Ï)E LA GREFFÉ
Observations générales.
L'opération de la greffe est généralement connue ; le plus ignorant agriculteur de nos contrées peut là-dessus se donner pour maître. La manière d'opérer n'est donc pas ce qu'il inàporte de connaître ; ce n'est pas là où doit se trouver la science du cultivateur de mûriers. Ce qu'il im** porte le plus de démontrer , c'est l'opportunité de l'opération , les époques les plus convenables pour la feire , les cas où il y a avantage de greffer ou ne pas greffer -, le choix des variétés , l'étude des combinaisons de races ou de sexes , les rapports de conlexture entre une variété et l'autre ; en un mot , les conditions d'harmonie d'organisation ligneuse qui peuvent , dans la superposition d'une variété sur une autre , être , pour l'avenir de l'arbre , une cause de prospérité ou de décadence , de mort prématurée ou de longévité.
Le premier besoin de l'existence animale ou végétale , est l'harmonie d'organisation ; dans toutes les parties qui
composent l'être ou le végétal , tout doit être construit sur un même plan général, dont les subdivisions , dépendant les unes des autres , doivent avoir entr'elles des rapports semblables ; cette condition d'harmonie d'organisation est indispensable à la vie ; et dans les mûrier» tomme dans les autres végétaux , il est de la plus grande importance de ne pas s'écarter de cette règle.
Toutes les variétés , tous les sujets de mûriers ne sont pas doués de la même organisation , ou du moins la contexture de tous les arbres en général, n'est pas partout construite sur la même échelle; le sol» lé climat influent beaucoup sur cette différence qui se complique encore .par les variantes provenant des races et des sexes , et qui sont rarement semblables dans chaque variété. Cette différence ne gît pas précisément dans les formes qui , danfe les végétaux de même espèce , varient peu , mais dans fa* dimensions qui doivent leur dissemblance à la diversité des éléments de végétation qui ne sont pas partout identiques > à la forme particulière dès organes destinés k fournir au végétal ses éléments de vie et 'd'accroissement.
Les rapports de contexture ligneuse une fois observés > ceux des variétés entr' elles deviennent très-importantes» surtout si l'on tient k posséder des mûriers urmeœueh. Le mélange des sexes par la greffe produit des bùstœuels. Je ne sais pas k quoi attribuer la préférence généralement accordée au sexe femelle; rien ne semble la justifier que la forme de sa feuille , qui d'ailleurs est la même dans les bissexuels , lorsque le sexe femelle est superposé au mâle", la qualité de la feuille femelle est-elle préférable ? c'est ce que je ne pense pas.
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Lés écrivains sur le mûrier ne sont pas bien d'accord sur remplacement de la greffe ; les uns préfèrent la greffe en pied , les autres conseillent la greffe en branche. L'emplacement de la greffe joue un grand rôle dans la prospé* rite ou la non réussite des mûriers ; cet emplacement doit encore être réglé par les sols et les climats.
La greffe en tige, près de terre, lorsque lès rapports de contextûre ligneuse ont été observés , devient très-avan* lageuse dans les climats chauds ; les sujets chez lesquels le hasard a rencontré de l'harmonie d'organisation entre la greffe et le pied de l'arbre, deviennent ordinairement trèsbeaux dans les pays où le sol et le climat permettent le développement complet de toutes les facultés dont la nature a doué ce végétal. Dans ce cas , les tubes , les fibres , les filaments se développent sur une grande échelle ; la tige et les branches sont munies dune grande porosité ; aussi je ne pense pas que ce procédé soit avantageux dans les pays même tempérés. Les hivers rigoureux produisent sur les tiges poreuses de très-facheux effets ; souvent elles périssent dans nos climats» et la greffe en pied ne peut , selon moi, devenir avantageuse que dans les pays chauds , et , dans nos contrées, ne peut convenir qu'aux expositions bonnes, abritées des vents du nord , encore faut-il que la variété superposée par la greffe appartienne à celles qui s'éloignent le plus de la race blanche primitive.
