‹ Traité de la culture du mûrierChapitre 7 sur 21 · TRAITE »ES PKP1NIBRB · texte numérisé non relu

TRAITE »ES PKP1NIBRB

Observations générales.

L'art du pépiniériste qui , dans le midi de la France , a fait de grands progrès , est encore chez nous dans son enfance. Les sujets issus des pépinières de notre département n'ont pas cette apparence de vigueur , cette rectitude de ceux issus des pépinières du midi. Notre sol , à tous égards, est cependant supérieur; notre climat , il est vrai , ne Test pas ; mais ne pouvions nous pas , sinon avoir des plants aussi gros , au moins les avoir aussi droits , doués d'une organisation préférable. Les pépiniéristes du midi doivent F apparence vigoureuse et la grosseur de leurs plants à la grande quantité d'engrais dont ils les gorgent , à l'arrosage et à la chaleur du climat ; ils n'élèvent que des variétés auxquelles la chaleur est indispensable ; aussi encombrentils nos marchés de leurs produits , et nos planteurs , séduits par l'apparence , préfèrent ces mûriers k ceux issus de nos pépinières. Cette préférence est un malheur pour nos contrées ; non seulement notre argent s'en va , mais encore

nos champs se peuplent de variétés dont la réussite est moins sûre pour le climat que celles qui lui sont propres , et qui feront ainsi éprouver de grandes pertes au pays par la différence du produit que Ton obtiendrait des variétés acclimatées.

Il sera bien long et bien difficile de faire comprendre aux planteurs que la grosseur d'un mûrier , lorsqu'on le place à demeure , n'est pour rien dans sa prospérité future ; que les conditions de réussite gissent dans son organisation et dans son espèce , qui doivent être en rapport avec le ^ol et le climaf où on le place ; dans la hauteur de sa tige , qui doit varier suivant ce sol et ce climat, afin que ses branches se développent et puissent profiter des bienfaits atmosphériques , des substances aériennes qui , dans tous les pays, ne distribuent pas leur influence bienfaisante au même niveau. Il faudra encore plus de temps pour persuader aux pépiniéristes qu'ils doivent donner à leurs jeunes plants une éducation différente , suivant les lieux où ils doivent être plantés ; que le choix des espèces, surtout, est la chose la plus importante. Ils feront long-temps encore comme ils ont fait , formeront des tiges de même hauteur pour tous les sols et tous les climats , grefferont indifféremment des espèces dont la reprise et la vente sont les plus sûres , et ne s'inquiéteront pas de la réussite des plantations a demeure. Cette avidité sera long-temps un grand obstacle aux progrès de l'art des pépinières. Ce n'est donc pas pour lès pépiniéristes marchands que ma méthode sera bonne , mais pour les planteurs qui voudront eux— mêmes élever leurs plants.

Comme il est dit dans le premier chapitre , je formerai quatre classes de pépinières , devant fournir chacune des

sujets propres aux plantations à demeure de chaque classe. Il serait k désirer que chaque mûrier fût élevé sur les lieux même où il doit être planté ; mais comme cette chose est presque impossible , il faudra que la sagacité du pépiniériste y supplée par le choix des sujets propres à chaque classe.

La qualité du sol où Ton veut établir une pépinière est une chose importante. En régie générale , il doit être à peu près semblable à celui où le mûrier doit être planté. Les terrains légers , composés de silex , de granit , de matières calcaires , de tourbe , et peu pourvus de gypse ou d'argile sont préférables. L'emplacement de la pépinière n'est pas moins important ; elle doit être située de manière à jouir, du matin au soir, des bienfaits du soleil, nullement abritée des vents auxquels il est important d'habituer les jeunes plants dès leur bas âge. En un mot , les meilleures pépinières sont celles situées en rase campagne ; les sujets en provenant y acquerront une organisation propre à tous les climats.

Le sol doit être défoncé à une profondeur de deux pieds au moins. Cette opération , qui consiste à bouleverser la superficie du sol à cette profondeur , doit être faite avant l'hiver , afin que le sol ainsi renversé ait le temps d'acquérir, par l'effet des intempéries, les qualités nécessaires à la végétation.

