‹ Traité de la fabrication de l'alcoholChapitre 149 sur 154 · PAR LA DRÈCHE · texte numérisé non relu

PAR LA DRÈCHE

Maercker doit reconnaître, avant de commencer ce chapitre, que toutes les observations et les allégations qu'il mettra en avant sur la manière de pratiquer l'alimentation par la drèche, ne sont pas toutes basées sur des essais précis, mais quelquefois aussi sur des

hypothèses générales. Une grande partie d'entre elles sont cependant basées sur une pratique éprouvée , et entièrement d'accord avec elle.

a. TEMPÉRATURE.

Toutes les données que l'auteur a pu rassembler sur ce point, établissent nettement que la plus grande production de viande et surtout de lait, correspond à l'absorption de vinasse très chaude. De la vinasse complètement froide constitue un aliment produisant un effet sensiblement moindre que celui qu'elle produit lorsqu'elle est chaude.

Ce fait s'explique facilement : si, par exemple, une bête absorbe loo kgr. de drèche à o® C ; pour porter cette quantité à la température du sang, c'est-à-dire à 38** C, il faudra 38 X loo = 38oo calories. La production de cette chaleur de 38oo calories ne demandera pas moins que la combustion de i kgr. d'hydrate de carbone (i kgr. d'amidon produit en brûlant 3900 calories) qui brûle ainsi sans utilité pour l'organisme. On comprend donc sans peine que la vinasse chaude produise plus d'effet que la froide. Il semble donc que la température la plus favorable à l'alimentation est ceUe du sang, soit 37 à 38® C, et c'est, en effet, dans ce sens que Maercker s'est prononcé dans les éditions précédentes de cet ouvrage. Mais M'. Neuhauss, de Selchow , a établi, à l'assemblée générale de l'Union des distillateurs allemands de i883, que le refroidissement de la vinasse à la température du sang nuisait à sa conservation. Cette circonstance tient, sans doute, à ce que cette température est favorable à la culture de certains organismes nuisibles pour la santé, qui, trouvant un milieu convenable, s'y développent. Neuhauss est donc dans le vrai quand il recommande de distribuer la drèche très chaude.

Lorsque les circonstances sont telles que le refroidissement de la vinasse est à craindre, il est donc utile d'établir un tuyau de vapeur dans le réservoir à drèches, ou d'y faire passer un retour d'appareil, pour pouvoir de temps en temps réchauffer le liquide.

La drèche très chaude est encore un agent excellent pour effectuer commodément et sans frais une opération qui ne se fait qu'incomplètement et d'une manière très dispendieuse dans les

exploitations autres que les distilleries ; nous voulons parler de réchaudage des fourrages.

Il a été constaté maintes fois qu'il se forme, à la surface des aliments, des champignons ou ferments de diverses natures qui, apportés dans l'organisme, donnent naissance à certaines maladies spéciales. Ces agents pernicieux sont détruits à une haute température ; c'est pourquoi Ton a souvent recommandé de soumettre les aliments à l'action de la vapeur avant de les distribuer. On arrive au même résultat en mettant les aliments au contact de la vinasse bouillante. On ne saurait donc trop engager les distillateurs à mettre en pratique ce procédé qui a l'avantage de donner de la saveur à certains aliments de moindre valeur, qui sont ensuite mangés plus volontiers par les animaux. Ce serait pourtant un tort de croire que Téchaudage rend les aliments plus digestibles, car le contraire a été démontré par des expériences de He/lriegel; ce qui est incontestable, c'est que les animaux mangent une plus grande quantité d'aliments échaudés.

b. QUANTITÉ DE DRÈCHE QUE L*ON PEUT FAIRE PRENDRE AUX ANIMAUX.

Maercker n'a pas encore pu établir complètement d'une manière expérimentale la quantité maxima de drèche que l'on peut faire prendre aux animaux. Aussi les données qui vont suivre sont-elles plus les résultats d'impressions que de faits basés sur des expériences exactes.

La plus grosse quantité de drèche que l'auteur ait vu distribuer est de 1 20 litres ; c'était de la vinasse de pommes de terre, qUe l'on faisait prendre à des bœufs à l'engrais pesant de 6oo à 700 kilos. 100 litres est une ration assez usuelle, mais, en moyenne, on donne dans les distilleries agricoles 60 à 80 litres par tête de bétail à Tengrais. La dose que l'on donne aux vaches à lait est plutôt plus faible, car une proportion trop forte de drèche, dans leur nourriture, rend le lait et le beurre plus mauvais ; cette dose peut aller de 60 à 70 litres et est, en moyenne, de 5o litres.

Quant à la limite que Ton ne doit pas dépasser, elle est, ainsi que nous l'avons dit , difficile à fixer, parce que l'on n'a pas d expériences exactes pouvant servir de bases. Ce qu'on peut dire, c'est que

plus d'une fois on donne des rations trop fortes ; loo litres» par exemple, constituent une dose trop élevée pour une tête de gros bétail.

On peut s'en rendre compte aisément, car, à cette dose, les animaux ne ruminent qu'irrégulièrement et même plus du tout, ce qui indique un trouble dans les fonctions de l'organisme.

Le gros bétail supporte, par contre, sans inconvénients, une ration de 70 à 80 litres de vinasse, mais on ne peut jusqu'à présent affirmer que la production obtenue soit bien en rapport avec la forte dose donnée. Il est même très possible que lorsque la ration dépasse une certaine limite, par exemple 60 à 70 litres, l'excès de lânasse, sans nuire au bien-être de l'animal, et sans porter des désordres dans ses fonctions, soit sans eCFet utile au point de vue de la production.

Ce que l'on peut certifier, c'est que 60 litres constituent une dose suffisante et favorable pour mener à point des bœu& à l'engrais, quand on sait choisir convenablement les aliments complémentaires.

Maercker indiquerait et conseillerait la dose de 40 à 5o litres comme étant la plus favorable pour les vaches à lait. On ne doit guère dépasser ce chiffi'e quand elles sont destinées à la reproduction, car, dans ce cas, il ne faut, en général, donner de la drèche qu'avec circonspection. La drèche, on ne peut le nier, est un aliment qui, à certains points de vue, a été altéré par la fabrication, propriété qu'elle partage d'ailleurs avec la plupart des résidus d'autres exploitations; elle ne constitue donc pas à elle seule une nourriture normale, et, pour arriver à ce but, il faut lui restituer les éléments qui lui manquent ; la chaux est dans ce cas pour les vinasses de pommes de terre. Une nourriture composée uniquement devinasse ne tarde pas à avoir des effets nuisibles ; c'est ainsi que dans nombre d'exploitations où l'élevage était florissant avant l'installation d'une distillerie, on a vu que l'alimentation par la vinasse produisait de tels effets qu'on a dû y renoncer. Maercker peut même affirmer qu'il a pu savoir que , dans plusieurs distilleries agricoles» il avait fallu renoncer à faire prendre à de jeunes porcs, non pas de la vinasse, mais seulement du petit lait provenant de vaches nourries à la vinasse, parce que cette nourriture amenait une mortalité excessive parmi ces jeunes bêtes. Ce cas est d'autant plus à remarquer

que la truie qui avait produit ces petits pourceaux n'avait pas été nourrie avec la vinasse.

Maercker croit d'ailleurs qu'on pourrait éviter de pareils accidents en administrant la vinasse d'une manière plus raisonnée.

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