DYSURIE SANS RÉTENTION
Cette chaleur uréthrale profonde et la cause occasionnelle, le coït, qui la révèle au summum, sont très curieux à rapprocher des phénomènes absolument analogues qu’on note dans certaines uréthrites postérieures, dans certaines prostatites chroniques d’origine blennorrhagique. Il semble bien vraiment, comme le font supposer du reste, les recherches anatomo-pathologiques récentes, que l’hypertrophie prostatique n’est pas une simple dégénérescence, mais une véritable inflammation chronique, une sorte de prostatite, qui explique alors facilement un un état subinflammatoire de l’urèthre prostatique.
Les sujets qui souffrent ainsi, et chez lesquels on ne peut relever rien autre que l’hypertrophie prostatique, sans infection aucune, et alors qu’ils n’ont jamais eu d’uréthrite postérieure blennorrhagique, alors qu’on ne les a jamais sondés, peuvent rester avec ce seul symptôme pendant fort longtemps sans aucun trouble de la miction proprement dite ; il y en a même qui n’ont jamais autre chose pendant le reste de leur vie. La miction peut être en même temps un peu plus fréquente qu’à l’état normal, il peut même y avoir une pollakiurie véritable par hypéresthésie de l’urèthre profond, mais tout se borne à ces phénomènes de réaction légère liés au développement pathologique de. la glande. La vessie reste tout à fait indemne, les urines demeurent limpides et, en somme, la fonction urinaire n’est pas gênée à proprement parler ; il n’y a pas de dysurie. C’est la forme la plus détournée, la plus fruste de l’affection.
Dans d’autres cas plus accentués, il n’y a plus seulement des sensations plus ou moins pénibles, les troubles de la miction apparaissent dès la première phase de l’hypertrophie.
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.
Ces troubles sont très connus, classiques, et leur révélation dans l’interrogatoire du malade suffît au médecin pour faire penser à l’hypertrophie prostatique. C’est la miction devenue fréquente et impérieuse la nuit. Bien entendu, il ne s’agit pas ici des besoins répétés que crée une rétention déjà commençante et que traduisent les efforts d’une vessie qui ne se vide pas complètement à chaque miction, pour se débarrasser de son contenu : ce genre de pollakiurie est liée à la rétention, qui n’existe encore à aucun degré chez les malades que nous étudions.
La pollakiurie nocturne (quelquefois aussi diurne en même temps) que nous notons ici, est un phénomène d’ordre purement irritatif exercé par la glande hypertrophiée sur le col de la vessie. Ici encore il convient de rappeler que l’hypertrophie prostatique sénile peut être considérée, dans certaines de ses formes tout au moins, comme une véritable inflammation (prostatite glandulaire ou cirrhose à point de départ vasculaire) ; et cette conception anatomique cadre fort bien avec les phénomènes irritatifs et sub-inflammatoires, du côté de l’urèthre profond, du col vésical, qui sont faciles à mettre en évidence cliniquement. La pollakiurie est de ce nombre, au même titre que les sensations plus ou moins douloureuses que nous signalions plus haut.
L’irritation cervicale et, par suite, les besoins impérieux de miction et la pollakiurie qui en dérivent, sont plus marqués la nuit, parce que la nuit, dans le décubitus dorsal, la stase veineuse intervient pour congestionner la glande avec l’urèthre prostatique qui la traverse, et c’est cette congestion qui vient encore augmenter l’hyperesthésie du col.