S IL
Nomenclature et description.
Race blanche.
Le multtcauly unisexuel blanc femelle. Ce mûrier , qui est le type de la race blanche primitive , et qui nous est venu des îles Philippines, m'a paru, pour nos contrées, doué d'une organisation trop délicate ; son écorce trèsmince est peu ligneuse ; sa moelle , très-grosse , augmente eneore la difficulté de l'acclimater. Nous ne possédons pas , dans nos contrées, le mâle de cette belle race ; sa multiplication par bouture a maintenu la femelle que nous possédons k son état de race première. Si notre climat lui permettait le développement de son fruit , il est bien certain que le semis le naturaliserait ; bien que nous n'ayons pas
le mâle de cette belle race , les étamines de nos variétés blanches suffiraient a la fécondation de ses graines. Le seul moyen d'en tirer parti sera donc de le marier en lui superposant la race noire , et , pour cela , il convient de procéder avec méthode , en commençant par les variétés qui se rapprochent le plus des races premières.
La feuille du multicauly femelle est très-large et longue , cordiforme ; sa con texture est très -délicate et très -peu filandreuse , bosselée , et son extrémité inclinant verticalement vers le sol. Celle du mâle , dont l'apparence n'a pas séduit nos importateurs , est , a ses échancrures près , aussi grande que celle de la femelle ; elle est douée d'une contexture plus forte , et aurait , j'en suis sûr, rendu plus de services k l'agriculture que celle de la femelle. Ce mûrier, qui se cultive dans les îles Philippines k grand vent ou en arbuste , est aussi généralement répandu dans l'Inde ; j'en ai vu une grande quantité a l'embouchure de la rivière de Canton. Je ne pense pas que nous puissions jamais , dans nos contrées , lui conserver son état de race première.
Diverses importations ont été faites de cette race ou de ses premiers extraits. Leurs importateurs^ leur ont donné divers noms : mûrier de la Chine , dé la Cochinchine , etc. C'est toujours la race blanche on ses extraits provenus du mélange avec la noire , avec de légères variantes tenant au sol ou au climat , ou peut-être k quelques combinaisons ligneuses. En attendant que quelques heureuses découvertes ou alliances aient rendu le multicauly propre à nos climats, et nous permettent de le cultiver à grand vent , je ne crois pas qu'il puisse servir a autre chose qu'à satisfaire notre
curiosité ou à quelques petites expériences. Les climats les plus chauds de France peuvent obtenir quelques succès avec un sol humide , mais ces succès , s'ils ont lieu , ne seront que passagers ; un hiver rigoureux suffira pour détruire les espérances de cinq ou six années.
La superposition d'une greffe de race noire , sur une tige de multicauly , m'a donné des extraits ressemblant beaucoup au moretty et au mûrier de la Cochinchine ; ces extraits ont produit quelques fruits variant du rose au violet foncé. Leurs feuilles sont belles, moins longues que celles du multicauly , moins rudes que celles du mûrier noir , et plus épaisses et mieux constituées que celles du multicauly. Je recommande aux hommes de progrès la multiplication de ces essais , qui , faits avec intelligence , pourront , après plusieurs mélanges successifs de races f nous permettre de cultiver le multicauly comme les autres 9 et de doter l'agriculture de cette belle race première , peutêtre même de nous procurer quelques variétés plus belles et préférables. Au chapitre 7 , j'indiquerai la manière de procéder.
Toutes les variétés blaùches que nous possédons , ne sont que des extraits du mélange des races où la blanche a prévalu , et la contexture du bois et des feuilles de ces variétés tient le milieu entre celle de la blanche et celle de la noire. Le plus beau est sans contredit le mûrier blanc d'Espagne , appelé aussi mûrier à flocs.
Le mûrier à flocs ou d'Espagne , unisexuel femelle blanc. Cette variété est le produit du premier mélange des deux races par la greffe , la blanche superposée. Son fruit est blanc , sa feuille est large , épaisse , cordiforme , d'un
Ycrt foncé et bosselée ; elle est plutôt ronde que longue r très-juteuse dans les sols riches ; elle convient aux climats chauds et aux sols peu substantiels ; son bois est d'un* gris cendré dans les nouvelles pousses , qui sont couvertes de petites tiquetures blanches ; son nom de mûrier à flocs lui vient de deux feuilles de moyenne dimension , qui se développent ordinairement au-dessous de la première et a la racine de sa pétiole , et semblent lui faire deux satellites. Cette variété perd beaucoup de ses qualités dans les climats froids.
