dans les variétés blanches celles que le mélange des races a rendues propres à nos climats , ou de la mélanger avec des variétés à contexture moins délicate afin d'arriver , de proche en proche , k sa naturalisation.
Le mûrier noir type , au contraire , est doué d'une organisation plus robuste ; son écorce est plus épaisse et plus ligneuse , ses fibres , ses filaments , ses tubes sont plus serrés ; sa végétation , moins précoce , semble être ellemême en harmonie avec la tardive arrivée du printemps dans les climats froids ; tout en lui annonce que s'il n'est pas originaire des climats froids , il est du moins destiné à les habiter , et le mélange de la race noire avec la blanche a fourni toutes les variétés qui doivent peupler la terre et prospérer dans toutes les régions.
Il y a des caractères bien distincts qui sont propres à chaque race : les feuilles de la race noire sont dures et épaisses , lanugineuses et âpres au toucher ; leur forme est
beaucoup moins allongée que celle de la feuille du mûrier blanc , qui , moins épaisse , plus longue et lisse des deux côtés , paraît , par sa contexture , plus délicate et moins propre aux climats froids.
Si, dans quelques variétés noires, on rencontre quelques rares accidents de feuilles lisses , tels que dans la variété du mûrier dit le moretty , dont le fruit n'a pas toujours la même couleur , et dont la feuille tient par sa forme plutôt k la race blanche qu'à la noire , ils tiennent au mélange direct par la greffe du mûrier blanc de première race avec le mûrier noir , ce dernier superposé au blanc ; et si , au contraire , on rencontre dans la race blanche le phénomène opposé , il tient k l'opération inverse. L'intelligence du naturaliste peut suivre la nature dans la formation des sous-variétés issues des diverses combinaisons de mélange par la greffe ou l'accouplement des sous-variétés entr' elles.
Le caractèit distinct du mûrier mâle est de ne porter que des chatons ou fleurs mâles , dont les étamines sont destinées , par la nature , k la fécondation des fruits des mûriers femelles. On peut conjecturer, avec certitude, qu'avant le mélange des sexes sur la même tige , la feuille du mûrier mâle avait un caractère distinct de celle de la femelle. Il est bien rare de rencontrer un mûrier mâle sans que sa feuille soit plus ou moins échancrée ou lobée, et parmi les mûriers bissexuels on rencontre rarement des sujets dont toutes les feuilles soient sans échancrure. Il n'est point rare de voir sur un mûrier bissexuel , et sur le même jet, des feuilles rondes et des feuilles lobées; ce phéno-^ mène se reproduit souvent sur les mûriers dont les greffes,
provenant d'unisexuels femelles , ont été apposées sur des mûriers unisexuels mâles , et tient probablement au rôle que la contexture du mûrier mâle joue dans le développement de la végétation d'un mûrier dont la tige appartient k un sexe et les branches \ Vautre.
Il me paraît positif que dans le mûrier femelle , de race première , la feuille n'est jamais échancrée , et que les variétés qui se sont maintenues à cet état primitif sont celles sur lesquelles il ne s'est pas opéré de mélange de sexes , ou celles où le sexe femelle a dominé ; et dans cette hypothèse , la forme , l'épaisseur , la rudesse ou l'apparence luisante des feuilles tiennent au mélange , plus ou moins varié , des deux races de même sexe par la greffe ; la couleur même du fruit en dépend.
Dans le mélange des races par la greffe , on obtient souvent cette anomalie , des feuilles rudes et un fruit blanc , ou des feuilles lisses et luisantes et un fruit noir et purpurin. Ce phénomène tient à la superposition d'une race sur une autre , varie et se modifie selon que le développement d'une partie de l'arbre est disproportionné avec celui de l'autre partie. Ainsi, il n'est pas rare de voir un mûrier qui , dès le principe , fournissait des feuilles rudes et épaisses , en fournir de luisantes et de minces , lorsque le développement de ses branches au-dessus de la greffe dépassait en proportion celui de la tige et des racines , et le phénomène inverse produit , dans le même cas , par la superposition d'une race différente.
