‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 12 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Caractères delà fiëyre jaune; changemens que cette maladie peut éprouver.

La description de la fièvre jaunei qu'on vient de lire^ comme je lavais annoncée^ n appartient dans ses détails^ qu à répidëmîe qui ravagea Pliiladelphieen i ygS; mais, dans son ensemble, elle appartient à toutes les autres épidémies de cette maladie ; elle renferme les caractères essentiels qui l'ont signalée partout où elle s est montrée : i^. type rémittent; 2^. marche rapide et violente; S"*, troiâ périodes distinctes : la première , marquée par tous les symptômes propres à réréthisme ; la seconde , par ceux qui annoncent Tataxie, et la troisième^ par les prodromes d'une mort presque certaine ; l^. symptômes pouvant varier à Tinfini y tous ^ excepté deux qui surviennent constamment, soit dans la pre* mière , soit dans les dernières périodes ; savoir , la teinte jaune de la peau et le vomissement noir.

Je dis que ces caractères sont essentiels à la fièvre jaune; mais ce n'est qu'autant qu'on en fait rapplication à une épidémie , car ils peu-

mèdes ni par les alimens , on pouvait espérer une heureuse issue de la maladie.

La convalescence longue et quelquefois pé* nible demandait tous les soins 6t toutes les précautions d un bon régime. Les désirs vénériens étaient très-grands chez les deux sexes pendant la convalescence ; j avais fait la même remarque, à Saint-Domingue , che^ ceux qui relevaient de fièvre maligne.

ou , pour mieux m'exprimer , que les trois périodes ont été tellement rapprochées , tellement confondues , qu on n'a pu les distinguer.

Il est bien quelques auteurs qui n'ont voulu admettre que deux périodes ; mais leur description ne laisse pas que d'être la même que celle que j'ai donnée ; seulement ils réunissent à la seconde période la troisième ^ qui , en efFet , n'en est que le maximum ^ comme je l'ai déjà observé.

Enfin, la couleur ictérique et le vomissement noir ne sont pas des symptômes tellement constans qu'on ne les voie manquer chez quelques malades : je l'ai déjà dit eu parlant des diverses dénominations de la maladie ^ et je le répète encore pour qu'on ne l'oublie pas , et qu'on ne soit pas tenté j dans certains cas , de nier l'existence de la fièvre jaune , parce qu'il y aura absence de l'un des deux j ou même de tous les deux à la fois ^ ce qui cependant est extrêmement rare.

Quant à la variation des autres symptômes , elle est extrême , je l'ai déjà dit ; et, pour s'en convaincre , on n'a qu'à lire quelques histoires particulières de la mals^dle. II faut cependant convenir qu'il en est plusieurs qui se présentent presque constamment dans son cours, ou qui du moins peuvent, danscer-

tains cas > servir à son diagnostic , à son |)ro- . nostic, par suite à son traitement, et qui méritent dès lors une étude spéciale. Ces'symptômes sont : une violente douleur frontale , le hoquet > les gangrènes partielles, les pétéchies, les bubons et les anthrax.

La douleur frontale a été remarquée , je crois , par tous les auteurs ; elle lui est commune avec toutes les maladies dites putridesmalignes , et par cela même doit être notée.

Elle est un des symptômes les plus constans de Ja fièvre jaune , et se trouve toujours en raison directe du danger que.cette maladie entraîne après elle.

Le hoquet, que je n'ai pas observé très-fréquemment , a fixé l'attention de presque tous les autres médecins : il semble cependant avoir été plus particulier à l'épidémie qui ravagea l'Andalousie en 1800, et àcellequi ravagea Livourne en 1804. Berthe et Palloni le désignent comme étant toujours de très-mauvais augure , et s'accordent ainsi avec les médecins qui l'ont observé dans l'ancien continent.

J'ai eu occasion de voir à Philadelphie un

' assez grand «nombre de gangrènes partielles.

