DE LA TAILLE
Considérations générales sur la taille.
Celte partie de la culture du mûrier a été rudement controversée ; cela devait être. Les innombrables opinions des cultivateurs de mûriers devaient être comme les innombro* blés résultats divers obtenus par les mêmes méthodes appliquées indifféremment dans tous les sols et tous les climats; la même méthode , appliquée dans des sols et des climats différents , produisant des effets diamétralement opposés , et ces différences se compliquant encore, dans chaque localité , par la différence des variétés soumises à la même opération , il devait naturellement en résulter un conflit d'opinions , un cahos d'idées plus ou moins opposées les unes aux autres.
Quelques auteurs veulent qu'on taille souvent, les uns au printemps , les autres après la cueillette de la feuille ; d'autres plus rarement; d'autres jamais. Je suis bien convaincu que chacun d'eux donne un conseil raisonnable pour le pays qu'il habite ; mais à moins de posséder un sol et
un climat semblables , il n'est pas raisonnable de procéder comme lui.
La taille , comme toutes les autres opérations qui se rattachent à la culture du mûrier , doit varier et se modifier suivant les lieux, suivant les classes de mûriers, et suivant les variétés qui y sont soumises ; mais, dans tous les sols et tous les climats, la taille ne doit être considérée que comme remède , et non comme nécessité; elle doit servir à aider et non à réformer la nature.
Comme remède , elle doit réparer les maux qui surgis— sent indispensablement de la cueillette de la feuille , soit le rabougrissement , soit les lésions ou bris de branches. Considérée sous un autre point de vue , elle doit être pratiquée de telle sorte qu'elle favorise le développement du sujet en lui donnant à la fois une forme qui le mette à notre portée , en lui aidant à former les embranchements nécessaires à sa végétation, et lui empêchant d'en former une quantité trop considérable.
De ce principe découlent deux conséquences naturelles : la première , qu'il est dangereux de tailler le mûrier sans besoin, et l'autre, qu'il ne convient pas de négliger la taille quand le sujet demande à être taillé.
, Ici, deux ennemis sont en présence, la nature et latwlonté de l'homme. La nature , plus savante , réclame la priorité ; il est interdit à l'homme , dans son intérêt , de la contrarier. La taille doit donc se conformer k ses exigences , l'aider, au lieu d'entraver ses fonctions, ou, tout au moins; être pratiquée de manière à ce que , sans inconvénient et sans perte, l'arbre trouve d'un côté ce qu'il aurait eu la volonté de chercher de l'autre , de manière à ce que les or-
ganes restant les mêmes , réunis dans une forme régulière et k notre portée , conservent néanmoins celle propre k ce végétal.
Ces principes posés, il convient, avant de prescrire les procédés de taille , de donner une idée aux cultivateurs de l'organisation des grands végétaux qui, souvent, varie suivant l'espèce.
Le mûrier qui , ainsi que je l'ai dit au chapitre 6 , appartient (suivant Jussieu ) aux Urticées , est destiné par la nature k former un arbre k haute tige ; la taille s'oppose donc k la volonté de la nature , et ne doit être pratiquée que dans le besoin , comme remède , et de manière k ne pas trop contrarier cette tendance incessante k jouer le rôle auquel la nature le destine»
Tous les grands végétaux se composent de trois parties bien distinctes : racines , tige et branches. Ges trois parties indispensables les unes aux autres, ont chacune un rôle différent k remplir : les racines cherchent dans le sol les sucs propres k la formation des organes destinés à absorber des substances aériennes dont la combinaison avec ces sucs produit l'accroissement du végétal. La tige sert de conducteur aux sucs fournis par les racines , les communique aux branches qui , en les conduisant elles-mêmes, et les distribuant dans toutes les parties de l'arbre , jusqu'aux feuilles , développent au fur et k mesure des besoins , des feuilles, de nouvelles branches et, par conséquent, de nouveaux embranchements.
L'embranchement , comme je l'ai dit plus haut , est le lieu où se rencontrent naturellement les sucs aqueux provenant des racines , et les substances aériennes
absorbées par les feuilles. En examinant la direction des divers tubes capillaires qui s'y trouvent réunis, on voit que cette combinaison aqueuse et aérienne est obligée d'y tournoyer , d'y séjourner , et , par conséquent , de s'y combiner intimement ; ce qui m'a fait considérer l'embranchement comme l'estomac des végétaux , le lieu où s'élabore la sève , et le point de départ pour sa distribution dans ton* tes les parties de l'arbre.
