CHAPITRE VI
Diagnostic.
§ Ier. — Diagnostic concernant l’hypertrophie générale.
A. — Diagnostic de l’hypertrophie prostatique.
Le toucher rectal est le premier moyen d’exploration qui se présente au praticien, c’est celui auquel il doit avoir recours de prime abord avant tout autre. Nous n’insisterons guère sur la manière de le pratiquer, soit seul, soit combiné avec la palpation hypogastrique. Ce sont là, à l’heure actuelle, des détails très connus et nous ne ferons que les rappeler sommairement.
Pour toucher la prostate par le rectum et retirer de cet examen tous les renseignements qu’il comporte, il faut prendre toujours la précaution de faire coucher le malade sur le dos, les cuisses un peu fléchies.
Avec la pulpe du doigt rectal qui regarde ainsi naturellement en avant, on explore ensuite attentivement la face postérieure de la prostate, on cherche à délimiter ses contours, on tâche de sentir même la face postérieure de la vessie au-dessus de la base de la glande, et à apprécier le bas-fond rétro-prostatique s’il existe.
De la main hypogastrique on tâche en même temps, en déprimant peu à peu et lentement la paroi au moment
HYPERTROPHIE PROSTATIQUE.
des mouvements d’expiration que fait le malade,, à reconnaître la vessie, à apprécier la distension par le flot transmis au doigt rectal, ou, si elle est vide, l’épaisseur de ses parois, en les faisant rouler entre la main hypogastrique et le doigt enfoncé dans le rectum. On pourra de la sorte aussi sentir parfois des calculs tombés dans le bas-fond vésical. Enfin, chez des sujets un peu maigres ou à paroi abdominale peu tendue, on pourrait arriver à prendre, à sentir entre la main hypogastrique et le doigt rectal la prostate, et à apprécier de la sorte, plus complètement encore que par l’exploration rectale seule, isolée, le volume, les irrégularités, la consistance de la glande.
En ce qui concerne le diagnostic, non plus seulement de l’hypertrophie prostatique, non plus seulement de son volume et sa dureté, mais du rôle obstructeur de la glande sur le col ou dans le canal prostatique, le toucher rectal, même combiné avec la palpation sus-pubienne, ne paraît plus donner aucun renseignement. Cela est d’autant plus vrai que, comme nous l’avons déjà dit souvent, le volume apparent de la prostate, son développement excentrique, ne préjugent rien sur son influence constrictive ou occlusive. Telle prostate, très volumineuse, laisse le canal large et libre ; telle autre, peu apparente au toucher, a déjà encombré le canal ou le col vésical.
Guyon a donc pu dire avec raison « que le toucher rectal, si précieux pour l’examen de la vessie, l’est moins pour celui de la prostate ». Pour la prostate, il ne sert même pas beaucoup à distinguer l’hypertrophie ordinaire de l’hypertrophie symptomatique d’un cancer de l’organe. Or, on sait que c’est là souvent un diagnostic assez épineux, surtout quand le cancer n’est qu’à son début,