Le mûrier romain, unisexuel blanc femelle. Cette variété diffère peu de la précédente , soit par la forme et la dimension des feuilles, soit par la contexture de son bois ; elle paraît provenir de la superposition de la race blanche femelle à une variété violette , et elle peut être considérée comme une sous-variété de la précédente ; sa feuille très-grande , mais sans satellites ou flocs , commence à perdre la rudesse propre à la race noire. Cette combinaison ne lui donne pas une qualité meilleure. Comme la précédente, elle est propre aux climats chauds et aux sols peu substantiels ; sa culture , dans nos sols riches et humides , ne serait pas avantageuse. Cette variété se trouve très-répandue dans le midi de la France , dans la Romanie , aux environs de Naples et sur les deux versants des Pyrénées ; dans les Cévennes elle s'appelle la Pommasie. Je conseille fort à nos planteurs qui ne posséderont pas des expositions sèches et chaudes de la laisser loin de nos plantations. Il est fâcheux que les pépiniéristes du midi en inondent nos contrées. J'ai de fortes raisons de penser que l'abondance de son parenchyme est une des principales causes de l'envahisse-
ôâ
ment de la Muscardine dans les pays qui sont peuplés de cette variété.
Le mûrier de Constqntinople , ou mûrier parasol uniseamel femelle blanc. Cette variété dont l'origine tient à une subdivision des variétés précédentes , paraît , par la proportion du mélange des races , offrir une très-heureuse combinaison. Sa feuille , d'une dimension moindre que celle des variétés précédentes , est cordiforme , lisse des deux côtés , d'un vert moins foncé , courte et fortement pétiolée , terminée par une pointe , taillée à dents de scie très-régulières ; ses bourgeons sont très-rapprochés et forment des touffes ; son bois est d'un gris presque cendré blanc tiqueté de jaune sur les nouvelles pousses ; son finit est d'un beau blanc , clair semé et mûrit rarement. La nature semble l'avoir destinée à la culture de deuxième classe dans les climats tempérés ; ses branches préfèrent la direction horisontale , et bien souvent se dirigent vers le sol ou probablement elles trouvent a humer les sucs qui conviennent k sa végétation. Cette tendance des branches k se diriger vers la terre lui a fait , dans nos pays , donner le nom de mûrier parasol ; il vient bien partout où le raisin peut acquérir sa maturité ; son accroissement est très-rapide lorsque sa tige est peu élevée. Il est fâcheux que cette variété soit peu répandue.
Il existe encore plusieurs variétés blanches uniseocuels femelles , qui paraissent plutôt provenir de l'accouplement des sexes que du mélange des races par la greffe. Le semis a joué un grand rôle dans la subdivision des variétés. La plus belle de ces sous-variétés est sans contredit celle qu'on appelle la Reine blanche ou Colomba.
La Reine blanche ou Colomba. Sa feuille , d'un beau vert , est luisante et lisse des deux côtés ; elle est ferme quoique mince ; elle est aussi cordiforme , mais plus alongée que les variétés précédentes ; son bois ue présente pas tout à fait le même aspect que celui des grosses variétés blanches ; son fruit est moins gros et d'un blanc cendré ; ses bourgeons sont plus éloignés , mais ses pousses, plus longues que dans les autres variétés, peuvent donner le même produit; sa couleur est plus foncée et moins tiquetée ; ses tiquetures sont d'un gris cendré.
Les auteurs qui ont connu celte variété Font recommandée comme éminemment soyeuse ; je me joints à eux pour engager nos planteurs à lui assigner un rang distingué dans dos plantations , et à la multiplier dans les sols riches et propres a la culture de première classe. Tous les sujets que je possède de cette variété sont doués d'une vigoureuse organisation. Les vers à soie s'en nourrissent avec avidité. Le semis de la graine de cette variété a probablement fourni la variété ci-après.
La petite Reine ou Colombasette , unisexuel blanc femelle. Cette variété , dont les caractères sont absolument semblables à ceux de la précédente , et qui ne diffère de l'autre que par la dimension de sa feuille , qui est plus petite d'un tiers, possède toutes les qualités soyeuses et toute la vigueur de végétation de la Colomba. Dans les bons sols sa culture se recommande éminemment. La multitude et la longueur de ses pousses compensent la dimension de ses feuilles. Cette dimension augmente beaucoup en la superposant à la race blanche première , mais je ne crois pas que cela augmente sa vigueur et sa qualité. Les sujets que
j'ai obtenus par ce procédé donnent de grandes feuilles , mais l'accroissement des sujets est en raison inverse de l'accroissement des feuilles. Je conseille fortement de lui conserver sa qualité primitive ; cette variété est très-propre à la culture du mûrier de deuxième classe dans les climats chauds , tempérés et même dans les climats froids.
