LA DRÈCHE EST-ELLE UN ALIMENT NUISIBLE A LA SANTÉ
Si Maercker traite cette question, ce n'est que parce que bien des gens se figurent que le lait produit par des animaux nourris avec de
la drèche est nuisible à la saaté et surtout impropre à la nourriture des enfants. Cette supposition, généralement répandue, n'est pas du tout justifiée, et les drèches provenant de moûts bien préparés et ayant subi une cuisson sous une certaine pression dans les appareils, ne sont pas plus nuisibles à la santé que les boissons fermen-
tées ne le sont elles-mêmes. Il faut naturellement faire la restriction que de la vinasse contenue dans des vases sales, coulant dans des conduites sales et refroidie à une température trop basse, peut produire du lait malsain.
On sait, en effet, que la vinasse à la température du sang est un milieu excellent pour le développement des divers organismes qui prennent naissance dans les résidus restés dans les vases et les conduites. Il est donc absolument nécessaire, quand on veut conserver ou transporter de la drèche, de veiller à ce que la propreté la plus minutieuse règne dans les réservoirs, les rigoles et les auges. Si Ton observe scrupuleusement cette propreté, qu'on récure avec soin conduites et réservoirs, en les désinfectant avec du sulfite acide de chaux, et qu'on distribue la drèche aussi chaude que possible, on n'a nullement à craindre que l'alimentation à la drèche ait des effets pernicieux.
On trouvera des exemples frappants des bons résulats que donne cette alimentation, quand on veille avec soin à la propreté des récipients, dans un article de 7. 5ri6f/^«^r(ZeitschriftfûrSpirit.Ind. 1881, page 162).
Pour empêcher le refroidissement des vinasses, on n'a qu'à installer, dans le réservoir, un retour de vapeur.
k, MALADIE DBS MALANDRES DES DRÈCHES.
Le docteur Eggeling définit dans la Zeitschrift fur Spir. Industrie, année 1882, page 1 14, les malandres des drèches de la manière suivante :
Cette maladie consiste en un échauffement de la peau , qui se produit aux extrémités inférieures des animaux nourris avec de la drèche et prend un caractère érysipélateux. Cet échauffement atteint, dans la plupart des cas, les tissus superficiels delà peau, et donne naissance à une exsudation qui enlève l'épiderme , et produit de petites gonfles aux endroits dépourvus de poils.
Le sérum qui en suinte, se dessèche et , combiné avec la saleté, forme cette croûte brune qu'on voit souvent aux pieds des vaches. Dans les cas les plus graves, la maladie n'atteint pas seulement la surface de la peau, mais toute son épaisseur, s'étend aussi en largeur, et donne naissance à des plis. Dans les endroits où la peau intérieure est tendue , en particulier aux pieds , les plis ne peuvent se former ; il s'en suit que des lambeaux de peau s'enflamment et meurent.
L'inflammation n'a pas alors seulement son siège dans la peau, mais elle gagne les sabots. Quand la maladie est très intense , la peau meurt aux extrémités et aux articulations, sans qu'il y ait ni exsudation, ni formation de croûte. Les animaux finissent quelquefois par avoir une paralysie du cœur et en meurent. On voit que l'inflammation a pénétré dans les articulations.
Pour ce qui est de la cause de la maladie , les opinions les plus divergentes ont été émises ; dans tous les cas« il est inexact que la saleté produise cette maladie , car on voit souvent des écuries qui sont moins bien tenues que celles des distilleries agricoles et où l'on n'a jamais des cas de malandres. On attribue aussi cette maladie à des parasites végétaux ou animaux. C'est ainsi que Zûm prétend que la drèche contient des animalcules , des bactéries , qui passent dans le tube digestif sans perdre leur vitalité et qui, tombant avec les excréments sur les pieds des animaux, donnent naissance à la maladie. Cette hypothèse ne doit pas non plus être exacte car, d'après ce que dit Eggeling , on voit des vaches recevoir pendant des semaines des éclaboussures d'excréments de vaches malades sans subir elles-mêmes les moindres atteintes de cette maladie. Il faut que la drèche ait été prise par lanimal pour lui donner les malandres. Mr. Rabe , de Hanovre , croit avoir trouvé la cause des malandres des vinasses dans la présence de mites, mais cette maladie n'éclate jamais dans des écuries où les animaux ne sont pas nourris à la drèche alors même que les mites y pullulent.
