TRAITEMENT DES ACCIDENTS BÉNINS DU PROSTATISME
moyen ; mais d’autres, mal conseillés par des amis prostatiques plus avancés, ou ayant entendu parler de la sonde comme procédé thérapeutique, insistent pour y recourir, surtout si les troubles douloureux qu’ils accusent durent depuis un certain temps déjà et ont résisté aux petits moyens thérapeutiques. Le médecin peut les sonder lui-même à de très rares intervalles, ne fût-ce que pour leur prouver que leurs craintes sont chimériques et pour se confirmer à lui-même l’absence de toute rétention, mais il doit leur interdire toute pratique de cathétérisme faite par eux-mêmes.
Outre que le passage de la sonde ne calmerait pas du tout leurs malaises, ou ne les calmerait, l’imagination aidant, que trop temporairement, elle risquerait trop de donner une cystite là oii il n’y a que cystalgie, et de troubler le fonctionnement d’une vessie qui se contracte encore assez bien pour une évacuàtion régulière et complète.
Les moyens à conseiller à cette catégorie de sujets sont d’abord les préparations anti-nerveuses générales, le bromure de potassium , la valériane , les capsules de bromure de camphre , à la dose de 3 ou 4 par jour. Cellesci sont plus sédatives peut-être que le bromure de potassium, et en outre elles ont, sur lui, l’avantage d’agir en même temps sur le système génital ; plusieurs de nos malades, qui étaient tourmentés par les faux désirs nés de la sourde irritation et des titillations ressenties dans la prostate, ou même par les érections non génitales des vieux qui ont la vessie pleine, et qui, se croyant redevenus jeunes, consommaient trop souvent un sacrifice ne tendant qu’à aggraver leur état douloureux par la suite, ont été rapidement calmés par ce médicament.
TRAITEMENT DE LA DYSURIE
On peut encore donner avec avantage des suppositoires belladonés ou opiacés. Les petits lavements lauclanisés agissent encore mieux. Nous nous sommes bien trouvés aussi d’irrigations froides par le rectum , faites avec une canule à double courant, dont l’extrémité intrarectale vient s’arrêter à hauteur de la prostate. On peut les conseiller une ou deux fois par jour ; on fait passer chaque fois deux litres d’eau à peu près et avec un courant très faible, qu’on peut graduer du reste par le robinet de la canule1.
Ce moyen est très bien supporté des malades, car l’eau injectée ressort au fur et à mesure de son entrée et ne peut pas distendre l’intestin. Il est possible aussi que, longtemps continué, ce moyen soit susceptible, sinon d’enrayer l’évolution de la glande prostate, au moins d’en retarder le trop gros développement, et de prévenir les poussées congestives qui amènent par leur fréquente répétition l’hypertrophie occlusive ou constrictive rapide.
On peut enfin dans certains cas, et quand toutes les méthodes précédentes ont échoué, lorsque le malade, malgré le soin que vous prenez de le rassurer sans cesse sur son état, ajoute trop d’importance aux symptômes qu’il éprouve, et risque de verser dans les pires traitements ou du côté des pires conseils, comme le font souvent ces sujets nerveux, proie désignée des charlatans, quand on ne les soulage pas au gré de leurs désirs, proposer quelques instillations cocaïnées dans l’urèthre prostatique (1 p. 30). On les espacera le plus possible, on en fera une tous les 8 jours seulement, par exemple, ne fut-ce que pour faire prendre patience au malade. Elles
1 Le modèle de cette canule se trouve figuré dans le catalogue de la maison Ph. Lépine, fabricant à Lyon.
TRAITEMENT PAR LES SONDES