DE POMMES DE TERRE
On trouve dans divers ouvrages des citations de cas d'empoisonnement qui se seraient produits par suite de la présence de solanine dans les vinasses, mais M aercker soutient que jamais un cas caraciérisi iT empoisonnement par la pinasse n'a èiè dûment constaté. En efifet, les pommes de terre saines ne contiennent pas cet alcaloïde vénéneux ou n'en renferment qu'une proportion absolument insignifiante. On n'en a démontré la présence que dans les germes, et si l'on ne peut, par suite, contester la possibilité de trouver une certaine quantité de solanine dans la vinasse de pommes de terre ayant fortement germé, on n'a cependant jamais constaté que des drèches provenant de ces pommes de terre aient produit des empoisonnements. Si cependant quelques distillateurs avaient des craintes à cet égard, ils n'auraient qu'à faire enlever les germes des pommes de terre ; la fabrication ne pourrait qu'y gagner.
e. AQDBS DE LA VINASSF.
Les vinasses possèdent toujours une réaction plus ou moins acide, en partie voulue, et due aussi, en partie, aux acides lactique, butyrique ou acétique. Les acides qui se développent pendant la fermentation peuvent, dans certaines circonstances, se produire en grande quantité et communiquer à la vinasse une forte acidité qui est peu à désirer au point de vue de l'alimentation.
On veut même attribuer les malandres des drèches à cette acidité, quoique cela reste à démontrer ; on peut, en tous cas, éviter cet inconvénient en saturant avec de la craie, en totalité ou presque complètement, les vinasses très acides : cela ne peut qu'aider aux bons effets des drèches, qui contiennent peu de sels de chaux.
f, QUELS SONT LES ANIMAUX AUXQUELS LA DRÈCHE CONVIENT LE MIEUX ?
Sans contredit, ce sont les bêtes à cornes qui supportent le mieux la drèche et en retirent le plus grand profit. Les bœufs de labour la prennent volontiers, mais on ne doit pas leur en distribuer de' trop fortes doses, parce que cette nourriture aqueuse rend
les tissus flasques et peu aptes à produire de grands efforts, augmente la transpiration ; en un mot, rend les animaux moins productifs et moins résistants. On n'a naturellement à redouter ces effets que lorsqu'on donne de la drèche en excès. En fixant la ration de vinasse pour des bœu£s de labour à 40 à 5o litres, on se trouvera dans de bonnes conditions.
Une bonne utilisation de la drèche est son emploi comme nourriture des bœufs à l'engrais, car on peut, en général, leur en distribuer 100 litres par tête et par jour, et même davantage. Il faut dire, cependant, qu'il n'est pas encore prouvé que cette dose soit bien rationnelle, car, de ce que cette quantité ne fait pas de mal aux bêtes auxquelles elle est distribuée, il ne s'en suit pas qu'elles en tirent le meilleur profit. Mais la meilleure utilisation de la drèche est, sans contredit, son emploi pour l'alimentation des vaches à lait. On savait, en effet, depuis longtemps que la vinasse avait une action spécifique sur la production du lait, et cette propriété a été nouvellement mise en lumière par les expériences, appuyées de chiffres, de Schmoger. L'abondance de la production du lait et le bel aspect des animaux de certaines exploitations montrent les résultats excellents que l'on peut obtenir par l'alimentation ralsonnée à la drèche. Il est naturellement difficile de donner une règle générale sur la quantité de vinasse qu'on peut fsiire prendre aux vaches laitières, mais Maercker peut avancer avec certitude que des vaches nourries à la dose de 40 à 5o litres de vinasse, avec le complément voulu de fourrage et d'aliments concentrés, ont un aspect plus satisfaisant que celles auxqueUes on fait absorber une quantité plus grande de drèche.
Les moutons sont moins indiqués pour être nourris avec de la drèche, car tous leurs organes sont disposés pour une alimentation avec des matières peu humides. Il arrive cependant souvent qu'on leur donne de 3 à 4 litres, et même jusqu'à 5 litres de vinasse par jour ; reste à savoir s'ils en tirent quelque profit. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une dose de 1 à 2 litres de vinasse agit d'une manière utile sur eux par son action diététique ; mais si l'on porte cette quantité à 4 ou 5 litres, on force l'animal à absorber une quantité d'eau hors de ses habitudes et qui peut difficilement lui être avantageuse.
Dans certaines distilleries agricoles importantes» on distribue
aus^i de la drèche aux chevaux et aux porcs , et il est difficile de dire si l'on a raison. Dans tous les cas, il ne faut pas en donner aux chevaux plus qu'il n'en faut pour obtenir cet effet diététique qui est utile. Il va sans dire que ce que nous avons dit plus haut pour les bœufs de labour est encore plus vrai pour les chevaux. Les porcs supportent plus facilement la vinasse, surtout quand elle provient de moûts de grains. Il faut éviter de faire prendre une trop forte quantité de drèche au jeune bétail et aux bêtes qui portent.
g, VALEUR DES DIVERSES DRÈCHES.
