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RECTIFICATION

VALEUR DE l' ALCOOL BRUT.

Le produit alcoolique obtenu par distillation n'est nullement de l'alcool pur, mais contient, au contraire, une quantité plus ou moins

grande de produits impurs, connus sous le nom générique dejusel. Ces différents éléments dont l'un des plus importants est Yalcool amylique ou ftisel, ont des points d'ébuUition différents de celui de l'alcool éthylique, pour la plupart plus élevés. Les corps qui, jusqu'à présent» ont été reconnus dans l'alcool brut sont les suivants :

Point d'ébullition.

I L'eau loo*

a Ualdéhyde acétique 21*

5 L'alcool éthylique (alcool de vin) 78*

4 L*alcool propylique 97*

5 « isopropylique 85*

6 » butylique 115'

7 L'éther acétique 74'

8 L'éther butyrique. 112'

9 L'acétal 104"

10 L'alcool iso-amylique i so'^

11 L'alcool amylique 130*

Quand on considère les points d'ébullition des différents corps que contient l'alcool brut, on comprend, à première vue, les difficultés que présente sa purification. Lorsqu'on mélange, en effet, dans un vase distillatoire deux liquides ayant des points d'ébullition différents, et qu'on porte ce mélange à l'ébullition , la distillation des deux liquides ne se fait pas successivement et séparément, mais c'est . d'abord une petite quantité du liquide le plus volatil qui distille, puis un mélange renfermant une minime proportion du liquide moins volatil. Cette proportion augmente constamment jusqu'à ce que le produit distillé arrive à n'être composé presque exclusivement que du liquide possédant le point d'ébullition le plus élevé. On voit donc qu'U n'est pas possible de séparer par une seule distillation deux corps miscibles ayant des points d'ébullition différents, et qu'il faut plusieurs opérations successives pour arriver à les séparer complètement.

Nous ferons remarquer, en passant, que ces distillations fractionnées s'opèrent par la condensation des vapeurs dans la colonne à rectifier et dans le condenseur.

Deux liquides mélangés sont d'autant plus difficiles à séparer par distillation :

1* Qy^Hls sont physiquement plus miscibles (Pampe). C'est ainsi, par exemple, que l'alcool éthylique et l'aldéhyde acétique, peuvent être difficilement séparés par distillation» quoique leurs points

d'ébullition soient très différents (78^ C. pour l'alcool éthylique et 2i*C. pour l'aldéhyde acétique), parce qu'ils sont excessivement miscibles ;

2^ Que leurs points d*ébullition sont plus rapprochés. C'est ainsi que l'alcool iso-propylique dont le point d'ébullition (85^) diffère peu de celui de Talcool éthylique, ne peut en être éliminé qu'avec peine, tandis que l'alcool amylique qui bout à i3o®, s'en sépare relativement facilement.

11 ressort de ce que nous venons de dire, que l'on obtiendra dans toute rectification 3 produits différents :

1^ Las produits de tête formés parles corps dont les points d'ébullition sont inférieurs à celui de l'alcool éthylique. Us se composent principalement d'un mélange d aldéhyde acétique et d'alcool éthylique. Ce sont eux auxquels on applique plus spécialement la dénomination àiiîhers ;

2® \J alcool bon goût rectifié. Cet alcool n'est naturellement pas de qualité uniforme pendant tout le temps qu'il coule à l'éprouvette ; celui que l'on obtient en premier lieu contient encore de l'aldéhyde acétique, et celui que l'on récolte en dernier lieu renferme déjà une certaine proportion des alcools entrant en ébullition à une température plus élevée que celle de l'alcool éthylique. Ce sont les produits obtenus au milieu de l'opération qui sont les plus fins et les plus purs ;

3® Les alcools de queue qui sont formés par un mélange d'alcool éthylique et d'une forte quantité d'alcools moins volatils , entre autres d'alcool amylique.

