S VI
Époques de la taille.
Les principes développés dans les paragraphes précé-^ dents et les suivants , ne sont pas ce qu'il y a de plus important pour arriver^ aux résultats qu'on se propose. Vainement posséderait-on toutes les connaissances qui se rattachent à la taille du mûrier, et l'opérerait-on de la manière la plus parfaite , on obtiendra un résultat opposé à celui qu'on attend , si Ton n'observe pas les époques convenables pour tailler.
De nombreuses expériences , des observations constamment répétées m'ont convaincu que la taille du mûrier r notamment pendant sa végétation , doit être faite par un temps sec et chaud , et surtout avant le plein de la lune. Je sais que cette assertion trouvera , sinon des contradicteurs, du moins des incrédules ; que beaucoup de théoriciens , étrangers k la pratique , regarderont mon opinion comme une vision de lunatique ; n'importe , il n'en est pas moins bien constant que l'influence lunaire se fait sentir sur tous las végétaux ; que tous les fluides qui se trouvent à la superficie du sol , agissent sur les végétaux d'une manière dont les effets varient selon les phases lunaires.
J'ai longtemps cherché k me rendre compte de cette différence singulière qu'apportait , dans la végétation , b différence de la taille en nouvelle ou vieille lune. Après plusieurs expériences qui me donnaient toujours le même résultat ; après avoir remarqué que la taille opérée en lune
nouvelle donnait une très-faible déperdition de sève , et que le suc gommo-résineux , qui surgit ordinairement sûr la coupure , se desséchait rapidement et cicatrisait la plaie , tandis que la taille opérée en lune vieille donnait lieu à un épanchement considérable de fluide séveux extérieurement ; que ce fluide séveux , décomposé par le contact de l'air , prenait une couleur noire ou brune , et faisait périr lé cor ce de la branche sur laquelle elle s'épanchait ; j'ai conclu de là que l'ascension du fluide séveux variait d'intensité et suivait la. progression des phases lunaires. J'ai remarqué également, en pratiquant en même temps la taille aux branches et aux racines , que la déperdition du fluide séveux avait lieu , en lune nouvelle , par les racines, et en lnne vieille , par les branches. Ces observations m'ont fait penser que Y ascension et la rétroaction du fluide séveux étaient périodiques, et réglées ou modifiées par F attraction lunaire. J'ai également remarqué que les mûriers , dépouillés de leurs feuilles en lune nouvelle , avaient une deuxième végétation plus hâtive et plus vigoureuse.
Cette influence lunaire sur tons les fluides qui se trouvent à la superficie du globe , et par suite sur les végétaux qui s'en nourrissent , ne saurait être contestée ; ses effets variés, dont on peut se convaincre à chaque instant, mènent naturellement k conclure qu'il y a des jours fastes et des jours néfastes pour opérer.
J'ai pratiqué la taille pendant plusieurs années de suite sur des mûriers de même âge et à côté les uns des autres, les uns en vieille lune et les autres en nouvelle , pendant la végétation ; ceux taillés en lune nouvelle sont frais ,
vigoureux et prodigieusement développés ; les autres ont en partie péri , et ceux qui ont résisté n'ont pris aucun accroissement ; leur végétation va toujours décroissant.
Un temps chaud et sec est également nécessaire ; si la pluie succède à la taille , la cicatrisation des plaies est beaucoup plus difficile. La gomme-résine , dissoute par l'humidité , ne bouche plus les tubes capillaires aboutissant à la coupure ; Tépanchement extérieur du fluide ascensionnel donne lieu à de graves accidents.
Pour tous les pays , la taille ne peut pas être pratiquée aux mêmes époques de Tannée ; celle faite au printemps t avant la végétation , est préférable partout , et impérieusement commandée dans les climats de troisième et quatrième classes. Dans les climats chauds et tempérés, celle faite après la cueillette de la feuille peut devenir trèsavantageuse en ce sens que Tannée de repos qui doit toujours suivre la taille , donne le temps au planteur de réformer des embranchements et de pratiquer la nouvelle membrure par bourgeonnement , prescrite au § 2 du présent . chapitre , et qui sera plus amplement développé ultérieurement.