Les plaies des vésicatoires , ainsi que celles qui

survenaient dans toutes les autres parlieà du

corps , et elles étaient nombreuses, car les ma-

lad^ atteints de la fièvre jaune se blessent £a* cilement par suite de leur position dans le lit ; les plaies, dis-je, se recouvraient souvent d'es* cares gangreneuses. Ce symptôme n*ctait pas toujours mortel : si le malade pouvait supporter la séparadon , soit naturelle , soit artificielle 9 de la partie qui se trouvait en cet ëtat , on parvenait assez souvent à le sauver. Les gangrènes partielles se sont présentées à lobservation de presque tous les autres praticiens, et se sont présentées de la même manière ; mais elles semblent n'avoir jamais été aussi fréquentes que dans , Thôpital Bush - Hill , en 1795.

J ai vu rarement des pétéchies ; mais à Saint- Domingue , à plusieurs époques, ainsi qu^en Kspagne , elles se sont présentées assez fréquemment. M. Bally dit que, si elles conservent la couleur rose, elles sont d'un bon augure; qu elles sont au contraire un mauvais signe si elles passent du rose au violet, et surtout au noir; que, SI des placards violets ou brunâtres s'étendent largement sur la peau , la mort approche (a). .. Soit dans ma pratique à Saint-Domingue, soit dans ma pratique à Philadelphie , je n ai

(a) Bally, p. 284.

VU qu'une seule parotide^ et je n'ai jamais ren» contré d anthrax. Pouppé Desportes ^ qui prati* qua à Saint-Domingue vers le milieu du siècle dernier^ parle cependant de ces deux symptômes comme s'ils s'étaient fréquemment présentés à son observation ; il regardait les anthrax comme crises ordinaires pendant les saisons sèches , et les parotides comme symptôme avant le septième jour , et comme crise après cette époque* Savarésy et Gilbert notent les uns et les autres comme assez fréquens^ mais comme n'étant jamais bons signes , ou ne Tétant que rarement. Je ne sache pas qi|e dans les États-Unis ils se soient montrés plus qu'in* dividuellement et de loin en loin. Dans l'Espagne et à Livourne , ils ont toujours été trèsrares ^ et l'on pomrait les regarder comme étant plus propres au climat des Antilles, si d ailleurs , le plus grand nombre des médecins qui , comme moi , ont pratiqué dans ces Hes , n'assuraient ne les avoir vus jamais ou presque jamais. En résultat , nous n'avons pas des* connaissances certaines sur la valeur de ces symp^ tomes; mais puisqu^on les a vus servir- dt»

terminaison à la fièvre jaune , le praticien doit les observer avec beaucoup d'attention, et, comme dans une foule d autres cas , se guider d'après les circonstances environnantes.

Il est encore un symptômeque l'on peut joindre aux précédens } c'est Texcrétion des urines noires ; elle survient très-souyent dans la fièvre jaune, et indique toujours un grand danger.

Pouppé Desportes affirme n'avoir jamais vu guérir un malade chez lequel ce symptôme concourait avec le vomissement noir.

- Je crois entièrement inutile de parler de la rougeur de la face, du brillant des yeux, de la sécheresse de la bouche , de la fréquence du pouls , de l'agitation générale , de l'insomnie , etc. Tous ces symptômes se présentent dans la fièvre jaune, et s'y présentent constamment ; mais ils le font aussi dans presque toutes les autres maladies; et, rentrant ainsi dansles règles de la thérapeutique générale , ils ne méritent pas qu^on s y arrête, quand on étudie le ca-^ ractère particulier d'une maladie. Ils ne mé-* ritent pas non plus qu'on s'y arrête, ces quelques symptômes qui, pour survenir un peu moins rarement dans la fièvre jaune que dans les autres affections, n'en sont pas moins des symptômes rares, et dès lors n'appartiennent plus à lart. Ainsi, que M. Dalmas (a) ait vu deux malades qui exhalaient une vapeur si dense.

