‹ Traité de la culture du mûrierChapitre 17 sur 21 · MALADIES ORGANIQUES · texte numérisé non relu

MALADIES ORGANIQUES

Le ràbougrissement. .

Celle maladie est très-commune dans nos contrées ; les sujets qui en sont atteints , ont une très-faible végétation : leurs feuilles sont jaunes et petites , leur écorce se couvre de mousse et de lichens dans les sols humides, ou bien, chez les jeunes mûriers, cette écorce devient luisante et prend une couleur jaune -verdâtre. L'on n'aperçoit à la tige aucune nouvelle fissure qui annonce son accroissement; ses pousses annuelles rabougries donnent à l'arbre l'aspect d'un buisson épineux , et sa feuille est très-adhérente.

Diverses causes amènent cette maladie : lorsqu'elle tient au vice d'organisation du sujet, elle est incurable. Lorsque, au contraire , elle tient au manque de soins , elle peut se guérir parfaitement.

On connaîtra que cette maladie tient à un vice d'organisation , lorsque , après avoir donné au mûrier les soins que je prescrirai plus bas , on ne pourra pas le ramener à une belle végétation. Si, au contraire, le ràbougrissement tient au manque de soins , ou au dépouillement trop souvent répété de ses feuilles , ou à ce dépouillement fait en temps inopportun, il sera facile de l'en débarrasser.

Dans nos contrées , cette maladie a souvent sa source dans de mauvais procédés de plantation. Dans les sols calcaires argileux peu perméables , . on creuse souvent un.

très-petit trou , et Ton y place le sujet sans nettoyer ou raffraichir ses racines. Cette opération mal entendue 1 peut doublement occasionner cette maladie , soit par les chancres qui surgissent indubitablement aux racines et attaquent son organisation , soit par la difficulté que les nouvelles racines ont , à la deuxième année de la plantation , à percer les parois de l'espèce de vase dan» lequel on Ta placé. Si , par suite de celte difficulté , elles tournoient dans le trou , ou si elles reviennent sur ellesmêmes , le rabougrissement ne peut se guérir que trèsdifficilement.

Une autre cause de rabougrissement dans tous les sois est la faute que commettent beaucoup de planteurs : celle de trop enfoncer le collet des racines. Dans tous les sols et tous les climats, cette profondeur ne doit pas excéder celle qu'avait le mûrier en pépinière ; dans ce cas, le rabougrissement est inévitable , et peut amener en très-peu de temps une autre maladie , la pourriture aux racines. Dans ces deux derniers cas de rabougrissement , Técorce du sujet , de rugueuse et crevassée qu'elle était , devient luisante et jaune-verdâtre.

La cueillette des feuilles , faîte en temps inopportun , c'est-à-dire par un temps froid et phmeux, ou par un temps chaud suivi immédiatement d'une transition atmosphérique du chaud au froid , peut amener le rabougrissement , et Ton est heureux d'en être quitte à ce prix. Le refoul du fluide séveux donne souvent lieu à des maladies bien plus graves , et si le rabougrissement en est la seule conséquence , la guérison en est facile.

L'épuisement des bourgeons éventuels , destinés à

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succéder annuellement aux bourgeons supprimés par la cueillette des feuilles , causé par cette cueillette trop souvent répétée , amène naturellement le rabougrissement. La majeure partie des mûriers de nos contrées sont malheureusement dans cet état fâcheux ; notre ambition en est la seule cause, et nos mûriers ne seraient ni rabougris ni malades , et nous donneraient de plus grands produits si nous leur appliquions une méthode de culture , de taille et de soins mieux réglée. Ce dernier cas de rabougrissement , que Ton pourrait plutôt appeler épuisement , a été décrit au § 5 du chapitre 8. Les moyens de le combattre y sont parfaitement indiqués.

Il existe une infinité d'autres causes de rabougrissement: une membrure mal faile , une trop grande quantité de branches , l'ensemencement de prairies artificielles , la négligence que Ton met trop souvent h affbuiller et remuer le sol , les fortes lésions faites aux racines , à la tige et aux branches par les instruments aratoires ou par les échelles ou les souliers ferrés des cueilleurs de feuilles , etc. ; mais toutes ces causes, tenant à la négligence des cultivateurs, n'amèneraient aucun fâcheux effet si les causes elles-mêmes n'existaient pas. Ainsi, au paragraphe suivant, je me bornerai à indiquer les moyens propres à combattre le rabougrissement occasionné par un vice d'organisation ou par des accidents imprévus. Les soins propres k le prévenir ayant été indiqués dans le cours de cet ouvrage , je n^ juge pas opportun d'y revenir dans ce chapitre.

De la pourriture aux racines.

La pourriture aux racines est une des maladies les plus terribles et les plus dangereuses du mûrier ; elle ne peut se combattre avec succès que lorsqu'elle a sa source dans un dérangement accidentel survenu k la partie supérieure de l'arbre , ou bien lorsqu'elle n'a attaqué qu'une partie des racines. Lorsque les racines sont toutes attaquées k la fois , le mal est sans remède , car les ravages de cette maladie ne deviennent apparents que lorsqu'il n'est plus temps d y remédier.

Il existe cependant quelques symptômes précurseurs qui , reconnus k temps , peuvent , si l'on agit sans délai , donner quelques chances de guérison.

Ces symptômes sont : 1° la jaunisse et la chute, au mois de mai, de quelques feuilles adhérentes au vieux bois; 2° la couleur lie de vin que prend Tépiderme des racines , au lieu de la couleur jaune qui leur est naturelle ; 3° quelques pellicules couleur amaranthe , qui se détachent des racines en petites parcelles , plus ou moins grandes , suivant la dimension des racines ; 4° la couleur brune que prennent le liber et l'aubier des racines. ( A cette période de la maladie , le mal est déjk très-avancé ) ; 5° la couleur lie de vin qui se manifeste quelquefois dans les fissures de la tige ; 6° la mort des pointes des branches.

Cette maladie se développe dans deux hypothèses bien différentes , qui tiennent k la cause de la maladie ellemême. Elle peut provenir du sol et attaquer d'abord les

racines, et alors elle commence dans les chevelus et marche vers le collet des racines ; ou bien , si elle tient à un dérangement dans la partie supérieure, elle commence au collet et gagne progressivement les extrémités des racines. Ainsi , la pourriture aux racines peut être ellemême la cause première de la mort de l'arbre , ou n'en être que la conséquence.

Toutes les maladies mortelles du mûrier amènent la pourriture des racines dans un temps plus ou moins long.

De quelle cause que provienne la pourriture des racines, il est bien rare qu'elle ne donne pas lieu au développement du champignon mucor , ce qui rend alors la maladie contagieuse. Aussi rien ne doit être négligé pour empêcher cette terrible maladie de surgir.

Les causes qui l'amènent sont nombreuses , et varient selon les lieux. La manière dont elle se déclare dépend des causes qui la font surgir. Je vais commencer par déterminer celles qui tiennent à l'état du sol dans lequel se trouve le mûrier en qui la maladie commence par les racines , en dehors de l'influence de la végétation extérieure.

Une des causes principales est le tassement du sol sur les racines, le manque d'air au collet et aux principaux embranchements. Dans les sols calcaires argileux , où le terrain se tasse rapidement , où il se forme ordinairement après la pluie une croûte superficielle compacte , cette maladie se déclare souvent , surtout si cette croûte n'est pas rompue , k l'époque de la cueillette des feuilles ; il arrive alors que le mûrier a perdu tous les organes propres k lui communiquer les bienfaits atmosphériques , et à lui faciliter

Tes moyens de se débarrasser des substances impropres a sa végétation, qu'il est réduit àtranssudèr, par les pores de son lignum , ce qu'il devait perdre par sa partie herbacée qui vient d'être supprimée ; et si le sol où se trouvent les racines n'est pas poreux et friable , cette transsudation ne peut avoir lieu à la partie inférieure , le fluide séveux s'y engorge , le cambium y fermente , et là pourriture aux racines s'ensuit immédiatement.

