TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX
de génital pour ainsi dire ; elle traduit simplement la distension vésicale et la congestion passive de tout le petit bassin; c’est celle-là qu’a condamnée Guyon, c’est contre celle-là qu’il faut mettre en garde les prostatiques qui seraient flattés d’y voir un réveil inespéré, et pourraient imprudemment se croire redevenus jeunes. Mais si d’aventure, l’érection reconnaissait d’autres causes, se présentait avec un caractère plus génital, faudrait-il maintenir la proscription ? Nous ne le pensons pas, et comme ce second cas se présentera beaucoup moins souvent, beaucoup moins régulièrement que le premier, en raison même de l’âge des sujets, la permission donnée aura peu d’inconvénients.
II. Traitement médicamenteux. — Les iodures administrés à l’intérieur, Y iode, ne peuvent rien sur l’hypertrophie prostatique. Ils agissent cependant sur l’artério-sclérose générale, et à ce titre peuvent avoir des effets utiles sur la régularisation de la circulation générale, et pour atténuer les poussées congestives générales. Ils peuvent être, en somme, de bons adjuvants du traitement spécial de l’affection.
Les préparations d’ergot de seigle, d’ergotine, données à l’intérieur pour essayer de faire atrophier le prétendu « fîbro-myome prostatique », n’ont jamais donné les résultats attendus; ils ont, du reste, des inconvénients sur lesquels nous reviendrons plus loin.
Les injections sous-cutanées de suc prostatique , les tablettes médicamenteuses , préparées avec la même substance, l’administration en nature, par l’estomac, de fragments de prostate employés comme aliments , ont été essayés aussi dans le but de faire atrophier la pros-
TRAITEMENT DE LA DYSURIE
tate , de même que le suc thyroïdien ou les tablettes thyroïdiennes avaient été employés pour faire rétrocéder certains goitres. Il ne semble pas jusqu’ici que cette médication ait comporté de véritables succès , malgré quelques faits heureux signalés (Bazy). Ces moyens sont encore, à l’heure actuelle, dans le domaine purement expérimental, sinon empirique.
M. Oraison1 a expérimenté différents extraits glycérinés de prostate et de vésicule séminale. Voici ses conclusions approximatives.
« Ils sont légèrement toxiques pour les animaux, surtout chez les femelles. Il faut environ 20 centimètres cubes par kilogramme. Encore doit-on tenir compte de la toxicité de la glycérine. Aussi les extraits aqueux et les poudres desséchées ne sont pas nuisibles, même à doses élevées.
Au point de vue physiologique , ces préparations remontent l’état général, augmentent le poids et l’appétit. Il n’y a même à doses fortes, aucun effet sur les divers appareils.
La quantité d’urine n’est pas influencée, mais il y a élévation légère de l’urée et de l’acide urique et diminution notable de l’acide phosphorique, des chlorures et de l’indican.
Il se produit une congestion plus ou moins intense de l’appareil génito-urinaire avec des traces d’hypersécrétion de la prostate.
Les poudres desséchées, plus commodes à employer que les extraits, sont aussi plus actives.
Leur action thérapeutique est très favorable chez les sujets atteints uniquement de prostatisme.
1 Oraison. Thèse Bordeaux, 1897.
TRAITEMENT MEDICAMENTEUX
La douleur se supprime, les mictions nocturnes et diurnes diminuent ; la prostate régresse, d’où amélioration notable de la dysurie . L’infection vésicale peut même être modifiée.
Aussi devra-t-on conseiller cette médication en ayant soin de ne pas dépasser comme dose 10 à 15 centimètres cubes d’extrait glycérine et 4 à 5 pilules de 0 gr. 10 c. de poudre desséchée par jour, en ayant soin aussi d’user d’un traitement intermittent ».
Pareils traitements sont, en tous cas, inoffensifs, et peuvent très bien être tentés. Mais il faut se méfier beaucoup des résultats obtenus par eux, même quand le malade les accuse lui-même, car il se laisse suggestionner facilement, surtout par une médication interne qu’il accepte toujours si volontiers de préférence aux traitements actifs. Helferich 1 a cité un fait de Socin des plus instructifs à cet égard. Une fabrique débitait à ses clients, par suite d’une erreur du vétérinaire qui la fournissait, des tablettes de vésicules séminales qui étaient vendues sous le nom de tablettes prostatiques ; or, les malades se déclarèrent néanmoins très satisfaits des résultats de la médication.
B. — Traitement des accidents initiaux et bénins du
PROSTATISME .
Vous avons vu que chez certains malades appartenant de préférence à la catégorie des névropathes, le développement de l’hypertrophie prostatique peut entraîner, dès le début de cette hypertrophie, à la toute première période
1 26° Congrès des Sociét. AIL de chir. Berlin, 21 avril 1897.
TRAITEMENT DE LA DYSURIE
du prostatisme, certains troubles nerveux, certaines douleurs du côté des voies urinaires inférieures, qui ne sont nullement en rapport avec la rétention proprement dite, ni même avec de la dysurie. Les sujets vident bien leur vessie, les urines sont très claires, il n’y a pas de cystite véritable, mais ils se plaignent de mictions impérieuses, de chaleur pénible au fond du périnée ou le long de l’ urèthre, ou d’une sensation de pesanteur parfois insupportable du côté du rectum, etc., etc. Ces malaises sont encore aggravés après les rapports sexuels.
Ces symptômes qui viennent d’une réaction exagérée, trop exquise, d’un système nerveux naturellement irritable en présence du travail sourd d’inflammation chronique créé par l’hypertrophie commençante de la glande, inquiètent beaucoup les sujets qui les ressentent, mais ne doivent pas alarmer autant le médecin. Ce sont des malades qui vivent indéfiniment avec ces mêmes symptômes, tracassés par eux, mais sans arriver aux accidents graves du prostatisme; peut-être parce qu’avertis, souffrant de bonne heure, ils se soignent mieux que ceux chez qui les accidents urinaires évoluent sans réaction douloureuse aucune, et s’entourent de suite de toutes les précautions de régime, d’hygiène, etc., qui évidemment jouent un grand rôle pour retarder et même éviter les complications ultimes.
Quand on se trouve en présence de ces cas, et que l’examen soigneux du malade montre bien qu’il ne s’agit que de signes irritatifs un peu trop accusés, sans dysurie proprement dite et accompagnés tout au plus de troubles fonctionnels légers, il faut en premier lieu et avant tout défendre au malade l’emploi de tout sondage.
Certains d’entr’eux ne demandent pas l’emploi de ce