Au fur et à mesure que le végétal grandit , que son organisation se subdivise , il forme , s'il est abandonné à luimême , de nombreux embranchements. Dans les climats chauds et les sols riches, ces embranchements sont plus espacés et plus rares , les pousses plus longues et mieux nourries. Dans les climats froids et les sols pauvres, l'inverse a lieu ; les pousses sont plus nombreuses et plus minces ; le mûrier cherche k se créer une multitude d'organes aspiratoires qui forment autant d'embranchements ; il semble qu'il veuille compenser, par la multitude des moyens d'existence qu'il se crée, l'ingratitude du climat et du soi qu'il habite. Mais» alors, le climat et le sol ne répondant pas et ses besoins , il doit nécessairement se rabougrir et prendre l'aspect qu'ont , dans nos pays , les mûriers placés dans cette condition et abandonnés à eux-mêmes. Dans les cli*** mats chauds et dans les régions froides , la qualité du sot apporte à la végétation des modifications singulières qui eh changent totalement l'aspect.
L'observation de ces phénomènes conduit naturellement à conclure qtiech&qtie localité doit amener dë& modification» dans la taëie , que tous les sujets mette fie peuvent être traités de même. Cette conviction ift'a mis dams l'obligation.
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pour être bien compris» de diviser les mûriers pour la * taille, comme pour tous les autres soins qui se rattachent a leur culture , en quatre classes ; dans cette division en quatre classes, seront compris seulement ceux dont la membrure régulière a été faite d'après les principes développés au § 2 du chapitre 4. Quant aux mûriers qui, jusqu'à présent, n'ont reçu aucuns soins, ou qui ont été traités d'après diverses méthodes plus ou moins défectueuses, il convient de leur appliquer , selon leur âge ou leur état, une taille en rapport avec les principes généraux d'embranchement qui seront développés au § suivant , et de les traiter ensuite suivant le sol et le climat qu'ils habitent.
Principes d* embranchement.
H est impossible de pratiquer raisonnablement la taille du mûrier , sans connaître les principes de l'embranche- .ment. Ces principes varient suivant les lieux et doivent être réglés sur la vigueur de chaque sujet. J'engage les planteurs k étudier avec attention ceux développés au présent §. Leur connaissance complette fait toute la science du taii- Jeur de mûriers.
Le nombre des branches qui composent le premier embranchement est peu important ; cependant , il serait plus convenable qu'il fût proportionné k la richesse ou à la stérilité du sol , et aux chances de chaleur ou de froid. Dans un sol riche et un climat chaud , le développement du mûrier de* «ant être plus rapide, il vaudrait mieux que le mûrier fût?
primitivement membre sur trois ou quatre branches que sut deux ; le nombre de ces branches devant être réglé par sa vigueur 9 on sera forcé, pour suivre la marche de cet accroissement, de former, Si la deuxième ou à la troisième année , le nombre des embranchements que comporte sa vigueur , afin qu'il puisse utilement dépenser l'abondance de sucs que le sol et le climat lui fournissent. Deux incon* vénients graves résultent soit de la formation de trop nom* breux embranchements , soit de l'opération contraire. Dans le premier cas , la rétroaction de la sève attardée parles nom* breux reposoirs où elle s'élabore , ne pourra pas donner , à la tige et aux racines , tout ce qu'elle leur eût donné si les embranchements eussent été moins nombreux; l'accroissement de l'arbre aura lieu plus rapidement k la partie supérieure qu'à l'inférieure ; la tige restera mince et fléchira sous le poids de la partie supérieure. Dans l'autre cas (celui d'insuffisance d'embranchement), le fluide ascensionnel jouera le principal rôle dans le développement de nouvelles branches ; elles seront longues , mais frêles; les vents les froisseront, et leur forme etleur direction seront irrégulières. Pour obvier k ces deux inconvénients , il faut procéder méthodiquement, former la tête des mûriers de première et deuxième classes sur trois ou quatre branches, les main* tenir a cet état pendant la première année de la plantation à demeure , et doubler leurs embranchements k chacune des années suivantes , pendant au moins cinq ou six ans , de telle sorte qu'un mûrier membre sur trois branches ait , au bout de cinq ans de sa plantation à demeure , quarante* huit jets régulièrement placés. Il est bien convenu que, pour arriver à ce résultat , il faut que la greffe en branches
réussisse parfaitement , et que le marier n'ait jamais été dépouillé de sa feuille.