Dans le cas ci-dessus, je crois que deux causes se réunissent pour hâter le développement de la maladie : le manque d'air indispensable à la circulation de la sève, puis la différence du degré de chaleur qui existe k la superficie du sol lorsqu'il est tassé , avec celui de la région du sol où se trouvent les racines. Cette différence est si grande que je ne serais point surpris qu'elle ne fût la principale cause du développement subit de cette maladie , dans certains lieux où l'on n'a pas eu la précaution de rompre la croûte superficielle du sol au moment du dépouillement de l'arbre. Une expérience que j'ai faite l'année dernière ( 1839 ) , m'a donné le résultat suivant : deux mûriers âgés de dix ans , voisins l'un de l'autre , plantés dans un sol calcaire— silicieux— argileux— chisteux , ont été dépouillés le même jour et à la même heure. L'aire présumée des racines de l'un d'eux avait été tassée quelques jours d'avance , et arrosée pour y faire former une croûte superficielle compacte ; et celle de l'autre , binée et rendue friable. Vingt jours après , la végétation du dernier était en pleine vigueur , et celle du premier ne s'annonçait pas encore ; je voulus vérifier l'état des racines. L'épiderme était de couleur lie de vin , et se détachait en

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petites feuillettes ; le liber et l'aubier étaient de couleur 1 brune au lieu de cette couleur blanc de lait qu'ils Ont ordi" nairement ; les chevelus étaient déjà complètement pourris. Ge qui m'élonna surtout, fut la température froide des racines et de la région du sol qu'elles occupaient. Le thermomètre donnait ce jour-là au soleil , à deux heures après midi , 25 degrés Réaumur ; la superficie du sol tassé donnait 28 degrés ; la région du sol occupé par les racines , à 40 centimètres de profondeur , ne donnait que 10 degrés i ainsi , il y avait donc , entre la chaleur de la superficie du sol et celle des racines, 18 degrés de différence ; et entre la chaleur de la tige et des branches et celle des racines , 15 degrés. Il doit nécessairement , dans cette circonstance , arriver au mûrier placé dans cette condition , ce qui arriverait à un homme qui aurait son corps et sa tête exposés à un soleil brûlant , et ses jambes dans de l'eau froide ou de la neige ; l'engourdissement , d'abord , de la partie inférieure , puis toutes les conséquences de la non circulation du sang dans celte partie ; c'est précisément ce qui arrive au mûrier ; la sève cesse d'abord de circuler , puis elle se décompose et amène la pourriture des racines.

Je crois devoir rendre en entier compte de cette expérience : le mûrier dont je viens de parler est mort ; vingt jours avaient suffi pour lui enlever tout principe de vie.

Celui dont l'aire avait été remuée et rendue friable , est vigoureux et plein de santé. Je vérifiai également , à la même époque , ses racines ; elles avaient eonservé leur couleur jaune ; la superficie du sol n'avait qu'un degré de chaleur de plus que l'atmosphère , c'est-à-dire 26 degrés Réaumur ; et la région du sol occupé par les

racines» 18 degrés, ce qui constituait une différence de 8 degrés seulement, différence qui , je crois, est nécessaire à l'ascension du fluide se veux.

J'ai voulu répéter cette expérience en 1840 ; les mêmes préparatifs ont été faits et les mêmes résultats obtenus , quoique la chaleur de F atmosphère n'ait pas été aussi élevée. Les ravages du mal ont été moins rapides ; le mûrier a même essayé de donner une apparence de végétation qui s'est bien vite arrêtée , et il eut indubitablement péri si je n'eusse rompu son aire et pratiqué aux racines une taille complète , et fait au collet des cautères dont la suppuration a été immédiate. Cette opération a été faite le douzième jour après le dépouillement de sa feuille. Les racines avaient déjà de nombreuses taches de couleur amaranthe , et le liber et l'aubier, une légère teinte rousse.

L'expérience que je viens de rapporter ici ( le remède excepté ) se fait tous les jours , et c'est la nature qui s'en charge. Les pluies d'averse et les chaleurs qui les suivent ordinairement occasionnent bien souvent cette fâcheuse maladie ; indépendamment des causes naturelles , l'incurie ou la négligence de quelques cultivateurs viennent encore en augmenter les ravages par des pratiques absurdes dont je vais parler immédiatement.

L'une de ces pratiques est l'entassement de matières fécales sur l'aire des racines. Le danger alors est bien plus grand , et le mal se développe plus rapidement. Tout le monde sait qu'un corps mis en fermentation ou en évaporation absorbe tout le calorique des corps voisins. La région du sol que les racines occupent , doit alors perdre du calorique dans la proportion de celui absorbé par le3

matières fécales mises en fermentation ; cela est si vrai que tous nos cultivateurs ont dû s'en convaincre , lorsqu'ils ont eu l'imprudence de faire des tas de fumier dans le voisinage de leurs arbres. Si quelquefois l'arbre n'a perdu qu'une partie de ses racines et n'a pas péri en entier , il n'en a pas moins sucé , dans cette fâcheuse circonstance , une cause de mort , h moins que la suppression immédiate de la partie attaquée n'ait été faite , ainsi que celle des branches qui en dépendaient.

Quelques personnes ont également la fâcheuse habitude de mettre, sur l'aire des racines, de la boue des chemins. Cette boue , en se séchant , forme un mastic très-dangereux. D'autres éteignent de la chaux ou broient du mortier ; d'autres enfin , dans l'intention de donner de l'engrais à leurs mûriers , entourent le collet d'un tas d'engrais. Cette absurde pratique , outre qu'elle ne peut pas remplir le but qu'ils se proposent , puisque les végétaux n'absorbent les sucs terrestres que par l'extrémité des chevelus qui sont plus ou moins éloignés du collet , suivant la grosseur de l'arbre , a de plus l'inconvénient de priver d'air la partie du sol que ce fumier couvre , et , s'il se met en fermentation , de développer immédiatement au collet des racines le terrible champignon mucor.

Ainsi, le manque d'air occasionné ou par le tassement du sol , ou par l'entrepôt de matières compactes ou fermentescibles sur Taire des racines , est la principale cause de cette maladie , lorsqu'elle a son principe dans la négligence des planteurs , et qu'elle commence par les racines. Dans tous les cas ci-dessus , cette maladie est d'autant plus dangereuse qu'il est bien rare que l'on puisse y

remédier. Il existe d'autres causes qui amènent également la pourriture aux racines et qui la font commencer par elles , mais elles sont indépendantes d'accidents atmosphériques ou autres ; elles tiennent k l'état des lieux , à la nature du sol et au niveau ordinaire des eaux dans les terrains où les mûriers sont plantés.

Cette cause de pourriture aux racines est commune à toutes les plaines semblables à celle de Graisivaudan. Dans certaines localités, dont le sous-sol est silicieux ou grave* leux , les eaux filtrent entre deux terres à une distance de la superficie qui varie suivant l'élévation du terrain au^ dessus du niveau ordinaire des eaux ; dans d'autres , où une couche argileuse compacte se trouve à une profondeur de 80 a 100 centimètres , cette couche argileuse , en retenant les eaux de filtration ou les eaux pluviales quand elles sont abondantes, peut donner lieu à la pourriture des racines.

Cette maladie cependant n'envahit les plantations que plusieurs années après la plantation à demeure , lorsque les nouvelles racines pivotantes sont allées se loger dans l'humidité stagnante. Les ravages de la maladie sont lents et progressifs , et pendant plusieurs années l'arbre trouve dans ses racines horisontales les moyens de suffire à son existence. Ce n'est que lorsque la pourriture des racines pivotantes arrive à leur collet , que le champignon mucof se développe , et que le mal devient sérieux. Ce terrible fléau se propage rapidement , envahit en très-peu de temps tout le système et entraîne la mort du sujet.

De nombreux symptômes précurseurs avertissent cependant long-temps à l'avance d'un mal dont la majeure

partie de nos cultivateurs ne s'aperçoit que lorsqu'il est sans remède.

Aussitôt que la pourriture des racines pivotantes commence , l'arbre prend la jaunisse , ses pointes périssent partiellement. Le rabougrissement , la paralysie partielle de ses branches , 1'exiguité de ses feuilles , l'adhérence extrême de leurs pétioles , sont des symptômes assez apparents pour faire soupçonner le mal , lorsque toutes les précautions ont été prises pour prévenir tout autre accident. Quelques planteurs se contentent alors de supprimer les pointes mortes des branches , et ne s'inquiètent nullement de la partie inférieure ; d'autres n'y prennent pas même garde , continuent à effeuiller leurs arbres tous les ans , jusques à ce qu'un beau matin ils s'aperçoivent qu'ils ont un défunt. Le mal cependant , lorsqu'il se déclare , n'est pas sans remède ; sa guérison , ^u contraire , est sûre. J'en indiquerai le moyen aux planteurs de mûriers dans nos plaines , et je leur recommande d'y faire la plus grande attention. (Voir le paragraphe suivant. )

Lorsque la pourriture des racines arrive au collet ( j'entends la pourriture partielle ) , il se manifeste alors des symptômes plus distincts. Le collet et les racines saines prennent dans cet endroit une couleur lie de vin trèsprononcée ; si l'épiderme se détache en petites feuillettes de même couleur , le mal est très-grave ; alors les fissures de la tige prennent aussi la même couleur , et cette teinte se propage rapidement jusqu'à l'embranchement ; l'arbre essaie , mais en vain , de lutter contre une mort presque certaine; la sève d'août termine ordinairement son agonie. En l'absence du champignon mucor, il faut quelquefois

deux on trois ans pour que la pourriture des racines pivotantes arrive au collet ; une fois là , comme ce champignon surgit toujours , six mois suffisent pour entraîner la mort de l'arbre.