Si le sol est riche et suffisamment humide , il est propre à la culture du mûrier de première classe , et Ton doit bien se garder d'augmenter sa richesse par l'engrais. Si le sol est médiocre , on ne peut y élever des mûriers de première classe qu'en les gorgeant d'engrais , alors il arrive ce qui

se passe dans les pépinières da midi , que nos pépinières fournissent des sujets doués d'une organisation factice, qui plus tard est plutôt nuisible qu'avantageuse. En règle générale , chaque qualité de sol et de climat doit fournir des mûriers semblables à ceux dont la culture à demeure est permise dans des sols ou des climats identiques , sans engrais pour leurs premières années. Et celui qui veut planter doit plutôt prendre garde à l'élévation des tiges et aux espèces qui lui conviennent qu'à la grosseur du plant ; chaque mûrier étant obligé , après sa transplantation à demeure , de refaire son organisation sur une échelle conforme au sol et au climat où il se trouve , ne gagne rien par sa grosseur , surtout si cette grosseur est le fait d'un trop grand bien-être , et si la variété à laquelle il appartient n'est pas en harmonie avec le climat où il se trouve , sa végétation sera chétive et ne donnera jamais un résultat satisfaisant.

Pépinières de première classe.

Pour former une pépinière de première classe , plusieurs conditions sont indispensables : la richesse du sol, le choix des espèces et l'élévation des tiges.

Je crois avoir suffisamment expliqué ce que j'entends par un sol riche. Je ne m'occuperai donc que du choix des espèces et de l'élévation des tiges.

Il serait à souhaiter , pour obtenir des mûriers de première classe , que l'usage des plantations en bouture ou

celui de la marcotte fut répandu dans nos contrées. Les plants provenants de ces deux méthodes seraient , mieux que tous autres , propres à la formation des pépinières de première classe , surtout si les boutures et les marcottes provenaient des variétés qui nous conviennent. En attendant que cette heureuse innovation s'introduise , je traiterai des formations des pépinières en pourettes , les procédés pour la plantation et pour l'éducation devant, d'ailleurs , être les mêmes , et ne différant que par rapport à la différence de conformation des racines , pour l'arrangement desquelles le ' gros bon sens doit servir de guide.

Le choix des pourettes est important ; celles d'un an , provenant de graine de mûres blanches , conviennent aux climats chauds , dont elles sont issues. La préférence que je donne à la pourette d'un an s'explique par la facilité de r arracher sans endommager les racines; à cet âge, les racines horizontales ne sont rien ; leur perte , s'il en existe , est peu de chose , tandis qu'à deux aps elles ont déjà joué un grand rôle dans le développement et l'accroissement de la pourette ; leur suppression serait une perte trop considérable , et l'on est obligé , pour les conserver , de les planter avec soin , de perdre beaucoup de temps pour les arranger convenablement , de supprimer la majeure partie de la racine pivotante ou de la coucher au fond d'un trou fait exprès pour chaque pourette , ce qui nécessite de grands frais sans donner un résultat meilleur. La pourette d'un an, lorsque d'ailleurs elle est belle , peut se planter à la cheville, en ne lui supprimant que l'extrémité de sa racine pivotante , et sa végétation est aussi belle , et même plus belle que de celle de deux ans.

La distance à laquelle il convient de planter la pourette en pépinière doit nécessairement varier selon la classe de mûriers que Ton veut élever. Cette variation , néanmoins , n'est pas bien considérable.

Pour les mûriers de première classe , la distance des lignes devrait être au moins d'un mètre en tous sens , ou bien , ce qui serait plus avantageux , de 5 pieds d'une ligne à l'autre sur 2 pieds d'une pourette à l'autre ; cette dernière méthode faciliterait l'arrachis. La direction des lignes , autant que possible , doit être nord et sud afin qu'elles puissent profiter du soleil et ne pas se nuire par leur ombre réciproque.

La première opération qui doit suivre la plantation des pourettes est le recepage. Cette opération consiste à recouper près de terre , et, pour marquer l'endroit où est le trou de la pourette , on repique le bout coupé à côté ; ce bout repiqué s'appelle guide. Dans le midi on est en usage de faire cette opération au printemps , lorsque la pourette commence à végéter. Cet exemple n'est pas à suivre ; elle doit nécessairement nuire au jeune plant. Le fluide séveux circule déjà dans sa petite tige long-temps avant que l'accroissement des bourgeons annonce sa présence , et tout ce qui s'est répandu dans la partie que l'on supprime est une perte pour la partie qui reste. Ainsi cette opération , selon moi , doit être immédiate , ou , tout au moins , précéder la végétation assez pour que la coupure soit cicatrisée. Un soin ne serait pas à dédaigner : il consisterait à enduire le bout de la pourette de goudron , d onguent de St-Fiacre , ou de toute autre substance pouvant boucher l'extrémité des tubes capilaires et faciliter la circulation.