(à) Recherches historiques et médicales sur la ^ki^re jaune^ Dalmas, p.' 122*

que leur corps, aune légère dîstance/semblait être revêtu d'une couleur noire; que quelques auteurs aient observé Thydrophobie; que d'autres aient remarqué la transsudation du sang par toutes les ouvertures naturelles , même par les pores de la peau , de quelle utilité cela peut-il être pour faire connaître la nature , ou aider au traitement de la maladie ? d'aucune absolument. Les auteurs qui ont observé de pareils symptômes ont dû les noter sans contredit ; dans un traiité ex prof esso on doit les signaler aussi ; mais on doit les signaler comme de simples épiphénomèneSi ou tout au plus comme les signes de la violence de la maladie , et ceux d'une mort prochjiîhe , signes , du reste , toutà-falt inutiles, puisqu'ils n'ajoutent rien à CQ que l'on connaît déjà et a ce qui se manifeste constamment par tout ce qu'on a de plù$ certain à ce sujet.

En définitive , la fièvre jaune offre des symptômes extraordinaires, mais c'est ce qui arrive dans toutes les maladies extrêmement aiguës.

Elle offre ensuite des symptômes communs à toutes les affections en général, parce qu'ils dépendent de la lésion de certaines fonctions toujours altérées aussitôt que la maladie est générale. Elle en offre enfin qui lui sont plus spéciaux, qui servent à la faire reconnaître et

premier mode est celui qu'elle adopte généralement , et ce n'est que sous l'action de circonstances particulières qu'elle adopte le second. Je ferai connaître dans le livre suivant quelles sont ces circonstances ; dans celui-ci je me borne à énoncer les faits. Quand la fièvre jaune s'est déclarée épidémiquement , elle a plus ou moins d'intensité, et cette intensité est extrêmement variable ; quelques citations vont le prouver. A Saint-Domingue, lorsque nous envoyâmes des armées pour reconquérir File, la fièvre jaune , qui n'y avait régné que sporadiquement depuis un grand nombre d'années , se déclara épidémiquement , et presque toutes nos troupes furent moissonnées par elle; les généraux furent ses premières' victimes. En jygS, à Philadelphie, elle enleva un peu au:

de^us de quatre, mille habitans , c'est-à-dire , en se rappelant que la population était alors d'environ cinquante mille âmes , que l'épidémie la diminua d'un douzième. Les trois années suivantes, la maladie fut presque sporadique, et ce ne fut qu'en 1797 ^"'^'l^ reprit sa fureur, et fut presque aussi terrible qu'en 1795. Depuis lors, elle s'est montrée très-souvent épidémique dans cette même ville, et quoique la population ait été plus que doublée, la mortalité" na jamais été à beaucoup près aussi grande. Dans

TAndalousie^ en 1800, la fièvre jaune enleva y dans certaines villes, jusqu'au quart de la population : elle y fut encore très-intense en i8o5 , tandis qu a Livourne, où elle régna Tannée suivante, elle ne fît mourir que sept cents habitans sur une population de soixante mille.

Je. ne pousserai pas plus loin le nombre de citations;* celles-là suffisent pour prouver la vérité de ce que j ai avancé. Je n'ai donné que le nombre des morts , parce que , si dans un hôpital on peut compter les malades, il est impossible de les compter dans une ville, et encore moins dans une province; et que d'ailleurs, de la comparaison du nombre des morts résulte nécessairement la comparaison du nombre des malades, en observant toutefois que, même proportions gardées, la fièvre jaune est d autant plus meurtrière quelle attaque une plus grande quantité d'individus à la fois, toutes choses étant égales d ailleurs; car, comme je Taidéjà annoncé , je ferai voir dans le livre des causes, que cette maladie, soit pour son intensité générale, soit pour son intensité individuelle, est soumise à Faction d'une foule de circonstances environnantes.

Des terminaisons.

Tous les médecins s'accordent à regarder la

fièvre jaune comme une des maladies qui se terminent généralement sans crises; cependant on remarque quelquefois, et même dans chaqueépidémie, que la maladie affecte les unes de préférence aux autres. Les épidémies de 1795 et 1797 me présentèrent des crises par diverses hémorragies , par la salivation , par les vomissemens , par les selles et les gangrènes partielles; celles par les hémorragies et par les selles furent les phis fréquentes. Je n'en vis aucune , du moins parfaite , par les urines ni par les sueurs; je nen vis pas davantage parla jaunisse , ni par les bubons, ni parles anthrax; mais Pouppé Desportes et Gilbert , qui pratiquaient à Saint-DomingUe , ont signalé toutes ces dernières , jusqu à la jaunisse , qu'ils ont donnée comme critique quand elle se montre après le septième jour ; cependant elles furent toutes très-rares. Berthe nous apprend que dans l'Andalousie les sueurs et les urines formèrent des crises heureuses , et même assez souvçnt. Palloni dit que les sueurs , les urines troubles et sédimenteuses , des déjections bilieuses abondantes , d'abord noirâtres , jaunes sur la fin , furent les voies que la' nature se ménagea pour opérer une crise favorable dans l'épidémie de Lîvourne. Ce médecin observa également un très*bon effet des sueurs qui se