Cette maladie n'est heureusement commune que dans les plaines humides , et si elle se déclare dans le coteau , elle ne tient qu'à quelques rares accidents d'eau stagnante , enfermée dans des sacs d'argile , ou à la présence de quelque source sans écoulement. Aussi , la suppression des racines pivotantes , impérieusement commandée dans les plaines , est-elle expressément défendue dans le coteau.

Les mûriers plantés dans le coteau ne sont cependant pas exempts de la pourriture aux racines ; mais , excepté les deux cas ci-dessus spécifiés , elle ne leur vient que par des aecidents survenus k la partie supérieure , et cette pourriture est plutôt chez eux la conséquence d'une autre maladie que le principe. Elle peut leur venir également dans les cas d'incurie ou de soins mal entendus dont j'ai parlé plus haut.

La pourriture aux racines des arbres de coteau est bien plus dangereuse , et ses effets sont bien plus prompts que dans la plaine. Le sol du coteau , plus fermenteseible et plus chaud que celui de la plaine , donne plus rapidement naissance au champignon mucor. Dans les sols calcaires surtout , dont la qualité fermenteseible , loin d'être tempérée par un fort mélange de silex, est au contraire excitée par des mélanges d'humus , d'alumine ou d'argile et par l'engrais , les remèdes doivent être appliqués à l'apparition des premiers symptômes ; peu de temps suffit au mal pour devenir contagieux et faire périr le malade.

Il existe certainement bien d'autres causes secondaires du développement de cette maladie : le gel aux racines , l'invasion de certaines larves dont je parlerai ultérieurement , la dent des rats , la fermentation du cambium dans les tubes capillaires ; mais comme ces différentes causes peuvent plutôt être considérées comme des conséquences ou des effets adhérents à d'autres maladies dont je parlerai plus bas , je me réserve de décrire ces causes ou effets au fur et k mesure que les maladies auxquelles ils sont adhérents se présenteront à décrire.

Il me reste k parler de la pourriture aux racines , provenue d'un dérangement dans le système de végétation , par un accident qui en a interrompu violemment le cours. Dans cette hypothèse , la pourriture aux racines n'est que la conséquence d'une autre maladie qui la précède , et alors «Ue en est la dernière période ou la conclusion, et par conséquent incurable , si elle est générale , et pouvant se guérir si elle n'est que partielle.

Dans les maladies appelées Vasphixie , t apoplexie , la paralysie , la pleurésie , et généralement dans tous les cas de mort , la pourriture des racines en est la conséquence inévitable. Elle s'opère ordinairement en commençant au collet, et se dirigeant vers les extrémités ; il n'existe, dans «e cas , aucun remède.

La fermentation et la décomposition du cambium commence , dans cette hypothèse , aux divers embranchements de la partie supérieure , et arrive rapidement au collet ; le champignon mucor se développe immédiatement , mais alors l'écorce de la tige et des branches ne prend pas, dans ses fissures , cette couleur lie de vin , qui ne se manifeste

que lorsque la maladie marche du bas en baul ; l'écorce des racines, seulement , prend ^cette teinte rouge , qui est presque toujours un indice de. mort. Le liber et l'aubier des branches et de la tige ont déjà cette couleur brune dont j'ai parlé , que ceux des racines ont encore leur blancheur. II est vrai de dire que cette différence ne dure pas long-temps , surtout dans les cas d'asphixie ou d'apoplexie , huit jours suffisent pour tout niveler et éteindre complètement tout principe de vie. Six mois après la mort de l'arbre, l'écorce de la tige et des branches se détache, et le liber ainsi qu'une partie de l'aubier labourés par les larves, ne sont plus que poussière; le cœur et l'aubier des racines sont en partie décomposés ; l'écorce des racines complètement pourrie , est , k l'intérieur , d'un blanc phosphorescent. Tel est l'aspect que présente le cadavre , et tel est le dernier symptôme des ravages du champignon mucor. Reste Taire des racines empoisonnée pour le successeur, et la maladie inoculée aux voisins.

De la paralysie.

La paralysie est une maladie qui n'attaque le mûrier que partiellement ; elle amène toujours la mort de la partie attaquée , et entraîne le reste du corps de l'arbre si elle est négligée ; elle est toujours la conséquence d'un dérangement partiel , ou d'un accident survenu à une partie de l'arbre ; elle est quelquefois l'annonce d'une maladie sérieuse dont l'arbre est menacé ; ainsi , lorsqu'une racine est supprimée violemment ouatteintede la pourriture précédemment décrite,

4es branches qui lui correspondent sont paralysées d'abord > puis elles meurent , et peuvent donner naissance k des maladies plus graves , capables d'attaquer le corps entier ; "de même lorsqu'une ou plusieurs branches sont lésées ou détruites en entier par l'un des accidents que je décrirai plus bas , les racines immédiatement correspondantes , ainsi que la partie des tubes capillaires y aboutissant , sont momentanément paralysées , et k moins que les racines ne trouvent , par la contexture ligneuse de l'arbre , le moyen ^d'épancher tout ou partie des sucs que le sol fournit , il y a stagnation de sève , fermentation de wmbium , et souvent , ce qui est pire , développement du champignon mucor.

En observant ^vec un peu d'attention la contexture ligneuse du mûrier , on voit que les tubes capillaires sont droits k partir du collet des racines jusques aux branches, et qu'après avoir décrit une légère courbe k laquelle tes oblige l'embranchement , ils reprennent une direction encore droite dans la branche immédiatement [correspondante , si toutefois l'embranchement primitif a été conservé. Il en est de même au collet des racines ; les tubes capillaires correspondent directement k ceux de la tige et par suite k ceux des branches , de telle sorte que chaque racine envoie les sucs terrestres par une section de tubes dépendant d'elles et correspondant directement k une section de branches ; chaque branche , k son tour , hume •dans l'atmosphère les sucs aériens , et les transmet k la racine qui lui correspond par les mêmes canaux. Cette organisation explique ces paralysies partielles de racines ou de branches , ce rabougrissement provenant -des

embranchements mal faits ou mutilés , ces fâcheux effets d'une taille sans principes, dans laquelle on supprime souvent les branches essentielles ; en un mot , toutes ces différences de végétation et d'accroissement d'une branche a l'autre ou d'une racine à l'autre.

La paralysie peut donc envahir le mûrier du haut en bas ou du bas en haut ; elle peut commencer par les racines et avoir sa cause dans les branches , ou bien se déclarer dans les branches et tenir son origine des racines. Toujours est-il qu'elle n'est jamais que le résultat de la suppression d'un principe de vie , d'un organe destiné à nourrir l'autre.

Quoique la paralysie dérange le système d'organisation primitive du mûrier , elle n'en est pas pour cela une maladie mortelle ; elle ne prend ce caractère que dans le cas où elle est négligée. Une branche ou une racine peut exister long-temps sans décomposition , quoique paralysée. Cependant, tôt ou tard, cette décomposition arrive, le bois des branches sèche ou celui des racines se pourrit , et alors le mal peut devenir général ; mais ce cas de paralysie , ou de non végétation sans décomposition , ne se rencontre que rarement. Chez un arbre déjà gros , la suppression subite d'une racine o* d'une branche saine peut paralyser la branche ou la racine correspondante sans leur donner la mort instantanément ; mais , dans le cas où la lésion qui détroit l'une ou l'autre leur donne la mort sans les supprimer , la décomposition suit la paralysie immédiatement , c'est-à-dire que la branche ou la racine correspondante est paralysée d'abord, meurt et se décompose après en très-peu de temps.