Pour les mûriers de troisième et quatrième classes , la Corme de l'embranchement est à peu près indifférente. L'obligation de les tailler tous les ans ou tous les deux ans pour les maintenir k l'état d'arbuste , s'oppose k la régularité de l'embranchement; leur forme régulière ne pourra se maintenir au. plus que pendant les premières années de leur âge , et la multitude des pousses sera le seul moyen de les indemniser de la perte que nous leur ferons faire annuellement.
Lorsque les mûriers de première classe auront été mem» hrés sur deux jets, et que ces jets seront vigoureux, il convient de leur donner k nourrir chacun trois jets nouveaux qui formeront deux nouveaux embranchements sur chaque • jet ornais alors il faut les espacer convenablement,, afin de ne pas tomber bientôt dans la confusion; pour cela, la taille doit être longue et suivie de l'opération indispensable de ïébourgeonnement prescrit au § 2 du chapitre 5. À la deuxième opération , la taille doit être un peu plus courte et ne doit [former qu'un embranchement par chaque jet , , et l'opération doit continuer pendant deux années au moins avant de dépouiller l'arbre de ses feuilles, toujours avec la même progression.
Lorsqu'un mûrier de première et deuxième classes aura été membre sur trois ou quatre jets, les membrures et embranchements successifs ne doivent que doubler annuellement, à la différence seulement que, dans les mûriers de première classe , ils doivent être plus distants que dans ceux de deuxième > afin d'être proportionnés à la dimension
que chacun doit acquérir. Eu règle générale , la richesse ou la pauvreté du sol et du climat doivent servir de guides à cet égard, et régler les distances d'embranchements qui doivent toujours être proportionnés k la vigueur du sujet.
Il est donc bien convenu que chaque pousse nouvelle doit devenir branche Tannée suivante, et fournir deux non* velles pousses qui, a leur tour, deviennent mères de deux nouveaux enfants ; cette progression régulière donne à la fois une forme gracieuse au sujet, et lui garantit un avenir plein de vigueur et de santé. Ces principes d'embranchements s'appliquent aux mûriers de tout âge , et quoiqu'ils ne semblent écrits que pour les nouvelles plantations , ils peuvent s'appliquer aux vieux mûriers après la taille , pour les rajeunir et leur rendre une végétation vigoureuse. La manière de procéder , dans ce cas , sera indiquée au § 5 du présent chapitre.
Des diverses causes qui obligent à tailler Us mûriers.
Les causes qui obligent à tailler le mûrier sont , pour les jeunes : l'obligation de maintenir V équilibre et la proportion entre toutes leurs parties , le besoin de diriger leur t?égétation et de la rendre régulière. Pour ceux qui ont déjà été dépouillés de leurs feuilles : les accidents indispensables résultant de la cueillette des feuilles , le bris des branches , le rabougrissement et les maladies auxquelles donne lieu cette eueilUtte pratiquée en temps inopportun; enfin, dans certains
cas : le besoin de ramener le mûrier à notre portée , en ar*rêtant l'accroissement de certaines parties qui s'emparent de la végétation.
Pour les jeunes mûriers , la taille annuelle, pendant quatre ans au moins, est indispensable soit pour les membrer, ainsi qu'il est dit au paragraphe précédent, soit pour régler leur végétation. Je n'insisterai pas sur les principes de cette taille que je crois avoir suffisamment développés au précédent paragraphe; j'indiquerai seulement les principales causes qui amènent le rabougrissement et nécessitent la taille.
La cueillette de la feuille est la principale cause de tous les maux qui surgissent aux mûriers et nous mettent dans l'obligation de les tailler. Pour bien se rendre compte de ces différents maux, il fout d'abord observer attentivement l'organisation de ce végétal , et se rendre compte des moyens que la nature lui a fournis pour résister à notre cupidité. Il semble que le Créateur , prévoyant l'utilité de ce végétal , a donné à lui seul ce qu'il a refusé à tous les autres. Il n'en n'existe pas un , sur toute la surface du globe , qui puisse résister a la suppression totale de ses organes aspiratoires au moment de sa végétation. Le mûrier, seul , est muni de moyens d'existence éventuels , de bourgeons dormants prêts à remplacer ceux qu'on lui enlève, destinés à lutter contre nos mains dévastatrices; cette lutte, cependant , ne peut pas être éternelle ; les ressources que la nature lui a données ne sont pas sans bornes ; ces bourgeons éventuels ne sont pas inépuisables ; il doit nécessairement succomber dans un combat qui est inégal pour lui ; son rabougrissement nous l'annonce et semble nous demander
merci» Alors, écoutons sa prière u donnons lui du repos et la taille, et nous le verrons renaître, et nous compenser largement le petit sacrifice qne nous aurons fait en sa faveur.