4^ La plus grande partie de l'alcool amylique reste cependant dans la chaudière mêlée avec l'eau qui n'a pas été distillée avec les produits alcooliques.

Plus un rectificateur est habile ou plus ses appareils sont perfectionnés, plus il obtiendra de produits moyens » c'est-à-dire d'alcool bon goût et, d'autre part, plus un alcool sera pur, plus il aura de valeur.

La rectification n'est donc autre chose qu'une distillation fractionnée, répétée plusieurs fois.

Une question qui se pose tout naturellement lorsqu'on étudie la rectification de l'alcool est celle-ci:

D'oà proviennent les éléments impurs qui se trouvent dans le

fi^gmes et qui, persistant dans les akoak reetifiH, viennent Snùnner plus ou moins leur valeur ?

Nous répondrons que ces éléments impurs proviennent, en partie, des matières premières ; en partie, d'une levure qui rC est pas absciument saine ; et en partie^ enfin, des fermentations secondaires.

On ne peut douter que les matières premières n'exercent une influence sur le produit distillé , car chacune d'elles produit un alcool brut d'un caractère spécial et déterminé, et il faut peu d'expérience pour distinguer les uns des autres les alcools de maïs, de pommes de terre ou de mélasse.

Il est à remarquer que la quantité d'éléments impurs contenus dans le produit brut a moins d'influence sur la valeur du flegme au point de vue de la rectification , que la nature même de ces impuretés. Les flegmes de pommes de terre, par exemple, sont l'alcool brut le plus estimé quoiqu'ils contiennent une forte quantité d'alcool mauvais goût, ainsi que l'odeur seule de ces flegmes l'indique suffisamment; mais les éléments impurs sont principalement formés par l'alcool amylique, que l'on sépare aisément de l'alcool éthylique.

Aussi les alcools de pommes de terre rectifiés possèdent-ils une grande finesse de goût qui est très appréciée. Les flegmes de maïs, par contre, qui ne paraissent renfermer que peu d'éléments étrangers, mais qui appartiennent aux éthers dont les points d'ébuUition diffèrent peu de celui de Talcool éthylique et qui s'en séparent, par suite, difficilement, ont une valeur moindre pour les rectificateurs.

Parmi les produits étrangers qui se rencontrent dans l'alcool dé mélasse, c'est l'aldéhyde acétique qui prédomine et qui se reconnaît également à son odeur ; il ne peut que difficilement être séparé de l'alcool éthylique, par suite de son point d'ébuUition peu élevé.

Ces divers produits impurs ne se forment pas accidentellement , ils sont inhérents à la composition des matières premières et à la marche de la fabrication.

Les mauvais goûts sont aussi formés par les/erments secondaires. Le ferment acétique , par exemple , donne naissance à l'éther acétique; le ferment butyrique, à l'éther butyrique, et ainsi de suite pour les autres ferments.

Fitz a observé l'action d'un organisme qu'il appelle bacillus butylicus qui donne naissance à l'alcool butylique.

II est certain enfin que Vétat delà levure employée a une influence sur la pureté de l'alcool obtenu.

Brefeld a exprimé l'opinion qu'une levure pure, très active transforme le sucre en alcool et acide carbonique presque sans formation de produits secondaires, tandis qu'une levure altérée, malade ou peu active donne naissance à un produit très impur. Ce fait est indiscutable, mais on peut se demander si la cause en est vraiment dans la constitution même de la levure, ou si l'impureté n'est pas due plutôt à ce qu'une levure faible et altérée ne peut pas empêcher le développement des ferments parasites qui , comme on le sait , produisent des alcools impurs.

Quoiqu'il en soit, ce que nous devons retenir, c'est que si l'on ne peut pas arriver à empêcher complètement la formation des mauvais goûts, puisqu'il en est qui sont inhérents à la composition des matières premières, on peut du moins en réduire la quantité en évitant ceux qui sont dûs aux ferments parasites et au manque d'activité de la levure.