La greffe en branche a un avantage qui , à mes yeux , compense largement le peu de temps que l'opération fait perdre au sujet : celui de connaître le sujet que Ton soumet ii l'opération , et par conséquent de ne pas perdre des variétés souvent bien supérieures à celles que nous voulons
superposer ; une autre raison non moins concluante me la fait préférer : ce mode de greffer met le propriétaire , souvent trop avide du produit de ses plantations , dans l'obligation d'attendre forcément trois ou quatre ans avant de dépouiller ses jeunes mûriers , et cette circonstance , qui est toute dans l'intérêt des planteurs , assure k l'arbre des chances de succès , qu'un dépouillement de feuilles prématuré détruit malheureusement trop souvent. Pour les pays froids surtout , la greffe en branches est impérieusement commandée ; les tiges de sauvageons sont plus robustes et résistent plus facilement aux hivers rigoureux ; comme il arrive souvent que la partie superposée appartient à la race blanche et aux variétés les plus délicates de cette race , cette partie superposée périt quelquefois , et si l'opération a été faite en tige , l'arbre est perdu , tandis que si elle a été faite en branches , on peut renouveler l'opération et choisir des variétés plus propres aux climats froids.
L'époque la plus favorable pour greffer , est sans contredit le printemps. Le choix d'un beau jour , d'une apparence de série de joors chauds , est indispensable ; la pluie, ou une température froide après l'opération , peut la faire manquer complètement; la greffe , pour sa réussite, a besoin d'une ascension non interrompue de fluide séveux , et par conséquent de chaleur , et la formation du suc gommo-résinéux on canibium nécessaire au mariage de l'écorce de la greffe avec celle du sujet greffé , ne peut avoir lieu , s'il y a interruption d'ascension de sève 9 ou si la pluie vient , après l'opération , détremper cette gomme nécessaire h l'adhérence des deux écorces. Pour
que ces conditions indispensables à ta réussite se renctttt-* trent , il importe de ne pas trop se hâter. Les premiers jours de printemps sont rarement beaux constamment. Les transitions d'une température chaude à une froide sont fréquentes , et c'est au hasard , rarement heureux , que nous confions l'opération , lorsque nous la faisons de trop bonne heure ; il convient donc d'attendre l'époque où la chaleur de l'atmosphère , bien établie , nous permet de ne plus craindre ces transitions lâcheuses ; depuis le commencement de mai jusqu'au milieu de juin , l'opération est sûre ; mais alors il faut couper les pousses destinées à nous fournir les greffes » aussitôt que leur végétation commence, les enfouir complètement dans du sable frais, dans une cave où la température soit peu élevée ; en s'y prenant ainsi , on peut choisir son temps , el a moins de mal procéder , il est bien rare de manquer une greffe.
Quelques planteurs greffent leurs mûriers à la Magdeleine ( en juillet ) ; bien qu'il soit très-facile de réussir à cette époque , elle m'a paru peu convenable; les pousses que l'on obtient n'ont pas assez de temps pour se mûrir, elles sont encore en partie herbacées, lorsque les premiers gels arrivent, et elles périssent souvent en totalité. Le courant de mai et le commencement de juin sont donc l'époque la plus convenable.
L'abondance de sucs gommo-résmeux que possède le mûrier , a permis de lui appliquer toute espèce de méthodes pour greffer. Elles sont loin d'être toutes convenables ; la plus mauvaise est la greffe en fente , que quelques jardiniers ont cru pouvoir appliquer aux mûriers , comme aux poiriers ou pommiers ; ce procédé est une
faute immense , et les sujets qui y sont soumis sont frappés de mort , dès l'instant où le greffeur ignorant leur a introduit un ulcère dans le cœur. Leur végétation , pendant leur courte existence , est chétive , rabougrie , et une agonie , une mort lente termine cette sotte opération.
La greffe k flûte est préférable k toutes les autres , pour toutes les classes de mûriers ; sa simplicité , le peu de temps qu'elle exige , aurait dû faire exclure toute autre manière. Il faut autant de temps pour placer un seul écusson que pour placer cinq ou six flûtes ; malgré cela quelques jardiniers greffent encore à écusson. Cette dernière manière , outre l'inconvénient d'exiger plus de temps et de soins , a celui bien grave , pour les mûriers k haute tige , de ne former avec la branche où elle est apposée , qu'une adhérence imparfaite, de n'être, pour ainsi dire, que collée k côté , ce qui , par la suite , peut devenir très-dangereux pour les cueifleurs de feuilles , et de nombreux accidents viennent malheureusement toutes les années prouver la vérité de ce que j'avance.