La seconde opération , et qui est, ainsi que là précé-^ dente , commune à toutes les classes de pépinières , est ïébourgeonnement ou émondage. Cette opération se fait à la main , ou avec un instrument bien tranchant. Elle consiste à suivre toutes les pourettes une à une , k supprimer tous les bourgeons , excepté un ; et avant de le faire , il convient d'attendre que la nature ait désigné son enfant gâté, ce qui se reconnaît facilement lorsque les jets ont atteint 8 à 10 centimètres de hauteur. De deux jets d'égale apparence , le plus près de terre doit être préféré. Ce choix une fois fait , il faut visiter la pépinière plusieurs fois «t veiller à ce que de nouveaux parasites ne viennent pas nuire à la végétation de celui que Ton a choisi.

Lorsque le bourgeon ou jet aura acquis 1 ou 2 pieds d'élévation , il surgira le long de sa tige de petites brindilles latérales ; il faut bien se garder d'y toucher. Ces jets ou brindilles latérales sont nécessaires à son accroissement et facilitent merveilleusement le développement de nouvelles racines ; pendant que le fluide séveux agit directement et détermine l'ascension du jet vertical , les jets latéraux hument et prennent dans l'atmosphère les fluides aériens propres à la végétation , les transmettent à la tige , qui se charge du soin de les distribuer aux racines. C'est la* que commence pour les végétaux cet échange merveilleux , ce phénomène admirable d'ascension et de rétroaction de sève 9 sans lequel nulle végétation n'est possible.-

Quelque soit la bonne qualité du sol de la pépinière , il est bien rare que la pourette atteigne du premier jet la hauteur d'une tige de mûrier de première elasse , qui doit avoir au moins 6 pieds et au plus 8. Si la hauteur

qu'elle a atteint est de la moitié de celle que l'on désire , on peut, sans crainte , recommencer l'année suivante Topé* ration du recepage , et cette opération doit être suivie des mêmes soins d'èbourgeonnement que Tannée précédente. Si l'accroissement des pourettes n'était pas assez considérable la première année, il conviendrait de les laisser végéter telles qu'elles seraient pendant la seconde année , et se contenter d'y faire de fréquents binages , afin de détruire les herbes parasites et fertiliser le sol. Le binage des pépinières doit avoir lieu au moins trois fois par année. Si au second recepage quelques pourettes n'atteignent pas la hauteur des mûriers de première classe , il faut bien se garder de les couper une troisième fois ; il vaut mieux se contenter de membrer à la hauteur qu'elles ont acquises , et en faire des mûriers de deuxième classe.

Embranchement.

Lorsque les jets de la pourette ont acquis la hauteur de 6 à 8 pieds , ce qui a lieu dans l'année qui suit le second recepage, alors commence une série de soins de la plus grande importance. C'est à cette époque où le pépiniériste a besoin de leur donner toute son attention. C'est là où il est le plus important de connaître toutes les merveilles qui se rattachent à l'accroissement des grands végétaux. Il s'agit de former l'embranchement , d'aider la nature dans le développement des branches qui doivent à jamais servir à son

existence , de les emplacer de manière a ce que les exigences de Tune ne nuisent pas k l' accroissement de l'autre ; en un mot , de veiller k ce que leur emplacement , leur direction , leur distance garantissent , pour l'avenir du sujet , cet équilibre, cette harmonie que réclame la perfection des ouvrages du Créateur.

L'embranchement ou la formation de la tête d'un mûrier est d'une trop grande importance , influe trop puissamment sur sa prospérité , pour que je glisse légèrement sur une opération d'où dépendent, lorsqu'elle est bien faite, l'accroissement rapide de l'arbre , et , lorsqu'elle est manquée , les causes de décadence ou de maladies qui tôt ou tard entraînent sa perte.

L'embranchement d'un arbre est le lieu où se rencontrent les sucs provenant du fluide séveux , avec ceux provenant de l'absorption aérienne , les uns partant des racines et dirigeant leur mouvement ascensionnel vers les extrémités supérieures , et les autres partant de ces extrémités pour rendre aux racines et k la tige les sucs nécessaires k l'accroissement des racines de la tige et des branches. Les uns développent sans cesse de nouveaux organes aspiratoires > et ces organes, au fur et k mesure de leur développement, aspirent , hument et envoient dans toutes les parties ligneuses qui composent l'arbre , des substances propres k la formation du tignum. L'élaboration de cet échange se fait dans les embranchements , lieu de rendez- vous forcé de toutes ces substances. Lk leur contact, leur mélange, produit ces milliers de phénomènes , dont la raison de l'homme ne se rend compte que bien imparfaitement. Ces embranchements peuvent être considérés comme l'estomac , où la

ttâture digère ses merveilles. Il est donc dé la dernière importance de bien observer la manière dont la nature forme elle-même ces embranchements, afin de limiter, et de l'aider autant qu'il est en notre pouvoir ; vouloir faire autrement qu'elle , c'est agir contrairement à nos intérêts.