L'épuisement des bourgeons éventuels doit avoir lie» dans un laps de temps plus ou moins court , selon les lieux et même suivant les variétés , la eontexture ligneuse jouant un rôle qui varie suivant son plus ou moins de fermeté. Dans les variétés construites sur une grande échelle , l'épuisement des bourgeons éventuels sera plus rapide dans les climats chauds et les sols riches ; le mûrier développera annuellement une plus grande quantité de bourgeons , et sera par conséquent plus souvent en besoin d'être taillé ; l'inverse aura lieu, pour les mêmes variétés, dans les climats froids où les variétés à contexture ferme et serrée résisteront plus longtemps au rabougrissement.
Quoique l'épuisement des bourgeons éventuels semble devoir être progressif et toujours le [même pour chaque variété habitant le même lieu , il peut néanmoins être hâté par des accidents provenant de la cueillette de la feuille en temps inopportun. Il peut advenir que grand nombre de ces bourgeons périssent lorsque l'arbre est dépouillé de sa feuille par un temps de pluie , ou lorsque une transition rapide d'une température chaude k une froide a lieu immédiatement après la cueillette de la feuille. La rétroaction de la sève , dans ce cas , donne lieu à de graves accidents ; nous sommes heureux si le mûrier en est quitte pour le rabougrissement. Il peut en advenir des maladies graves, tels que Yasphixie, le champignon tnuquor, des ulcères a la tige et aux racines : dans cette hypothèse , noa
seulement la taille aux branches devient utile , mais ebcore celle aux racines est nécessaire pour faire épancher au dehors la trop grande abondance du fluide séveux dont le séjour et la fermentation dans les racines et la tige amènent ces accidents fâcheux auxquels les mûriers sont souvent sujets dans nos contrées. Cette opération , donnant aux germes de bourgeons le temps de se développer , peut sauver l'arbre qui eut immanquablement péri asphixié si on l'eût négligé. Pour obvier k ces accidents , il serait prudent de suivre le conseil que donne , en pareil cas , M. Frescinet, de ne pas dépouiller entièrement le mûrier de sa feuille lorsque le temps est froid et pluvieux ; mais il ne faut pas négliger d'achever l'opération aussitôt qu'il fera beau , et dix ou douze jours au plus tard après la première opération. Celte opération , qui peut sauver l'arbre de bien des accidents , donnerait lieu k d'autres non moins graves , si la cueillette de la feuille n'était pas achevée.
S iv.
Division de la taille par classes de mûriers.
Étant bien reconnu que la taille du mûrier ne peut pas se pratiquer dans tous les lieux de la même manière et aux mêmes époques , il est indispensable , pour prescrire h chaque planteur ce qu'il doit faire , de diviser les mûriers à tailler par classes ; cette division , en tout conforme au plan général de cet ouvrage , sera basée sur les principes de classification développés au § 2 du chap. 1 er , principes
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sur lesquels il est inutile de revenir ici. Il suffit seulement de rappeler que mon type de première classe de sol et de climat se trouve dans le département de l'Isère , et que la méthode que j'indique pour toutes les classes , n'est rigoureusement applicable r pour le reste de la France , que pour des sols et des climats identiques.
Ainsi , en se rappelant bien que le mûrier ne doit être taillé que dans les cas indiqués au paragraphe précédent , il est ordinaire que l'épuisement des bourgeons éventuels doive avoir lieu , pour les mûriers de première et deuxième classes , au bout de six ou huit ans. Le planteur qui aura membre ses mûriers convenablement , qui ne les aura 1 dépouillés de leurs feuilles qu'après six ou sept ans de plantation a demeure , pourra diviser par sixièmes ses plantations de première classe , et tailler tous les ans un sixième de ses mûriers , en commençant cette taille la huitième année de la plantation à demeure , sauf pour quelques-uns ou pour tous , les cas de rabougrissement ou d'autres accidents résultant de la cuillette des feuilles en temps inopportun.