Il existe encore plusieurs sous— variétés dans la race blanche ; elles sont le produit des caprices du semis ; ea général , elles diffèrent peu de ces deux dernières , et leurs qualités sont à peu près semblables. Le planteur intelligent trouvera sans doute , parmi les sujets provenus de semis, des variétés nouvelles , peut-être aussi bonnes ou meilleures que celles ci-dessus décrites , mais ces accidents de variétés uni* sexuels femelles sont très-rares; l'accouplement produit presque toujours le mûrier monoïque ou bissexuel à feuilles plus ou moins lobées , ou le mûrier mâle aux feuilles lobées ou digitées ; rarement le sexe femelle prévaut par l'accouple— ment. La greffe, comme l'accouplement, produit des 5ts— sexuels , mais dans cette opération la feuille prendra la forme propre au sexe superposé k l'autre, et y conservera les caractères distincts de la variété à laquelle elle appartient , en raison directe de la proportion du développement de la partie de l'arbre propre à chaque sexe.
Des bissexuels ou hermaphodites blancs.
Chaque race a ses variétés et sous-variétés de bissexuels ; la forme et la grandeur de leurs feuilles diffèrent suivant la variété dont ils sont issus , et diminuent progressivement de
volume k mesure que les mélanges et subdivisions s'éloig-* nent le plus des races primitives. Dans les bissexuels blancs ou noirs , la feuille n'est pas échancrée lorsque le mélange des sexes s'est opéré par la greffe , parceque la forme de la feuille femelle a été préférée et superposée à Vautre ; mais dans ceux pro venus de Y accouplement , elle tient souvent aux deux sexes ; elle est ou a demi-lobée , ou toutà-fait lobée , et quelquefois digitée , ou bien il y a les caractères distincts des deux sexes sur la même branche > des feuilles rondes et d'autres lobées ou digitées.
Dans les bissexuels produits par la greffe , la fleur et le fruif se développent différemment que dans ceux provenus du semis» Dans les premiers , la fleur et le fruit ne font qu'un ; la mûre , au moment de sa naissance , est entourée de petites fleurs monoïques qui disparaissent après avoir fécondé les ovaires des fleurs femelles à mesure que la mûre s'approche de sa maturité ; dans les seconds , le chaton surgit le premier et la mûre se forme ou à côté ou sur le talon de la pétiole du chaton ; l'un est muni de fleurs mâles , telles que je les ai décrites au § 1 er , et l'autre (la mûre) dé fleurs femelles aussi nombreuses que la grappe a de petites graines ou baies. Dans ces dernières variétés les fruits sont peu nombreux et mûrissent rarement.
Le nombre des bissexuels est considérable dans notre département; le procédé du semis et celui de la greffe étant très-répandus chez nous , et ce dernier s'opérant sans distinction de sexe, et n'ayant, chez la plupart de nos planteurs, pour cause que la préférence généralement donnée a la feuille femelle , il en résulte des combinaisons de hasard , quelquefois bonnes , souvent mauvaises , mais com-
cliquant toujours la dégénérescence des races et dés sexes , et secondant merveilleusement F extension des mûriers 6ts— sexuels. Nos greffeurs prennent indifféremment des greffes sur des femelles ou sur des bissexuels , les superposent à des mâles ou à des bissexuels blancs , viollets ou noirs ; il en résulte ou des mélanges de hasard ou des combinaisons bizarres, ou des variétés nouvelles, rarement le retour vers les races premières , au contraire le développement de nouveaux bissexuels plus ou moins dominés par un sexe ou par l'autre.
Parmi les bissexuels blancs , plusieurs variétés se sont maintenues à leur état de médium entre les deux sexes , et ont résisté à cette lulle des deux sexes , secondée par la préférence généralement accordée au sexe femelle. La plus belle est celle appelée dans les Cévennes la Fourcada. Je rappellerai le bissexuel blarw fleurdelisé.
