‹ Traité de la danse. Grammaire de la danse et du bon ton à travers le monde et les siècles depuis le singe jusqu'à nos jours. 6341 danses ou pas différents et articles en tous genres sur la danseChapitre 167 sur 210 · Livre-questionnaire des confidences pour jeunes filles · texte numérisé non relu

Livre-questionnaire des confidences pour jeunes filles

Il est un usage qui tend à se répandre de plus en plus dans les salons, et qui, avouons-le, mérite bien les faveurs mondaines, à cause de l’heureuse distraction qu’il procure. Je veux parler des confidences de salon, pour lesquelles on vend de gracieux albums où l’on répond à des questions imprimées d’avance et qui permettent de conserver, en quelque sorte, un reflet des différents états d’âme se rapportant aux diverses personnes de l’assistance.

D’ailleurs, rien ne donnera aussi exactement l’idée de ces sortes de confidences, comme de mentionner ici les diverses questions, en les com-

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plétant par des réponses capables de servir d exemples. Ces exemples seront d’autant plus intéressants et étendus que j’ai pu me procurer, les confidences de H. Meilhac, l’auteur dramatique célèbre, et de Sevenne, le brillant journaliste en jupons. Ces confidences curieuses ajouteront à, l’intérêt de cette très complète série de questions.

Voici les confidences que j’ai inscrites sur l’album d’une jeune fille : Quels sont vos nom et prénoms ? — Eugène. Giraudet.

Ou êtes-vous né ? — A Saint-Etienne (Loire), le 30 novembre 1861.

A qui ressemblez-vous ? — A ceux d’un sexe contraire au vôtre.

Que pensez-vous de vous-même ? — Que je suis bien en retard quand je regarde devant moi.

Si vous n'étiez ce que vous êtes , que préféreriez-vous être ? — Votre piano. Séverine répondit : Une paysanne ayant la foi. Meilhac : Le premier.

Si vous aviez des ailes , où iriez-vous ? — Sur votre chapeau.

Que pensez-vous de l’homme ? — Qu’il est un être irréfléchi qui démolit ce qui est bien pour faire plus mal.

Que pensez-vous de la femme ? — • Quand elle est bonne, c’est un être intelligent et doux, un ami qüë Dieu a donné à l’homme. Mauvaise, elle vous caresse d'une main et vous poignarde de l'autre.

Quel est votre prénom préféré ? — Georges. Séverine répondit k cette question : Celui du commun ; èt Meilhac : Si vous croyez que je vais dire. Quel est votre prénom féminin préféré? — Delphine.

Que préférez-vous chez l’homme? — L’ambition. Séverine répondit: La loyauté. Meilhac : I /enthousiasme.

Que préférez-vous chez la femme? — Une robe à pois. Séverine : La bonté. Meilhac : L'indulgence.

Quels sont vos mets et boissons de prédilection ? — Le homard, sans poils aux pattes, arrosé de vin blanc. Séverine répondit : L'eau, le pain. Meilhac : Les bonnes choses.

Quelle est votre profession préférée? — Celle de la danse. Séverine : Mon métier. Meilhac : La mienne quand je tiens le dernier aiete.

Le passe-temps que vous aimez? — Üne sauterie en famille, ma bibliothèque.

Vos auteurs préférés? — Péeour, Blasis, Balzac. Séverine: Lamennais, Valès, Zola. Meilhac : Balzac.

Quels sont vos: poètes favoris? — Musset. Séverine : Victor Hugo, Baudelaire. Meilhac; Musset.

Vos peintres ? . — Delacroix, Gavarni. Séverine : Le Sodoma, ' Corot, Renoir, Claude Monet. Meilhac : Delacroix et Gavarni.

Vos comédies préférées ? — Celles. de la femme.

Votre auteur tragique ? — Racine.

Quelle fleur aimez-vous,? — La rose thé. Séverine : Le chrysanthème. Meilhac : J'en préfère pas mal.