Il résulte d'une enquête faite par les soins du syndicat des distillateurs que les malandres des vinasses attaquent indistinctement toutes les races de bétail , sans distinction de sexe , aussi bien les bœufs que les vaches. Par contre , on a remarqué que les bêtes de somme y sont moins souvent sujettes , du moins tant qu'elles travaillent. C'est pourquoi l'on conseille de faire prendre du mouve-
ment aux animaux que l'on traite pour les malandres des drèches Cette maladie éclate surtout chez les animaux nourris avec de la drèche de pommes de terre ; cependant les pommes de terre crues la produisent aussi. On cite même un cas qui s'est produit chez des animaux nourris à la drèche de seigle. L'enquête n'a pas déterminé l'influence qu'a la température de la vinasse sur le développement de la maladie , elle n'a pas non plus pu établir celle que peut avoir la quantité de drèche distribuée. Les pommes de terre riches en amidon paraissent avoir une action toute spéciale sur le développement des malandres et l'on remarque, en effet, qu'elles sévissent avec le plus d'intensité dans les régions où sont cultivées les espèces de pommes de terre les plus riches en amidon. C'est ainsi que de toutes les variétés connues, c'est la pomme de terre « oignon de Saxe », qui est regardée comme une des plus riches en amidon, qui paraît aussi donner le plus naissance à cette maladie.
L'enquête n'a pas déterminé non plus avec sûreté si les appareils à distiller et, en particulier, si la séparation des mauvais goûts influe dans une mesure quelconque sur la maladie.
Eggeling remarque que les malandres des vinasses éclatent surtout chez les animaux au début de leur alimentation avec les drèches et avec d'autant plus de force, qu'on leur en distribue de plus grandes quantités et que la drèche est plus concentrée. Le même observateur explique le fait que les bêtes de somme sont moins sujettes aux malandres, en disant qu'on leur donne plus d'aliments concentrés qui restreignent d'une manière incontestable l'extension de cette maladie et, dans certains cas. en empêchent complètement le développement. Mieux la vinasse est conservée et plus on 'la dis tribue chaude , moins on a à craindre de voir éclater cette maladie ; mais le meilleur moyen de la prévenir est de distiller du maïs avec les pommes de terre et de donner aux animaux une ration suflisanté de bon foin. D'après Rimpau, l'addition de maïs n'est pas toujours suivie de succès.
Calcar a fait sur ce sujet des observations très intéressantes et très complètes. Il attribue cette maladie à une substance se trouvant dans les jus mal fermentes. Il ne faut pas comprendre par là que c'est au sucre restant dans le vin qu'il attribue cette influence , mais à ce que ce vin a été distillé avant que la fermentation ait cessé. Calcar a pu produire les malandres avec de la vinasse pro-
venant de vins de seigle non complètement fermentes, tandis que, en général, la vinasse de seigle ne donne pas naissance à cette maladie. Il croit que si l'on a remarqué que certaines variétés de pommes de terre, généralement les plus riches en amidon, produisaient les malandres, ces observations correspondaient aussi à des fermentations incomplètes.
Les fermentations complètes paraissent donc être un préservatif contre cette maladie.
Une autre observation de Calcar» aussi intéressante que la première, est la suivante : C'est que la matière qui, selon lui, produit les malandres des vinasses, exerce une action particulièrement pernicieuse quand les moûts ont été distillés rapidement à une faible pression, c'est-à-dire à une température peu élevée. La construction des appareils à distiller et les dispositions adoptées pour l'écoulement de la vinasse auraient donc, d'après cet observateur, une grande influence.