La feuille de cette variété , dont la forme a décidé la nomenclature , est longue , lisse des deux côtés , de grande dimension , d'un beau vert ; elle a une embranchure de chaque côté qui la divise en trois lobes ; le lobe du centre extrême a la forme exacte dune lance , et l'ensemble de la feuille celle d'une fleur de lis. Il produit des fleurs mâles et des fruits comme tous les bissexuels provenus du semis; ces fruits naissent dans quelques sujets à côté des fleurs , et dans d'autres succèdent et font suite au chaton , mûrissent rarement et sont peu nombreux ; ses pousses sont très-vigoureuses ; ses bourgeons plus éloignés que ceux des grosses variétés femelles blanches ; l'écorce des jets nouveaux est d'un gris foncé et peu tiquetée ; la qualité de sa feuille est parfaite , et c'est une des variétés dont la
culture doit le plus se propager dans nos pays. Toutes les elasses de sols et de climats lui conviennent. Les climats chauds et les sols riches donneront k sa feuille une dimension prodigieuse et k sa végétation un grand développement ; ce devrait être, avec les extraits de la race noire , violette ou rose , la Colomba ou Colombasette et le mûrier de Constantinople , les seules qui peuplassent nos sols gras et humides de la vallée de Graisivaudan.
Quant aux bissexueh provenus du semis s' éloignant plus ou moins du juste mélange des deux sexes ( et cette proportion de mélange se reconnaît au plus ou moins d'échancrures de la feuille , dont le nombre augmente à mesure que la variété se rapproche le plus du sexe mâle , et qui diminue dans le cas contraire) , je n'ai pas pensé devoir en faire une nomenclature par rapport à la difficulté de classer les innombrables accidents provenant du mélange des sexes par l'accouplement. L'intelligence doit y suppléer.
Parmi les bissexuels à feuilles rondes , une nomenclature et une description sont inutiles. Quand , par le procédé de la greffe , on aura sur un mâle blanc superposé une variété femelle de même race , il en résultera un bissexuel qui devra prendre le nom de la variété à laquelle il appartient, bissexuel Colomba f bissexuel de Constantinople, etc.
Du mâle blanc.
Le type mâle de cette race se trouve aux Philippines , dans l'Inde et en Chine. Il n'est autre que le multicauly à ekaton. Aux environs de Manille , il se cultive indifférem-
toi
ment k grand vent ou en arbuste ; sa feuille , dont la dimension est prodigieuse > est fortement échancrée , lisse des deux côtés, d'une contexture plus vigoureuse que celle de la femelle. Il porte des chatons de couleur jaune canari ; son bois est semblable à celui de la femelle. Cette belle race , mal» ou femelle , s'est maintenue aux Philippines dans toute sa pureté ; le procédé de la greffe ou du semis y étant remplacé par celui de la bouture , elle n'a subi aucune altération» Il est fâcheux que l'importation du mâle n'ait pas eu lieu : il eût pu , si notre climat lui eut permis le développement de ses chatons , contribuer à l'a— mélioration de nos variétés blanches par l'accouplement. Nous ne possédons que des variétés abâtardies de mâle blanc ; la plus belle que j'aie vue en Europe , se trouve dans le royaume de Naples; leeux qui la possèdent en font un grand cas. Quoique ses feuilles ne soient qu'un diminutif de la race première , elles sont passablement grandes et surtout considérées comme éminemment soyeuses ; elles m'ont paru , par leur forme , de jolies copies en petit de la race première , également vertes , luisantes , souples , à eontexture ferme, et ayant, à tous égards, conservé le caractère primitif. Dans notre département nous né possédons point de mâles blancs purs ; il y a dans tous nos mûriers mâles les caractères bien prononcés des deux races ; la noire y domine généralement. Cette combinaison n'est pas du tout contraire à la qualité de nos graines de mûriers , «lies n'en sont que plus propres aux semis des régions froides. Je pense que nous avons tort de ne pas essayer la différence de qualité de la feuille du mâle avec celle de la femelle. La préférence accordée à la feuille femelle n'evt
justifiée que par sa forme et sa dimension , et n'est pas fort raisonnable. Il serait à souhaiter qu'une plantation de mâles purs vint établir entre les deux sexes la différence précise des qualités. , Ce serait un éminent service à rendre à IV inculture.
Suite de la nomenclature.