Dans les climats froids , au contraire , la taille au printemps est de rigueur, L'arbre , après la cueillette de sa feuille , n'a pas assez de temps pour végéter ; il serait imprudent de le tailler à cette époque , on pourrait l'exposer k périr. Dans cette hypothèse , elle doit être faite dans le courant de février ou de mars , et suivie , en mai , de Tébourgeonnement.
Dans les climats chauds et tempérés , elle doit être faite immédiatement après la cueillette de la feuille , si la lune
est nouvelle ; et si elle est vieille , on doit attendre , pour j procéder, quelle soit renouvelée. Dans ce dernier cas, on pourra se dispenser d'ébourgeonncr , afin de procéder, au printemps suivant , à l'élagage des jets qui seront de trop ou mal placés , et d'utiliser leurs feuilles. On ne doit jamais oublier que les mûriers que Ton veut tailler après la feuille cueillie , doivent être dépouillés les premiers ; il faudrait , autant que possible , qu'ils fussent taillés avant le plein de lune de mai , ou , au plus tard , dans les premiers jours de la lune de juin.
Pour tous les pays, la taille au printemps est préférable, et celle faite après la feuille cueillie devient funeste , si elle n'est pas suivie d'un an de repos. Le rabougrissement immédiat en est la conséquence forcée dans nos climats. Le midi de la France peut seul se permettre cette taille, «ncore lui est-elle quelquefois interdite. Je ne serais point éloigné de croire qu'elle ne fût la cause première des diverses maladies des vers qui affligent souvent ces contrées. Une feuille réduite par des pousses sans embranchements , doit contenir des sucs qui ne sont pas suffisamment élaborés , et peut bien donner lieu aux fâcheux effets produits par ces sucs pernicieux.
S vu.
Manière de procéder à la taille.
Les instructions comprises en ce paragraphe sont trèsimportantes : la réussite de l'opération de taille en dépend
souvent. Dans nos contrées , les hommes chargés d' opérer la taille des mûriers sont, pour la plupart, des manœuvrer que Ton y emploie , ignorant en général les règles et léS proportions dans lesquelles la végétation développe les végétaux ; ils coupent sans distinction toutes les branches à la même hauteur ou longueur , sans faire aucune attention au lieu où ils placent leur point de section , k la grosseur proportionnelle des branches et à 1'inclinafson des coupures ; très-peu même s'appliquent à faire une coupure propre et sans bavure. Il résulte de cette négligence de très-graves accidents : des caries , des chicots , qui sont immédiatement habités par des larves dont les ravages s'étendent souvent au-delà des parcelles de bois mort résultant de la mauvaise taille. Les plaies ne se recouvrent que difficilement , ou jamais. C'est pour obvier à ces graves inconvénients, que les préceptes du présent paragraphe deviennent très-importants.
Le choix et la forme des instruments dont on doit se servir , et la manière d'en user ; le lieu obligé" des coupures , et leur forme ou inclinaison , formeront tout le texte de ce paragraphe.
Aussitôt qu'une branche est trop grosse pour être tranchée d'un seul coup k la serpette , on doit se servir d'une scie , la plus fine possible , aux dents courtes , et n'ayant que le chemin nécessaire pour passer au travers du bois vert. Les instruments appelés scies de jardinier , aux lames fortes et épaisses, avec double rang de longues dents, ne sont pas convenables ; elles déchirent trop profondément le bout des tubes capillaires aboutissant k la coupure , et il résulte de leur lacération la formation d'un chicot de bois mort
plus ou moins long , qui , outre l'inconvénient de nous obliger a les supprimer ultérieurement, a eelui encore plus grave de retarder d'un an au moins le recouvrement complet de la blessure. La taille faite k la serpe par la percussion produit le même effet , elle brise le bout des tubes , ce qui produit toujours la mort du bout de la branche. H convient donc de se servir des scies les plus fines que Ton puisse trouver. Celles dites mes anglaises , ou vulgairement escofines , sont celles qui conviennent le mieux t encore imposent-elles l'obligation de revoir les coupures au fur et k mesure qu'on les fait , afin d'enlever avec une serpette bien affilée- les bavures ou mâchures de la scie , et de polir parfaitement la coupure , surtout sur les parois extérieures où son effet doit être plus sensible que sur le cœur. Un enduit d'onguent de St-Fiacre ou tout autre qui bouche l'extrémité des tubes , n'est pas une mauvaise précaution , surtout lorsqu'on opère avant la circulation du fluide séveux , et avant que l'arbre puisse employer k la cicatrisation de ses plaies les moyens que la nature a mis k sa disposition.
