‹ Traité de la culture du mûrierChapitre 5 sur 21 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

DE LA REPRODUCTION DU MURIBR FAR 6BAINB ; DU SEMIS, DE LA MARCOTTE ET DE LA BOUTURE.

S I er

Reproduction du mûrier par la graine.

Le choix de l'arbre dont on doit cueillir la graine est Ires-important. Il faut un arbre de moyen âge , vigoureux , sans être placé dans un sol trop gras , et Ton devrait donner la préférence à celui dont la feuille n'aurait pas été cueillie depuis deux ans. Le fruit doit être parfaitement mûr. Pour en extraire la graine , on met le fruit dans un vase , ou on l'écrase parfaitement avec la main; on remplit le vase d'eau afin de débarrasser la graine des parties glutineuses qui l'enveloppent, et pour faire surnager les mauvaises il faut renouveller l'eau plusieurs fois , jusqu'à ce qu'il ne reste au fond du vase que les graines que leur poids spécifique a entraînées au fond de l'eau ; celles-ci seules sont bonnes.

Si Ton ne veut semer la graine qu'au printemps , il faut lui procurer une parfaite dissécation à l'ombre , l'enfermer dans des vases hermétiquement bouchés, la mêler avec une quantité égale de sable parfaitement sec , et la placer

dans un lieu où il ne gèle pas trop fort. Le gel en lui procurant une trop forte dissécation , ponrrait endommager le germe.

Si, au contraire, on veut semer la graine de suite (et alors il faudrait se la procurer des fruits les premiers mûrs ) , il ne faut lui procurer qu'une dissécation suffisante pour détacher les graines les unes des autres. Cette dernière époque pour semer peut être avantageuse si le semis réussit; on peut gagner du temps et de la vigueur , mais elle oblige a quelques précautions pour la conservation de& jeunes plants pendant l'hiver. '

Le choix de l'espèce du mûrier dont on sème la graine est important. Elle doit varier suivant les lieux où l'on sème. La nature s'est chargé de nous l'apprendre : dans les pays chauds la graine de mûre blanche réussit parfaitement ; dans ceux tempérés celle de mûre grise convient , et dans les pays froids celle de la mûre noire a plus de chances de succès. En règle générale , quelque soit le lieu qu'on habite , la graine et les plants de tous genres réussissent mieux s'ils sont originaires d'un climat comparativement plus pauvre. Ainsi je recommande pour le nord la graine du mûrier noir.

Du semis.

La graine de mûrier se sème au commencement du printemps, et l'époque du semis doit nécessairement varier suivant le lieu qu'on habite ; toujours est-il qu'il ne faut

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pas trop se hâter , attendre que la terre soit réchauffée par les rayons du soleil ; dans le nord surtout où la température éprouve souvent des variations désastreuses , on supposerait à perdre tout le semis par l'effet d'une seule gelée blanche. Il est donc impossible de préciser parfaitement l'époque du semis qui peut aroir^ lieu depuis le commencement d'avril, pour les pays chauds, jusqu'à la fin de mai pour le& localités froides. Les semis d'été étant interdits aux pays où on ne peut pas cueillir la mûre avant le commencement de juin, les jeunes plants n'auraient pas le temps d'acquérir assez de force pour résister à l'hiver. Je conseille donc aux habitants du nord de semer au printemps.

Le terrain que l'on destine au semis, pour que Ton puisse compter sur la réussite, doit être en majeure partie composé de silex , combiné avec quelque peu de matières calcaires ou tourbeuses , le moins de gipse ou d'argile que faire se pourra ; en* un mot léger et friable , pourvu d'humidité , préparé et défoncé d'avance , légèrement amendé.