Si le premier et second sixièmes , par lesquels l'opération doit commencer , ne sont pas encore rabougris , que leur vigueur puisse faire regretter les branches que la taillesupprimerait , alors au lieu de les tailler , il convient de les laisser reposer pendant un an sans les dépouiller , ce qui renverrait pour eux , s'Us avaient huit ans lors de cettfr année de repos , à la quatorzième année de leur âge , pour être taillés la première fois.
Les mûriers de deuocième classe peuvent être divisés par tiers au moins et par cinquièmes w plus. Par tiers , daus^
les climats chauds , aux sols médiocres , ou dans les botis sols aux climats froids ; et par quarts ou cinquièmes , dans les sols riches et climats tempérés.
Cette division , néanmoins , ne peut pas être exclusive ; les variantes de la végétation , suivant les lieux , doivent être , là-dessus , les seuls guides ; chaque cultivateur doit étudier la végétation des variétés qu'il possède , et surtout ne pas oublier que la taille lui impose deux obligations importantes ; It repos , pendant un an, du sujet taillé , et ïébourgeonnement après la taille , pour refaire et réorganiser , sur le même plan , le mûrier qui a été taillé.
Le mûrier de troisième classe, que nous appelions mûrier nain , ne peut pas être traité dans tous les lieux de la même manière : dans les sols et climats de première classe , la taille peut être pratiquée annuellement après la cueillette de la feuille ; dans les sols médiocres et climats chauds , elle doit être pratiquée au printemps , et les plantations , alors , doivent être divisées par deuxièmes ou par tiers ; dans les sols riches ou climats frais , cette division peut être la même ; et dans tous les lieux , la vigueur de la végétation doit guider le cultivateur et déterminer la proportion dans laquelle il doit diviser ses plantations pour la taille. Les mêmes règles s'appliquent aux mûriers de quatrième classe , qui , ne donnant des produits qu'ai raison de la multitude de leurs pousses nouvelles , devront être traités de manière à faciliter le plus possible le développement de ces nouvelles pousses, et leur taille annuelle ou bisannuelle adra lieu selon les sols et les climats où ils seront placés.
Je terminerai ce paragraphe en faisant observer aux
planteurs que , dans les sols riches et climats chauds ou tempérés , le repos d'un an , au lieu de la taille , est pour les mûriers de première classe , non rabougris , plus avantageux que la taille ; que , dans ce cas , la suppression des branches lésées ou mortes , ou de celles mal placées , en un mot , Félagage bien fait peut devenir pour le mûrier un moyen de se renouveDer et de lui rendre sa vigueur première : on pourra avoir recours à ce procédé dans les cas seulement où le mûrier n'aura pas besoin d'être ramené à notre portée.
Des mûriers à réformer par la taiUe.
Les mûriers k réformer par la taille sont très-nombreux dans notre département , principalement dans les arrondissements de Grenoble, la Tour-du-Pin et St-Marcellin ; il en existe bien peu chez lesquels le hasard ait formé des embranchements réguliers et proportionnés à leur âge et à leur grosseur ; aussi cette partie de mon ouvrage sera la plus longue et la plus difficile k faire comprendre et à faire pratiquer. La cupidité des propriétaires s'opposera longtemps au sacrifice d'un faible produit pendant un an ou deux , et ces mûriers , dont l'aspect attriste le cœur , con-^ serveront longtemps encore l'aspect racbitique et rabougri. Cette réforme , cependant , ne demanderait pas plus de trois ou quatre ans pour être opérée complètement, si ceux qui possèdent des mûriers rabougris , consentaient à
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diviser leurs plantations en. diverses catégories. La perte réelle de produit ne se ferait qu'à la première et deuxième année , la troisième et la quatrième compenseraient largement celte perte , et les mûriers renouvelés , traités ensuite comme si leur éducation commençait , reprendraient toute leur vigueur première.