D'après ce qui vient d'être dit , les symptômes de la

paralysie aux branches sont faciles à reconnaître : la jaunisse des feuilles , la cessation complète d'accroissement , en un mot le rabougrissementà sa dernière période , puis le dessèchement de la partie de l'écorce de la tige correspondante à la branche paralysée , et quelquefois son adhérence à l'aubier. Quant aux symptômes de paralysie aux racines , ils sont moins faciles k apprécier parce qu'il faut en chercher les indices dans les chevelus. C'est là qu'ils se manifestent d'abord; ils prennent une couleur jaune orange et noircissent k l'extrémité ; le corps de la racine paralysée prend progressivement la même teinte, qui se change en couleur lie de vin , quand la mort arrive.

Aucun auteur n'a décrit cette maladie, ou du moins ne lui a donné ce nom. Quelques-uns lui ont improprement donné les noms de coup de soleil , coup d'éclair , rabougrissement partiel, etc. L'effet ou la cause ont toujours été pris pour la maladie elle-même , et les moyens curatifs ont été rarement prescrits positivement. Pour traiter convenablement une maladie, il faut en connaître parfaitement les causes, la manière dont elle se déclare et se développe et les ravages qu'elle peut exercer. Il me reste donc à faire connaître les causes principales qui m'ont paru y donner lieu le plus souvent.

La foudre, en frappant une partie de l'arbre, peut la para* lyser complètement; elle peut même, en tombant sur un arbre voisin, produire un cas de paralysie. J'ai eu, il y a quelques années, l'exemple de la première hypothèse. L'arbre qui en fut frappé était membre sur quatre branches et avait quatre principales racines. Deux branches et deux: racines, et la moitié de la tige furent paralysées. La sup-

suppression immédiate que je fis de la partie otfensée du Èauf en bas jusqu'au bout des racines et jusqu'au cœur de lsr tige , puis la taille de l'autre moitié au printemps suivant et deux années de repos, ont sauvé un mûrier qui eut indubitablement péri. Il y a trois ans, j'eus encore un exemple de la deuxième hypothèse : la foudre tomba sur un peuplier voisin d'un mûrier; l'étincelle électrique suivit les racines d» peuplier jusqu'à leur extrémité ; quelques-unes d'elles étaient probablement en contact avec celles du mûrier. Le même jour , toutes les feuilles d'une branche principale du mûrier flétrirent spontanément; une paralysie bien caractérisée avait atteint un tiers de l'organisation; la taille aux racines , atteintes à la distance de deux mètres du collet , quelques cautères sur la tige , et la taille des branches au printemps suivant , deux années de repos ont rendu k ce mûrier toute sa vigueur. Les cautères pratiqués le long de la tige otit donné une suppuration abondante qui a cessé à la deuxième année, et ils sont, après trois ans, presque complètement recouverts-

Lorsque la foudre atteint toutes les parties de l'arbre, l'effet qu'elle produit ne s'appelle plus paralysie , il prend le nom d'asphixie, et dans ce cas il est bien rare que l'arbre s'en tire. Je n'ai jamais eu occasion de donner des soins à un mûrier asphixié par la foudre, mais j'ai plusieurs fois tenté des moyens de guérison sur d'autres arbres et j'ai toujours échoué lorsque la flétrissure avait envahi toutes les feuilles.

H est plusieurs espèces de larves qui attaquent le mûrier et peuvent occasionner chez lui , dans son jeune âge , des accidents de paralysie; celle de l'insecte, appelé perce oreille ou cure oreille, et qui a l'habitude, après la taille,

de s'introduire dans la moelle des branches , est nne des plus dangereuses. Il en est d'autres qui s'introduisent dans l'écorce et qui la labourent entre l'aubier et le liber en tous sens. Si le sillon qu'elles tracent environne la branche, elle est à l'instant paralysée dans sa partie supérieure ; si elles attaquent la tige , il est rare que leur sillon en fasse le tour , mais dans quelque direction qu'elles marchent , elles donnent naissance à un ulcère sanieux.

Les larves qui s'introduisent dans la moelle, après la taille, sont d'autant plus dangereuses qu'elles entrent souvent dans cette moelle jusques à ce qu'un embranchement les arrête, et si l'arbre a été taillé sur son premier embranchement et que les larves s'introduisent jusqu'à la première fourchure , l'arbre peut être paralysé ou périr, si la tige ne recelle aucuns bourgeons éventuels.

Une forte contusion k une branche principale près de la fourchure, dans sa partie extérieure surtout, peut amener une paralysie à là branche lésée d'abord , et par suite à la tige et aux racines. Ces fortes contusions sont faites souvent des deux côtés de la branche par les échelles des cueilleurs de feuille, et dessous, par ces mêmes échelles, la partie supérieure froissée ensuite par leurs sabots ou souliers ferrés. L'ascension du fluide séveux , interrompu dans cette partie, fait déclarer immédiatement la maladie. J'ai vu cet accident se reproduire souvent. Les précautions pour le prévenir sont très-importantes.

L'effeuillement d'une branche principale dans son entier, en laissant exister le feuillage des autres , est aussi une faute qui se commet souvent et qui ne manque jamais de donner la paralysie à la branche effeuillée. Il vaudrait mieux, .

si Ton a pas besoin de toute la feuille de l'arbre , achever de le dépouiller sans besoin , que de le laisser effeuillé en parue.

Pour se rendre exactement compte de ce qui se passe dans cette hypothèse , il faut se rappeler que l'ascension et la rétroaction du fluide séveux sont périodiques et réglées; qu'en effeuillant une partie de l'arbre et non l'autre , on dérange l'harmonie qui est indispensable à l'existence ; que la partie non effeuillée continue ses fonctions, reçoit des racines et leur renvoie les sucs qu'elle absorbe au détriment de l'autre partie qui est privée de ses organes aspiratoires; qu'au moment où la branche est effeuillée, si cette opération est faite pendant la période d'ascension de sève , fl y a chez elle refoul vers les racines , pendant que de l'autre côté H y a ascension ; que , plus tard , lorsque les bourgeons éventuels auraient besoin d'être arrosés pour se développer , la branche effeuillée , forcée qu'elle est d'obéir au mouvement général de sève refoulante , reste assez long-temps privée du fluide ascensionnel pour que ses bougeons éventuels aient eu le temps de périr. Lorsque la sève ascendante reprend son cours , les tubes par lesquels elles devait s'épancher, sont contractés et en partie desséchés , la pointe des branches par où ce cas de maladie commence toujours, sèche d'abord , puis la paralysie gagne rapidement les subdivisions et la branche mère , de la , la partie correspondante de la tige , le collet et la racine qui en dépendent.

Une rouille partielle que quelques cultivateurs appeUent coup de soleil ou coup d'éclair , peut donner lieu à un cas de paralysie. Dans nos pays , cet accident se présente assez souvent lorsqu'après une pluie, il survient une de ces

courtes apparitions de soleil brûlant, qui produit une évaporatioo subite du côté où il frappe; l'effet physique dont j'ai parlé plus haut a lieu , c'est-à-dire que la partie de l'arbre ombragée par celle que le soleil chauffe , se refroidit considérablement; il y a, au midi de l'arbre, un appel de sève très-considérable , déterminée par la haute température à laquelle le soleil Ta fait monter, et au nord, il y arefoul de fluide séveux occasionné par le froid auquel cette partie est exposée par l' évaporât ion voisine. Ce dérangement, dans l'harmonie de végétation , fait jaunir d'abord l'une ou l'autre partie de l'arbre, plus souvent la partie au nord, puis la paralysie suit.

Cet accident est très-grave , parce qu'il n'arrive ordinairement qu'en été, et k cette époque, la taille qui est le seul moyen d'y obvier, n'est pas praticable sans danger, et en renvoyant l'opération au printemps suivant, il est rare que la maladie n'ait pas pris un caractère sérieux.

Il existe certainement d'autres causes qui donnent lieu à cette maladie, mais soit que beaucoup d'accidents ne se soient pas encore présentés à moi , soit que , malgré mes recherches, je n'aie pas pu les constater d'une manière positive , je m'arrête à ceux ci-dessus décrits.

Des ulcères chroniques ou cancers.

L'ulcère chronique est une plaie de laquelle découle une humeur sanieuse de couleur brune le plus souvent et quelquefois de couleur blanc de lait.

Cet épanchement extérieur a lieu pendant la végétation de l'arbre , et plus ou moins abondamment selon les diverse»

Oscillations du fluide séveux. Le pus qui s'épanche est plus ou moins épais et varie de couleur , du brun marron au brun noirâtre , suivant qu'il appartient à la sève ascendante ou à la sève refoulante. La sève ascendante le colore moins que la refoulante et le rend plus liquide et plus abondant.