Quel est votre four ? — Quand il fait un .beau soleil.

Quel animal aimez-vous ? — Ma belle-mère! ‘ Séverine : ' Le chien. Meilhac : Le cheval qui gagne.

Quelle est votre couleur ? — Le blanc sur une peau noire. Séverine : Le rouge. Meilhac : Le rouge.

Quels yeux aimez-vous ? — Les noirs.

Quels cheveux ? — Les carottes. . .

Votre parfums ? — Foins coupés.

Quelle résidence aimeriez-vous ? — Place de la Concorde. Séverine Où il fait toujours soleil. Meilhac : Paris,

Quel est le chef-d'œuvre de la création ? — La plus haute montagne,

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parce qu'elle est au-dessus de tout. Autre réponse : Le soleil qui nous éclaire et la femme que nous éclairons.

Quel est le chef-d'œuvre de T art ? — Le cinématographe.

Que pensez-vous du mariage ? — Que j'envie les mœurs turques.

Que pensez-vous de la vie ? — Quelle est douce à deux.

Que pensez-vous du siècle ? — Qu'il est fourbu, cassé, usé, pourri, en un mot : Fin de siècle !

Quel est votre idéal ? — Ma dernière création le Moulinet du pas-dequatre. Séverine : La pâtée et la joie pour tous. Meilhac : Que mes comédies aient du succès.

. Votre plus cher souvenir ? — Les boucles d'oreilles de ma femme.

Le plus beau jour de votre vie? — Le jour où j'ai terminé mon Encyclopédie chorégraphique.

Le plus triste ? — Le jour où je sautai d'un deuxième étage pour fuir un incendie.

Quelle a été votre plus grande folie ? — Un moment d'absence:

Quel est votre plus agréable moment ? — Lorsque les Magasins du Louvre me commandent 10,000 traités de danse.

Quel est le plus désagréable ? — Lorsque mes propriétaires me présentent leur quittance, de -loyer.

Qu'est-ce qui vous fait le plus horreur f — Le mutisme. Séverine : La lâcheté. Meilhac : La goutte.

Quel est votre état d'âme ? — Si l'Etat me faisait 100,000 francs dé rente, mon âme lui serait réservée après ma mort. Séverine : Toujours prête. Meilhac : Pas bien gai.

Le principal trait de votre caractère ? — Travailler sans cesse. Séverine: Bien aimer, bien haïr. Meilhac: L’amour propre, comme beaucoup d’autres.

Votre qualité favorite? — L'oubli des ingratitudes. Séverine: La '.'volonté.- Meilhac : Ce n'est pas à moi de le dire.

Votre principal défaut ? — Celui de l’épaule. Séverine : L’outrance. Meilhac : Même réponse qu'au précédent.

Quel serait votre plus grand malheur ? — Ne plus pouvoir enseigner. Séverine : Survivre à ceux que j'aime. Meilhac: Qu'une de mes comédies n’ait pas de succès.

Quel oiseau préférez-vous ? - — Le rossignol. Séverine: Le pinson. Meilhac : Le perdreau.

Vos compositeurs favoris? — Auber. Séverine: Wagner. Meilhac: Bizet et Offenbach.

Vos héros dans la fiction ? — Jacques Bonhomme. Séverine: Don Quichotte. Meilhac: Le Cid, Arnolphe.

Vos héroïnes dans la fiction? — Terpsichore. Séverine : Celles qui aiment. Meilhac : Agnès, '.Juliette,. Desdémone.

Vos héros préférés ? — Bobillot, Blandan, Marchand. Séverine: Les anonymes. Meilhac: Depuis 1870, Bonaparte.

Vos héroïnes ? — Jeanne d’Arc. Séverine : Marie-Madeleine, Jeanne d'Are. Meilhac : Jeanne d’Arc.

Caractères historiques que vous détestez le plus ? — Bazaine. Séverine : X. . . et Judas. Meilhac : G. Marnis, homme politique.