Les mûriers a réformer par la taille , se divisent naturellement dans tous les lieux en deux catégories : dans la première, ceux qui n'ont reçu aucuns soins, et chez lesquels le hasard seul a dirigé la végétation ; dans la seconde , ceux qui ont été taillés outre mesure et sans méthode , et qui 9 privés sans pitié des organes nécessaires à leur accroissement , sont criblés de cicatrices , de chancres , d'ulcères , et ne présentent à l'œil attristé qu'une végétation annuelle de quelques pousses rabougries.
t Pour réformer ceux de la première catégorie, l'opération sera plus facile et plus sûre ; la nature , qui n'a pas été contrariée , a conservé toutes ses ressources , et quelque soit leur âge , une taille bien faite peut leur rendre , sinon une forme régulière , du moins une végétation vigoureuse. Le point essentiel, en les taillant, est de leur conserver la quantité d'embranchements que comporte leur grosseur ; quelle que soit la bisarrerie de leur forme , il faut bien se garder de les tailler au-dessous du premier embranchement; cette sotte opération , que j'ai vu pratiquer quelquefois ; n'est permise dans aucun cas et k aucune époque. L'arbre que l'on y a soumis n'est jamais vigoureux , et les nouveaux embranchements qu'il se crée ne sont jamais solides: Il faut, s'il est possible, conserver au moins à chaque mûrier , un double , triple ou quadruple embranchement ,
selon son âge ou sa vigueur ; et sur les vieux mûriers f considérer les branches premières comme autant de tiges , et leur ménager à chacune les mêmes embranchements que Ton eût conservés à un mûrier dont la tige eût eu la même dimension. Si , dans des cas de lésion ou de maladie à ces branches , on est forcé de s'écarter de cette règle , il faut alors laisser à l'arbre assez de repos pour lui donner le temps de refaire ses organes ; deux années de repos au moins sont indispensables. Comme il est impossible , sur les vieux mûriers , de pratiquer toujours l'ébourgeon— nement qui doit suivre la taille , on peut remplacer cette opération par une deuxième taille Tannée suivante , qui , en supprimant la trop grande quantité de bourgeons surgis à la première année , réglera la quantité de branches qui doivent rester et former les nouveaux embranchements* Cette deuxième opération , faite en mai , donnera déjà quelques produits de feuilles , que Ton emploiera à nourrir les jeunes vers. Il conviendra alors d'appliquer aux pousses restantes les procédés de taille et débourgeonnement prescrits pour la membrure des jeunes mûriers. D suffira seulement de supposer que chacune des branches d'un vieux mûrier est un arbre auquel il faut donner des embranchements réguliers , échelonnés et espacés proportionnellement à sa vigueur. Dans les jeunes comme dans les vieux mûriers de cette catégorie , l'on a tout à perdre à revenir trop tôt à les dépouiller de leurs feuilles. Aux vieux, deux ans au moins sont indispensables * et pour les jeunes que la cueillette prématurée de leurs feuilles a rabougris, il conviendrait de procéder avec eux comme pour des mûriers nouvellement plantés , et de ne les dépouiller que lorsqu'ils seront suffisamment membres et embranchés.
Quant aux mûriers de la deuxième catégorie , ceux qu'une taille immodérée a couverts de plaies et de cica-^ trices , il y a deux manières de procéder ; elles dépendent de l'état de santé ou de maladie dans lequel ils se trouvent. Si les pousses nouvelles sont encore fraîches et vigoureuses , Fébourgeonnement , le repos et la membrure sur les nouvelles pousses , d'après les principes développés au § 2 du présent chapitre , sont les vrais moyens de les raviver; mais si , au contraire , cette taille immodérée a donné lieu au surgissement de chancres , d'ulcères et de caries aux branches , aux racines ou à la tige , alors la taille rase est indispensable au-dessus du premier embranchement toujours ; mais alors elle doit être faite de manière k pou* voir former au moins deux embranchements sur chaque tronçon. Après cette opération , deux ans de repos sont de rigueur , et toujours il faut , dans cet intervalle , procéder à la deuxième taille et à la membrure par ébourgeonnement , et cette membrure nouvelle doit être dans les proportions de vigueur et de dimension du sujet.
Dans les deux catégories d arbres k réformer par la taille , celle aux racines est de rigueur. En règle générale , les organes chargés de fournir le fluide séveux doivent diminuer à mesure que les réservoirs où devait s'épancher ce fluide diminuent. Si cette taille était sagement pratiquée à chaque fois qu'on taille les branches , w éviterait bien souvent les graves accidents auxquels donne lieu la taille immodérée ou faite en temps inopportun.