r Andalousie ; en 1800, la fièvre jaune enleva y dans certaines villes, jusqu'au quart de la population : elle y fut encore très-intense en i8o5 , tandis qua Livourne, où elle régna Tannée sui- 'vante, elle ne fît mourir que sept cents habitans 'sur une population de soixante mille.

Je. ne pousserai phs plus loin le nombre de

'citations;* celles-là suffisent pour prouver la ' vérité de ce que j ai avancé. Je n'ai donné que - le nombre des morts , parce que , si dans ua hôpital on peut compter les malades , il estim- •^ possible de les compter dans une ville, et encore ^ moins dans une province; et que d'ailleurs, de ' la comparaison du nombre des morts résulte; nécessairement la comparaison du nombre des malades, en observant toutefois que, même ' proportions gardées, la fièvre jaune est d autant plus meurtrière qu elle attaque une plus, grande " quantité d'individus à la fois, toutes choses étant égales d'ailleurs; car, comme je l'ai déjà annoncé , je ferai voir dans le livre des causes, que cette maladie, soit pour son intensité générale, soit pour son intensité individuelle, est soumise à l'action d'une foule de circonstances environnantes.

Des terminaisons.

Tous les médecins s'accordent à regarder la

des détails qui De sont déjà que trop longs; je l puis cependant terminer ce chapitre sans paWr: de l'identité de la fièvre jaune , dans qoelqise pays^ sous quelque climat, en quelqae temp^ qu elle se soit montrée.

L'identité de la fièvre jaune , dans quel<pt lieu de T Amérique qu elle paraisse, n*est pa? i contestée depuis long-temps, et personne ik'I croit plus aujourd'hui le mal de Siam difiTereo:' du s^omissement noir , et celui-ci différent de la fièvre jaune ; mais quelques auteurs veulent admettre plusieurs espèces de cette même maladie , et je pense que c'est à tort. Savarésy (^/) en reconnaît deux; Tune, qu'il appelle typhus îctérique , qui a lieu par asthénie indirecte ; il la divise en deux variétés , et chacune de ces variétés en deux dégrés ; l'autre , qu'il appelle typhus américain ou occidental , qui a lieu par diathèse nerveuse, et qu'il ne subdivise pas. J ai vainement cherché , à travers ces espèces , ces variétés et ces degrés , à reconnaître une différence essentielle ; je n'ai pu voir qu'une maladie , qui , comme la pleurésie ou toute autre affection , varie selon lage , le sexe , la con*

(a) Savarést y de la fièvre jaune en génëral , et particuHërementde celle qui a régné à la Martinique en Taa XI et Tan XII ( i8o3-i8o4 )• p* 261 et suiv*

stitution ^ les habitudes de Tindivida , la violence des causes ou Faction des agens exté« rieurs, mais qui pour cela ne cesse jamais d être parfaitement la même. M. Bally (a) propose d admettre une espèce de Hèvre jaune qui est cûntagieuse, et une qui ne Test pas toujours. Comme Fauteur ne nous dit nullement à quoi il reconnaistrait ces deux espèces différentes ; comme d'ailleurs jesuis convaincu qu il n'existe pas de fièvre jaune contagieuse , je n'admettrai pas plus cette division que la précédente ; et celles de quelques auteurs anglais ne me paraissant pas mieux fondées , je persisterai à voir dans la fièvre jaune une maladie qui peut sans doute varier par soa intensité , mais qui est toujours fondamentalement la même , ,et ne forme qu'une seule espèce. C'est, du reste, l'opinion générale, et elle na pas été détruite par l'apparition de Ja maladie en Europe.