La concentration de la vinasse varie tellement, suivant la densité des moûts et la marche de la fermentation, que Ton ne peut d'emblée déterminer la valeur relative des différentes sortes de drèches, mais on peut cependant évaluer à peu près les matières nutritives que Ton peut retirer d'une unité de poids des matières premières ayant servi à préparer les moûts, y compris l'orge employée à la fabrication du malt.
Ainsi que nous l'exposerons plus loin, on peut obtenir des diverses matières premières les quantités suivantes de substances sèches (sécbées à l'air) :
too kilos de pommes de terre donnent lo kilos de drèche sèche; » seigle » 40 T» »
» maïs » 45 « »
100 parties de ces résidus séchés renferment :
Résidus séchés à Tair des drèches de :
Pommes de terre Seigle Maïs
Humidité 12.0 12.0 12.0
Matières azotées 24.9 297 24.6
Corps gras 2.9 5.7 14.7
Matières extractivcs non azotées. 39.2 36.5 30.6
Cellulose 9.9 11.4 «4-5
Matières minérales 1 1 . i 4-7 . 3*^
Laissant de côté les substances ne servant pas à l'alimentation, nous aurons donc les quantités suivantes de matières nutritives dans 100 kgr. de matières premières :
Pommes de terre Seigle Maïs
Matières azotées 2.49 1 1 .88 1 1 .07
Corps gras 0.29 2.28 6.62
Matières extractives non azotées. 3.93 14.60 13.77
Si donc nous assignons aux matières azotées et aux corps gras une valeur de 5o centimes par kgr., et aux matières extractives non azotées une valeur de 20 c. par kgr., nous trouverons les chiffres suivants pour la valeur des matières premières qui nous occupent :
Par 100 kilos:
Pommes de terre Seigle Maïs
Fr. 2,17 Fr. 10 Fr. 11,55
On admet généralement que 3oo kilos de pommes de terre équivalente 100 kgr. de maïs ou de seigle pour la préparation des moûts; mais si l'on compare les substances nutritives que renferment 100 kgr. de maïs ou de seigle à celles contenues dans 3oo kgr. de pommes de terre, on voit que les 100 kgr. de grains contiennent en plus :
Seigle Maït
Matières azotées 441 3.60
Corps gras i .41 5.75
Matières extractives non azotées. . a. 84 a. 01
On voit donc que la drèche de 100 kgr. de maïs ou de seigle n'est pas équivalente à celle de 3oo kgr. de pommes de terre , et qu'elle a une valeur beaucoup plus grande. Si nous prenons pour bases de calcul les prix que nous avons attribués plus haut aux matières nutritives, nous trouvons que ces vinasses auraient les valeurs relatives suivantes :
Valeur des DaècHES.
300 kgr. de pommes de terre. loo kgr. de seigle loo kgr. de ma».
Fr. 6,53 Fr. 10 Fr. 11,55
Les rapports de ces valeurs entre elles sont donc les suivants :
Ces chiffres peuvent servir à l'évaluation des matières premières qui fournissent à la drèche ses éléments nutritifs.
Une question qui se présente souvent est celle-ci : De combien peut-on diminuer la dose d*aliments concentrés, donnés comme complément à la vinasse, quand on remplace, dans la préparation du moût, 3oo kgr. de pommes de terre par 100 kgr. de seigle ou de maïs ?
Pour y répondre plus facilement, nous allons prendre un exemple:
Supposons qu'on ait employé 3ooo kilos de pommes de terre pour la préparation de 4000 litres de moût, et qu'à partir d'un certain moment on veuille les remplacer par 1000 kgr. de maïs ou de seigle. Combien va-t-on avoir en plus de matières nutritives ?
Voici quelle serait la quantité de substances nutritives contenues dans la drèche, dans les trois cas :
Pommes de terre Seigle Maïs
Matières azotées 74.7 kgr. 1 1 8.8 kgr. na7 kgr.
Corps gras 8.7 « 32.8 « 66.3 •
Matières extractives non azotées. 117.6 « 146.3 • 137*7 «
Les drèches de grains ont doncsen plus de celles de pommes de terre les quantités suivantes de matières nutritives :
Seigle. Mats,
kilos kilos
Matières azotées 44. 1 37
Corps gras 24. 1 57.5
Matières extractives non azotées.. 38.4 20.1
On gagnera donc cette quantité de matières nutritives, qui équivaut, par exemple» à 5o kilos de tourteaux de colza
et à 1 85 )» de seigle en fourrage et on pourra , par suite , économiser 235 kgr. d'aliments concentrés, composés d'un mélange de tourteaux et de fourrage de seigle.
Il résulte de nombreuses expériences que plusieurs aliments possèdent des propriétés spécifiques que n'expliquent nullement leurs propriétés chimiques ; c'est ainsi que les tourteaux de palme et les germes de malt ont une action spéciale sur la production du lait, action qu'exercent aussi les vinasses de pommes de terre et que la drèche de maïs partage encore à un plus haut degré. Voici le résultat des essais comparatifs exécutés par Schmoger , de Proskau (Zeitschrift fur Spirit. Ind année i883, p. 450).
