DÉPENSE DE COMBUSTIBLE
Les précédentes éditions de cet ouvrage étaient muettes sur la puissance des appareils à distiller comparée à leur dépense de combustible, faute de données suffisamment exactes sur cette question.
Aujourd'hui , grâce à l'activité infatigable de la Station d'essais du syndicat des distillateurs allemands , nous pouvons fournir des renseignements sur la dépense de combustibles des appareils les plus connus.
La question est actuellement assez élucidée pour qu'on puisse exiger d'un constructeur, lorsqu'on achète un appareil, de garantir la dépense de charbon et d'eau froide de cet appareil pour distiller une certaine quantité de vin , et dans un espace de temps déterminé.
Examinons d*abord la méthode à employer pour se rendre compte de la quantité de chaleur qu'exige un appareil. Actuellement» presque tous les appareils à distiller sont chauffés à la vapeur, et la détermination de la quantité de vapeur employée est naturellement le moyen le plus sûr d'évaluer la dépense de combustible.
Moins un appareil dépensera de vapeur pour distiller une certaine quantité de vin dans un temps donné , plus son travail sera économique. Delbrilck estime qu'un appareil travaillant économiquement doit dépenser environ le i/3 du combustible employé pour le travail de toute l'usine. Comme la puissance d'un appareil et sa dépense de combustible sont étroitemeat liées , il serait très simple d'intercaler, sur le parcours du tuyau d'amenée de la vapeur , un appareil qui enregistrerait le volume de vapeur passant dans le tuyau avec sa température ou sa pression.
Malheureusement il n'existe pas encore d'appareil de ce genre et il faut recourir à d'autres méthodes.
llgès propose de déterminer le poids de l'eau de condensation de
la vapeur ayant servi à chaufiler l'appareil. Cette eau de condenaah tion se trouve répartie dans la vinasse et dans les flegmes ; la difiFérence entre les poids ajoutés de ces deux produits et celui du vin représente le poids de la vapeur condensée.
DelbrQck fait les objections suivantes à ce procédé : c'est que la vapeur servante chauffer entraîne toujours avec elle de l'eau à l'état vésiculaire qui augmente le volume de la vinasse sans servir cependant à la distillation et qu'il est très difficile de mesurer la vinasse dont la température varie constamment.
Or, chaque kilogramme compté en plus ou en moins représente une diflférence de 540 calories. Aussi, Delbrûck a-t-il adopté une méthode plus pratique , quoiqu'elle soit théoriquement moins exacte Maercker doit cependant faire remarquer qu'on peut éviter le premier inconvénient reproché au procédé dJIlgès en employant, pour la détermination du poids de va[>eur employée , les appareils connus sous le nom d'extracteurs, et que l'on doit pouvoir arrivera mesurer exactement le volume de la vinasse.
Revenons maintenant à la méthode de Delbrûck qui est fort simpU. Elle repose sur le principe évident que la chaleur employée pendant la distillation est égale à celle que la vinasse , l'alcool et l'eau servant à la condensation des vapeurs alcooliques ont acquise pendant le cours de l'opération. Si donc on connaît les températures du vin et de l'eau froide avant la distillation et, d'autre part, ceUes de la vinasse , de l'alcool et de l'eau chaude sortant des condenseurs et des réfrigérants pendant la distillation, la différence entre les nombres de calories correspondant à ces températures représente la chaleur dépensée pendant la distillation. Cette méthode contient bien, à la vérité, quelques sources d'erreur ; c'est ainsi que l'on ne connaît pas la chaleur spécifique du moût, c'est-à-dire le nombre de calories nécessaires pour élever 1 kgr. de moût d'un degré C, et qu'on est obligé d'admettre pour le moût la même chaleur spécifique que pour l'eau , quoique celle-ci soit très probablement plus faible.
Une autre source d'erreur, peut-être la plus importante , est la chaleur que l'appareil perd par rayonnement.
Cette perte de chaleur n'a pas encore pu être évaluée.
On peut cependant regarder la méthode de Delbrûck comme suffisamment exacte, car elle n'a pas pour objet de fournir des
chiâres absolus sur la dépense de chaleur mais seulement des données relatives qui permettent de comparer entre eux les divers appareils .
L'exemple suivant montre comment il faut appliquer cette méthode.
Admettons tout d'abord :
1^ Que la chaleur spécifique du vin ou de la vinasse soit la même que ceUe de Teau ;
2° Que la chaleur spécifique de l'alcool à 8o ^o ^st égale aux 7/10 de celle de l'eau ;
y Qu'un litre de vinasse pèse 1 kgr. On admet, en effet, que la diminution de densité de la vinasse par suite de son écbauffement est compensée par les matières dissoutes qu'elle contient.
Voici maintenant le calcul lui-même :
Chaleur existant avant la distillation :
Calories
Vîn 4058 kgr. à 2^,^fC = 96580
Eau de rinçage 50 kgr. à 24^ r= 1 300 calories )
d» 40 kgr. à 8«,8= 332 d' \ '55^
Eau pour la condensation.. 11 339 kgr. à S^fS =101719
Calories
Chaleur existant après la distillation :
Calories
Vinasse 5768 kgr. à 82,9 C = 47^744
Alcool 492 L. = 412,3 kgr. X 0,7 à 1 1 ,3** C = 3263
Eau chaude. . 1 1 559 kgr. à 62*,2 ■. =■ 720125
Calories
Chaleur existant après la distillation 1202 133
d* d' avant d* 199851
Quantité de chaleur fournie pendant la distnGiion ou dépense de chaleur. 1002281 calories.
1002281 calories ont donc été nécessaires pour distiller 4068 kgr. de vin renfermant 11,60 d'alcool. Pour rendre cette dépense de chaleur plus appréciable, Delbrûck la convertit en kgr. de charbon, en admettant la donnée de Stammer qu'un kilogr. de bon charbon de qualité moyenne fournit en brûlant 35oo calories. Dans l'exemple
1002281 précédent la dépense de charbon a donc été de ^^ — 286,2 kgr*
de charbon.
35oo
Le tableau suivant comparant le travail de quelques appareils à distiller connus est dû à Delbrûck qui Ta établi d*après des expériences nombreuses faites sur ces appareils. Les résultats présentés dans ce tableau se rapportent à la distillation de 100 litres de vin.