H y a des précautions k prendre pour se servir de la scie convenablement. D'abord, il est bien rare de trouver des branches auxquelles la direction verticale donne un équilibre complet ; elles pèsent tontes plus ou moins d'un côté. Pour éviter la déchirure d'une partie de la branche , il convient de commencer la coupure du côté de la chute probable , et encore il convient de soutenir , autant que possible , le bout qui doit tomber , afin que son poids ne produise aucune rupture. Il faut un peu d'habitude pour faire rencontrer les deux entailles de la scie ; dans le cas où cette rencontre ne serait pas parfaite , la serpette y
supplée , et arrondit parfaitement la coupure. Il faut avoir la main très-légère pour la scie , autrement elle s'engage , et joue difficilement dans l'entaille , surtout lorsqu'elle est enduite de gomme-résine ; il faut la nettoyer souvent et la tenir grasse : on s* évite beaucoup de peine et Ton opère plus vite et mieux.
Les branches de mûrier , quels que soient leur âge et leur grosseur , ont , sur leurs parois, à des distances à peu près régulières , des bosselures ; ces proéminences indiquent le le lieu où dorment , entre le liber et l'écoree , les germes de bourgeons éventuels destinés à remplacer les branches supprimées. ( Dans les pousses de Tannée , l'œil dormant est apparent. ) La taille doit être faite au ras de ces proéminences et immédiatement au-dessus, et Von doit choisir celle dont la position garantit, pour la branche qui doit faire suite à l'autre , une direction pareille , ou , dans le cas où la direction de la branche supprimée fût vicieuse , la changer de manière à la régulariser. Aucune direction forcée ne doit être donnée à une branche ; elles doivent toutes suivre la direction que la nature leur assigne , c'est au planteur à les choisir. C'est là que l'on sent toute r importance d'un ébourgeonnemènt ou d'un élagage bien faits. L'emplacement de la bosselure à choisir doit être déterminé par la position des branches entr'elles ; si l'arbre est serré , elles doivent être en dehors , pour les branches verticales surtout ; pour les branches horisontalement inclinées , elle doit être au-dessus , et lorsque l'embranchement est irrégulier , elles doivent toujours être choisies 4e manière à ce que la branche qui en surgit garnisse 4e$ vides qui se trouvaient dans la ferme primitive de l'arbre.
La nécessité de couper la branche an ras d'une de ces proéminences , et celle de changer souvent la direction d'une branche pour régulariser la future végétation du sujet f la grosseur proportionnelle des branches, qui varie beaucoup dans les plantations , où l'intelligence et les soins des planteurs n'ont pas su maintenir l'équilibre entre toutes les parties de l'arbre , l'impossibité de rencontrer une de ces proéminences bien placée et à la même hauteur sur chaque branche , font sentir tout le ridicule de ces tailles régulières , dans lesquelles toutes les coupures sont pratiquées à une hauteur et une distance parfaitement égales de l'embranchement , où il semble que Ton s'est servi d'un compas pour déterminer l'emplacement de la coupure ; dans ce cas , les coupures se trouvent , les unes entre deux bosselures , les autres au centre de ces bosselures , d'autres enfin , mais par hasard bien placées , de là des pousses irrégulières et d'innombrables chicots à couper l'année suivante , et souvent l'origine de caries, d'ulcères , et la cause de la rupture des branches.