Il avait remplacé une ration de 40 litres de drèche de pommes de terre pure par jour et par tête de bétail, par une autre de 40 litres de drèche de pommes de terre et de maïs, mélangée dans la proportion de 2 à i| et avait supprimé le demi-kilogr de tourteaux de colza qu'il donnait auparavant. Cette dernière ration distribuée
53 vaches leur fit produire 42 1 , 5 kgr. de lait contenant 3,25 *^/o de graisse, au lieu de 392,9 litres de lait à 3,3o % ^^ graisse. On n'avait cependant pas donné, dans le dernier cas, plus de matières
protéiques que dans le premier ; il faut donc admettre que la ^nasse de maïs possède une influence sur la production du lait, et Ton doit tenir compte de cette influe nce quand il faut se décider entre des drèches de maïs ou de pommes de terre.
Un autre exemple de cette propriété de la drèche de maïs est le suivant, résultant des essais de Mr. fVeste, de Niemberg.
Pendant la première période d'essai, on avait donné aux vaches 5o litres de drèche de pommes de terre, plus 7,5 kgr. de betteraves fourragères et 2,5 kgr. d'aliments concentrés par jour et par tête ; dans la deuxième, on les avait nourries avec 5o litres de drèche de pommes de terre et de maïs mélangée, plus 7,5 kgr. de betteraves ; enfin, en dernier lieu, on leur avait donné uniquement 75 litres de vinasse de pommes de terre et de maïs.
On obtint ainsi les quantités de lait suivantes :
i" Vinasse de pomme de terre, better., alim. concentrés : 8.45 lit. p' tête et p' jour; 2* • et de maïs; 50 litres : 8.18 —
On avait donc obtenu par le troisième mode de nourriture, malgré l'absence d*aliments concentrés, une certaine augmentation dans la production du lait.
Nous pouvons retirer des exemples qui précèdent les conclusions suivantes relatives à lemploi de la drèche de maïs :
1® La jdrèche de maïs est spécialement favorable à la production du lait, de telle sorte qu'une certaine quantité de cette nourriture produit plus de lait que la ration de drèche de pommes de terre renfermant la même quantité d'éléments nutritifs.
2^ Lorsqu'on nourrit avec de la drèche de maïs, on peut supprimer les aliments concentrés qu'il faut nécessairement adjoindre à une alimentation à la drèche de pommes de terre, et l'on obtient malgré cela une plus grande quantité de lait ;
3^ L'alimentation à la drèche de maïs paraît être un préservatif contre les malandres. Il est dommage que des expériences analogues n'aient pas été faites sur la drèche de seigle.
Pour ce qui est des vinasses de mélasses, elles constituent, comme nous l'avons vu, un très mauvais aliment qui ne peut guère être recommandé. Leur véritable utilisation est dans leur transformation en engrais ou en , carbonate de potasse. Elles ont cependant une
certaine valeur nutritive, par suite de leur contenance en sucre (celui qui a échappé à la fermentation), en matières azotées provenant, soit du malt ayant servi à la préparation du levain, soit des amides transformés en albumine par l'action de la levure. Il serait d'ailleurs difficile de chiffrer cette valeur nutritive.
On peut cependant employer à Talimentation les vinasses de mélasses, malgré la forte proportion de sels qu'elles contiennent, à la condition de n'en donner qu'une petite quantité, mélangée avec de la drèche de pommes de terre» ou de maïs , et l'on n'a pas à craindre que cette nourriture soit préjudiciable à la santé des animaux. Maercker reconnaît toutefois que les exploitations dans lesquelles la proportion de mélasse atteint le i/3 des matières premières, sont incontestablement sujettes aux malandres des vinasses. La composition de la vinasse de mélasse a déjà été indiquée.
h. DILUTION DE LA DRÈCHB.
Dans quelques exploitations, on étend encore la vinasse avec de l'eau, mais c'est là méconnaître absolument la composition et les propriétés de celle-ci ; car la plupart des accidents ou des inconvénients que cette nourriture entraîne, proviennent déjà de la trop grande dilution de la drèche.
Ce que nous venons de dire n'est cependant absolu que pour de fortes rations de drèche, et il en est tout autrement quand il s'agit d'une petite quantité, donnée seulement comme complément de nourriture. C'est ainsi qu'il est parfaitement rationnel d'étendre la vinasse que l'on distribue aux vaches à lait, de la quantité d'eau qu'elles prennent comme boisson ; les résultats pratiques obtenus montrent même que ce procédé a une influence favorable sur la production du lait. Comme nous avons vu que la température de la vinasse exerce une action sur cette production, il ne faut naturellement diluer la vinasse avec de l'eau froide, que si elle est très chaude, ou bien Ton devrait réchauffer le mélange qui aurait été trop refroidi.