On veut quelquefois rendre responsables de la maladie l'huile de fîisel, lès acides, la solanine des pommes de terre ou les sels contenus dans la vinasse , mais ces suppositions n'ont pas le moindre fondement.
On emploie plusieurs moyens préventifs contre les malandres des drèches , le plus souvent sans grand succès ; on peut cependant dire qu'elles sévissent moins souvent et avec moins d'intensité chez les animaux auxquels on donne, comme complément de l'alimentation à la drèche, une quantité suffisante de bon foin de prairie.
On ne sait pas non plus quelles sont les causes qui font que la drèche de maïs, employée seule ou avec celle de pommes de terre, semble être un préservatif contre les malandres , agissant avec efGcacité même dans les cas les plus aigus et lorsque elle n'est mélangée avec la vinasse de pommes de terre que dans la proportion d'un tiers. On peut attribuer cette propriété du maïs à la grande quantité de corps gras qu'il contient, mais il n'y a aucune raison pour cela , et l'on pourrait tout aussi bien croire que ce sont les matières protéiques ou tout autre élément du maïs qui préservent de la maladie. On ne peut d'ailleurs pas dire d'une manière absolue que les malandres des vinasses ne sévissent jamais chez les animaux nourris avec de la drèche de maïs mélangée à celle de pommes de
terre, car M'. fV. Rimpau a pu constater le contraire dans ses propres écuries.
On a recommandé plusieurs fois Iq phosphate de chaux comme un préservatif contre les malandres des vinasses, mais on n*a guère de preuves de son efficacité. Il en est de même de divers désinfectants, tels que le borax, lacide borique, l'acide salycilique, etc.
Composition de quelques rations de vinasses de pommes de terre
pour 500 kilos de viande sur pied.
Pour les ham/s à l'engrais.
I® Ration de DRècHE faible.
B«8e de l'alimentation:
4 kgr. de paille et de balles.
2 » de foin.
40 litres de vinasse.
Complément:
Pour les vaches à lait, a) 3 kgr. son.
3/4 » tourteaux, tourteaux, maïs concassé.
kgr. de son.
* de tourteaux, de tourteaux, de maïs concassé, de tourteaux, d'orge.
• orge.
1 1/3 » tourteaux ou haricots con-
cassés.
Pour les bœufs à l'engrais,
a) 3 kgr. son.
3 » tourteaux.
b) 21/3 » tourteaux.
2 1/3 «* maïs concassé.
0 3 » orge.
3 n tourteaux.
3® Ration de drèche plus forte.
Base de Talimentation :
4 kgr. de paille et de balles.
3 » de foin.
60 litres de vinasse.
Complément :
Pour les vaches à lait.
^) 3 kfi»r* de son.
^) I 1/3 1) de maïs concassé.
I 1/3 A de tourteaux.
c) 2 » d'orge concassée.
I » de tourteaux.
3® Ration de drèche maxima.
Base de l'alimentation :
4 kgr. de paille et de balles.
3 » de foin.
80 litres de vinasse.
Complément :
Pour les vaches à lait,
a) 2 kgr. d'orge concassée.
1/3 » de tourteaux.
b) 11/3 M de mais concassé.
1/3 » de tourteaux.
c) 2 » de son de froment.
3/4 » d'orge concassée.
d) 2 » de son de froment.
3/4 » de maïs concassé.
^) I 1/2 y^ de maïs concassé.
1/2 » de haricots concassés.
Pour les bceu/s à Vengrais,
a) I 1/2 kgr. de son.
I 1/2 » de tourteaux.
b) I 1/2 > de maïs concasse.
I 1/2 » de tourteaux.
^) 3 » de tourteaux.
Les rations que nous venons d'indiquer sont celles qui produisent le plus d'effet , mais comme elles reviennent souvent un peu
cher, on est obligé de se contenter d'une nourriture un peu moins intensive.