La coupure ne doit pas être horisontale ; elle doit être inclinée du côté opposé k la bosselure qui recèle le germe des bourgeons éventuels ; sa forme alors est ovale. Cette inclinaison de la coupure donne à la plaie les moyens d'une prompte dessication , condition essentielle ; et comme le côté de la branche opposée au bourgeon ou jet nouveau se dessèche toujours , elle laisse dans la plaie , lorsqu'elle est soudée , une moins grande quantité de bois mort. Dans les pousses nouvelles, que l'on peut supprimer d'un seul coup de serpette , les mêmes règles doivent être observées; l'œil dormant , destiné par le tailleur à faire suite à la mère
branche , doit être au sommet de la coupure ; le coup de~ serpette doit commencer au côté opposé, en face des épaulements de l'œil , et sortir k demi-centimètre au-dessus. Lorsque cette opération a été bien faite , il faut être connaisseur pour distinguer un an après le point d'intersection, entre le bois de deux ans et celui de Tannée.
H serait inutile de recommander aux tailleurs de mûriers les précautions qu'ils devraient prendre pour ne pas lacérer l'écorce des branches , soit avec leur chaussure , soit avec les échelles dont ils se servent pour faire l'opération. Il serait convenable que toutes les échelles destinées à être appuyées contre des branches de mûrier fussent empaillées , c'est-à-dire leurs bras de force entourés de cordons de paille dans la partie supérieure , et que la chaussure detons ceux qui vont sur les branches de mûrier fiit souple et douce , en chaussons de lisière ou de tout autre chose. Les souliers ferrés et les sabots de la plupart des cueilleurs de feuille sont une des causes principales de l'origine des chancres aux branches , et du rabougrissement prématuré de nos mûriers. Toutes ces précautions paraissent d'abord minutieuses ; mais quand je compare la beauté des mûriers pour lesquels je les ai prises , avec ceux chez lesquels je les ai négligées , je les regarde comme indispensables.
§vm.
Ebourgeonnement après la taille.
Nous arrivons enfin k une des opérations les plus importantes, et en même temps des plus difficiles à bien
exécuter ; celle qui décide de la regénérescence du sujef auquel nous avons été obligé d'imposer la cruelle opération de la taille ; celle , en un mot , qui décidera de la durée de la nouvelle période d'existence que nous allons lui donner.
La difficulté ne git pas dans la manière d'enlever les bourgeons inutiles ; elle est dans le choix , le nombre et l'emplacement de chacun d'eux.
Pour que l'ébourgeonnement produise l'effet que l'on doit en attendre , il faut que la taille ait été bien faite , que Ton ait laissé à l'arbre une quantité de bois proportionnée à sa vigueur. Une condition essentielle de prospérité est la reconstruction d'une nouvelle charpente sur le plan de l'ancienne, si elle était régulière, et, dans le cas contraire, rétablissement d'une nouvelle qui rétablisse l'équilibre entre toutes les parties de l'arbre. Il convient d'examiner, lorsqu'on taille un mûrier , la forme, la direction des embranchements que l'on supprime, afin de les lui rendre, autant que possible, en dirigeant sa nouvelle végétation. Ainsi, si le mûrier que l'on taille est vigoureux , sa taille doit être assez longue pour se ménager l'emplacement , sans confusion , d'un nombre d'embranchements nouveaux égal à celui supprimé. La taille trop courte ne permettant pas de trouver la place d'une quantité de jets suffisante , peut devenir très-préjudiciable aux sujets vigoureux ; de même que celle trop longue nuit aux sujets peu vigoureux , pour lesquels une trop grande quantité de jets devient un moyen rapide d'épuisement. Ces principes , une fois bien compris, l'opération devient facile.
L'emplacement des bourgeons k choisir dépend beau-
coup de la forme primitive du sujet , et celui qui procède k rébourgeonnement, doit, k l'avance, juger la direction du jet et le lieu qu'il occupera. Ainsi, les bourgeons choisis doivent être placés de manière à ce que, dans l'avenir r les branches ne puissent pas se toucher ou se croiser. C'est donc indispensable de les échelonner , et de les prendre sur chaque branche k des hauteurs et des distances égales» mais variant d'une branche a l'autre. Par exemple, sur un arbre membre sur trois branches partant du premier embranchement, si la taille a été pratiquée au-dessus du deuxième embranchement, il doit avoir six tronçons; s'ils ont un pied de longueur , ils ont chacun , et de chaque côté de la branche, de six k huit bosselures (cette quantité de bosselures varie beaucoup : le climat, le sol et la variété k laquelle appartiennent les mûriers, modifient k l'infini le plus ou moins de rapprochement des bosselures). On supprime, en alternant, toutes les pousses dune bosselure, et, de Tau» tre côté , sur la bosselure opposée , on choisit , parmi les bourgeons le plus vigoureux et le mieux placé , et Ton supprime ses acolytes ; de telle sorte que si le tronçon en branche a huit bosselures , et que Ton veuille lui donner k nourrir quatre jets nouveaux , on choisit un bourgeon d'un côté sur la première et la troisième bosselures, et de l'autre Côté de même ; comme les bosselures sont échelonnées , les branches nouvelles le seront aussi. L'opération se fait de haut en bas, et le n° 1 er est la bosselure sur laquelle la taille a été faite.
