‹ Traité de la dysurie sénile et de ses diverses complicationsChapitre 35 sur 53 · TRAITEMENT MEDICAL · texte numérisé non relu

TRAITEMENT MEDICAL

plus tard un peu de force dans sa contractilité vésicale, et éviter d’avoir une vessie trop large et trop lâche à l’heure du prostatisme. Les trop longues heures au lit sans uriner et en reculant le besoin de vider une vessie distendue sont à éviter dès l’âge de 40 ans ; de même la retenue volontaire de l’urine après des repas un peu copieux ou des séances inter-pocula un peu prolongées.

Beaucoup de gens dans le public s’imaginent que cette retenue facile est une force de la vessie et s’en font gloire. Us devraient trembler au contraire pour plus tard, car cette facilité de résistance au besoin d’uriner vient en grande partie de ce que leur vessie est déjà un peu atone, supporte la distension sans trop de réaction, et est toute prêle pour la rétention sénile. Loin de se prêter à ce jeu, ils devraient par contre chercher à stimuler la contraction régulière de leur réservoir, et l’habituer peu à peu à se contracter aisément sur de petites quantités de liquide.

Nous ne voulons pas dire, loin de là, qu’en agissant ainsi ces sujets ne deviendront pas prostatiques ; mais nous croyons fermement qu’ils le seront plus tard qu’ils ne l’auraient été, et qu’ils conserveront plus de ressort à leur muscle vésical.

Enfin, la constipation sera rigoureusement surveillée chez les prostatiques. On évitera les purgatifs trop répétés ou trop congestionnants (l’aloès en particulier, qui congestionne le petit bassin) ; on conseillera plutôt des laxatifs, et pour cela les spécialités pharmaceutiques ne laissent que l’embarras du choix; on conseillera surtout les lavements d’eau simple ou additionnée d’huile, de glycérine, etc.

Chez les individus habituellement constipés et n’allant pas spontanément à la selle, un de ces lavements admi-

TRAITEMENT DE LA DYSURIE

nistré tous les soirs avant de se coucher, et suivi d’un petit lavement frais (1/2 verre d’eau) que le malade garde la nuit quand la pollakiurie nocturne le tracasse un peu trop, est encore le meilleur moyen à mettre en œuvre.

Le prostatique évitera enfin les refroidissements dont nous avons vu l’action puissante , les excès vénériens dont nous avons aussi longuement étudié l’influence sur l’hypertrophie prostatique proprement dite1. Devra-t-on proscrire absolument le coït à ces malades, et leur en interdire même l’usage très modéré ? Certains l’ont pensé et leur ont conseillé de dire un définitif adieu à ces terrestres joies. « Les érections des prostatiques ne méritent aucun encouragement », nous dit Guyon notamment, semblant condamner chez eux, définitivement, la fonction génitale. Peut-être faudrait-il être moins sévère, ou plutôt faudrait-il distinguer certains cas. Il est sûr que chez nos très vieux malades, l’érection, nocturne surtout, n’a rien

1 Le voisinage anatomique des centres génito-spinal et vésico-spinal pourrait peut-être expliquer comment les excès vénériens peuvent favoriser, à la longue, la production de la paresse vésicale , tout au moins y aider puissamment.

Chez certains animaux, le centre de la miction (pas celui du sphincter de la vessie, mais celui du cletrusor urinæ lui-même) est situé au même niveau exactement que le centre génito-spinal (4e lombaire pour le lapin, par exemple).

Chez l’homme, les deux centres paraissent aussi très voisins, quoique leur situation n’ait pas encore été déterminée de façon aussi précise que dans les expériences sur les animaux.

L’excès de fonctionnement du centre génital, peut amener, petit à petit, une inflammation chronique de la moelle à ce niveau, qui retentit aisément sur les tranches médullaires adjacentes ; sans produire de myélite véritable, l'irritation peut se transformer facilement en action inhibitrice sur les centres voisins. Sur un muscle vésical sénile, plus ou moins altéré déjà par la sclérose dans sa fibre musculaire elle-même, la moindre diminution de la force d’incitation motrice se traduit de façon sensible, alors que sur un sujet jeune ses effets pourraient passer inaperçus. Cette action inhibitrice peut être momentanée, et peut-être entre-t-elle pour une certaine part dans la production des crises passagères de rétention après un excès génital ou même le simple exercice de la fonction chez le vieillard ; mais elle peut aussi rester définitive.

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