‹ Traité de la dysurie sénile et de ses diverses complicationsChapitre 23 sur 53 · CAUSES SECONDES · texte numérisé non relu

CAUSES SECONDES

voit par contre les moyens calmants et décongestifs (suppositoires, lavements, instillations), amener une réelle amélioration, soit clans l’évacuation de leurs urines, soit dans le nombre de leurs mictions. On ne peut donc considérer ces malades comme atteints d’une hypertrophie prostatique vraie, d’autant qu’il n’y a ni saillie protubérancielle démontrée par la sonde, ni fibrome appréciable au toucher rectal.

Ainsi, à côté de l’hypertrophie vraie représentée parle fibrome, il y a la congestion prostatique, dont la blennorrhagie paraît être une des causes fréquentes et cpie d’ailleurs elle peut provoquer à tout âge. En outre, il y a des états mixtes, c’est-à-dire un mélange d’induration fibreuse et de congestion prostatique et, suivant la prédominance anatomique de tel de ses éléments, il y a réaction différente au traitement employé ». La question doit être précisée avec soin. Il ne s’agit pas de savoir si la blennorrhagie contractée par un vieillard peut faire tuméfier sa glande prostatique comme la blennorrhagie du jeune homme cpii donne à celui-ci une prostatite aiguë ou subaiguë; il s’agit de savoir si, en dehors de toute infection récente, d’anciennes blennorrhagies ayant touché la prostate à un certain moment peuvent par la prostatite chronique qu’elles ont créée influer sur le développement sénile de la glande de longues années plus tard .

Voillemier et Le Dentu croyaient à la possibilité de cette influence. « Presque toujours, disent-ils, la blennorrhagie a disparu depuis un temps très long, souvent même depuis plusieurs années, quand la maladie de la prostate commence. C’est pour ce motif que beaucoup de chirurgiens ont contesté son influence ». Guyon la nie formel-

CONDITIONS FAVORISANTES.

lement. « Nous ne voyons jamais, dit-il, les prostatites conduire à l’hypertrophie de la glande ; bien au contraire les lésions inflammatoires, ici comme dans bien d’autres organes, laissent après elles des tissus de nouvelle formation, éminemment rétractiles, qui détermineraient plus facilement l’atrophie de la glande1.»

§ II. — Conditions favorisantes.

Les conditions favorisantes sont des plus nombreuses; l’influence de beaucoup d’entr’elles est, comme nous allons le voir, très aisée à expliquer.

Les professions , ou habitudes sédentaires (tailleurs, cordonniers, hommes de cabinet, etc.), passaient pour jouer un rôle étiologique sérieux par la stase sanguine qu’elles entretiennent du côté du bassin. Evidemment elles favorisent les phénomènes congestifs du côté du périnée, de la prostate et de la vessie, et exercent une influence fâcheuse sur l’affection, une fois constituée, mais elles ne la créent pas2.

Que de gens très actifs, en outre, constamment sur pied, dormant peu, se levant tôt, travaillant même constamment au dehors, en plein air, n’ayant jamais connu « le rond de cuir », victimes cependant de la maladie urinaire ! Mêmes remarques pour l’influence de l 'équitation.

On a beaucoup discuté pour les excès vénériens ; gens chastes, a-t-cn dit, sont pris comme paillards, et sont

1 Loco citato, p. 471.

2 Voir page 35 l’influence de la stase sanguine sur le développement de l’hypertrophie.

CONDITIONS FAVORISANTES.

punis par où ils ont péché. L’imagination des pathologistes s’est largement donnée cours sur ce point. Les uns ont accusé plus spécialement le vice solitaire , les autres, la retenue volontaire , l’ajournement systématique de V éjaculation, pendant le plaisir vénérien, coït ou masturbation.

De ces mauvaises habitudes résulterait, par la congestion trop souvent répétée ou trop longtemps soutenue, qu’elles amènent du côté de la prostate, une sourde et continuelle irritation de la glande qui la prépare plus tard à un développement inusité.

Tout cela n’est pas bien sérieux comme lôle causal direct, mais nous ne faisons aucune difficulté à y voir une influence adjuvante très réelle.

De toutes les causes invoquées, pour le développement de l’hypertrophie prostatique proprement dite, question de sclérose sénile mise à part, ce sont peut-être celles, suivant nous, qui sont les plus actives. De gros excès vénériens peuvent agir évidemment pour amener une déchéance anticipée de l’être, une sénilité précoce, et nous rentrons alors dans la grande cause première ; mais d’autre part, il n’est pas démontré que localement ils ne peuvent pas, pour la prostate tout au moins, entretenir un état irritatif qui, l'âge du développement sénile venu, aidera à cette hypertrophie. Or, on peut faire de gros excès vénériens sans avoir vice de paillardise ; et pour ceux que semblerait innocenter une vie extérieure chaste, l’onanisme avec sa répétition facile, avec ses raffinements intimes, pourrait peut-être expliquer des effets indépendants à première vue d’excès génitaux.

Pour Fenwick aussi1, l’onanisme joue un rôle évident

1 Symptômes cardinaux des maladies des voies urinaires, London, 1893.

CONDITIONS FAVORISANTES.

dans la formation de l’hypertrophie prostatique. 11 décrit même « une prostate d’onaniste » avec lobes gros et mous, paraissant correspondre à une hyperplasie surtout glandulaire de la prostate.

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