Cette régie , malheureusement , n'est pas sans exception. La membrure primitive de l'arbre n'est pas toujours régulière , et, malgré toutes les précautions du planteur , des
accidents viennent souvent déranger ou contrarier cette régularité; c'est dans ce cas que l'intelligence joue le rôle le plus important ; le choix des bourgeons à laisser devient plus difficile , et je le regarde même comme impossible à prescrire d'une manière absolue. Cependant, en choisissant, dans les vides que laisse un embranchement irrégu— lier, des bourgeons paraissant vouloir s'y lancer, et supprimant ceux qui augmenteraient la confusion du côté opposé , on peut ramener l'arbre à une forme régulière t mais , dans ce cas , une année souvent ne suffit pas ; l'on ne peut réformer le sujet que par plusieurs tailles et ébour» geonnements successifs.
L'on n'est pas encore bien d'accord sur la forme la plus avantageuse à donner au mûrier. Celle généralement adoptée chez les planteurs du midi, est la forme de vase ou gobelet : cette forme est , il est vrai , très— gracieuse , elle flatte le coup d'œil ; cependant , il s'en faut de beaucoup que ce soit la plus avantageuse ; outre l'inconvénient d'obliger le planteur à une taille fréquente pour la maintenir , elle a celui de faire tomber bientôt dans la confusion , par rapport à la difficulté, quand l'arbre grandit, de placer dans la ligne du cercle tous les jets nécessaires à la végétation . Elle a , de plus, celui de perdre extérieurement et intérieurement un grand espace , et de mettre les uns sur les autres des jets qui s'appauvrissent mutuellement. La forme qui , je crois , est la plus avantageuse , est la forme de boule ; celle qui occupe , à des distances k peu près régulières, tout l'espace que réclame le développement du sujet, sans vides ou interstices. Cette forme a l'avantage d'augmenter les produits , de les rendre plus faciles à cueillir, et
de donner à l'arbre un accroissement égal sur tous les points.
Ainsi, le premier avantage de rébourgeonnement est celui de maintenir l'arbre dans une forme régulière, ou de l'y ramener s'il ne Fa pas. Cet avantage est immense , et , pour l'avenir du sujet, d'une trop grande importance pour que l'on hésite a en profiter. La majeure partie des arbres négligés périssent partiellement faute d'avoir pratiqué F ébourgeon nement. Abandonnés à eux-mêmes, quelques jets bien placés absorbent la plus grande partie de la sève pendant les premières années , et , plus tard , la prennent toute ; les autres branches appauvries sont frappées de paralysie ; les racines qui en étaient nourries pourrissent , et souvent communiquent aux autres la terrible maladie du champignon mucor, maladie contagieuse et qui peut entraîner, les uns après les autres , tous les arbres d'une plantation.
L'emplacement du bourgeon une fois déterminé, son choix n'est pas difficile. Celui du centre est ordinairement le plus beau , lorsqu'il ne lui est pas arrivé d'accidents. Sur la même bosselure , j'en ai compté jusqu'à six , cependant, il est plus ordinaire de n'en voir que deux ou trois. En règle générale, le plus vigoureux des trois doit être préféré lorsque sa direction paraît devoir être bonne ; pour savoir distinguer le plus vigoureux , il faut attendre que les bourgeons aient atteint une longueur de huit ou dix centimètres; la nature, à cette époque, désigne déjà son préféré. On les enlève en leur donnant, à leur base, un mouvement de va - et - vient horisontal , afin de ne pas déchirer les épaulements, et découvrir par là les épaulements de celui qui reste. Cette opération doit être faite avant qu'ils pas-
sent de Tétai herbacé à l'état ligneux , par un temps sec et chaud. Je ne conseille pas d utiliser , pour la nourriture des vers, les bourgeons supprimés, k moins que les vers ne soient très-jeunes. La feuille qui surgit immédiatement après la taille , n'étant composée que du fluide ascensionnel , ne contient pas encore des sucs suffisament élaborés et pourrait être pernicieuse.