Ces ulcères peuvent surgir dans toutes les parties de l'arbre et être le résultat d un accident ou d'un vice d'organisation ; ils peuvent être plus fréquents ou plus dangereux suivant la qualité du sol ou selon les variations atmosphériques ; ils se déclarent ordinairement dans tous les endroits où il y a eu solution de continuité t dans les tubes capillaires.

J'ai rangé cette maladie dans les maladies organiques , parce qu'il est bien rare que l'arbre s'en débarrasse luimême et qu'elle tient aussi souvent à un vice d'organisation qu'à un accident , et qu'elle attaque , suivant sa cause , tout ou 'partie du système de l'arbre. Elle pourrait à la rigueur, dans certains cas , être classée dans les maladies accidentelles; lorsqu'elle résulte d'un accident et au moment où elle se déclare ; mais comme elle prend immédiatement un caractère chronique et rentre forcément dans les maladies organiques , je n'ai pas cru devoir établir cette division.

Lorsque cette maladie tient à un vice d'organisation , il est bien rare que l'arbre s'en tire seul , surtout si cet écoulement sanieux dérive d'un abcès et tient à une pourriture intérieure. Ce cas se présente souvent, dans les terrains humides, chez les sujets greffés au collet. La maladie placée là , est d'autant plus dangereuse qu'elle ne fait irruption à l'extérieur que dans le cas d'une forte lésion. Elle corrode ordinairement le cœur de l'arbre et donne naissance à la pourriture des racines qui sont immédiatement au-dessus de

l'abcès. L'arbre meurt avant qu'on ait pu soupçonner le mal. La pourriture du chicot de la greffe au collet ne manque jamais d'avoir lieu , dans les terrains humides , dans un laps de temps plus ou moins long. Très-peu de mûriers greffes au collet atteignent l'âge de vingt ans dans nos plaines humides , surtout si les planteurs les ont enfouis trop bas. Dans les climats chauds et les terrains secs, cet inconvénient est moins à redouter.

L'écoulement sanieux chronique se manifeste aussi trèssouvent dans la fourchure ; il peut avoir diverses causes : une fourchure mal faite et trop serrée ou faite avec des branches jumelles et non échelonnées. Elle peut également dériver de la suppression d'une branche un peu forte qui se trouvait entre deux autres branches ; cette suppression eut dû être faite plutôt, d'après les procédés débourgeonnement prescrits aux chapitres précédents.

Après la suppression d'une branche entre deux autres , il se forme un bourrelet dont les parois , plus élevées que la section , forment , si la section est horisontale , un vase où séjournent les eaux pluviales. L'extrémité de la section pourrit, et plus tard , lorsqu'elle est complètement recouverte, l'abcès se forme, et l'écoulement commence lorsqu'il a déjà fait dans l'intérieur de l'embranchement de grands ravages. Cette grave maladie dont bon nombre de nos mûriers sont atteints , fait sentir toute l'importance de bien former le premier embranchement et de le respecter toujours , et le ridicule de ces tontes rases que se permettent bon nombre de nos tailleurs d'arbres. Combien d'arbres condamnés à une courte existence par ces fâcheux procédés de taille rase au moment de la transplantation! Y a-t-il quelque

chose de plus désagréable k ta vue que ces énormes têtards, que ces caput mortuum, que ce procédé placé justement a l'endroit où le mûrier devrait être le plus sain et le mieux organisé?

Il y a encore une pratique pire que celle-ci : dans quelques parties du midi et surtout dans la Drôme, quelques personnes suppriment complètement la tête de leurs mûriers en les plantant; l'arbre est obligé de se créer un nouvel embranchement, et d'enfermer par conséquent, dans le cœur de sa fourchure , la section de la tige. Les arbres soumis dans nos pays k cette sotte opération, n'existent pas long-temps, l'ulcère se déclare bientôt et les entraîne.

Je ne saurais assez le répéter : l'embranchement doit être sain , les tubes , les fibres , les filaments doivent commencer aux chevelus, se réunir au collet en un seul faisceau, se diviser à l'embranchement et se continuer jusqu'à l'extrémité des branches. La section de la tige établit une solution de continuité et place un corps mort dans l'embranchement nouveau. Il vaudrait mieux , lorsqu'on a eu le malheur d'opérer ainsi , choisir une branche pour faire suite k la tige et former un nouvel embranchement sur cette suite de tige, on laisserait au mûrier quelques chances de succès.

Un embranchement mal fait peut amener des ulcères lorsqu'il est formé de deux ou de trois branches jumelles, c'est-k-dire de branches issues du même bourgeon, elles ne tardent pas k se resserrer étroitement les unes contre les autres k leur base ; l'effort qu'elles font pour se presser , est en raison directe de leur accroissement ; cette pression qui va toujours en augmentant, finit par comprimer tellement les tubes capillaires de l'écorce intérieure , qu'elle en

paralyse l'effet. Là sève s'arrête à cette jonction , y séjourne, s'y corrompt et développe l'ulcère. Plus tard les branches se séparent et donnent lieu à de fâcheux accidents.

Cette maladie s'empare quelquefois des racines, mais elle y est toujours le résultat d'un accident ; les dégâts oc— casionés par les rats, les larves ou les insectes qui les attaquent, leslésions qui y sont faites par les instruments aratoires, les suites de la gelée aux racines , peuvent faire surgir dans cette partie des ulcères d'autant plus dangereux , que leur présence est le moins soupçonnée ; leurs ravages ne deviennent apparents que lorsqu'ils déterminent un commencement de pourriture aux racines , et que la jaunisse ou la paralysie partielle des branches avertit de la présence du mal. A cette époque la maladie est très-grave et la guérison presque impossible.

La taille faite en temps inopportun, suivie d'un grand épanchement de sève, amène sur les principales sections , après quelques années , des ulcères , et ces ulcères ne se déclarent ordinairement que lorsque la section est complètement recouverte, il se passe là ce que j'ai dit plus haut : c'est la pourriture du bois à la section.

Une forte contusion à la tige pendant la végétation , qui ^n froisse l'écorce , donne lieu d'abord à un chancre ou tarie ; mais si ce chancre ou carie n'est pas immédiatement opéré , il en résulte une plaie qui suppure. Lie pus de la plaie s'agglomère entre le liber et l'aubier , décompose et pourrit le liber et attaque l'aubier, donne naissance à des milliers de petits vers ou larves qui enveniment la plaie. Quelques-uns d'entre eux s'introduisent dans le cœur de l'arbre ; le pus s'agglomère toujours et décompose le lignum

qu'il touche; l'écoulement sanieux, premier indice du mal, se déclare lorsque l'écoree , complètement pourrie , lui laisse un libre passage; le mal alors, quoique facile à guérir, n'en est pas moins sérieux, la santé de l'arbre compromise et son accroissement paralysé , jusqu' après la guérison de l'ulcère. H existe des larves de scarabées, qui, a elles seules, occasionent aux mûriers des ulcères sanieux. Je n'ai pas pu savoir^ d'une manière positive, à quelle famille elles appartiennent, soit que je les ai écrasées en les poursuivant dans les bois , soit que je ne me sois aperçu de leurs ravages qu'après qu'elles avaient terminé leur métamorphose et étaient disparues. Il paraît que les insectes qui fournissent les larves déposent leurs œufs dans le courant de l'été dans les fissures de l'écoree. Les larves , k leur éclosion , s'introduisent par un trou imperceptible, et le mal qu'elles font n'est apparent que lorsqu'il est sérieux. J'ai quelquefois découvert ces larves au moment de la formation du cancer ou ulcère. En examinant avec attention l'écoree de la tige , on aperçoit une transsudation qui rend humide la partie de l'écoree qui recouvre l'ulcère. Cet examen doit être fait le matin, parce que le soleil rend cette humidité invisible. En pratiquant une légère ouverture oblongue au sommet de la partie humide , on découvre bien vite le chemin de la larve. Aussitôt que les excavations qu'elle a pratiquées ont une issue, la sève qui y était agglomérée se précipite en dehors avec force ; on entend même , si elle est gênée pour s'échapper, un léger sifflement ; un épanchement considérable de sève a lieu par l'ouverture, si elle est proportionnée k l'étendue de l'abcès et ouverte de manière à le vider complètement. Ce sifflement et l'abondance de la sève qui s'épanche annon-

cent que tous les tubes aboutissant au sillon de la larve , attendaient l'ouverture de l'abcès pour se débarrasser des sucs qui les engorgeaient ; la stagnation de cette sève peut donner lieu à de très-graves accidents, occasioner d'abord une paralysie à toute la section que les tubes interrompus embrassent, et plus tard toutes les conséquences de cette maladie.