La greffe k flûte , au contraire , enveloppe la branche tout entière ; elle forme avec elle une suite directe , et ne peut se détacher que par le bris total de la branche. Elle acquiert plus de vigueur , parce qu'elle prend sa nourriture tout le tour ; la branche reste vivante complètement , tandis que , dans la greffe k écusson , la partie de l'écorce de la branche opposée k l'écusson sèche , forme une parcelle de bois mort , qui sépare toujours sa greffe du bois du sujet greffé , et tôt ou tard cause la perte de la branche. La greffe opérée au hasard , autant que l'accouplement Aes sexes, a amené la dégénérescence des races, et donne
lieu a F origine des bissexuels et k la complication des variétés. Ce serait une grande erreur de croire que la variété, superposée à une autre, conserve exactement le caractère primitif. Les sucs élaborés par la partie inférieure et fournis par elle k la supérieure , y amènent toujours f dans le développement de la végétation , des modifications singulières , se rapprochant plus ou moins de Tune ou de l'autre , ou tenant le milieu entre les deux , et ces bizarres créations du hasard nous donnent quelquefois des variétés dont la forme et l'apparence déroutent les plus habiles classificateurs. Il n'est pas rare de voir , par exemple, dans la superposition d'une variété femelle blanche à une variété mâle noire , des fruits violets , gris ou noirs , monoïques ou bissexuels , rarement les caractères distincts de la variété superposée , k moins que lé sujet greffé , mal organisé dans sa partie inférieure , ou peu muni de racines , ne puisse envoyer les sucs propres k la variété dont il dépend à la partie superposée ; alors la partie supérieure , réduite pour ainsi dire k elle-même , cherchera dans l'atmosphère ses éléments de vie , et conservera son caractère distinct et bien prononcé jusques k ce que le développement des racines fasse prendre k la partie supérieure l'apparence du juste milieu entre les deux variétés mélangées»
Les sujets unisexuels femelles sont très-rares ; les mâles sont plis abondante. Les mûriers provenus du semis sont ordinairement monoïques ou bissexuels , et l'on peut établir la proportion des caprices du semis ainsi qu'il suit : cent mûriers provenus de semis donneront vingt mûriers unisexuels mâles , dix femelles , et soixante-dix mûriers monoïques ou bissexuels dont la feuille se rapprochera plus
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ou moins d'un sexe ou de l'autre , et dont le fruit sera entouré de fleurs monoïques , ou précédé de chatons ou fleurs mâles ; encore faut-il, pour obtenir, dans un semis de mûriers, la proportion ci-dessus , que la graine provienne d'un mûrier unisexuel femelle ; si elle provient d'un mûrier monoïque > il est bien possible que l'on ne rencontre dans un semis de six ou sept mille mûriers , pas un seul unisexuel femelle.
Lorsque le hasard nous dote de quelques sujets unisexuels mâle ou femelle à feuilles de grande dimension et sans échancrures , il faut bien se garder de changer leurs variétés en leur superposant une autre ; quelle que soit la beauté , la vigueur d'un mûrier greffé , elle n'est jamais à comparer à celle du sujet qui n'a pas été greffé. La supériorité de son organisation , l'harmonie parfaite qui existe entre toutes les parties de son être , sont pour lui des conditions sûres de prospérité et de durée.