Race noir**
Le mûrier noir ou mûrier Tartare, unisexuel femelle nous Ce mûrier, dont j'ai déjà parlé dans le % 1 er de ce chapitre, est sans contredit le type des femelles noires. Les caractères qui le distinguent sont la rudesse de sa feuille qui , d'ailleurs, est cordifonne , d'un vert foncé, dessus lanugineuse, d'une apparence blanche cendrée dessous, bosselée entre les nervures. Son fruit qui est très-gros et d'un beau noir, porte chez nous le nom de mûre <ï Espagne ou mûre Madame. Sa partie ligneuse est très-fortement constituée , ses embranchements très-rapprochés , ses pousses peu longues, mais très-^ vigoureuse s. L'absorption aérienne parait jouer ehez lui le plus grand rôle. La couleur de son écorce est d'un gris foncé , avec des tiquetures vertes sur les nouvelles pousses. *
Nous possédons très-peu de sujets de cette race pre^ mière. La rudesse de sa feuille l'a* fait considérer chez
nous comme impropre & la nourriture du ver à soie. Cette appréhension est une erreur, car, dans le nord de la Chine et dans l'Inde, il est très-répandû. Dans les versants nord des montagnes du royaume de Grenade , c'est , avec les premiers extraits de sa race combinés avec la blanche , le seul marier qu'on y rencontre. La soie qu'il produit n'a peutêtre pas la finesse de celle produite par le mûrier blanc > mais les Vers qui sont nourris de cette feuille sont plus gros, plus vigoureux que les autres nourris de la feuille des variétés blanches. Et je ne doute pas que la soie forte et moins fine ne devienne un jour , pour la France, un objet d'utilité qui lui rendra autant de services que la soie fine destinée à la fabrication des objets de luxe. Nos climats tfe prêtent merveilleusement à la culture du mûrier nofr.
Le mâle de cette race «st très-peu répandu ; je n'en ai vu qu'un en Espagne, que l'on y cultive, je crois , par curiosité ; en Sicile, dans le royaume de Naples, en Piémont et en France , malgré mes recherches , je n'ai pu le rencontrer nulle part. La raison en est simple : sa feuille digitée extraordinairement , d'une grande rudesse , composée presque entièrement de nervures ,; n'a pas paru bonne ou susceptible d être utilisée, elle est d'un vert noir, velue, parenohimateuse et lanugineuse ; ses chatons sont longs et d'un jaune verdâtre. Les variétés de mâles noirs, que nous obtenons par le semis , dérivent certainement du type de la race dont ils ne sont qu'un diminutif, et leurs feuilles , digitées en forme de feuilles de persil , sont en petit la copie exacte du mâle noir type. La superposition par la greffe d'une variété blanche à ces produits du semis , donne des bissexueh très-propres aux climats froids, pourvu que la
variété superposée De se rapproche pas trop de la race primitive.
Le Moretty , unisexuel violet femelle. Ce mûrier que je considère dans sa face comme le pendant du mûrier k flocs d'Espagne , offre le premier extrait du mélange des races, «exe femelle , la noire superposée ; sa feuille est grande , cordiforme, terminée par une pointe aigûe , d'un vert foncé, lisse d'un côté , rude et âpre au toucher , moins épaisse que celle des premières variétés produites par la superposition de la race blanche k la noire ; ses pousses sont vigoureuses et longues , et conservent le caractère propre k la race blanche primitive ; leur couleur est légèrement plus foncée, les nœuds un peu plus distants que dans les variétés blanches ; son fruit, k peu près gros comme celui dumtîrier à flocs, est, quand il est mûr, d'un violet foncé ; sa feuille est lobée quelquefois sur les pousses latérales, lorsqu'il provient du semis.
Nos pépiniéristes ont trouvé, dans le moretty, deux variétés. En effet, Tune a le bois d'un brun foncé , et l'autre d'une couleur gris cendré ; les feuilles de l'un , d'un vert plus prononcé que l'autre. Ce phénomène qui tient k la proportion du mélange des races par l'accouplement , a fait donner k une variété le nom de mûrier moretty , et k l'autre celui de moretty étala. C'est toujours le mûrier mo-* retty où prédomine, dans l'une ou l'autre variété, la race blanche où la noire. Et ce phénomène se reproduit toujours dans le Semis de& graines provenant d'un seul mûrier, ou morktty put ou inôfeiVy étata.
Le moretty a TihconVënient de produire beaucoup de fruits. Cette raison en a dégoûté les Italiens , et je suis
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convaincu que , dans nos climats , cette même raison pourrait bien nous forcer à ne le cultiver qu'en mûriers nains ~ ou en haies.