La formation de l'embranchement ou de la tête de Far* bre , n'est autre chose que la suppression de la branche verticale , ou mère branche , et l'obligation dans- laquelle bous le mettons d'adopter à sa place plusieurs branches latérales ; l'emplacement des branches que nous l'obligeons à adopter est toute la science de ce procédé , et c'est du tîhoix de cet emplacement que dépendent en grande partie l'agrément de sa forme d'abord , et ses éléments de prospérité ensuite.

Tout le monde a remarqué que le développement des brindilles horizontales ou latérales est gradué dans un mûrier ; ces jets ou brindilles poussent indifféremment sur tous les côtés de la tige , et à des distances à peu près régulières les unes des autres. Pour former un embranchement naturel il nous convient de choisir les trois ou quatre bourgeons supérieurs , dont le plus élevé se trouve k la hauteur convenue de la tige , d'arrêter la tige au-dessus de ce bourgeon , afin que la nature donne aux quatre bourgeons que nous adoptons , les soins qu'elle destinait à la mère branche.

Cette opération peut rarement se faire pendant la végétation de l'arbre, à moins qu'il n'ait atteint la hauteur voulue avant la sève d'août. Il en résulterait un grave inconvénient , celui de favoriser le développement des brindilles latérales trop tard , et de leur faire courir la chance de geler. Il vaut mieux renvoyer au printemps suivant y

alors on arrête la branche verticale , on laisse exister les trois ou quatre bourgeons les plus élevés , on en supprime une quantité égale immédiatement au-dessous , au moment où ils se développent ; on se garde bien de supprimer les autres jets latéraux inférieurs avant que la tige puisse se passer d'eux pour son accroissement. La suppression de la totalité des jets latéraux se fait dans le courant de l'année suivante ; elle doit être progressive , et s'opérer en plusieurs fois depuis le commencement de juin jusqu'à la fin d'août, en procédant de bas en haut.

Si j'ai longuement insisté sur la formation de l'embranchement , c'est [que l'expérience m'a convaincu que , de tous les mûriers que j'ai cultivés jusqu'à présent , les mieux portants , les plus vigoureux , sont ceux dont l'embranché" ment ainsi formé , n'a pas changé depuis leur plantation ; et si j'en ai eu quelques-uns chétifs ou atteints de maladies, leur embranchement était plus ou moins vicieux , s'éloignait plus ou moins des règles que la nature indique. Je serai obligé de revenir sur cette matière , lorsqu'il s'agira des mûriers placés k demeure , de leur maintenir leur premier embranchement et leur en former un second , un troisième , etc.

La tête de l'arbre une fois faite , il reste peu de soins à lui donner ; la suppression progressive des brindilles inférieures est tout ce qu'il reste à faire , si le sujet se trouve de bonne espèce ; si , au contraire , ses feuilles se trouvaient d'espèce trop échancrée , il conviendrait de le greffer à la quatrième année. J'indiquerai au chap. 5 les espèces préférables pour chaque localité. L'opération de la greffe en pépinière doit être faite de manière à ce que le pépiniériste

puisse garantir an planteur l'espèce demandée, ce qui doit se noter de manière k ce qu'en procédant k l'arrachis on ne fournisse pas une variété pour une autre. -Malheureusement pour nos pays , cette sage précaution est absolument ignorée ; les pépiniéristes du midi inondent nos plaines de leur énorme feuille de Provence , dont la qualité ne convient nullement à nos climats , et nous proscrivons les variétés dont les qualités préférables, sous tous les rapports , nous donneraient plus de produit. Si l'opération de la greffe ne se fait pas en pépinière , elle peut se faire lorsque l'arbre est placé à demeure, et cette dernière époque doit être préférée par les planteurs auxquels les pépiniéristes ne peuvent pas garantir la fourniture d'espèces convenables ; quoiqu'elle ait l'inconvénient de retarder un peu l'accroissement de l'arbre , il vaut bien mieux perdre un peu de temps, que d'avoir des variétés qui ne conviennent pas au sol et au climat des plantations. Je traiterai amplement cette question aux chap. 6 et 7.

S iv.

