I. — Complications sur les vésicules séminales
L’état des vésicules séminales chez le vieillard est un point encore obscur de la pathologie.
Les traités d’anatomie classique semblent peut-être consacrer une erreur à ce sujet.
1 II serait intéressant à ce point de vue de rechercher soigneusement le contenu microbien de ces abcès testiculaires. Nous ne sachons pas que cette étude ait été faite.
COMPLICATIONS SUR LES VÉSICULES SEMINALES
Pour Cruveilhier, les vésicules séminales sont beaucoup plus développées chez l’adulte cpte chez l’enfant et le vieillard. Celle opinion est reproduite, accentuée même par Testut, qui dit : « Le réservoir spermatique diminue de volume chez le vieillard1 ».
Nous avons examiné, à l’amphithéâtre, un très grand nombre de vésicules séminales, et, sans vouloir être trop affirmatif, nous serions enclin à émettre une opinion inverse. Les vésicules séminales des vieux nous ont semblé toujours aussi développées que celles des jeunes sujets ; et chez les vieux, porteurs de grosses prostates, ces vésicules, sont au contraire, sensiblement plus grosses que celles des jeunes.
Duplay avait fait déjà des recherches analogues2, sur des vieillards de Bicêtre. Chez plusieurs d’entre eux, il avait observé une hypertrophie notable des vésicules devenues plus dures en même temps, une sorte d’induration hypertrophique en un mot ; et pour cet auteur, cette induration coïncidant avec des lésions analogues du côté du tissu conjonctif qui entoure le bas-fond vésical, est d’origine inflammatoire3.
Il faut du reste s’entendre sur la signification exacte de ce qu’on appelle « volume » de la vésicule. La vésicule peut être plus grosse de deux façons différentes : soit par hypertrophie de ses parois, soit par ampliation de sa cavité. Or, il nous a semblé que la vésicule des vieux prostatiques subissait une augmentation de volume de par cette double raison.
1 Voir aussi l’excellente thèse de Guelliot, Des vésicules séminales, Paris 1882.
2 Duplay, Archives générales de médecine , t. VI, 1855.
3 II est vrai que, d’autre part, Duplay et après lui Godard ont signalé au contraire le ralatinement et l 'atrophie des vésicules chez certains sujets âgés. Mais ces faits semblent l’exception.
COMPLICATIONS SUR LES ORGANES URINAIRES
L’induration hypertrophique des parois peut bien appartenir en propre à la paroi vésiculaire, comme l’a signalé Duplay ; mais le plus souvent, elle est doublée d’une périvésiculite absolument analogue à la péricystite scléreuse que nous avons étudiée, et qui prolonge cette dernière autour des vésicules, autour de l’extrémité inférieure des conduits urétéraux eux-mêmes. Cette périvésiculite n’est pas forcément du reste la continuation et la dépendance de la péricystite du bas-fond et de la face postérieure de la vessie ; elle traduit aussi à l’extérieur, dans certains cas, l’inflammation chronique des cavités vésiculaires.
Ces cavités vésiculaires , en dehors de toute inflammation, nous ont apparu dilatées chez le vieillard prostatique ; mais pour bien voir ces particularités, il faut fendre la vésicule. Si on se borne, en effet, à examiner son aspect extérieur, elle paraît moins bosselée qu’à l’état normal, plus unie, ce qui pourrait laisser croire que les culs-de-sac ampullaires se sont atrophiés , ont disparu , alors, au contraire, qu’ils se sont dilatés, agrandis, et plus ou moins fusionnés en certains points.
Chez certains sujets même, nous avons trouvé des vésicules sous forme de grandes poches aplaties à paroi peu épaisses, contenant peu de liquide, et de consistance flasque. C’est peut-être cette flaccidité qui a pu faire croire à la diminution de volume des vésicules séniles comparées aux vésicules des jeunes qui sont plus fermes, plus pleines, plus arrondies. Mais si on ouvre celles qui ne sont pas envahies par une sclérose trop intense et trop étendue, on s’aperçoit vite que les cavités intra-vésiculaires sont très spacieuses.