Dans la superposition d'une race k l'autre , il se développe deux phénomènes inverses : la superposition de la race blanche k la noire raccourcit les pousses , et Topération inverse les allonge. Ce phénomène s'explique naturellement par la différence de contexture des racines dans les deux races ; celles de la race noire se munissent de trèspeu de chevelus , et sont moins spongieuses que celles de la blanche : il doit en résulter une moindre absorption de fluide séveux , une ascension moins rapide et un développement moindre de pousses. Les organes aspiratoires , développés en moins grand nombre et moins rapidement , y ont le temps d'acquérir cette maturité qui donne la rudesse. L'aspiration des substances aériennes jouant chez les mûriers noirs un plus grand rôle que l'ascension du fluide séveux , il en résulte nécessairement des feuilles rudes , des pousses courtes et bien nourries, Dans la superposition de la race noire k la blanche , l'inverse a lieu ; les racines de la race blanche se munissent d'une grande quantité de chevelus , l'abondance du fluide séveux qu'elles transmettent k la partie supérieure, donne lieu au développement rapide des organes aspiratoires. Cette rapidité de développement ne donne pas k la feuille le te^ps d'acquérir cette maturité qui donne la rudesse; l'écorce, le bois, les fibres , les tubes se forment sur une échelle longue , délicate et peu nourrie. De lk , la difficulté d'acclimater la race blanche première , et la raison qui ipe fait conseiller le semis de mûres noires pour les pays froids , ou l'alliance des deux races par la greffe.
Le mûrier de la Cochinchine , uniseocuel violet jemelk* Cette variété diffère peu de la précédente; elle semble être le produit de la superposition du moretty sur la race blanche première , ou de celle-ci sur le moretty. Sa feuille est aussi grande que celle du multicauly, d'un vert foncé, plus ferme , plus fortement pétiolée , inclinant également sa pointe vers le sol , également bosselée et ayant, comme le multkauly t Finconvénient de se flétrir rapidement après avoir été détachée. Son bois a beaucoup de ressemblance avec celui du moretty; son fruit est d'un violet clair, ses pousses sont longues, vigoureuses, craignent moins la gelée que le multicauly, mais cependant, perdent, tous les hivers, la pointe des pousses qui végètent jusqu'aux premiers gels , et ne mûrissent pas. Beaucoup de personnes le confondent avec le multicauly; comme lui, il reprend très-bien par bouture. Cette variété peu répandue , a besoin d'être expérimentée pour être connue.
Le mûrier de la Virginie , unisexuel femelle amaranthe. Ce mûrier qui me parait être le troisième échelon du mélange ou de la superposition de la race noire k la blanche , reprend, par ses feuilles, F apparence de la race première, et, par son fruit, se rapproche de la blanche. Sa feuille est grande, oblongue et cordiforme , épaisse , lanugineuse et rude; son fruit est rouge amaranthe ou purpurin quand il est mûr. (Juoiqu'en disent quelques auteurs , sa culture serait avantageuse dans les climats froids , et ses qualités sont susceptibles d'amélioration.
Le semis nous a doté de quelques variétés (ïunisexuels femelles noirs, qui sont des diminutifs de la race première. Un des plus remarquables et qui , dans sa race , fait pen-
1Ô7 dant à la Colomba, est un mûrier auquel je ne connais aucun nom particulier dans nos contrées : je le nommerai le petit Mûrier noir, unùexuel femelle. Ses feuilles sont de moyenne dimension , d'un vert foncé, lisses dessus, rudes et fermes , cordiformes , terminées par une courte pointe; ses nervures très-saillantes. La végétation de cette variété est tardive; son bois est, dans les pousses nouvelles, d'un brun foncé ; ses pousses sont longues ; son fruit est trèsnoir; quelquefois, si le sujet est malade, son fruit est purpurin. Les vers k soie sont friands de sa feuille. Cette variété doit être préférée à toute autre dans les localités qui sont exposées aux gelées du printemps. Je pense que si ce n'est pas la même que Ton nomme dans les Cévennes la Rabalwre, elle doit avoir, avec cette variété, beaucoup d'analogie.
Le Mûrier rose, unisexuel femelle gris. Cette variété qui estle produit de la superposition d'une variété violette à la rade blanche première , est une très-heureuse combinaison. C'est un pas de plus que dans le moretty au retour vers la race blanche, le médium de la combinaison des deux races femelles. La végétation dans cette variété se rapproche un peu du caractère de la race noire , néanmoins plus élancée. Sa feuille est d'nn beau vert, oblongue, terminée par une pointe aiguë , très-peu lanugineuse et fortement résineuse; le fruit est d'un gris violet , et acquiert dans nos contrées une maturité parfaite. Sa feuille qui, dans les basses-cours acquiert des qualités pernicieuses , est excellente dans les localités où les engrais ne sont pas trop abondants. C'est une des variétés à laquelle il convient de donner le plus d'extension dans les lieux tempérés de notre département ,
principalement dans les versante bien exposés de nos moa** tagnes.