Pépinières de deuxième classe.

Les soins à donner aux pépinières de deuxième classe diffèrent peu de ceux que l'on doit aux pépinières de première. La préparation du sol , les binages , l'ébourgeonnement , le recepage , la formation des têtes ou embranchement , la suppression des brindilles latérales s'opèrent aux mêmes époques et de la même manière ; il n'y a

de différence entre Fane et l'autre pépinière que dans la qualité du sol , la distance des plants , qui , dans celle de deuxième classe , peut être plus rapprochée que dans celle de première , dans l'élévation de la tige , qui ne doit pas avoir plus de 5 pieds , et dans le choix des espèces f qui doit être en harmonie avec le climat et le sol où ils doivent être plantés.

Ainsi que je l'ai dit au chap. 1 er , dans la classification des sols et des climats , deux hypothèses se rencontrent : un sol riche k exposition fraîche , ou un sol médiocre k exposition chaude. Ces deux hypothèses donnent lieu à la culture du marier de deuxième classe. Les pépinières qui doivent fournir des plants k ces localités , doivent , autant que faire se pourra , être placées dans des sols et des climats semblables.

Si le sol est médiocre et jouit d'un climat chaud , il convient de le défoncer plus bas , k 1 mètre au moins de profondeur ; il n'y aurait pas de danger k l'amender légèrement ; les soins de binage doivent y être fréquents ; rien ne doit être négligé pour conserver au sol la fraîcheur nécessaire au développement des racines ; les plants que Ton élèvera dans ces pépinières devant être plantés dans des terrains de même nature , à expositions chaudes , pourront appartenir aux variétés du midi , sans avoir k craindre leurs qualités pernicieuses.

Si , au contraire , les pépinières de deuxième classe sont emplacées dans un sol riche k exposition fraîche , les plants issus de ces pépinières, devant également être plantés dans des localités analogues, ne doivent plus appartenir aux variétés du midi ; les pourettes doivent provenir de la

graine de mûre noire, et, s'il en est besoin , être greffées des variétés dont la végétation est la plus sûre dans les expositions fraîches. Il faudra bien se garder d'augmenter la richesse du sol par les engrais.

Les procédés de plantation seront les mêmes , la distance pourra être de 2 pieds en tous sens, et tous les soins ultérieurs en tout semblables à ceux des pépinières de première classe. Mais comme la tige devra avoir une moins grande élévation , il sera bien rare que la pourette n'atteigne pas la hauteur voulue , à la deuxième année ; il faudra par conséquent un an de moins pour terminer l'éducation de cette classe de mûriers. Ils pourront , comme ceux de première classe, se greffer en branche avant ou après leur transplantation à demeure. Pour les expositions chaudes, la greffe en tige est préférable ; pour les climats frais, au contraire , il faut préférer la greffe en branche. J'en déduirai les motifs à l'article greffe.

Pépinières de troisième classe*

Le sol de ces pépinières , en rapport avec les lieux auxquels elles fourniront des plants , étant ou pauvre avec une exposition chaude , ou médiocre avec une exposition froide , doivent recevoir les mêmes soins de préparation et la même culture que le sol des pépinières précédentes.

Les mûriers issus de ces pépinières devant se planter

dans les climats ou la vigne ne peut pas se cultiver , doivent appartenir à des variétés propres aux climats froids.

La distance des plants peut être de 1 pied de l'un à l'autre sur 1 pied 1/2 d'une ligne k l'autre. La tige doit avoir au plus 3 pieds d'élévation. La formation de la tête ou embranchement , toujours soumise aux mêmes règles , doit être faite aussitôt que la pouretle aura atteint cette hauteur, et la suppression des brindilles latérales s'opérer comme dans les autres classes de pépinières. Deux ans , et au plus trois, suffisent k l'éducation de cette classe de mûriers , soumis comme les autres , s'il en est besoin , à l'opération de la greffe , qui , dans cette classe , ne doit s'opérer qu'en branches et sur les sujets seulement dont les feuilles trop fortement échancrées donneraient peu de produit. Le choix des espèces propres aux climats froids est ce qu'il y a de plus important dans cette circonstance.

Je suis naturellement arrivé à la culture du mûrier k basse tige , que l'on a improprement nommé mûrier nain. Si nous le réduisons à l'état d'arbuste , il n'en appartient pas moins à la grande famille ; mais dans un sol et un climat qui ne lui permettent pas de développer toutes les facultés dont il est doué , il est rationnel de lui donner une forme et une organisation en rapport avec le sol et le climat qu'il habite.

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