Lorsque l'Andalousie en fut ravagée en. tSoo, 'On douta d'abord que ce £iit la même que celle d'Amérique; maisi>ientôtBertbe,dan^ un parallèle qu'il fit de ces deux maladies , prouva que ce doute n'était pas fondé (b); M. Caizer^guesa

(a) Ballt, p. 5.

(b) Berthe. Prëcis historique de la maladie qui a régaé dans r Andalousie, en 1800.

5o renouvelé depuis peu ce parallèle, et a obtenu les mêmes résultats(A) ; aussi très-peu de médecins aujourd'hui ont-ils une opinion contraire. Cependant mon ami , M. Valentin, a cru pouvoir élever de nouveaux doutes. Je ne discuterai pas son opinion ; mais , comme son nom a droit d*en imposer y )e vais faire un rapport succinct de la description de cette épidémie , tiré de l'excellent tableau que nous en a donné Berthe , pour que le lecteur puisse lui-même , en comparant avec ce que j ai dit jusqu a présent, juger de la ressemblance.

Description de la Jievre jaune qui régna à

Cadiœ en i8oo.

La maladie se déclarait chez quelques individus, comme par explosion, au moment nciéme de l'infection ; tandis que chez d'autres , et c'é- • lait le plus grand nombre^ elle était précédée par des prodromes sensibles : c'était, comme ^dans presque toutes les maladies , lassitudesspontanées, diminution notable des forces, déâiut d appétit, quelquefois dégoût pour toutes sortes d'alimens qu pour quelques-uns seulement, et xpartiçulièremeut pour les substances animales; découragement, douleurs vagues, fatigue extrè-

(a) Caizebques. Mémoire sur la cootagion de la fiërre jaune.

5r me, pesanteur de la tête, vertiges plus ou moins fréqiieus. A ces symptômes généraux. s'en joignaient de plus particuliers à cette mâiadîe ; tels étaient le sentiment de malaise à 1 oriiice supérieur de l'estomac, le resserrement du ventre, un violent mal de téte,ou plus souvent encore une douleur fixée aux tempes et dansTintéricur des orbites ; la rougeur des paupières, qui s'étendait quelquefois sur toute Ja conjonctive , des inquiétudes générales dont le malade ne pouvait se rendre raison, une altération commençante de la physionomie.

En général , quand ces prodromes étaient légers, la maladie était, bénigne; lorsqu'ils se manifestaient en vingtrquatre o,u quarante-huit heures , la maladie était grave sans domte , mais le plus souvejit elle était exempte de danger^ et sa terniiniitson. presque toujours heureuse. Lorque, au contraire, elle se déclarait d'une manière brusque , lorsque l.es symptômes les plus graves se manifestfiient dès le comniencement de rin&ctLon , elle parvenait rapijdement à son apogée et elle était.qOjiiçtammeat mof t^lç..

A cette. période d'imminence succédait un nouvel .appareil de phénomènes. JD'abprd.les symptômes qui avîâeni para , 'augpi.ejqtaient d'iql^ensité, la. céphalalgie devenait plu^(viy^; la ptx>strati9n des (orce& était extrême, et durait

pendant toute la maladie ; le malaise éprouvé aux creux de Testomac se changeait en une douleur plus ou moins violente ; les nausées, jes éructations étaient remplacées parle vomissement de matières généralement bilieuses; quelqyefois il s'y joignait quelques frissons; une chaleur brûlante succédait ; le pouls devenait fort / plein et dur 9 les artères temporales i)attaien4: avec force ; la rougeur des paupières et des conjonctives, après avoir envahi toute la facep se changeait en une couleur plus ou moins jaune ; en général , les malades ne sup* portaient qu'avec peine l'impression de la lumière. Cet état durait deux, trois et même quatre jours; alors la maladie se décidait tn bien , et tous les symptômes diminuaient de gravité; ou elle tournait à mal, et tous les accidens augmentaient , ou même il s'y en joî* gnait de nouveaux.