La forme des planches est absolument indifférente. Je conseille pourtant de semer en ligne plutôt qu'en garenne. Le semis en ligne facilite le binage et permet de sarcler sans endommager les jeunes plants. La précaution la plus essentielle est de semer clair. Les raies dans lesquelles on répand la graine ne doivent pas avoir plus de 3 ou 4 centimètres de profondeur. Il ne faut pas laisser dessécher le terrain où la graine a été répandue ; il faut , au contraire , l'arroser souvent , soit à la rigueur du soleil , avant que la graine ait levé , soit avant le lever ou après le coucher

lorsqu'elle a levé. L'arrosage au soleil hâte et faeilite la germination, mais aussitôt que la plante paraît cette époque d'arrosage serait contraire. Il convient également de biner souvent, soit pour émietter le terrain que les fréquents arrosages serreraient trop, soit pour détruire les planteô parasites. Les raies doivent avoir entre elles une distance de 8 à 10 centimètres, afin que l'air circule librement entre les jeunes plants et leur donne une organisation vigoureuse. Le binage doit se faire avec précaution ; l'instrument doit être un petit piochon Y bigot , afin de ne pas endommager les racines des jeunes plants.

Les semis de mûriers ont un terrible ennemi k craindre dans nos contrées : c'est le limaçon. Si le terrain dans lequel on sèmera en est peuplé, la perte du semis est presque assurée. Toutes les précautions que Ton peut prendre pour détruire cet insecte . vorace sont de peu d'efficacité. La poussière de chaux vive , répandue dans la nuit sur les planches du semis , a bien l'avantage de brûler les limaçons , mais ce procédé endommage les jeunes plants. Quelques personnes conseillent de les arroser avec de Teati dans laquelle on aura infusé de la suie ; j'ignore quelle peut être l'efficacité de ce remède ; s'il ne produit aucun bien pour la destruction de l'insecte il ne peut nuire , la suie contenant de grands principes stimulants de végétation. Voici le moyen auquel j'ai recours pour la destruction de ces maraudeurs : quinze ou vingt jours avant l'époque où je veux semer ma graine de mûrier , je sème à la place de la graine de trèfle ; les limaçons sont très-friands de cette plante , surtout lorsqu'elle est jeune ( toute autre plante dont ils seraient avides , et qui lèverait promptement ,

remplirait le même but). Lorsque ces . insectes août Répandus sur la superficie du sol , ce qui a Heu du coucher «tu lever du soleil, je répands de la poussière de chaux abondamment sur les jeunes trèfles ; cette opération , répétée deux ou trois fois à deux jours d'intervalle , suffit pour détruire tous ceux qui s'y trouvent. Après cette opération on renverse le terrain à la bêche pour détruire k trèfle et on sème le mûrier.

J'ai trouvé dans la Revus industrielle un nouveau procédé pour la destruction des limaçons ; il consiste à saupoudrer le sol où ils font des ravages, de sel commun. Je n'ai pas obtenu de ce procédé une bien grande réussite. Je conseille donc aux semeurs de mûriers d'en faire l'essai et de lui donner le crédit que l'expérience lui acquerra.

Pour garantir les semis tardifs de l'effet des trop fortes gelées, il convient de les couvrir, en hiver, de feuilles sèches ou de poussière de blé. Ce procédé les expose à la dent des rats ; pour y obvier , ceux qui pourront se procurer des hérissons de châtaigner , feront bien de les mélanger avec la poussière de blé dans une grande proportion.

La pourette d'un an peut acquérir dans un bon sol la hauteur de 20 k 30 centimètres ; elle est , dans ce cas , préférable à celle de deux ans , bien que la dernière eut de 1 mètre à 2 mètres de hauteur. Quelle que soit la hauteur que la pourette atteint de son premier jet , si elle reste en place , il convient de la couper rez-terre au printemps suivant , et de veiller à ce que chaque plante ne fournisse qu'une tige , en supprimant celles de moindre apparence. Cette double opération bien faite peut mettre la pourette à même d'être greffée l'année suivante.