Les mûriers bissexuels , provenant , comme je l'ai dit plus haut , du mélange des deux sexes sur la même tige par l'accouplement ou la greffe , portent des fleurs monoïques
et des fruits. La feuille est plus ou moins échancrée , suivant la proportion du mélange des sexes , ou plutôt suivant celle du développement ligneux de l'un ou de l'autre. Si le sexe femelle a été superposé au mâle , la feuille acquerra de plus en plus les qualités propres au sexe femelle au fur et à mesure du développement des branches , et la feuille se maintiendra dans son état primitif , si le développement des branches est , en tout , proportionné k celui des racines.
Parmi les variétés de mûriers bissexuels blancs , dont le nombre est proportionné aux opérations du mélange des sexes, qui, dans tous les pays, na pas été le même? je crois qu'on peut désigner comme type une variété que l'on rencontre abondamment dans le royaume de Naples* en Piémont , dans les Cévennes , et quelquefois dans nos contrées ; cette variété est appelée dans les Cévennes la fourcada; sa feuille, lisse et d'un beau vert, est lobée en forme de fleur de lis ; ce qui me la fait nommer le bissexuel blanc fleurdelisé-
Parmi les bissexuels noirs, je désignerai également comme type une variété qui se nomme dans \e& Cévennes la rabakure , et qui parait avoir beaucoup de rapport avec la variété que M. de Bosc nomme la reine bâtarde ; sa feuille a la forme exacte de celle du bissexuel blanc, k sa rudesse près. Je la nommerai le bissexuel noir fleurdelisé y et j'en ferai une plus ample description au paragraphe de la nomenclature.
Il est une chose bien remarquable , c'est qu'à mesure qu'on s'éloigne des contrées d'où le mûrier est originaire , les races s'appauvrissent , les variétés se multiplient , leurs, subdivisions abondent , et je ne doute pas que le procédé
au semis , dans nos pays où les variétés abâtardies sont déjà très-nombreuses, ne contribue puissamment k augmenter le nombre des sous-variétés ; et si le procédé de la marcotte se répand , que ce procédé ne nous ramène progressivement aux races premières , ou au moins k la conservation des variétés issues du premier mélange ou accouplement.
Les naturalistes et les écrivains sur les mûriers ne sont pas bien d'accord sur la contrée où ce végétal eut son berceau : peu de personnes se sont livrées là-dessus k des investigations sérieuses ; presque tous, s'en tenant au plus ou moins de vraisemblance des diverses traditions , et cherchant dans l'histoire de nos incursions chevaleresques en Asie , l'historique de ce végétal , ou de son introduction en Europe , ont donné là-dessus des renseignements quelquefois vrais , et souvent des conjectures invraisemblables.
Les naturalistes surtout , dont les systèmes sont généralement adoptés , ont écrit k une époque où les mûriers de race première , ou les premiers extraits de leurs races, tels que le multicanly , le moretty , les mûriers de la Chine et de la Cochinchine n'étaient pas importés ; aucun de ces quatre unisexuek blancs ou noirs ne peut se classer dans la monoëcie tétrandrie de Linnèe ou dans les artoc,arpées de De Candole; ils indiquent tous leur place dans les urticées de Jussieu , qui , sans les décrire , avait deviné ou indiqué qu'ils devaient exister. Le mûrier noir, que les uns appellent le mûrier Tartare , d'autres le mûrier d'Espagne ou mûrier des Dames , dont la présence en Europe remonte a des époques inconnues , est le seul mûrier de
race première qui ait été décrit positivement , et, dans cer* tains cas , mal à propos classé dans la monoëcie de Linnée, puisqu'il est le plus souvent unisexuel femelle ; dans cette variété noire type , les bissexuels étant extrêmement rares.
L'historique de l'introduction de ce végétal en Europe , n'est important à connaître qu'autant qu'il se rattache directement à la connaissance des races , et nous conduit graduellement, par l'appréciation des divers mélanges de races , vers les contrées dont il est originaire ; en observant attentivement la proportion de ces mélanges , dont le nombre augmente à mesure qu'on s'éloigne le plus des contrées dont il est originaire , on peut suivre l'historique de ce végétal , la formation des variétés , et remonter directement aux races premières , en parcourant le rebours <le la route qu'il a faite pour arriver jusqu'à nous.