L'haleine devenait fétide; la langue se recouvrait d'un enduit muqueux, elle paraissait noire quelquefois. La respiration était gênée et difficile ; les malades poussaient de profond soupirs; ils étaient sans cesse tourmentés par le vomis-, sèment. Les hypocondres, qui jusque-là avaient conservé leur état naturel , se tuméfiaient et devenaient douloureux ail tact ; des flatuosités se Élisaient entendre dans le ventre ; elles

étaient suivies de selles biKeiises^ clont les matières étaient semblables à celles rendues par le vomissement; elles répandaient une odeur abominable^ et iie faisaient pas toujours cesser les vomissemens.

Quand enfin ces accidens avaient acquis une certaine violence , la marche de la maladie augmentait de rapidité , et l'on voyait arriver les soubresauts des tendons, les môuvemens convulsifs, le hoquet et le vomissement noir; on voyait aussi survenir des hémorragies par le nez, la bouche, les gencives et l'urètre ; chez les femmes, par le vagin. La peau se recou*-* vrait de pét^hies; elle prenait une couleur jaune noirâtre et livide. Le pouls dé venait presque insensible. Le bas*ventre , encore météorisé, n'était plus douloureux ; les malades rendaient les selles sans s'en apercevoir , leurs forces étaient complètement supprimées; une sueur froide et gluante couvrait la surface dé leur corps; quelques-uns d'eux i^ndaient encore, par le vomissement, des matières de couleur de café , et entremêlées de filamens , mais ils les rejetaient sans efforts et sans violence; enfin, cette scène était plus ou moins promptement terminée par la mort. Ces phé-^ nomènes morbifîques, ces accidens dont on vient de voir l'énumération , ne se développe^

rent pas constamment dans le même ordre et avec celte espèce de régularité que l'on est obligé de mettre dans une description générale.

Cet exposé rapide des symptômes qui se présentèrent dans répidémie de l'Andalousie , suQira , )e pense , pour montrer qu elle fut la même que celle que j'ai décrite. Comme toutes les épidémies qui depuis ont ravagé la péninsule se sont constamment présentées avec le jmême coitége, je n'en dirai rien. Quant à celle qui se fit voira Livoui ne , en i8o4> voici, en se résumant , ce qu'en dit Falloni , témoin oculaire : « Quels que soient péanmoins le principe et la marche de la maladie , ses symptômes caiactt ristiques sont toujours^ des nausées à son début I des douleurs dans les membres , une douleur céphalalgique beaucoup plus forte vers le front et les tempes, un sentiment de gêne plus ou moins pénible dans la région épigas* trique et au foie , une couleur ictérique, un vomissement ( î^up la fin ) de matières semblables au m^rc du café , des hémorragies parla gorge et par les narines ^^ le hoquet et les convulsions (a), n

L'énumération et l'ordre de ce peu de sym^

(a) Observations médicales sur la fièvre régnante à livourne , par Palloni , traduites par Bevolat. P. 9,

ptômes ne peuvent laisser aucun doute sur la nature de la maladie ; pour les détails, je renvoie à Touvrage de cet auteur j ainsi qu'à toutes les autres monographies particulières : ce n'est, comme je l'ai déjà dit en commençant, qu'en les étudiant séparément, ef^uis les comparant entre elles, que l'on pourra se bien convaincre par soi-même de celte importante vérité , que la fièvre jaune est parfaitement la même maladie y dans quelque pays , sous quelque climat , en quelque temps qu'elle se montre. Sans doute elle présente des variations; mais ce n'est pas la soustraction de quelques symptômes , ou quelque interversion dans leur marche, qui rendent les maladies différentes entre elles -, il faut encore que les causes ne soient pas les mêmes , que la masse des indications soit différente , que le même traitement ne puisse convenir; et c'est ce qui n'a point lieu pour les épidémies de fièvre jaune, comme cela a été démontré depuis long-temps , et comme cela résultera encore mieux, je l'espère, par la suite de cet ouvrage. Avant d'attaquer ces divers sujets , je vais faire connaître les lésions qu'ont présentées les cadavres des individus mort?

de cette maladie; ils aideront aussi à nous faire arriver à des idées exactes sur ses divers caractères.

aMM*«M«»«M*VtMMa<MOTMMM*«M<>****<M«*«*MfMN

Page 1