D'après les données qui précèdent , il est facile de voir que Y ulcère chronique commence par une lésion ou une contusion , et dans ce cas il est d'abord chancre ou cancer \ jusques à ce qu'il dégénère en ulcère sanieux , ou bien par une solution de continuité aux tubes capillaires , intérieurerement à l'écorce , ce qui , en empêchant la sève de se dégorger k mesure qu'elle y arrive , occasione un abcès qui devient également un ulcère. Ce cas est plus dangereux que le précédent. Ou bien enfin , il peut provenir d'un vice d'organisation ou de conformation , et ce dernier cas est le plus dangereux de tous. Quoiqu'il en soit , la solution de continuité aux tubes capillaires est la seule cause qui donne naissance à ces dangereux émonctoires. L'interruption subite et violente de tubes capillaires vivaces et en fonction ; l'agglomération dans un sac ou poche des sucs que ces tubes y déposent ; la décomposition des fluides séveux au contact de l'air , telles sont les causes et tels sont les effets de cette maladie pour laquelle il existe heureusement des moyens curalifs.

Quelques agronomes ont considéré cette maladie comme utile ; cette erreur est grande. Il serait certainement dangereux d'arrêter spontanément l'épanchement sanieux de l'ulcère avant d'en avoir détruit la cause ; mais il n'en est

pas moins vrai qu'il vaudrait mieux que l'arbre ne fut pas ulcéré que de l'être ; un ou plusieurs cautères n'annoncent pas la santé. Quelques auteurs ont même conseillé de faire des trous k la tige pour prévenir certaines maladies. Cette pratique est absurde. Toutes les saignées que l'on pratique h un arbre doivent s'arrêter entre le liber et l'aubier ; le lignum vivace ne doit être percé ou endommagé que dans le cas où il faut opérer un abcès ou un ulcère. L'on ne doit se permettre de pratiquer des cautères aux arbres que dans les cas de maladies très-graves , et ces cautères ne doivent pas dépasser la profondeur ci-dessus prescrite.

Quelques ulcères donnent lieu k une suppuration ou épanchement extérieur d'une couleur blanc de hit. Ceuxci sont vraiment dangereux , ou du moins sont l'indice d'une maladie grave. Cet épancbement blanc part de ht / moelle de l'arbre , et annonce , pour le moins , une carie dans cette partie. Il dérive ordinairement de la pourriture du cœur ou de celle des principales racines pivotantes. Cet épanchement blanc , lorsqu'il ne vient pas d'une plaie profonde , rentre dans la catégorie des chancres blancs, et ne dépasse pas le liber. J'en parlerai ultérieurement.

Cet ulcère avec épanchement blanc , provenant de la moelle, est commun aux mûriers auxquels une taille vicieuse, dans leur jeune âge , a formé une tête morte dans rembranchement et à ceux chez lesquels la moelle de la tige ne s'arrête pas à une fourchure primitive et régulière. C'est ordinairement la maladie qui les entraîne de bonne teure.

De l'apoplexie et de Vasphixie.

L'apoplexie des grands végétaux , que quelques auteurs ont confondue avec Y asphyxie, est une maladie très-sérieuse. Elle embrasse tout le système de l'arbre , éteint spontanément son existence, et lègue aux propriétaires un cadavre, avant qu'on ait eu le temps de s'apercevoir du mal. Elle atteint de préférence les mûriers les plus vigoureux , et au moment où l'on soupçonne le moins sa présence ; quarantehuit heures suffisent pour éteindre tout principe de vie dans le sujet qui en est frappé.

Quoique ses résultats soient les mêmes que ceux de Yasphyxie\ elle diffère d'elle dans les causes qui la déterminent; elle frappe les mûriers en pleine végétation et couverts de leurs feuilles ; tandis que Y asphyxie n'est occasionée que par la suppression des feuilles et la privation des organes aspiratoires. L'apoplexie , par le refoul de sève , étouffe et engorge la partie inférieure ; dans l'asphyxie , c'est la partie supérieure qui est étouffée. Dans Tune , la mort commence par les racines , et dans l'autre, par les branches ; de telle sorte que , dans l'asphyxie , les branches sont étouffées par le fluide séveux et les racines frappées d'apoplexie ; et dans l'autre , l'effet inverse : les branches frappées d'apoplexie et les racines étouffées. D y a donc similitude entre ces deux maladies ; l'une tient à l'ascension du fluide séveux et l'autre k sa rétroaction. Dans Tune , la décomposition commence par les racines et et dans l'autre, par les branches.

Toutes deux amènent la pourriture des racines et développent le champignon mucor ; dans le cas d'apoplexie , plus rapidement que dans l'autre.

J'ai cru devoir pousser à bout les rapprochements qui existent entre ces deux terribles maladies ; mais maintenant je sens le besoin de parler de chacune d'elles séparément, afin de bien déterminer les causes et les effets de chacune, et devenir plus intelligible.

Les causes qui déterminent Y apoplexie sont peu nombreuses , elles sont indépendantes du fait de l'homme , et tiennent aux variations atmosphériques. C'est toujours une transition subite d'une température chaude à une froide. Tout ce qui a été fait pour donner aux mûriers une belle végétation , devient , dans cette circonstance , plutôt nuisible qu'utile. L'engrais , les binages , les pluies chaudes et fertilisantes ; en un mot , tout ce qui doit faire prospérer , devient , dans ces moments de transition atmosphérique , un ennemi dangereux. Ces cas d'apoplexie sont , heureusement , très-rares ; ils ne se sont présentés k moi que cinq ou six fois depuis vingt ans. On ne peut pas même ; comme pour certaines maladies , les produire soimême ; il faudrait pouvoir produire les variations atmosphériques. Toujours est-il qu'une scrupuleuse observation m'a convaincu que cette maladie n'atteint jamais qu'un sujet vigoureux , bien fumé , et dont Taire nouvellement remuée, a reçu , au moment du plus fort de la végétation , une pluie chaude , et puis une transition subite d'un jour brûlant à une nuit froide , suivie d'un second jour chaud , circonstances indispensables pour produire Y apoplexie. J'ai remarqué également que cette maladie ne se développe qu'à la

sève du printemps , et toujours après le plein de lune , c* est-à-dire au moment où le fluide séveux est ascendant. C'est en pleine lune de Mai que cette maladie m'est toujours apparue.

Toutes les observations qui précèdent m'ont persuadé que la cause déterminante de cette maladie est dans les transitions atmosphériques ; que ces transitions produisent une contraction dans la partie supérieure , et déterminent un refoul de sève vers les racines. Dans ce moment , les racines , qui ne sont pas soumises a la même température que les branches , parce qu'elles se trouvent dans un sol mis en fermentation par l'engrais , le binage et la pluie , continuent leurs fonctions , absorbent une grande quantité de sucs qui se dirigent vers le collet ; là , ces sucs rencontrent la sève refoulante qui leur barre le passage ; les conduits s'encombrent ; la sève refoulée se coagule et arrête la circulation. Si une journée chaude succède à ces premiers effets de la maladie , le soleil achève ce que le froid avait commencé: il flétrit et dessèche les organes aspiratoires , les tubes des jeunes pousses se resserrent , «t ne produisent plus cet appel de sève pour lequel leur dilatation est indispensable, et l'arbre est frappé de mort complète le troisième jour , k moins que l'opération qui peut le sauver , ait été faite immédiatement.

Il est donc bien important pour les planteurs qui possèdent des plantations peu aérées , dominées par des montagnes élevées , où la chaleur du jour peut être très-intense dans certains moments , où les transitions atmosphériques sont fréquentes , de visiter leurs plantations dans le moment de ces transitions. Dans le midi de la France , où le vent de

nord-ouest ou mistral succède souvent à un soleil brûlant, où les mûriers , mieux fumés et mieux cultivés que dans nos pays , ont une végétation plus riche , une circulation de sève plus active que les nôtres , cette maladie se rencontre souvent , et impose aux planteurs l'obligation de ne pas négliger cette visite à leurs plantations. On peut se dispenser de visiter ceux qui sont , comme la majeure partie des mûriers qui peuplent notre département dans un état de végétation qui ressemble plutôt au rabougrissement, dont Taire remuée use fois l'an, encore pas toujours, pour y semer des céréales ou des prairies artificielles, ne fournit aux racines que juste ce qu'il faut pour entretenir leur maigre existence.

Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède , qu'il ne faut ni fumer , ni biner les mûriers , dans la crainte de les rendre apoplectiques. Il y a des jours fastes et des jours néfastes pour les meilleurs procédés. Une bonne époque pour fumer les plantations , est l'automne , ou au plus tard le mois de mars , et le premier binage du printemps doit être donné en même temps ; le second , après la feuille cueillie , afin de prévenir \ asphyxie ou les autres maladies organiques précédemment décrites. Le terrain remué en mars est un peu tassé lorsque la forte sève de mai arrive, et comme il a perdu une partie de ses qualités fermentescibles , les sucs qu'il fournit sont moins abondants , et ne risquent pas de donner lieu à Yapoplexie. Tous les cas de cette maladie que j'ai remarqués se trouvaient dans l'hypothèse dont j'ai parlé.

Malgré la promptitude que Ton peut mettre à porter remède k cette maladie, la cire n'en est pas toujours sûre.

Le seul symptôme apparent , qui est la flétrissure des pousses nouvelles , n'arrive souvent que quelques jours après l'attaque et lorsque le mal est sans remède. Si deux ou trois jours de pluie succèdent k l'attaque , l'humidité de l'atmosphère entretient la fraîcheur aux feuilles , et lorsque le soleil vient rendre le mal apparent, l'arbre est mort. Sur cinq mûriers que j'ai opérés dans le cas d'apoplexie , deux seulement ont été sauvés. Les trois qui ont péri s'étaient trouvés frappés par l'effet d'une transition du chaud au froid , suivie dune pluie de plusieurs jours. Lorsque je fis l'opération , la sève était coagulée ; je la fis cependant k l'apparition des premiers symptômes ( là flétrissure des feuilles ).

Après la mort de l'arbre , l'écorce de la tige et des branches se dessèche et devient adhérente. Le liber et l'aubier restent secs et ne pourrissent pas. Au bas de la tige , vers le collet , au contraire , et dans toutes les racines , le cambium se met en putréfaction , il corrode l'aubier des racines et en pourrit complètement l'écorce. Le phénomène inverse a lieu dans la maladie appelée l'asphyxie ; la pourriture de l'écorce et de partie de l'aubier a lieu k la tige et aux branches , et les racines restent saines , k moins que l'arbre ne soit laissé en place , et que la pourriture ne leur vienne de l'humidité du sol après la mort complète de la partie supérieure. Je développerai , en parlant de l'asphyxie , les causes auxquelles j'attribue ce résultat. Dans la tournée que j'ai faite en 1840 , comme instructeur k la culture du mûrier , j'ai rencontré plusieurs fois ce phénomène , entre autres à la Tronche , dans la plantation de M. G.... Plusieurs mûriers âgés d'environ

20 ans , avaient été , en 1839 , frappés d'asphyxie ; on les arrachait en 1840 ; leurs tiges et leurs branches avaient leur écorce complètement décomposée , et leurs racines étaient encore saines.

De l'asphùcie, de ses causes et de ses effets.

V asphyxie, dont les causes sont différentes de celles de F apoplexie , et dont les effets et les résultats sont , en défi* ûitive , les mêmes en ce qu'ils éteignent subitement l'existence de l'arbre , n'est cependant pas aussi dangereuse que l'apoplexie. Ses désastres sont moins rapides , et donnent aux planteurs le temps d'y porter remède.

Elle atteint indifféremment les sujets vigoureux ou languissants. Elle est occasionée par la suppression des organes aspiratoires. Elle ne se déclare qu'après la cueillette des feuilles et dans l'intervalle qui s'écoule entre l'enlèvement de la première feuille et le brouissement de la deuxième. Elle n'est réellement dangereuse que parce que ses symptômes peu apparents échappent presque toujours aux cultivateurs , même les plus soigneux.

Une taille faite en temps inopportun peut également y donner lieu , surtout si cette taille est pratiquée au moment de la plus forte végétation. La taille en vieille lune de mai est la plus dangereuse , pour nos pays surtout ; elle est désastreuse , très-peu de nos mûriers pourraient y résister pendant deux années consécutives.

Il y a cette différence entre Yasphysie et l'apoplexie, que dans l'une le mal arrive par un refoul de sève au moment

où elle devrait monter , et dans l'autre par une ascension au moment où elle devrait refouler , ou par l'épanchement complet de la sève contenue par les branches et la tige , . suivie de stagnation de sève ( Dans ce cas Yêcorce sèche et devient adhérente ). L'asphyxie se déclare ordinairement lorsque l'arbre a été dépouillé de sa feuille pendant le court temps d'arrêt qui a lieu entre l'oscillation des deux sèves , ou immédiatement après que le mouvement ascensionnel de la sève a commencé. Cette hésitation entre le mouvement ascendant ou le mouvement refoulant dure , si une transition atmosphérique ne le décide pas spontanément, trois ou quatre jours. Le mûrier , dépouillé de sa feuille dans ce moment , perd , par les blessures que lui fait la cueillette , toute la sève que contenait ses branches ; pour que cette perte ne fût pas mortelle pour l'arbre, il faudrait qu'elle fût remplacée ou par le fluide ascensionnel , ou par les substances aériennes. D'une part , le fluide ascensionnel se trouve à sa période de rétroaction , et de l'autre , la suppression violente des organes aspiratoires prive l'arbre des moyens de humer dans l'atmosphère de nouveaux principes die vie. Ce cas d'asphyxie se présente dans les moments pluvieux et frais, et lorsque l'aire de l'arbre est serrée et compacte ; si, au contraire , Taire a été remuée depuis peu , et que la période ascensionnelle commence , et qu'il fasse un temps chaud , l'épanchement extérieur de la sève donne souvent lieu à une ascension considérable de sève qui se précipite avec force dans les canaux qui viennent d'être vidés par l'épanchement. Les déchirures par où l'épanchement a eu lieu , contractées après vingtsquatre hautes par la chaleur , ne laissent plus passage à un

épanchement qui devient indispensable, la sève n'ayant aucun moyen de se débarrasser de ses parties gommo— terreuses par la transudation ou par les feuilles où elle devait s'épancher, se coagule et donne lieu k l'asphyxie. Ce dernier cas d'asphyxie a lieu plus souvent au commencement de la période ascensionnelle du fluide séveux qu'à la fin , et le cas précédent plutôt k la fin de cette périodequ'au commencement.

Ces deux maladies graves et subites (l'asphixie et l'apoplexie) ont presque toujours lieu pendant cette période ascensionnelle. Les symptômes de l'asphyxie sont pen apparents pendant les huit ou dix premiers jours qui suivent la cueillette des feuilles. Le dessèchement des bourgeons éventuels est le seul indice du danger , mais il faut une grande attention pour s'en apercevoir, les bourgeons d'épanlement sont si petits qu'il est assez difficile de bien reconnaître leur état , sans en avoir une grande habitude. Les symptômes ne deviennent positifs que lorsque la deuxième végétation commence. Si un ou plusieurs mûriers, soumis aux mêmes conditions de sol et d'atmosphère que leurs voisins, ne brouissent par leurs feuilles en même temps que les autres , il est k craindre qu'ils ne soient asphyxiés; k cette époque on est souvent k temps d'y remédier. Les ravages de Y asphyxie sont plus lents que ceux de Y apoplexie; dans le cas de surabondance du fluide séveux dans la partie supérieure par un temps chaud , la sève dilatée par la chaleur se coagule difficilement , k moins qu'elle contienne une surabondance de gomme , et dans le cas d'absence de sève produite par r épanchement extérieur par un temps frais et humide , il faut du temps pour que les bour-

geons se dessèchent et l'écorce devienne adhérente. Ces deux circonstances, qui accompagnent toujours Tune ou l'autre les cas d'asphyxie , donnent le temps de porter aux malades les secours dont ils ont besoin.

Dans le cas d'asphyxie produit par une taille faite en temps inopportun , les mêmes causes se réunissent pour produire les mêmes effets, mais plus souvent la privation de sève après l'épanchement résultant de la taille, que la surabondance de fluide séveux. La taille opérée en temps prohibé produit d'abord un épanchement , puis un refoul de sève. La privation des organes aspira toires et des branches parla taille, met l'arbre dans l'impossibilité de trouver dans l'atmosphère ce que le sol lui refuse; aussi, à moins que la taille n'ait été qu'un épbintage , il est bien rare que la pourriture de l'écorce des branches et des racines ait lieu dans le cas d'asphyxie produit par la taille.