La greffe faite avec intelligence peut nous ramener progressivement aux races premières , ou nous procurer des variétés améliorées. Le mélange des races peut créer des métis tenant le milieu entre les deux races , et ce mélange peut devenir une très-heuréuse combinaison pour nos climats tempérés. On peut , après plusieurs superpositions progressives, plusieurs mélanges alternés de races, se procurer deâ variétés nouvelles , quelquefois bonnes , souvent médiocrement bonnes, quelquefois aussi pernicieuses ; mais , je le répète , ces expériences , que le hasard a faites partout , doivent être conduites avec intelligence ; et lorsqu'à la première ou seconde opération l'on a obtenu une variété dont l'apparence est satisfaisante ,
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il faut s'en tenir là et changer de sujet, pour ne pas s'exposer k faire périr celui qu'on y a soumis , parce qu'il est bien rare d'être trois fois heureux dans la combinaison de l'organisation de chaque variété et dans les rapports de contexture ligneuse des diverses variété»*
La connaissance et le choix des variétés que Ton allie par la greffe , sont , k mon avis , des choses très-importantes ; de ce choix dépendent la prospérité ou la décadence du sujet. La race noire et tous ses extraits sont doués d'une organisation ligneuse plus ferme que la race blanche. Sa porosité et sa capillarité plus serrée que celle de la blanche , lui donnent une végétation plus lente et plus tardive ; et lorsqu'on la superpose k la race blanche , il faut , autant que possible T chercher un sujet dont l'organisation ligneuse soit en rapport avec la sienne. Les bissexuels k feuilles fleurdelisées , que j'ai décrits au chap. 6, et désignés sous le nom de bissexuels noirs ou gris , conviennent a la superposition des variétés qui se rapprochent de la race première. Quelques variétés de bissexuels blancs ou roses k contexture ferme sont également propres k recevoir celte superposition. En règle générale, la variété superposée doit être munie d'une organisation plus large , développée sur une plus grande échelle que celle qui reçoit la superposition. Si cette règle n'est pas observée , et que les sucs fournis par les racines , passant au travers de larges canaux , trouvent, en arrivant dans la partie où la contexture ligneuse se rétrécit , un obstacle k s'épancher , il s'ensuit un engorgement de sucs séveux dans la partie inférieure, stagnation forcée et retour vers les racines , et le développement inévitable de sucs pernicieux qui corrodent le cœur,
l'aubier, le- liber et l'écorce » et font périr l'arbre -, si ces sucs ne trouvent pas une issue pour s'épancher extérieure"* ment ; de là l'origine de ces ulcères desquels il découle une liqueur noire visqueuse qui nuit beaucoup à la prospérité de l'arbre. Si^ au contraire, la partie superposée est douée d'une plus grande porosité,, si ses tubes capillaires sont construits sur une plus grande échelle, l'ascension du fluide séveux est plus rapide, ainsi. que son épanehement dans la partie supérieure ; la transpiration nécessaire k l'arbre élabore parfaitement les sucs ; les bourgeons , les feuilles se développent et grandissent avec plus de rapidité ; les organes aspiratoires hument , aspirent dans l'atmosphère ; lés substances aériennes , propres à l'accroissement de l'arbre ,. renvoient à la tige et aux racines tout ce qui est nécessaire à leur développement ; l'équilibre se maintient et l'accroissement de l'arbre est prodigieux. C'est l'observation de ces divers phénomènes qui m'a principalement décidé à insister sur la greffe en branches , et à conseiller de ne pas greffer un sujet sans connaître parfaitement à quelle race et h quelle variété il appartient , et sans avoir parfaitement observé les rapports de contexture ligneuse qui peuvent exister entre lui et la variété que l'on désire lui superposer.
Il est bien difficile de connaître à quel sexe appartient un mûrier f avant qu'il ait formé sa tête. Les races premières sont les seules qui développent leurs caractères en naissant , et qui dessinent leurs formes sans y rien changer. Le semis des graines de races premières commencent la dégénérescence , à moins que la fécondation des fleurs femelles , par les étamines des fleurs mâles , soit pure de
mélange des races dégénérées , ce qui , dans nos climats , est impossible, ou du moins très-difficile. Nous ne possédons pas les mâles des races premières , aussi tous nos semis vont toujours en dégénérant. Tous les sujets en provenant sont , k peu d'exceptions près , hermaphrodites , à feuilles plus ou moins lobées ou digitées.
