‹ Traité de la dysurie sénile et de ses diverses complicationsChapitre 10 sur 53 · DYSURIE SANS RÉTENTION · texte numérisé non relu

DYSURIE SANS RÉTENTION

perd encore, par ce fait, de sa tonicité, diminue d’autant la puissance expulsive de l’organe. C’est alors cpie la distension vésicale va apparaître.

Nous avons déjà remarqué que la vessie de ces sujets a généralement de grandes dimensions, et que, toutes choses égales d’ailleurs, elle est plus capace que celle des sujets qui expulsent rapidement et sans effort leurs urines ; elle est susceptible de contenir une grande quantité d’urine avant de réagir pour l’expulser. Mais ce n’est pas la vraie distension pathologique. Celle-ci est caractérisée par ce fait que, non seulement le réservoir urinaire peut se distendre beaucoup, par une grande accumulation d’urine de son intérieur , mais qu’en outre , il reste distendu même quant on a évacué son contenu ; il reste comme forcé.

C’est alors que les symptômes cliniques de la distension vésicale apparaissent avec le tableau ordinaire de la rétention, complète ou incomplète ; ils n’ont rien de spécial, du reste, à la forme de dysurie que nous étudions et deviennent donc identiques à ceux qui compliquent, par exemple, la dysurie prostatique parvenue à la même phase. Mais tout cela appartient à l’étude de la rétention en général.

B. — Dysurie dépendant directement de l’hypertrophie

PROSTATIQUE.

Il existe des sujets âgés qui présentent des troubles dysuriques, dont le muscle vésical cependant est resté sain et vigoureux, à l’inverse de ceux que nous venons de passer en revue et chez lesquels c’est le déve-

SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.

loppement sénile de la prostate qui joue un rôle causal indéniable \

Ce rôle peut, du reste, s’exercer de façon plus ou moins directe et en produisant des symptômes très variables de nature et de gravité, comme nous allons le voir.

Dans certains cas, les troubles fonctionnels observés sont surtout des troubles nerveux, d’hypéresthésie de l’urèthre prostatique, que nous étudierons bientôt; mais la prostate ne joue par elle-même aucun rôle de barrière, et si une certaine gêne de la miction s’ajoute de temps en temps aux autres signes fournis par le malade, c’est une gêne due à du spasme, gêne transitoire, intermittente, qui ne va pas jusqu’à la rétention et qui ne peut pas être comparée à la dysurie grave, progressivement croissante, qui traduit une barrière prostatique réelle.

Dans d’autres cas, au contraire, l’hypertrophie forme un obstacle réel (rétrécissement, soupapes, barre) et le tableau clinique est beaucoup plus chargé.

Nous allons étudier en détail la symptomatologie de ces différents malades. Nous renvoyons le lecteur au chapitre d’anatomie pathologique, pour savoir quelles sont les formes d’hypertrophie qui forment obstacle, quelles sont celles qui laissent l’urèlhre libre.

I. Symptômes appartenant au début ou aux formes bénignes de l’hypertrophie. — Quand la forme d’hypertrophie n’est ni constrictive ni occlusive, et

1 Quelques auteurs soutiennent toujours à l’heure actuelle l’opinion de Mercier, sur le rôle exclusif ou prédominant de l’obstacle prostatique. C’est ainsi que Fenwick pense que l’hypertrophie prostatique précède la perte de contractilité vésicale et l’établissement du résidu urinaire ; c’est en Amérique surtout qu’on retrouve encore des idées analogues.

DYSURIE SANS RETENTION.

que, d’ailleurs, le muscle vésical est resté suffisamment vigoureux, les difficultés mictionnelles, la dysurie proprement dite, n’existent pas ; mais les sujets présentent cependant certains troubles liés au développement même de la glande. Nulle hypertrophie prostatique , même les « hypertrophies larges » que nous visons maintenant , ne reste absolument muette au point de vue clinique. Et c’est à ce point de vue, et à ce point de vue seulement, qu’on peut admettre que toute hypertrophie prostatique est cause de troubles mictionnels chez le vieillard.

Mais alors, il faut entendre des troubles légers, bénins, que nous allons résumer et qui n’ont rien de commun avec les accidents dysuriques relevant d’un obstacle réel, et conduisant facilement à la rétention. Les mêmes troubles de réaction légère dont nous parlons, existent aussi dans les formes graves de l’hypertrophie, mais dans ce cas ils ne sont pour ainsi dire rien dans la symptomatologie ; ils s’effacent vite derrière des accidents plus sérieux.

Dans les formes bénignes, au contraire, le tableau clinique ne va pas au-delà, pour certains sujets favorisés ou très soigneux du côté de leur hygiène, de leur régime, etc. ; chez d’autres, moins heureux ou moins soigneux, il peut être traversé, il est vrai, par des troubles plus graves, par des accidents dysuriques véritables, sans cause apparente, ou à l’occasion d’une fatigue, d’un excès, etc., d’une cause de congestion ou de spasme, en un mot ; mais ces accidents graves n’ont pas tendance à durer ou sont rapidement conjurés par un traitement approprié .

En résumé, les troubles que nous allons passer en revue constituent :

SYMPTOMATOLOGIE GENERALE.

1° Ou bien la totalité des symptômes que présente l’hypertrophie [hypertrophies larges ) ;

2° Ou bien les premières phases seulement d’une évolution dans laquelle ils seront plus ou moins tôt remplacés par des accidents tout différents de gravité (hypertrophies constrictives et occlusives).

II. Symptômes des hypertrophies larges (ou appartenant aux premières phases seulement des hypertrophies constrictives ou occlusives).

— Ils sont assez variables suivant les cas. Ecoutons ce que racontent les malades.

Certains malades accusent une sensation de chaleur, de cuisson au fond du canal, dans le périnée, sensation inquiétante plutôt que douloureuse, et survenant à des intervalles plus ou moins rapprochés dans l’intervalle de la miction. Celle-ci semble les soulager plutôt, puis, quelque temps après, la douleur réapparaît.

Cette chaleur, qui est parfois assez forte pour donner l’impression d’une petite brûlure, s’exagère beaucoup, parfois même n’apparaît seulement qu’après l’éjaculation. Les sujets racontent que, toutes les fois qu’ils se livrent au coït, le passage du sperme est suivi de cette sensation pénible qui s’irradie alors souvent tout le long du canal et dure, avec plus ou moins d’intensité, plusieurs heures consécutives parfois. Elle s’étend aussi assez souvent alors du côté de l’anus, en produisant comme du ténesme. Et, cela se voit, même en dehors de tout excès sexuel, chez les sujets les plus réservés, qui ne pratiquent le coït qu’une ou deux fois par mois, par exemple ; cela aussi en dehors de tout écart de régime ou d’habitudes alcooliques et quelle que soit l’hygiène du sujet.

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