L'ébourgeonnemènt bien fait donne à l'arbre, outre une forme régulière , une vigueur prodigieuse ; les jets restants absorbant , à eux seuls , toute la végétation de leurs rivaux supprimés, acquierrent un développement surprenant. D n'est pas rare de voir, si l'arbre est vigoureux et bien placé, des jets de deux k trois mètres de longueur , ayant trois ou quatre centimètres de diamètre k leur base ; bien entendu que ce prodige de végétation ne se voit qu'après une taille faite au printemps ; celle faite après la feuille cueillie n'offre jamais une végétation comparable.
Six.
Taille aux racines.
La taille aux racines ne devant être appliquée que comme remède et dans certains cas pressants de maladies , trouve— rait plus naturellement sa place au chapitre suivant; aussi, dans ce paragraphe, je me contenterai d'indiquer la manière de la pratiquer, me réservant d'indiquer dans le chapitre 9, les cas où l'on est obligé d'y avoir recours.
Pour opérer cette taille, il faut sonder le terrain en
divers endroits, afin de reconnaître la grosseur des racines; celte reconnaissance sera plus ou moins éloignée de la tige, selon l'âge du sujet et la perméabilité du sol ; pour les sujets dija vieux et dans un sol perméable, après dix années de plantation à demeure , les racines des mûriers ont déjà une grande étendue. En règle générale, cette taille aux racines ne peut s'opérer sans danger que sur des racines d'un petit diamètre , et, dans le cas où Ton en rencontrerait quelques-unes principales dans le lieu où Ton pratique une fouille circulaire autour de l'arbre , il convient de les suivre sans les endommager jusqu'à un embranchement , et là , on opère la section à un pied en dehors de l'embranchement avec un instrument bien tranchant , de manière à ne pas détacher leur écorce. La coupure doit être faite en biseau , avec son orifice en dessous.
Lorsqu'on veut opérer la taille aux racines pour cause de maladie , il convient également de s'assurer d'abord si le mûrier a un pivot. Dans les sols humides , cette racine pivotante est, lorsqu'on arrive au niveau des eaux stagnantes, au-dessous de la superficie du sol, une cause unique des diverses maladies qui affligent les mûriers de nos plaines. Dans ce cas , il convient de le supprimer au— dessus du niveau ordinaire des eaux , et si la suppression donne lieu à une apparence de végétation plus satisfaisante , se contenter de celte suppression. Dans les localités qui n'ont pas cet inconvénient des eaux stagnantes , les maladies tiennent rarement à cette cause; elles sont plus souventoccasionnées par la cueillette des feuilles en temps inopportun ; alors la taille aux racines horisoutales est un excellent moyen , souvent indispensable.
La taille aux racines se pratique en faisant autour de l'arbre, aune distance proportionnée k son âge, une tranchée circulaire . de la profondeur nécessaire pour atteindre les racines; quand elles sont coupées, on détruit, autant que possible, les pointes supprimées , en les suivant dans la direction qu'elles ont prises. Cette suppression est nécessaire, surtout si le mûrier est déjà atteint ou menacé du champignon mucor.
La tranchée que Ton a pratiquée autour de l'arbre doit rester ouverte pendant au moins cinq ou six jours, et la coupure être raffraichie au moment où on la comble; l'intérieur du cercle décritpar la tranchée autour de l'arbre, être complètement remué jusqu'au niveau des racines restantes. Après cette opération , deux ans au moins de repos sont indispensables pour raviver le sujet. Il convient également de saupoudrer le fond de la chaussée d'un peu de poussière de chaux , afin de neutraliser les effets de cette terrible maladie.