Il existe encore quelques variétés d*unisexuels dérivant de la race noire combinée avec la blanche , soit par la greffe, soit par l'accouplement ; elles diffèrent peu entr'elles ; toujours les mêmes effets se reproduisent avec quelques légères variantes qui tiennent à la proportion du mélange. Je n'en connais pas une qui possède un caractère assez distinct pour lui valoir une description»
Il me reste k décrire les bissexuels noirs et les sous-variétés qui en dérivent. Dans cette race , les bisscxuels k feuilles rondes m'ont paru beaucoup plus rares ; cela tient probablement au caractère particulier du mâle noir dont les feuilles sont singulièrement digitées. La plus belle variété de bissexuels noirs , est celle ci-après :
La Reine-Bâtarde ou mûrier de Toscane, bisseœuel noir fleurdelisé. Cette variété qui me parait être le résultat du premier mélange des sexes dans sa race , par la greffe , produit de très-belles feuilles comme celles du bissexue! blanc , ayant également la forme d'une fleur de lys. Leur couleur est d'un vert foncé très-luisant; elles sont lisses d'un côté , fermes et paraissent très-soyeuses; ses pousses sont vigoureuses et longues , de couleur brun foncé; le fruit en est très-noir, fait suite au chaton et se trouve peu nombreux. Cette variété , douée d'une organisation forte , m'a paru devoir se propager dans les pays au-dessous du tempéré. Il en existe une grande quantité dans toutes les localités fraîches des montagnes de la Sicile, de la Toscane, du Tyrol, et dans les parties élevées des Pyrénées où se cultive le mûrier.
Les sous-variétés du noir au gris violet sont , dans le* bàsexueh, très-nombreuses; elles varient également de forme , et les feuilles de dimension , k mesure que la combinaison des mélanges les éloigne le plus des races premières. Ainsi , k mesure que le sexe mâle s'efface par la suite des superpositions du sexe femelle qui, dans cette race comme dans l'autre, a été préféré , les qualités propres au sexe femelle se développent et grandissent ; les feuilles deviennent rondes et les fruits plus nombreux.
La sous-variété de bissexuels , dont la description peut servir à celles de toutes les autres , qui ont avec elle plus ou moins de ressemblance , est celle qui est la plus généralement répandue chez nous , et qui parait provenir autant du semis que de la greffe. Son fruit varie du gris au violet ; sa feuille a le caractère de la femelle ; je ne lui connais pas un nom particulier , aussi je l'appellerai le bissexuel gris.
Sa feuille , d'une dimension moindre que celle du mûrier rose , précédemment décrit , en a , en tout , la forme et la couleur ; son bois a la même apparence ; ses feuilles sont faiblement pétiolées , oblongues , cordiformes ; leur qualité est aussi bonne que celle de la colomba et de la rose , et cela doit lui assigner une vaste place dans nos plantations de première classe ; elle est supérieure , pour les sols riche» à expositions fraîches , k la colomba et k toutes les variétés blanches. Cette variété est très-répandue dans le Piémont; les personnes qui possèdent des terrains propres k la culture du chanvre , devront joindre cette variété k la rose, k la colomba et k la cohmbasette.
Une plus longue nomenclature deviendrait , sinon im-
{possible , du moins inutile , quelles que soient les légères différences qui doivent exister entre les diverses variétés issues de chaque race ; cette différence n'est pas assez grande pour leur constituer un caractère distinct et leur valoir une description et une nomenclature particulières. Chaque planteur saura reconnaître les variétés que j'ai décrites , et ranger avec elles les sous-variétés qui offriront les principaux caractères de ces variétés , bien qu'elles eussent avec la variété type quelque légère différence dans la forme ou la dimension des feuilles. Pour donner une nomenclature exacte et une classification de' tous les sujets provenus des caprices du semis ou de la greffe , un ouvrage encyclopédique ne suffirait pas , et la description faite aujourd'hui serait k refaire demain , chaque semis et chaque alliance par la greffe offrant de nouveaux accidents k décrire.
s iv.
Du choix des variétés pour chaque sol et chaque climat.