La contexture ligneuse des sujets provenus du semis , perd peu du caractère de la race k laquelle appartenait la graine ,' à moins que , dans la fécondation , les races ne se soient croisées. Dans ce cas , peu de sujets seront doués de la même organisation ; les uns offriront les caractères de la race noire , les autres de la blanche ; grand nombre tiendront le milieu entre les deux. C'est dans ce cas qu'un greffeur intelligent est un homme précieux ; c'est là où toute son attention est indispensable, et où, lorsque l'opération est faite au hasard , on reconnaît , à la prospérité des uns et à la nullité des autres , l'importance d'observer les rapports d'organisation et le choix des variétés mélangées. La dimension de la moelle, l'épaisseur de l'écorce , la dureté du bois , sont , k défaut de connaissances plus amples, des moyens de comparaison k peu près sûrs, encore faut-il la plus grande attention pour ne pas s'y tromper.
De l'amélioration des variétés par la greffe.
J'ai dit plus haut que la greffe faite avec intelligence pouvait améliqrer les variétés. Les divers essais auxquels je me suis livré là-dessus , m'ont prouvé que certaines variétés pouvaient , non seulement varier de forme et de dimension , selon que l'alliance par la greffe était plus ou moins heureuse , mais encore qu'elles pouvaient perdre ou acquérir de la rudesse par les mêmes causes.
Si le sujet sur lequel on fait une superposition appartient à la race blanche et aux variétés fines et délicates de cette race , la variété superposée , quelles que soient sa rudesse et son épaisseur , deviendra plus mince , plus douce , sans perdre de sa dimension et de sa forme ; c'est k des expériences souvent répétées que je dois l'opinion que je me suis faite sur l'origine des variétés et des sous-variétés qui existent maintenant. C'est en alliant par la greffe les types de race , et en superposant aux extraits de cette alliance des variétés connues dans nos pays , que j'ai pu me faire une idée des améliorations possibles , ou de la dégénérescence des races et de la complication des sous-variétés, par l'alliance des variétés entr'elles.
Lunisexuel blanc type ou multicauly, dont l'organisation ligneuse obligera tôt ou tard ses zélés partisans k renoncer k lui , est susceptible de nous rendre quelques services importants. Je pense en avoir tiré tout le parti possible en lui superposant une variété robuste. Par exemple , en lui
superposant le moretty, il en résulte des feuilles moins rudes et d'une plus grande dimension que celles du moretty.
Cette alliance du multicauly avec toute espèce de variétés, demande quelques précautions indispensables. Le danger de le perdre tous les hivers, m'a suggéré l'idée de ces précautions ; elles consistent à couvrir le bas des tiges de terre ou de toute autre chose propre à les garantir du gel , à les découvrir au printemps, lorsque la végétation va corn* mencer , et à greffer les jeunes pousses d'un an tout-à-fait rez-terre ; si la greffe réussit , il surgira une tige prodigieuse dont la vigueur est infiniment supérieure à toute autre provenant de l'alliance des variétés que nous possédons. Cette différence s'explique par la contexture des racines du multicauly , qui sont douées d'une qualité spongieuse très-remarquable , et qui se développent et s'étendent très-rapidement. L'abondance des sucs qu'elles fournissent à la tige, donne lieu à cet accroissement rapide.
J'ai poussé plus loin cette expérience : j'ai superposé au moretty diverses variétés , de manière à avoir un mûrier ayant des racines de multicauly , une tige avec embranchement de moretty et une variété de nos contrées audessus. J'ai également fait cette expérience avec diverses variétés , telles qu'avec le mûrier rose de Constantinople , le mûrier romain , mûrier à flocs d'Espagne , aucune ne m'a réussi. Comme la superposition du moretty immédiatement sur la racine du multicauly , cette première alliance produit une feuille grande , ayant exactement la forme de celle du multicauly et sa dimension , ferme , lisse d'un côté, d'un vert moins foncé que le moretty , néan-
motus plus prononcé que celui du multicauly , mais ayant , comme celle du multicauly, l'inconvénient de se flétrir rapidement malgré sa fermeté. Pour y obvier, j'ai superposé au moretty la variété appelée mûrier de Constantinople ; la feuille en provenant a conservé le caractère et la forme exacte de cette variété , et est restée telle qu'elle est décrite au chapitre 6 , à la dimension près qui a presque doublé. Diverses autres variétés ainsi alliées au moretty k racines de multicauly, ont acquis un développement plus grand qne celui propre k leur race ou k leur variété ; il reste k savoir maintenant si leur qualité s'est aussi améliorée. L'expérience pourra nous instruire la dessus. Dans des expériences de cette nature , il ne faut jamais oublier que si nous obtenons des variétés d'une plus grande dimension , il faut éviter celles qui seraient plus épaisses ; l'abondance du parenchyme n'est qu'une qualité dangereuse; les feuilles lisses ou rudes ne sont vraiment bonnes que lorsque les deux épidermes sont très-rapprochés.