Le distillateur qui travaille mal ou, ce qui revient au même, qui fabrique mal la levure, n'obtient pas seulement de mauvais rendements, maib encore il produit des alcools bruts ayant moins de valeur au point de vue de la rectification. Il serait à désirer que les rectificateurs achetassent leurs flegmes d'après leur valeur réelle, c'est-à-dire leur pureté, car ils encourageraient ainsi les distillateurs à donner tpus leurs soins à leur fabrication. *

La détermination de la valeur d'un alcool brut , au point de vue de la rectification, c'est-à-dire de la quantité d'éthers, d'alcool fin et de produits de queue qu'on peut en retirer, est de la plus haute importance. Malheureusement, il n existe pas de méthode permettant de faire cette détermination, et cela n'est pas étonnant car les bases rationnelles sur lesquelles une semblable méthode pourrait s*appuyer manquent encore totalement. Il faudrait, enefiet, pour cela arriver non-seulement à connaître les quantités des diverses impuretés contenues dans l'alcool brut, mais encore l'influence que chacun de ces corps étrangers exerce sur la valeur de l'alcool au point de vue delà rectification.

Maercker a , du reste , pu se rendre compte, par les essais qu'il a faits, que ce but était difficile à atteindre , les quantités des divers corps sur lesquelles on a à opérer étant très minimes, et ceux-ci n'offrant pas de réactions bien caraciéristiques.

La méthode de Savalle, déjà décrite, ne peut être appliquée qu'aux alcools rectifiés et ne peut servir à l'épreuve des alcools bruts.

La méthode de Marquard, pour la détermination de la quantité d'alcool amylique, ne peut pas non plus être d'un grand secours pour établir la valeur d'un alcool brut, car, de toutes les impuretés , l'alcool amylique est celle dont on se débarrasse le plus facilement. En résumé, toutes les méthodes connues ayant pour objet la détermination de la valeur des alcools bruts ne donnent pas des résultats certains et l'on doit considérer ce problème comme non résolu.

MANIÈRE DE CONDUIRE LÀ RECTIFICATION DES ALCOOLS ET APPAREILS SERVANT A CETTE OPÉRATION.

La rectification de l'alcool brut n'est, en somme, qu'une nouvelle distillation de ce produit avec la différence que l'on doit conduire cette opération lentement et avec le plus grand soin, afin d'obtenir une séparation aussi complète que possible des impuretés d'avec Talcool bon goût. Comme on est obligé de fractionner les produits, il est clair que les appareils à rectifier ne peuvent être continus ; aussi tous les recdficateurs connus sont-ils composés d'une chaudière surmontée d'une colonne à rectifier et d'un condenseur.

Comme la disposition des colonnes et des condenseurs dans les appareils à rectifier est la même que celle des mêmes organes dans les colonnes distilla toires, avec cette différence qu'on donne plus de puissance à ceux des appareils à rectifier, nous n*aurons pas besoin d'en faire une description détaillée, mais nous pourrons nous borner à passer en revue les rectificateurs les plus répandus

Presque tous les appareils à rectifier actuellement en usage sont plus ou moins dérivés de celui de Savalle ; nous nous étendrons donc un peu sur cet appareil qui est représenté par la fig. 222. Il se compose des parties suivantes :

A. La chaudière, dans laquelle on introduit le flegme à rectifier après l'avoir dilué de 40 à 5o'* ; elle est divisée par une cloison en deux parties inégales dont la plus petite sert à recevoir les huiles et la décharge des plateaux. Le chauffage se fait au moyen d'un serpentin à vapeur.

R La colonne à rectifier composée de plateaux perforés, reliés tes uns aux autres par des trop-pleins, La fig. 181 représentant en coupe l'appareil continu d distiller de Bohra permet de se rendre suinsamment compte de la disposition de cette colonne â rectifier.

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