IV. MOYENS P'OUR OBTENIR A L'ÉTAT SOLIDE LES ÉLÉMENTS NUTRITIFS DES VINASSES ; PROCÉDÉS DE SÉCHAGE.
Depuis quelque temps l'attention des distillateurs et des constructeurs a été attirée sur la possibilité de sécher les drèches afin d'en obtenir un aliment pouvant être conservé et transporté sans difficulté ; aussi, devons-nous essayer d'examiner dans quelles conditions le séchage des vinasses peut être avantageux.
Bien des personnes se figurent que la transformation de la drècbe en un aliment sec est toujours avantageuse ; mais l'auteur s'élève dès l'abord contre cette allégation. Il est clair, en effet, que Ton n'a intérêt à diminuer la proportion d'eau contenue dans la vinasse que, lorsqu'en la distribuant aux animaux, on les force à absorber une quantité d'eau anormale, ce qui n'arrive que lorsqu'on leur donne de très fortes rations de vinasse. On peut compter qu'une pièce de gros bétail pesant environ 5oo kgr. absorbe de 25 à 3okgr. d'eau, et même davantage quand la température est plus élevée, par suite de l'augmentation de la transpiration. Si donc on donne aux animaux 3o à 35 litres de vinasse, on ne les force en aucune façon à prendre une quantité d'eau anormale et il est parfaitement inutile d'enlever à la vinasse une certaine proportion d'eau qu'il faudrait restituer aux animaux sous forme de boisson. Nous poupons donc dire avec sûreté que le séchage des drèches n'est pas d'un grand intérêt pour les distilleries agricoles dans lesquelles on n'en distibue aux animaux qu'une quantité modérée.
Il ne nous reste donc à examiner que le cas où les rations de drèche sont très fortes et où l'on force, par suite , les animaux à absorber des quantités d'eau anormales. On sait que ce n'est pas là le moyen de bien utiliser les matières nutritives, sauf toutefois quand il s'agit de production de lait. Il semble, en effet, d'après toutes les expériences qui ont été faites que la vinasse, autant à la vérité par \dL forte proportion d^eau quelle contient que par sa haute température^ a la propriété toute particulière d'exercer une influence favorable
sur la production du lait. Si donc on voulait sécher de la vinasse destinée à nourrir des vaches laitières, on ferait non-seulement une opération inutile, mais on diminuerait encore la production de lait. Maercker croit même que lorsqu'on vise à la production du lait on peut distribuer aux animaux une dose très élevée de vinasse chaude contenant plus d'eau qu*ils n'en prendraient comme boisson, et que Ton provoque ainsi la sécrétion du lait. On peut donc douter, quoique les limites dans lesquelles on peut distribuer la vinasse chaude aux vaches laitières n'aient pas encore été déterminées exactement, que le séchage de la vinasse présente un réel intérêt à ce point de vue.
Tout autre est la question lorsqu'on emploie la drèche à d'autres usages.
Quand on est obligé de faire de la drèche la base de l'alimentation de bêtes à Tengrais, il n'est pas rationnel de leur faire prendre une quantité d'eau plus grande qu'il n'est nécessaire. Ce que nous disons ici est encore peut-être plus vrai pour les bêtes de labour dont on diminue les forces en introduisant trop d'eau dans leur nourriture et, par suite, dans leur sang.
Maercker a démontré , dans un des articles qu'il a publiés à ce sujet {Zeitschrifl fur SpiriL Ind.^ i883, p. 472), que l'excès d'eau que l'on fait prendre à un animal en lui donnant, par exemple, 80 litres de vinasse, nécessite la combustion de 2,75 kilos d'hydrates de carbone , sans aucun profit pour l'animal. On peut donc dire que la ration maxima de drèche, à l'état liquide, est celle qui correspond à la quantité d'eau nécessaire aux besoins de l'animal, et que le surplus doit lui être fourni à l'état solide. Ce ne sont donc, en général, que dans les distilleries agricoles qui distribuent de grandes quantités de drèche au bétail que l'on a intérêt à la sécher, tandis que cette opération n'offre aucun avantage aux exploitations dans lesquelles on ne donne que de faibles rations de drèche : en admettant , bien entendu ,. que ces distilleries consomment elles-mêmes leurs drèches.