Le mûrier de la Virginie, dont la feuille est épaisse, velue et rude , serait sans doute amélioré par l'alliance avec le multicauly. C'est une expérience que j'indique aux personnes qui possèdent ce mûrier , et il est plus que probable que cette alliance produirait un très-bon effet.
Il est , sans doute , une infinité d'expériences auxquelles on pourrait se livrer , soit pour améliorer les variétés mauvaises , soit pour remonter progressivement aux races premières , mais , je le répète , pour que ces expériences deviennent k la fois un moyeu d'instruction et uu objet d'utilité productive et rendante , il faut qu'elles soient faites par des hommes instruits, versés dans la culture du mûrier. H
convient de ne pas faire ces expériences sur une trop grande échelle , et d'attendre, avant de les appliquer k une grande masse , la conviction de leur bonté. J'indique donc , comme expérience faite et positive , l'amélioration des variétés ci-dessus indiquées , par leur superposition sur la racine de multicauly ; je considère ce moyen comme étant le seul que nous puissions employer dans nos contrées pour tirer parti de cette belle race première que les hivers rigoureux nous font si souvent regretter.
§ ni.
Dernières observations sur la greffe.
Quelques jardiniers pensent que la greffe ne réussirait pas sur du bois de deux ans; ils ont tort. Toutes les fois que j'en ai fait Fessai , il m'a complètement réussi. L'écorce d'une branche de deux ans est plus ferme et , par conséquent , moins sujette aux accidents qui font quelquefois manquer l'opération , lorsque l'écorce est trop faible , et ne serre pas la greffe. L'eau de pluie qui s'introduit entre l'écorce détachée et la greffe , agit plus fâcheusement sur une écorce tendre que sur celle qui est ferme; l'action du soleil ou des vents du midi f qui peut également faire manquer l'opération , par rapport au dessèchement trop rapide et à la contraction de l'écorce qui en résultent, est bien moins sensible sur une écorce de deux ans que sur celle d'un an. En un mot f il y a avantage à greffer sur vieux bois lorsque,
toutefois, la branche n'est pas trop grosse et peut être enveloppée par une greffe à flûte.
Lorsqu'on greffe un mûrier pour obtenir une variété meilleure, il convient de ne pas trop se hâter; Tannée qui suit la plantation à demeure est peu convenable; le sujet n'étant pas encore bien remis de la secousse que lui ont fait éprouver Tarrachis et la suppression presque totale de ses racines , à besoin de repos. S'il a végété vigoureusement, on peut le tailler , le membrer par le procédé d'ébourgeonnement décrit au § 2 du chapitre 5 , et le greffer la troisième année sur les pousses de la deuxième. Il est bon de se rappeler que plus un mûrier est vigoureux , plus Topération est sûre ; on ne gagne rien à trop se hâter , surtout pour les mûriers de première classe auxquels cinq années au moins de repos, après la plantation à demeure, sont indispensables. J'ai remarqué que les mûriers , soumis trop tôt à l'opération de la greffe , n'étaient jamais aussi vigoureux que ceux sur lesquels elle était faite plus tard. J'ai remarqué également que ceux sur lesquels l'opération avait été faite au-dessus du deuxième embranchement , non seulement avaient une reprise plus assurée , mais encore prenaient un développement plus rapide.
