‹ Traité de la culture du mûrierChapitre 6 sur 21 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

De la bouture.

La reproduction du mûrier par bouture serait d'un avantage immense et la seule que je conseillerais , si elle était aussi sûre et aussi facile que celle par graines ; mais elle entraîne après elle une si grande quantité de soins minutieux , elle est si rarement couronnée de succès , que je ne m'étonne pas que la plupart de nos pépiniéristes y aient renoncé.

Presque tous les auteurs qui ont écrit sur la culture du mûrier ont recommandé ce mode de reproduction , et pas un n'a indiqué le moyen d'une parfaite réussite- J'indiquerai ici une méthode qui m'a donné quelques succès. J'engage fortement les cultivateurs qui veulent planter des mûriers dans leurs propriétés à y avoir recours ; ils ne réussiront pas toutes les années , mais s'ils persistent, ils réussiront une fois. Quel immense avantage n'auront-ils pas de posséder des mûriers élevés chez eux , et par conséquent acclimatés ; des plants dont les racines , la tige et les branches d'une même contexture , douées d'une même organisation , seront d'une réussite assurée ; des plants dispensés de la greffe et d'espèces choisies ! Tous ces avantages devraient être plus que suffisants pour les engager à y avoir recours.

Si la reproduction par marcottes pouvait se faire en grand , je conseillerais d'y recourir de préférence , elle

est plus sûre. Mais pour obtenir cinq ou six cents plants pat 1 marcotte , il faut avoir au moins un cent de mûriers greffés près de terre , que l'on est obligé de soigner pendant plusieurs années , avant de les soumettre à l'opération de la marcotte. Les soins qu'ils exigent ont dégoûté les pépiniéristes dont T avidité est plutôt satisfaite par la reproduction du mûrier par sa graine.

Pour obtenir des plants de mûrier par bouture , il faut cueillir sur un mûrier, dont l'espèce est bonne , des pousses d'un an , avant que la végétation ait commencé. On les plante ensuite dans un terrain léger et humide ; si l'exposition est chaude , il convient de les abriter des rayons du soleil.

La profondeur à laquelle il faut les planter varie selon le sol et le climat , de 20 à 40 centimètres. Plus le terrain est humide et le climat frais , moins On doit planter bas , parceque les tiges que l'on plante formant leurs premières racines à l'extrémité , celte formation de racines n'aura pas lieu dans un terrain humide , si l'on dépasse la profondeur où cette extrémité doit recevoir les bienfaits de l'influence atmosphérique. Dans les climats chauds, au contraire, si le terrain surtout est pourvu de peu d'humidité, il convient de les enfouir profond pour empêcher le dessèchement des tiges. La nature agira dans les climats chauds à 40 centimètres de profondeur , comme elle agit , dans les climats frais et les sols humides, à une profondeur de 20 centimètres. La sagacité du planteur sera là-dessus le meilleur guide.

Les branches que Ton destine à faire racines devant être des pousses d'un an , leur longueur doit être réglée

par fo profondeur à laquelle on doit planter ; quelque soit cette profondeur il doit en rester au moins 8 à 10 centimètres hors de terre , soit quatre k cinq bourgeons. Les petites pousses , pourvu qu'elles soient parfaitement mûres , Sont préférables ; la probabilité de réussite fcst en raison inverse de la grosseur de la bouture. Il ne convient pas de couper le bout extérieur , sa coupure donné lieu k une trop grande déperdition de fluide séveux et peut faire périr la bouture. Pour obviera cet inconvénient, on brûle avec un fer chaud le bout que Ton a coupé. Cette précaution , qui parait minutieuse , est une condition de réussite. Pour être dispensé de ce soin impraticable en grand , il vaut mieux ne pas couper le bout.

Si les boutures n'étaient pas sèches lorsqu'on les a plantées , elles donneront toutes signe de vie ; les bourgeons enfleront et s'épanouiront ; mais jusqu'à ce que la tige soit munie de quelques racines , les feuilles auront un vert jaunâtre , et leur accroissement sera peu de chose ; les bourgeons seuls de celles qui se racineront prendront la couleur naturelle de la feuille et formeront un jet dont l'accroissement sera sensible ; alors le planteur doit donner tous ses soins à supprimer les bourgeons supérieurs de la tige jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un ; cette suppression doit se faire en deux ou trois fois , à dix ou douze jours d'intervalle , en commençant par ceux d'en haut ; il faut conserver néanmoins celui dont la plus belle apparence annonce qu'il est préféré par la nature. Lorsque la végétation des boutures ne laissera plus de doute sur la formation des racines , il faut souvent biner le terrain pour faciliter le développement et l'accroissement des racines.

Le terrain ne doit jamais être trop sec ; l'arrosage pendant les grandes chaleurs est indispensable , surtout au printemps , avant la formation des racines. Il ne faut cependant pas une trop grande quantité d'humidité dans les terrains naturellement frais; l'arrosage trop fréquent pourrirait l'écorce de la bouture et empêcherait sa réussite.

Il faut très-peu de terrain pour planter une grande quantité de boutures. Dans l'espace de 10 à 12 mètres carrés on peut planter cinq ou six cents boutures , en les plaçant k 7 ou 8 centimètres les unes des autres. Cet espace leur suffit pendant la première année. L'année suivante , on les arrache avec soin pour leur conserver , s'il est possible , toutes leurs racines , et on les place en pépinière ainsi qu'il sera dit au chapitre suivant. Trois années leur suffisent pour acquérir la grosseur que les mûriers provenus de semis ne peuvent atteindre qu'après quatre ou cinq années.

Un mûrier provenu de bouture peut , ainsi que celui obtenu par marcotte , servir à la reproduction de la même espèce par le dernier procédé ; il est préférable à celui provenant d'une pourette greffée , en ce que toutes ses pousses sont bonnes et n'obligent pas à supprimer, comme à la pourette , celles qui se développent au-dessous de la greffe.

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