Dans les vésicules séminales étouffées par une péri-
COMPLICATIONS SUR LES VÉSICULES SÉMINALES
vésiculite trop intense et pénétrées par l’élément fibreux devenu prédominant, le volume extérieur de l’organe peut encore rester très considérable et cependant les cavités intérieures disparaître.
On trouve alors à la coupe du réservoir, çà et là, des cellules irrégulièrement distribuées, dont quelques-unes peuvent se séparer tout à fait du tube dont elles émanent, se fermer et devenir peut-être l’origine de kystes. Ce sont d’anciennes ampoules noyées, et comme perdues au milieu de la sclérose pariétale ou générale de l’organe, et qui rappellent les petites cellules vésicales qu’on trouve ainsi enfouies dans la péricystite scléreuse des vieilles vessies enflammées. C’est probablement ainsi que se développent certains kystes qui finissent par envahir une bonne partie ou la totalité des vésicules. Kocber, Ralp ont cité de ces cas.
Chez certains prostatiques on observe des lésions suppurées franches de ces réservoirs.
Civiale avait déjà remarqué, au cours d’autopsies de sujets morts de rétention d’urine, la dilatation considérable qu’offraient les orifiees des conduits éjaculateurs et la quantité de matière purulente que ces canaux fournissaient quand on venait à comprimer les vésicules séminales.
La suppuration de la vésicule sous forme d'abcès vésiculaire collecté paraît très rare chez nos malades, tout au moins ceux qui sont en dehors de la gonorrhée et de la tuberculose. Nous n’avons, pour notre part, jamais trouvé pareille lésion dans nos recherches cadavériques, même au voisinage de foyers de suppuration prostatique, même en coïncidence avec les catarrhes de la vessie les plus anciens et les mieux accusés.
COMPLICATIONS SUR LES ORGANES URINAIRES
La suppuration du canal éjaculateur et la transformation purulente du liquide des cavités vésiculaires, s’observe au contraire assez souvent à l’autopsie des sujets atteints de vieux catarrhes vésicaux ou d’abcès prostatiques. Nous en avons trouvé une dizaine de cas sur les sujets que nous avons examinés à l’amphithéâtre.
La pathogénie des différentes lésions de l’appareil vésiculaire chez les vieillards, dont nous venons d’esquisser l’étude, n’est pas difficile à concevoir. Les lésions scléreuses et scléro-kystiques ne sont qu’un cas particulier de la sclérose générale du vieillard et du vieil urinaire en particulier. Quant aux inflammations plus franches, plus aiguës, et qui se traduisent par le catarrhe purulent de ces voies spermatiques, elles peuvent s’expliquer très aisément et de la même façon que les inflammations prostatiques. C’est de l’urèthre prostatique infecté de différentes façons, comme nous l’avons vu plus haut déjà, que part par continuité l’infection des voies spermatiques (canaux éjaculateurs, vésicules, cordon et testicule). La condition favorable à l’éclosion des phénomènes infectieux et à leur propagation, c’est la stagnation des sécrétions dans les glandes génitales du vieillard, stagnation qui se complique d’hypersécrétion, et qui aboutit : 1° à la dilatation de la glande et de ses canaux excréteurs ; 2° à un état congestif habituel de la glande qui favorise son inflammation (Guépin et LozÉ, loc. citato ).
Il est facile de comprendre, d’après la situation relativement élevée des vésicules séminales, un peu éloignées du doigt introduit dans le rectum et habitué à n’explorer ordinairement que la prostate ; d’après ce qu’on sait sur leur enfouissement fréquent chez le vieux, au milieu des masses de péri-cystite scléreuse ou lipoma-
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teuse, etc., etc., combien doit être obscure la clinique de leurs lésions chez le vieillard ; et de fait les observations de spermatocystite chronique ou même aiguë, reconnue et bien diagnostiquée sur le vieil urinaire, ne se rencontrent pas, que nous sachions du moins. Ce qu’on trouve, ce sont des cas ayant trait à des inflammations d’origine blennorrhagique, ou encore plus fréquemment à l’infection tuberculeuse.