‹ Traité de la dysurie sénile et de ses diverses complicationsChapitre 22 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Étiologie.

§ I. — Cause première. — Causes secondes.

Il n’est pas besoin d’entrer ici dans de longues dissertations, comme on l’a fait tant de fois dans les ouvrages classiques, pour chercher les causes premières les plus variées.

La maladie urinaire des vieillards ne reconnaît, comme son nom l’indique, qu’une cause première unique, la sénilité , précoce ou venue à son heure'. Quelle que soit la part réciproque qu’on fasse, suivant son opinion personnelle, à l’inertie vésicale d’un côté, à l’obstacle prostatique de l’autre, c’est la sénilité qui crée ces deux facteurs ; quelle que soit l’idée qu’on se fasse du mécanisme intime des lésions qui envahissent la glande ; quel que soit l’âge du sujet, c’est la sénilité qui entre encore en jeu, et si le sujet est jeune encore, c’est de la sénilité anticipée. Regardez alors ses cornées serties de l’arc sénile, regardez son cuir chevelu prématurément gris ou dépouillé , regardez sa face sillonnée par les varicosités de l’athérome, regardez ses artères battre à distance, à la radiale, à la temporale, au triangle de Scarpa, et vous verrez que le fourreau, sinon la lame, de pareil

CAUSE PREMIÈRE. — CAUSES SECONDES

sujet est déjà bien usé ; soit que l’hérédité le lui ait transmis déjà en mauvais état dès sa naissance, soit que le défaut d’hygiène, une vie trop mouvementée, ou trop de bien être au contraire, l’aient vite encrassé.

Cette influence de la sénilité générale, de l’artériosclérose plus ou moins généralisée de la vieillesse, M. Guy on et ses élèves en ont fait ressortir toute l’importance étiologique, et presque tous les auteurs se sont ralliés à cette conception. A propos de l’histologie de l’hypertrophie nous avons vu déjà cependant, qu’on a essayé tout récemment de soustraire certains types d’hypertrophie prostatique à cette grande cause première, et qu’on a décrit par exemple des hypertrophies glandulaires liées seulement à une activité prolongée de la glande (Albarran et Motz). Nous allons voir dans un instant que quelques-uns reviennent aussi à l’influence étiologique exclusive de certaines inflammations ou infections. Ces opinions peuvent être discutées et peuvent trouver leur confirmation dans quelques faits particuliers ; mais il ne nous semble pas qu’on doive à l’heure actuelle, faire retour à certaines idées du passé et refuser nettement, même pour les cas en question, toute influence à la sénilité. Précoce, ou venue à son heure, celle-ci nous apparaît au contraire, comme un facteur essentiel et constant.

C’est ainsi, par exemple, que nous ne ferons que mentionner l’opinion récemment émise par Derujinsky, et qui vient directement à l’encontre de celle de Guy on, en faisant retour à l’ancienne théorie de Mercier1. L’hyper-

1 V. Rev. de Chirurgie , 1897, tome XVII, et Ann. gén. urinaires , août 1897.

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trophie de la prostate est pour lui une lésion absolument locale, sans rapport obligé avec l’artério-sclérose générale de la vieillesse. Pas n’est besoin de faire intervenir cette artério-sclérose pour expliquer les lésions de la vessie et même des reins, qui sont secondaires à la rétention d’urine d’origine mécanique et dues à la gêne apportée à la fonction urinaire par la présence de la glande hypertrophiée.

Comment agit la sénilité ? Quels sont les mécanismes qu’elle emprunte suivant les cas pour aboutir aux différentes formes histologiques d’hypertrophie ? Quels sont enfin les causes secondes qui viennent hâter ou favoriser ses effets ? Voilà les questions dans lesquelles on doit restreindre la discussion.

A propos de l’étude histologique de l’hypertrophie, nous avons déjà fait ressortir les modifications particulières que pouvaient créer du côté de la glande prostatique, en dehors de la dégénérescence sénile proprement dite, l'activité sexuelle prolongée et les congestions répétées de l’appareil urinaire inférieur. Nous avons dit quelle idée on pouvait se faire de l’action intime de ces causes secondes sur la glande et sur la vessie, et des changements de structure qu’elles imprimaient à «es organes, nous n’y reviendrons pas.