L'intérêt que peut offrir la transformation de la vinasse liquide en un aliment facile à conserver et à transporter doit aussi être considéré à un autre point de vue. Il est clair que lorsque le séchage peut se faire à peu de frais, il a l'avantage de produire une matière sèche marchande, ce qui peut permettre de forcer la fabrication sans augmenter d'une quantité correspondante le nombre des animaux.
condition qu'il est souvent difficile de réaliser par suite du manque de capitaux, d'espace , etc.
Les aliments concentrés obtenus par la dessication des diverses vinasses possèdent, sans contredit, une grande valeur nutritive. Nous avons déjà vu (page 480) que Ton pouvait obtenir de 100 kgr. de matières premières, en tenant compte de l'orge employée, les quantités suivantes de résidus secs (sécbés à l'air):
Pommes de terre 10 kgr. de résidu sec.
Seigle 40 » »
Maïs. 45 » »
La composition de ces diverses drèches sèches n'est naturellement pas la même, ainsi que le montre le tableau suivant, déjà produit à la page 480 :
RÉSIDU SEC (séchée à Tair).
Drèche Driche Driche
d« pommes déterre de seigle de maïs
Humidité 12,00 ^'o 1^,0% 12,07,
Matières azotées 24,90 » 39,7 » 34,6 »
Corps gras 3,90 » 5,7 d 14,7 »
Matières extracttves non azotées 59, ao » 36>5 *" }o,6 »
Cellulose 9,90 » ii>4 » I4*3 "
Matières minérales 11,10 » 4,7 » 3,6 »
•m^^m^^m^,^^^ t„^,^^m^^m^mmm a.a^^i^^^^.M
La drèche de pommes de terre séchée se rapproche des germes de malt par sa composition et particulièrement par la quantité d'amides qu'elle contient ; celle de seigle séchée renferme un peu plus d'albumine que les tourteaux de colza et un peu moins de matières grasses, mais peut, en somme, leur être comparée. La drèche de maïs séchée se distingue par la forte proportion de corps gras qu'elle contient et qu'on ne pourrait retrouver que dans les tourteaux de palme ou dans la farine des graines de coton ; elle renferme, par contre, moins de matières protéiques que cette dernière (24,6 % au lieu de 42 ^/o).
La valeur des diverses drèches séchées peut être fixée de la manière suivante :
Drèche de pommes de terre séchée Fr. 1 2,40 ^!^ kgr.
Drèche de seigle séchée Fr. 16,35 •', »
Drèche de mais séchée Fr. 17,50 % »•
Ces prix peuvent servir de bases pour la comparaison des drèches
séchées avec les tourteaux de colza et les aliments analogues, mais non pas avec la farine des graines de coton qui est, pour diverses raisons, un aliment meilleur marché.
Il a enfin été indiqué dans la Zeiîschrift fur Spiritus Ind.^ année i883, page 190, dans quelles conditions le séchage des vinasses pouvait être avantageux, et l'on a prouvé que si l'on peut espérer un bénéfice notable de cette opération pour le maïs et les pommes de terre, même lorsque ces matières premières sont à un prix élevé, elle n'est avantageuse pour le seigle que lorsqu'il est à bon marché , en admettant que les frais de fabrication, l'intérêt et l'amortissement soient les mêmes.