Après l'opération de la greffe , il convient de ne laisser surgir aucun bourgeon autres que ceux que Ton veut faire adopter à l'arbre, et de supprimer les bourgeons parasites au fur et à mesure de leur apparition ; cette opération doit se répéter souvent , jusques k ce que Ton soit assuré que la greffe s'est emparée de toute la végétation. Si Ton s'apercevait cependant que l'œil de la greffe fut sec , il faudrait cesser Tébourgeonnement dans la crainte de faire périr le sujet.
Quelques greffeurs ont la mauvaise habitude de faire tremper dans l'eau leurs greffes détachées à l'avance ; ce procédé est mauvais et fait souvent manquer l'opération. La gomme-résiné se dissout à l'eau froide , et, cette gomme-* résine indispensable à l'adhérence de la greffe , reste dans le vase où Ton a mis tremper les greffes ; l'eau qui Ta remplacée s'évapore après l'opération, produit une contraction qui fait détacher ou séparer la greffe de l'écorcé du sujet greffé , et a moins d'un hasard miraculeux , la greffe ne réussit pas. Il convient de ne détacher les greffes qu'au fur et à mesure de leur emploi ; on peut faire tourner complè* tement un scion de greffe , et y prendre les greffes après en avoir comparé la grosseur avec celle du scion ou branche qui doit les recevoir. Cette méthode simplifie et abrège l'opération , en ce sens qu'avec une seule baguette on peut apposer plusieurs greffes sur le même mûrier , en commençant par sa plus petite branche , et lui appliquant le premier bourgeon ou sifflet détaché , et continuant ainsi jusqu'à la plus grosse branche qui doit se rapporter avec le talon du scion qui fournit les greffes , si la végétation du sujet que l'on greffe est tant soit peu régulière. Bien entendu que les principes ci-dessus se rapportent au procédé de la greffe à flûte , la greffe à écusson pouvant se faire indifféremment avec de grosses ou petites branches , sans proportion de grosseur entr' elles.
Après l'opération de la greffe , il reste au bout de la branche greffée un tronçon de bois sec ; il convient de le supprimer proprement aussitôt que la greffe a buit ou dix centimètres de longueur. Cette suppression donne à la greffe la facilité d'envelopper le bout de la branche presque com-
plètèment la première année , et le bout une fois couvert , elle acquiert une vigueur considérable.
On doit éviter d'apposer la greffe trop près de l'embran* chement : il doit y avoir au moins 1 5 k 20 centimètres de distance entre la greffe et l'embranchement immédiatement inférieur; elle doit être apposée dans l'intervalle qui se trouve k la branche , entre un nœud et l'autre , de manière k ce que sa partie inférieure s'arrête sur un nœud. L'œil doit être tourné de manière k conserverai' arbre une forme régulière, c'est-à-dire, que sur une branche verticale, il doit être en dehors, et sur une branche horizontale, au-dessus ; les distances , autant que possible , régulièrement conservées. Il ne serait pas prudent de n'apposer sur un mûrier que la quantité de greffes rigoureusement nécessaire a sa membrure , il vaut mieux avoir k supprimer qu'k revenir partiellement k l'opération.
La membrure de l'arbre doit commencer l'année qui suit l'opération de la greffe , et se continuer au moins les deux ou trois suivantes , avant de s'approprier sa feuille , autrement on courrait risque de le voir se rabougrir. Il y a un si grand avantage a ne pas dépouiller trop tôt un mûrier de sa feuille , q«e je suis étonné qu'il y ait encore un planteur qui ait besoin de cette recommandation.
Il arrive souvent que la greffe donne deux ou trois jets. Dans ce cas , il convient de supprimer ceux de moindre apparence , et de n'en laisser qu'un par greffe. Cette règle s'applique k tous les ébourgeonnements. Les branches sœurs se séparent tôt ou tard , et, de plus, donnent une apparence disgracieuse au sujet.
J'aurais encore bien des choses à dire sur cette matière ; mais, soit que sur divers points il me reste encore quelques expériences a faire , soit que je craigne d'avoir imparfaitement observé, je m'arrête là. Je promets néanmoins de continuer mes recherches , et de les rendre publiques lorsqu'elles pourront être utiles à mes concitoyens.
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