Là greffe en pourette ( pour les pays chauds , et en général pour le localités abritées des vents du nord , pouvant cultiver la première classe de mûriers ) , outre l'avantage de faire gagner du temps , a celui de fournir des sujets munis d'une tige et de branches d'une contexture identique ; avantage très— grand auquel nos planteurs ne font pas assez attention. Cette méthode n'est cependant pas exempte d'inconvénients. D'abord elle nous fait perdre une infinité de variétés supérieures à celles que nous obtenons par la greffe , et , de plus, elle nous expose à marier des variétés antipathiques , c'est-à-dire à placer sur une espèce une greffe appartenant à une variété dont la contexture différente ne donne pas au sujet cette harmonie d'organisation nécessaire à sa durée et à son accroissement. De là tant de sujets chétifs , tant de mûriers malades. Je traiterai amplement cette question et la développerai au chapitre de la greffe.

De la marcotte.

La reproduction du mûrier par le procédé de la marcotte est généralement usitée en Italie , aux environs de Véronne surtout. Il est étonnant que , dans nos contrées , un moyen aussi facile et aussi sûr n'ait pas encore été mis en usage. Les immenses avantages qui résultent de ce mode devraient cependant engager nos planteurs à y recourir.

Au nombre de ces avantages , on peut indiquer d'abord celui de perpétuer les bonnes variétés , d'avoir des mûriers dont toute l'organisation identique assure la vigueur et la santé , le rapide accroissement. J'engage fortement les amis des progrès de l'agriculture à y avoir recours , à introduire , par l'exemple , ce mode de culture dans nos pays.

Pour obtenir des mûriers par marcotte , il faut couper près de terre le mûrier qui doit les fournir , le tailler en têtard , et lorsqu'il est assez vigoureux pour nourrir une dizaine de belles pousses , on coupe , en automne , après la la chute des feuilles , toutes ces pousses , de manière à leur laisser, à chacune, quatre ou cinq bourgeons. On amoncelle ensuite sur sa tête assez de terre pour la recouvrir entièrement , d'un pied au moins. La terre amoncellée doit être friable et ne doit jamais se dessécher entièrement. Au printemps suivant , vous verrez sortir de ce monceau de terre tous les bourgeons que vous aurez laissés aux branches coupées , et chacun de ces bourgeons formera un mûrier prêt à placer en pépinière l'année suivante , parfaitement muni de racine , et pouvant , en le séparant du sujet qui Ta produit , vivre de sa propre vie.

Pour procéder à la séparation des marcottes de la souche , il faut démolir le tertre avec beaucoup de précaution, afin de conserver le plus de racines que faire se pourra, les séparer de la mère branche en coupant celle-ci entre deux jets. Quand on place ces jeunes plants en pépinière , il ne faut laisser de la mère branche que ce qui adhère immédiatement au jeune plant.

Il existe divers moyens de se procurer des marcottes de

mûriers ; ils diffèrent peu du précédent- Eu voici un qui peut eu fournir une plus grande quantité , mais moins vigoureuses que celles qu'on obtient par le procédé que je viens d'indiquer.

Au lieu de couper les jets du têtard destiné à fournir les marcottes, on les couche horisontalement, on les fixe en terre avec des crochets en bois , et on recouvre la branche couchée d'une légère couche de terre , dont on augmentera la hauteur au fur et à mesure que les poussées issues de la branche couchée s'élèveront. Il ne faut pas néanmoins dépasser la hauteur de 10 k 12 centimètres de terre. Cette méthode donnera beaucoup de plants f mais infiniment moins vigoureux que lorsque les mères branches ont une direction verticale.

Quelques auteurs conseillent de marcotter les pousses d'un an , et de ne les séparer de la mère que lorsqu'elles sont prêtes à placer à demeure. Si les sujets provenus de marcottes pouvaient acquérir assez de vigueur en un an , ce conseil serait très-bon ; mais je ne conseille pas de s'y arrêter, à moins qu'on ne veuille perdre le sujet qui a fourni les marcottes. L'enlèvement annuel des plants joint l'avantage d'en fournir une plus grande quantité à celui de laisser vivre longtemps le sujet qui les a fournis.

Quand un mûrier a fourni des marcottes , ou laisse la tête découverte , afin qu'il puisse donner de nouvelles pousses , qui , l'année suivante , peuvent subir l'opération de la marcotte.

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