Il parait positif que les deux races n'ont pas pris la même route pour arriver jusqu'à nous ; la blanche nous est venue par l'est et la noire par l'ouest. L'Espagne , et particulièrement le royaume de Grenade , paraît avoir été f pour l'Europe, le premier lieu où le mûrier noir fut implanté ; à partir de là pour arriver jusqu'à nous , les variétés perdent progressivement leur rudesse et leur épaisseur; la rencontre , le contact , l'accouplement et le mariage des deux races , de ce côté ♦ forment , par leur progression , une trace très-facile à suivre. Dans le Languedoc et la Provence , la grosse feuille , que Ton nomme dans les Cévennes la pommaou , nous dorme le type du mélange des deux races femelles , la blanche superposée à la noire f et nous indique approximativement le lieu où les races se sont rencontrées à l'ouest , et où se fit le premier essai
pour substituer la blanche à la noire. Ce mélange s'adoucit en arrivant jusqu'à nous , par la superposition de variétés blanches sur les variétés issues du premier mélange par ia greffe ou par l'accouplement et le semis, et nous donne ce que nous appelons ici la colomba ou reine blanche , unisexuel femelle blanc , qui m'a paru [avoir son berceau dans nos climats, et provenir de la combinaison des races par l'accouplement.
En prenant maintenant la route opposée , et nous dirigeant de nos contrées vers Test , nous arrivons progressivement, en suivant cette progression de mélange, jusqu'à la Chine et les îles Philippines , où la race blanche primitive existe dans toute sa pureté ,' et nous trouvons à moitié route Yunisexuel violet, appelé moretty, produit par le mélange des deux races , opéré sur des mûriers femelles par la greffe , la noire superposée ; et lorsque cette variété est provenue de l'accouplement des sexes , -on rencontre le plus souvent le bisseooael morctty, dont le caractère distinct est d'avoir ses feuilles lobées sur les pousses latérales. La Sicile , à l'est , semble donc être le lieu où les deux races se sont rencontrées , et où fut superposée la noire à la blanche. L'Italie , et successivement le Piémont , en revenant vers nous , nous offrent l'adoucissement des mélanges , la feuille rose , qui est due k la superposition des premiers extraits du mélange des races sur la race première , ou à la fécondation des fleurs femelles de l'un de ces extraits par les fleurs mâles de l'autre. Cette progression à laquelle aucun auteur n'a songé , nous donne la mesure exacte des efforts humains pour substituer une race à l'autre , et de ceux de la Providence pour acclimater ce végétal par-
tout , et l'approprier a tous les sols et à tous les climats. Remarquons ce mélange de races , qui , partant d'un climat chaud , tel que le royaume de Grenade , détruit progressivement la race noire pour s'emparer de la blanche , qui lui convient mieux ; et , de l'autre côté , la destruction de la race blanche , à mesure que ce végétal se rapproche du nord ; l'envahissement des climats tempérés par les variétés issues du mélange , et perdant de plus en plus leur caractère primitif , à mesure que le climat exige la culture d'une race plutôt que d'une autre. J'ai suivi avec attention cette progression de mélange ; j'ai parcouru les contrées où elle a eu lieu ; j'ai vu le mûrier blanc aux îles Philippines et à l'embouchure de la rivière de Canton ; j'ai observé divers extraits provenus de l'accouplement des races premières , tels que le mûrier de la Cochinchine, que l'on a quelquefois confondu avec le multkauly , par rapport à sa facilité de reprendre par bouture , mais dont le fruit violet et la feuille ressemblent parfaitement à celle du moretty , et qui m'a paru provenir de la fécondation des flenrs de l'unisexuel blanc femelle , par les étamines des fleurs mâles de V unisexuel mâle noir. Plusieurs expériences faites dans nos climats sur la combinaison des races par la greffe, m'ayant donné les mêmes résultats que ceux que j'avais observés ailleurs, m'ont convaincu que je ne m'étais pas trompé sur les effets du mélange des races et des sexes ; elles m'ont convaincu également de l'importance du choix des races , et des variétés issues du mélange pour chaque sol et chaque climat. Ce mélange seul a permis la naturalisation de la race blanche , dégénérée il est vrai , dans les climats un peu au-dessous du tempéré , et cette race doit s'effacer au
far et à mesure que les plantations se rapprochent des pôles ou climats froids. Les variétés noires et violettes mitigées doivent être préférées dans le nord , et celles blanches , également mitigées , doivent peupler les régions chaudes; le médium du mélange est propre aux climats tempérés. La richesse ou la pauvreté du sol jouent encore un grand rôle dans la détermination du choix , par rapport aux qualités bonnes ou pernicieuses des mêmes variétés dans des climats ou des sols différents.