Bien des appareils à sécher les drèches ont été inventés et répandus pendant ces dernières années ; ils peuvent se diviser en deux catégories:
1® Ceux qui permettent d'obtenir tous les éléments de la vinasse ;
2° Ceux qui ne permettent de recueillir que les parties insolubles delà vinasse, au moyen d'une filtration ou d'une décantation. Comme la vinasse contient plus d'éléments solubles que d'insolubles (voira ce sujet l'analyse de M. E. Schultzeetde Maercker, page 454), il est clair que les procédés qui se rangent dans la deuxième catégorie laissent perdre une certaine quantité des éléments nutritifs ; toutefois , ceux qui ont la plus grande valeur, à savoir les matières azotées, sont insolubles en majeure partie* (60 à 65 ^/oj et peuvent être obtenus par filtration. On doit cependant, en général, recommander les procédés basés sur la vaporisation qui exclut toute perte et permet, par suite, l'utilisation complète de tous les éléments de la drèche.
Les vinasses provenant de colonnes à distiller chauffées à l'aide de serpentins et non à l'aide de vapeur directe, sont naturellement plus concentrées et, par suite, plus propres à être transformées en substances sèches.
L'appareil à évaporer de Gontard (voir son dessin et sa description à la page 28] est très qualifié pour évaporer les vinasses jusqu'à un certain degré de concentration et est employé avec succès dans ce but dans les distilleries de mélasse. On peut également s'en servir pour obtenir une première concentration des drèches de pommes de terre ou de grains, et l'on achève ensuite l'opération par pression ou
à Taide d'une dessication complémentaire comme cela se pi'adque dans le procédé de Theisen. L'appareil de Gontard , qui est simple et bon marché, se recommande par la facilité qu'il offre pour obtenir une première concentration. La dessication est ensuite achevée à l'aide des disques évaporateurs de Theisen.
Le procédé de séchage le plus perfectionné et le plus répandu jusqu'à présent est celui de ^f^ Ed, Theisen àt Leipzig-Lindenau, et Maercker sait que l'on n'a eu qu'à s'en louer, entr'autres à la distillerie de Schiedam (Hollande], chez M. E. Kederlen, de Delfshaven, et chez M. P. Porion,deWardrecques.
Le procédé Theisen consiste en trois opérations successives: d'abord une première concentration par évaporation qui réduit la vinasse à 80 ®/o d'eau, puis on l'amène à 60 7o P&f pression, et l'on achève ensuite la dessication dans un appareil spécial.
La première concentration se fait dans un appareil à évaporation en cuivre chauffé par les gaz des foyers. La vinasse y arrive directement de la colonne à distiller. L'appareil de Theisen qui est très puissant permet d'évaporer 20 kgr. d'eau par kgr. de charbon, alors que dans une chaudière simple on n'en évapore que 8 kgr. Au sortir de l'appareil à évaporer, la drèche ne contient plus que 80 ®/o d'eau ; on diminue ensuite cette proportion d'humidité par la pression et l'on arrive à la réduire ainsi à 60 ^/q. L'eau qui s'échappe des presses est ramenée dans l'appareil à évaporer, tandis que la masse pâteuse, après avoir été remuée et, quelquefois aussi, mélangée avec de la farine sèche, passe dans la machine à sécher proprement dite. Celle-ci avait été construite par Theisen pour sécher les résidus de brasserie. La dessication s'y fait, non à l'aide de la chaleur directe , mais par de la vapeur à 3 ou 4 atmosphères , aûn d'éviter de brûler la masse qui se sèche. On place jusqu'à 4 de ces appareils au-dessus les uns des autres.
L'appareil à sécher affecte la forme cylindrique, fig. 247. Le fond concave qui constitue la surface desséchante est ondulé et les gorges sont relativement assez profondes. Dans ces gorges se meuvent des palettes qui soulèvent constamment la matière séchée , de façon à l'aérer. En même temps , les résidus cheminent dans l'appareil et sortent d'une façon continue à l'extrémité de l'appareil opposée à l'entrée.
La disposition générale del'appareU de Theisen est donnée par la ig. 248 dans laquelle on trouve :
h.' L'évaporateur préparatoire qui fonctionne comme un triple
etfct; 1 représente le condenseur , 11 la caisse intermédiaire, 111 la caisse directement chauffée par les gaz chauds, à l'entrée de la drèche naturelle, b le flotteur réglant le niveau de la drèche dans la