DYSURIE AVEC RÉTENTION
celui-ci. Voici un malade qui ne peut pas arriver à vicier absolument sa vessie ; il reste un petit dépôt d’urine cpii ne s’évacue jamais. Au commencement, ce dépôt est de quantité insignifiante, limité au bas-fond, par exemple, et la vessie accoutumée à ce petit reliquat ne cherche pas à s’en débarrasser, le besoin d’uriner ne se fait sentir que lorsqu’une nouvelle quantité d’urine s’est surajoutée à ce dépôt. Puis, petit à petit, les fibres vésicales restées saines dégénèrent à leur tour, laissant ainsi une nouvelle prise à l’évacuation incomplète, et le résidu urinaire ne fait qu’augmenter progressivement, puisqu’il trouve dans la dégénérescence musculaire de la vessie un double auxiliaire : d’une part, la parésie cpii ne permet plus de le chasser ou de le limiter puisque la fibre a perdu toute contractilité active ; d'autre part, la dilatabilité aisée, puisque cette fibre devenue scléreuse de musculaire qu’elle était, n’a plus de résistance à la pression urinaire et va se laisser progressivement distendre. C’est ce qui arrive pour les très vieux prostatiques, pour les véritables vieillards.
Mais, encore une fois, il est des cas où la rétention et la distension sont contemporaines pour ainsi dire, où cette distension s’établit de bonne heure et sur des sujets qui sont très jeunes encore.
Ce sont les sujets dont nous avons longuement parlé, qui ne sont pas ou que très peu prostatiques, qui sont des atones vésicaux. Chez ceux-là, la rétention chronic/ue affecte toujours la forme à distension.
Inversement aussi, il est des malades présentant un obstacle prostatique véritable, mais chez lesquels le muscle vésical est resté vigoureux, qui luttent longtemps, très longtemps contre la distension, chez lesquels ce sont les efforts d’expulsion, les douleurs qui dominent dans le
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.
tableau de la dysurie et viennent traduire la résistance désespérée que fait le muscle vésical contre l’urine qui ne peut s’écouler et qui menace de le distendre.
b). Symptômes généraux de la rétention incomplète. — Il y a d’abord Y exagération des troubles fonctionnels des premiers degrés de la dysurie sénile. Ce sont toujours les retards dans la mise en train de la miction, la lenteur de l’acte, les besoins répétés et impérieux, etc. ; mais ici beaucoup plus marqués et surtout plus continus.
C’est là le point important dans la dysurie sénile avec rétention incomplète : les difficultés et les besoins d’uriner ne sont pas surtout des phénomènes nocturnes, comme dans la dysurie non compliquée de rétention ; ils sont aussi bien diurnes que nocturnes.
C’est un fait sur lequel M. Guyon a bien insisté et qui a une grande importance. « L’incomplète évacuation de la vessie a pour résultat d’amoindrir le bénéfice que la veille et l’activité procurent aux prostatiques. . . La quiétude des jours est moins complète, les besoins se renouvellent et sont plus impérieux ». C’est que la vessie qui n’est jamais vidée réclame vite une évacuation, dès qu’une petite quantité d’urine s’est surajoutée au résidu qu’elle arrive à tolérer, mais qu’elle ne supporte guère de voir augmenter.
Il y a ensuite les troubles digestifs qui préoccupent exclusivement le malade tant que sa dysurie n’est pas douloureuse et qu’il n’a que de la rétention. Les rétentionnistes ont tous de rembarras gastrique à un degré plus ou moins accusé. Ils ont perdu l’appétit, ont souvent un état nauséeux, avec des digestions laborieuses, des alternatives de constipation et de diarrhée ; mais ce qui existe surtout chez eux, comme l’a bien fait remarquer
DYSURIE AVEC RETENTION.
M. Guyon, c’est « l’embarras buccal », l’état saburral des premières voies digestives. Ils ont de l’empâtement de la langue souvent couverte d’un enduit sale, gris ou noirâtre, dont les malades accusent la saveur amère ou fétide ; ils ont une sécrétion salivaire pauvre, ce qui donne à la bouche une sécheresse pénible. On voit souvent en effet ces malades machinalement tourner et retourner en tous sens leur langue dans la bouche, pour essayer de l’humecter, de ramener un peu d’humidité, et favoriser ainsi les mouvements de déglutition qui sont fort difficiles et pénibles, en raison de la présence de cette pâte qui colle la langue et le palais. Guyon a caractérisé cet état d’un mot : la dysphagie buccale.
Comme complément de ce tableau il faut signaler la polydipsie. La soif provient parfois chez ces sujets d’accès fébriles dont ils sont si facilement atteints, mais elle existe aussi en dehors de toute fièvre, et correspond alors sans doute au besoin instinctif qu’à ce dysphagique particulier de lubréfier sa bouche et son pharynx, en même temps que de se débarrasser de la saveur amère qu’il y ressent. On voit de ces malheureux qui sont tourmentés, obsédés de cette sécheresse et de ce limon des voies digestives supérieures, et cherchent tous les liquides, toutes les pastilles pour s’en débarrasser. Il en est aussi qui, dans le même but, et croyant à un embarras gastrique chronique ordinaire , accumulent les purgatifs ou les laxatifs sans résultat. Si on leur parle de leur vessie, ils vous prient de renvoyer la cure à une date ultérieure ; « commencez, disent-ils, par m’enlever la soif et dépouiller ma langue, j’irai déjà mieux ensuite » ; la nuit principalement ces malaises redoublent d’intensité et sont le plus pénibles à supporter ; aussi, certains de
symptomatologie; générale.
ces malades tiennent-ils sur leur table une provision de lait ou de tisane et boivent-ils une bonne partie de la nuit, augmentant encore leur polyurie et l’accumulation de l’urine dans leur vessie.
La polyurie (non pas simplement la pollakiurie), l’augmentation de la secrétion urinaire, voilà encore un symptôme qui accompagne la rétention, et qui est sous la dépendance directe de la congestion générale de l’arbre urinaire à cette période de la maladie.
La quantité d’urine rendue en 24 heures arrive à 2 lit., 2 litres 1/2, parfois 3 litres, et encore plus dans certains cas. C’est précisément cette quantité, double et triple de la normale, qui trompe les malades sur la véritable cause de leurs accidents ; comment arriver à persuader un malade qui urine aussi abondamment, et aussi souvent en même temps, que son mal est au contraire de ne pas uriner librement?
Cette polyurie a encore un autre caractère, elle est surtout nocturne. Alors même que le sujet ne boit rien pendant la nuit, alors même qu’à son repas du soir il a suivi le conseil de son médecin, c’est-à-dire de ne presque rien boire, c’est la nuit que la sécrétion urinaire est la plus accusée et se traduit par un ou deux vases remplis pendant la nuit.
L’excitation évidente du rein qui est cause de la polyurie n’indique pas fatalement toutefois que le rein soit atteint de néphrite véritable définitive.
Ce qui le prouve, c’est que souvent cette polyurie s’atténue progressivement et disparaît même dans les cas bien traités et traités de bonne heure. Quand au contraire la néphrite existe bien réellement, la polyurie persiste malgré toutes les précautions, et même quand le traite ment a fait cesser la rétention proprement dite.