Nous n’avons plus ici, en réalité, qu’à passer en revue les conditions qui favorisent la production des causes secondes ou préparent le terrain à leur action. Dans un intérêt purement historique, et pour en faire justice, nous ne ferons que citer d’abord toute une série de facteurs qui jouaient, pour les anciens, le rôle de causes véritables et qui ne sont plus considérés maintenant, même comme de simples adjuvants.

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Nous ne parlerons pas des « diathèses » (qu’on invoquait partout et pour tout jadis, et dont le rôle étiologique, malgré les noms de Voillemier et Le Dèntu qui ont essayé de le défendre à nouveau 1, n’est plus à discuter). Il faudrait, d’ailleurs, commencer par expliquer ce qu’on entend au juste par rhumatisme, goutte, arthritisme avant de vouloir faire jouer un rôle défini à une cause pathologique non définie elle-même. Nous serons encore plus sévères pour le rôle prétendu des diathèses mieux déterminées comme la scrofule (Mercier), la tuberculose , la syphilis (J.-L. Petit) ; tout cela ne doit plus se discuter à l’heure actuelle.

Les causes locales étaient très nombreuses pour nos devanciers qui invoquaient et discutaient gravement leur influence. Il y avait les calculs , les rétrécissements , les sondages répétés, les traumatismes du canal, etc.

Nous ne devons, à l’heure actuelle, ne discuter qu’une influence locale, celle de la blennorrhagie sur le développement du prostatisme. J.-L. Petit, Hunter, Velpeau, ont placé cette influence en première ligne.

Eraud (de Lyon) 2 s’est fait à nouveau dans ces derniers temps, le champion de l’influence probable de la blennorrhagie sur le développement de l’hypertrophie prostatique.

« Quand on examine, dit-il, certains hommes âgés de 55, 60, 70 ans, qui viennent consulter pour des troubles urinaires spéciaux, on est frappé de rencontrer chez ces malades des lésions, des symptômes qui vous ramènent de plusieurs années en arrière. Voici, par exemple, un homme de 55 à 65 ans, qui éprouve des difficultés d’uriner, de la douleur avant la miction , des mictions plus fré-

1 Voillemier et Le Dente, Loc. citato , p. 86.

2 Congrès d’Urologie. Paris, session octobre 1896.

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quentes, surtout la nuit. De prime abord, vu le grand âge du malade, vu la nature des accidents, on est porté à poser le diagnostic d’hypertrophie prostatique et de le traiter comme tel. Que si, cependant, on l’examine d’un peu plus près, c’est-à-dire cpie l’ayant invité à retenir ses urines plusieurs heures , on cherche à recueillir la sécrétion uréthrale, quelque minime qu’elle soit ; si, d’autre part, on le fait pisser d’après la méthode des deux verres, et qu’enfin, après avoir pratiqué le toucher rectal, on recueille, si possible, la petite quantité d’urine émise, on est étonné le plus souvent de trouver, soit dans le premier fond, soit dans le résidu urinaire prostatique, des grumeaux, des filaments plus ou moins nombreux, plus ou moins épais , nageant dans une urine plus ou moins louche. Ces filaments, examinés au microscope, présentent une constitution riche en mucus et surtout en leucocytes plus ou moins jeunes, au milieu desquels on peut déceler, — dans quelques cas rares il est vrai, — des gonocoques, soit épars, soit réunis par groupes de 2 et 3, mais toujours en petit nombre. Somme toutes, de par cet examen , on est amené à conclure qu’on se trouve en présence de lésions qui rappellent en tous points une blennorrhagie plus ou moins ancienne. De plus, si, par le toucher rectal, on s’applique à bien étudier la configuration, la consistance, la sensibilité de la prostate, on reconnaît que tout en étant plus ou moins augmentée de volume, cette prostate ne présente pas la dureté ligneuse, fibreuse, qu’offre en général une prostate vraiment hypertrophiée. — Une dernière preuve se tire du traitement. C’est ainsi que chez ces mêmes malades , alors que la sonde utilisée pour évacuer leurs urines ne leur procure souvent pas de bénéfice, voir même de l’irritation ; on

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