Dans les paragraphes précédents, j'ai bien indiqué sommairement les variétés propres à chaque sol , mais j'ai fait cette indication sans en déduire les motifs. J'ai interdit la culture des grosses variétés blanches dans les sols riches ; voici pourquoi : la feuille de ces variétés pourrait, dans les sols où les sucs abondent , acquérir des qualités pernicieuses. L'épaisseur des feuilles et la distance de leurs épidermes annoncent abondance de parenchyme et de
X^rOi
Substances aqueuses , et rareté de socs gommô-résineui* Cette qualité me la fait conseiller de préférence aux climats chauds et aux sols peu substantiels ; d'une part , dans ces localités le fluide séveux , peu abondant , formera des feuilles moins parenchymateuses , et de l'autre , la chaleur du climat épuisera le parenchyme par la transpiration ou évaporation continuelle , les sucs gommo-résineux y acquerront plus de développement, la feuille sera moins grande , moins épaisse , mais elle sera plus digeslive et contiendra plus de principes soyeux. Les qualités pernicieuses des grosses variétés blanches augmentent en raison directe de la richesse du sol et de la fraîcheur du climat ; cette raison me fait conseiller, dans les sols riches et climats tempérés , la culture des variétés fines. Ces variétés ne contiennent presque pas de parenchyme ; leurs feuilles y acquerront toute la dimension dont elles sont susceptibles , sans y acquérir des qualités pernicieuses.
La préférence que je donne aux variétés issues de la race noire pour les régions au-dessous du tempéré , s'explique d'elle-même : l'organisation propre k cette race , sa contexture plus ferme , me Ta fait regarder comme plus robuste , et voici une remarque qui n'a échappé k personne : les fruits de la race noire acquièrent partout une maturité parfaite , tandis que la plupart de ceux de la race blanche n'acquièrent , dans les climats même tempérés , qu'une maturité imparfaite, encore faut-il qu'ils appartiennent à une des variétés blanches qui s'éloignent le plus des races primitives. Cette raison est péremptoire ; l'indication que la nature nous donne est précise. La nature seule. ne faillit jamais.
Dans les divisions que j'ai faites précédemment des, diverses classes de mûriers , j'ai indiqué les sols et les climats qui conviennent k la culture de chaque classe; j'indiquerai donc seulement ici les variétés de mûriers qui conviennent k la culture de chacune de ces classes.
Dans la première , seront comprises les variétés appelées ici le mûrier de Constantinople , k la condition de ne pas trop élever sa tige ; la colomba , la coîombasette , tous les bissexuels blancs, pourvu qu'ils n'appartiennent pas aux grosses variétés ; le mûrier rose , le bissexuel noir fleurdelisé , le petit noir unisexuel , tous les bissexuels dépendants de la race noire et le bissexuel gris.
Dans la deuxième classe , qui se divise en deux sections , on cultivera dans la première , aux sols peu substantiels et climats chauds, le mûrier de Constantinople, les grosses variétés blanches , le moretty , les premiers types bissexuels blancs ou noirs , la variété rose ou violette , et en général toutes les variétés dont la dimension naturelle des feuilles compense l' aridité du sol.
Dans la deuxième section de la deuxième classe de mûriers , aux sols riches et climats frais , on cultivera les bissexuels noirs ou blancs , les noirs préférés , les variétés femelles rose ou viollette , la colomba et coîombasette. Les mêmes règles sont applicables aux troisième et quatrième classes de mûriers , et la qualité et le choix des variétés doivent suivre les variantes de l'atmosphère. En règle générale, la race noire doit s'effacer a mesure que nous marchons vers l'équateur , et la blanche s'affaiblir et disparaître k mesure que les plantations marchent vers les pôles ou régions froides.
Dans le département de l'Isère , où tons les sols et tous les climats peuvent se rencontrer en an jour , toutes les cultures peuvent y avoir lieu. Il semble que la Providence l'appelé k donner l'exemple aux régions les plus froides et aux climats les plus chauds. Le zèle éclairé de nos hauts fonctionnaires peut y rendre de très-grands services à l'agriculture , et doter de cette précieuse industrie les localités que Ton a , k tort , considérées jusqu'à présent comme impropres k la culture du mûrier. Le retour progressif vers la race noire peut devenir , pour les régions froides , un dédommagement de la longue proscription qu'elles ont subie sous ce rapport. Il conviendrait de faire là-dessus des essais, de porter k ceux qui l'ignorent cette intéressante culture , de <3réer des établissements où l'on enseignât la théorie et la pratique de cette branche d'industrie.
Une surveillance bien entendue , dirigée par nos comices agricoles , donnerait k ces établissements une couleur nationale , un intérêt local qui serait d'un très-heureux effet. Tous ces moyens peuvent donner une extension incroyable k cette industrie ; espérons que nos hauts fonctionnaires tourneront de ce côté leurs sollicitude et leuts vues éclairées.