Le résultat de l'asphyxie est , ainsi que je l'ai dit en traitant de l'apoplexie, la décomposition de la partie supérieure ou la dissécation de cette partie, suivant que sa cause git dans la surabondance de sève ou dans son absence complète.

Dans le cas de surabondance , l'aubier et le liber prennent , au bout de dix à douze jours , une couleur brune ; la sève coagulée les détache l'un de l'autre , fermente entre deux , et donne , par sa fermentation , naissance à des myriades de larves ou cirons qui les rongent; cinq où six mois après la mort du sujet, l'écorce se détache, et une grande partie de cette écorce ainsi que la superficie du liber tombent en poussière. Dans le cas d'absence de fluide séveux, les branches se dessèchent en commençant parles

pointes, l'écorce devient adhérente progressivement du sommet de l'arbre jusques au collet ; dans l'un et dans Vautre cas les racines restent saines pendant sept à huit mois au moins , si l'humidité du sol ou toute autre cause n'en hâte pas la décomposition.

Quoique Y asphyxie soit une maladie grave qui attaque le système entier de l'arbre et lui donne la mort, elle n'en est pas moins , d'après la distinction que j'ai établie au commencement de ce chapitre , une maladie accidentelle. Elle résulte toujours d'un accident provenant du fait de l'homme, étranger aux variations atmosphériques au sol et au climat; elle ne se présenterait jamais si l'on ne dépouillait pas le mûrier ou si on ne le taillait en temps inopportun. Si, pour sa description, j'ai devancé Tordre établi au commencement du traité des maladies, c'est que j'y ai été obligé par les rapports qui existent entre cette maladie et Y apoplexie, et pour mieux faire comprendre les causes qui l'amènent et les effets qu'elle produit, afin qu'à l'avenir on ne les confonde pas. comme on l'a fait jnsqu'à présent.

De la pleurésie.

La pleurésie est une maladie dont aucun auteur n'a encore parlé. Elle existe cependant; elle attaque toutou partie de l'organisation ; elle est souvent le prélude d'uae maladie plus sérieuse; elle ne donne pas la mort, mais elle devance et cause souvent une des maladies précédemment décrites.

J'ai cru devoir donner le nom de pleurésie à ces jaunisses subites , à ces interruptions de végétation occasionées par

les transitions atmosphériques du chaud au froid. L'arbre ne meurt pas , mais à dater du moment où il a essuyé cette transition, il cesse de végéter, il languit et se rabougrit dans les sols les mieux cultivés et amendés tout aussi bien que dans ceux qui ne le sont pas.

Cette maladie se déclare rarement pendant la période ascensionnelle du fluide séveux , mais au contraire pendant la période de rétroaction. Dans la période d'ascension , une transition atmosphérique donne Y apoplexie; il est bien rare que cette dernière maladie ne soit pas mortelle, tandis que h pleurésie ne l'est jamais subitement, mais elle le devient par la suite , si on la laisse dégénérer en maladie chronique; elle devient alors une espèce de maladie de langueur , qui éteint à la longue le sujet, et le fait finir ou par la paralysie, ou par la pourriture des racines.

Les causes qui l'amènent sont les mêmes que celles qui déterminent l'apoplexie, mais les effets en sont différents; cette différence tient à l'époque où l'arbre éprouve la transition atmosphérique. Ses effets ressemblent un peu à ceux de l'asphyxie , en ce qu'il y a absence d'absorption aérienne , et diffèrent néanmoins de ces effets en ce que cette absence d'absorption a lieu en présence de tous les organes aspiratoires de l'arbre. Ainsi cette maladie tient le milieu entre l'apoplexie et Y asphyxie , ressemble à l'une par ses causes r et à l'autre par ses effets , et diffère de toutes deux par se* résultats.

Pour rendre cette définition tout à fait intelligible , il convient de démontrer clairement ce qui se passe au moment où l'arbre est atteint de cette maladie , et de revenir un peu sur les principes généraux de la végétation.

Plusieurs substances concourront à la formation et à lac* eroissement des végétaux ; pour ne pas entrer ici dans de trop grands détails , sur la nature des substances, je me bornerai à rappeler à mes lecteurs que l'arbre vit et grandit , . d'un côté , par l'ascension des sucs terrestres ou acqueux qui forment le fluide séveux ascensionnel , et dans l'autre , par la rétroaction des fluides aériens destinés k se combiner avec les fluides terrestres et k former le lignum , ce qui constitue la sève refoulante ou ascendante. Ces deux principes de végétation sont indispensables à la vie des végétaux ; le moindre dérangement dans le mouvement régulier de l'un d'eux amène des maladies très-graves. Ainsi le refoul subit et forcé du fluide ascensionnel donne Y apoplexie , lorsque ce fluide n'est pas immédiatement remplacé par les fluides aériens. La suppression complète des organes aspiratoires> au moment où ils doivent fonctionner , procure Yasphixie , et la pleurésie est produite , lorsque ces mêmes organes aspi* ratoires en pleines fonctions sont tout a coup contractés par le froid et cessent de fournir à l'arbre ses aliments aériens au moment où il doit en vivre. Ainsi , ces trois maladies sont produites , savoir : Y apoplexie , par les sucs terrestres et acqueux refoulés de force vers les racines; Y asphyxie, par les mêmes sucs encombrant la partie supérieure; et h pleurésie, par l'interruption subite du mouvement rétrograde de de la sève aérienne. Dans celte maladie, toutes les fonctions de l'arbre sont suspendues instantanément ; elle produit un espèce d'engourdissement ou de léthargie , et les effets de cette léthargie sont la jaunisse d'abord, puis le rabougrissèment ou, pour mieux dire , la cessation d'accroissement. L'apoplexie ne peut avoir lieu qu'au plus fort du mouvement

ascensionnel de la sève, h pleurésie au plus fort du mouve ment inverse , et Y asphyxie pendant le temps d'arrêt qui divise ces deux mouvements.

Si je me suis longuement, étendu sur la définition , la différence ou l'analogie qui peuvent exister entre ces trois maladies, sur leurs causes , leurs symptômes et leurs effets, c'est que j'ai pensé que ce qu'il y a de plus important k bien connaître , est l'origine et le siège du mal ; les soins propres k le prévenir ou le remède k y apporter sont ensuite plus faciles k deviner. Ce qui m'a de plus engagé k y revenir plusieurs fois et k les mettre en parallèle, c'est que les moyens qui préviennent ou guérissent l'une, sont insuffisants ou contraires k l'autre, et doivent varier ou se modifier comme les causes qui les ont produites.

Jusqu'à présent je n'ai parlé de la pleurésie que comme attaquant la partie supérieure de l'arbre tout entière. Il me reste k parler des cas où elle ne l'attaque que partiellement. Dans la présente hypothèse , elle n'est que le prélude d'une autre maladie.

Lorsqu'elle attaque une ou plusieurs branches et que son irruption tient k la volatilisation subite de l'humidité des feuilles d'une partie de l'arbre , et que cette évaporation produit un refroidissement subit de la partie de l'arbre ombragée par l'autre ( ce cas est décrit au titre de la paralysie ) , elle prend alors le caractère de la paralysie. La partie sur laquelle le froid a agi , en contractant les organes aspiratoires , jaunit d'abord, se paralyse après et périt ensuite. Je crois avoir suffisamment indiqué ce cas de pleurésie dans la description des diverses causes de paralysie; je n'y reviendrai pas.

La pleurésie peut également frapper les racines; l'expérience que j'ai rapportée au titre de la pourriture des racines, en est un exemple. Dans ce cas comme dans le précédent , elle est le prélude de la pourriture et doit être considérée comme la cause d'une maladie, plutôt que comme la maladie elle-même. Je ne crois pas devoir y revenir.

Ici se termine la description des maladies que j'ai appelées organiques. Elle est sans doute très-incomplète; malgré toute l'attention que j'ai pu mettre à les observer , je suis convaincu qu'une infinité de choses m'ont échappées. Ce n'est qu'en tremblant que j'ai abordé des questions aussi délicates et aussi difficiles ; mais j'espère que la bonne foi que j'y ai mise et ma bonne volonté, rendront indulgents ceux de mes lecteurs qui, plus instruits que moi, sont mieux au courant des secrets de la nature.

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