Le plus admirable fait militaire ? — La défense de Belfort en 18 /0. Séverine ; La défense de Numanee. Meilhac : Les Thermojpyles.

La réforme que vous estimez le plus ? — Celle de constitution. Séverine : Ni h il. Meilhac : Je ne comprends pas bien. •

Le don de la nature que vous voudriez avoir ? — L’éloquence. Séverine : La persuasion. Meilhac : La santé. ’

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Comment aimeriez-vous mourir ? — Centenaire. Séverine : Utilement. Meilhac : Repentinam, inopinatamque.

Quelles fautes vous inspirent le plus d’indulgence f — Les fautes d’orthographe. Séverine : Les crimes de misère. — Meilhac : Les miennes.

Quelle est votre devise ? — La danse est le meilleur médecin. Séverine : Credo ! Meilhac: Leate dies, celeritas eum.

Que pensez-vous de ces confidences ? — Heureux celui qui peut encore dépeindre ses sensations et satisfaire votre curieux désir. E. G.

La vie, les bals et la danse à Londres. — La tristesse est la note dominante dans la vie londonienne. Un ciel gris et un brouillard presque continuel, ne sont pas étrangers à cet état de choses. Nous en avons beaucoup à souffrir nous, Parisiens, mais il est probable que les Anglais, dont la gaîté n’est pas précisément folâtre, s’accommodent fort bien de ce climat maussade et pluvieux.

Les cafés y sont rares et les terrasses de consommations inconnues. Combien les promenades anglaises sont loin de nos Champs-Elysées, Bois de Boulogne, Square Monceau et autres jardins où l’hygiène et l’agrément, le disputent au charme des sites et à l’élégance des plantations. On vit beaucoup en famille à Londres, et en société d’amis, sur le pied d’une grande et franche familiarité.

Contrairement à ce que l’on croit en France, ou l’on répète que la vie est absolument suspendue en Angleterre, on se réunit le dimanche en des déjeuners dînatoires et les danses et sauteries intimes vont leur train dans le silence discret du repos dominical.

On compte à Londres, outre une grande fête par an, deux ou trois grands bals annuels, où les gens du grand monde peuvent seuls entrer. Il y a aussi de nombreux clubs mondains où l’on danse, l’on joue et l’on s’amuse tous les jours, au milieu de la plus grande animation. On doit, pour y être, admis, faire partie du club, ou s’y faire présenter par deux parrains, qui se portent garants de votre parfaite honorabilité de gentlemen.

On remarque encore de petits clubs cosmopolites et interlopes où l’on danse et on joue de l’argent dans des salles du sous-sol. Un immense comptoir est toujours prêt à répondre à la soif des consommateurs. Là, tout le monde est admis; il suffit d’v être amené par l’un des habitués. Dans la salle de danse, des demoiselles de toutes conditions se trémoussent sans préjugés, à travers la fumée des cigarettes. Une salle de billard est contiguë au sous-sol. Elle est entourée de tables de jeu où l’on joue de l’argent aux cartes. En définitive, rien de bien beau comme genre et comme fréquentation.

Comme Paris, Londres a connu les grands bals publics, où tout le monde peut entrer en payant. Ils n’y ont vécu que quelques années, car le public était si mêlé que les personnes convenables étaient souvent choquées par des manières et des conversations ultra naturalistes. Comme disait une jeune miss : « C’était à faire rougir le soleil. » Les gens de la bonne société les ont fait supprimer; ils ne sont pas prêts à revoir le jour.

En reyanehe, dans. certaines rues, Frist Street, par exemple, on danse tous les jours. De petites italiennes esquissent à ravir des danses suggestives et des pas fort gracieux. Des danseuses ambulantes anglaises se font aussi remarquer par leur enthousiasme à se trémousser au son d’un orgue de barbarie, pour un penny ou deux.

Quant aux danseuses de théâtre, elles sont tout simplement merveilleuses à Londres. Les danseurs et les danseuses se distinguent par une

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