‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 13 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

KéidUti finirêux obtenot par l'iospectû» des d«f iodifîdus morU de la fië?re jaime.

L'anatohie pathologique est derenoe de nos jours une branche tellement essentielle de la science médicale , que ce serait commettre one £iute très-grave , en faisant Tfaistoire d'une ma* ladie f que de ne pas s'occuper des lésions organiques que cette maladie laisse sur le cadavre des individus qui ont été ses victimes. Presque tous les médecins qui ont traité de la fièvre jaune paraissent bien avoir senti cette yérite; mais 6oit qu'ils n'eussent pas eu le temps né* cessaire à consacrer aux recherches qui sont indispensables pour cela , soit qu'ils eussent trouvé des obstacles trop grands à leurs désirs , toujours est il certain que plusieurs ne nous ont rien laissé à ce sujet, que la plups^rt n^ont donné que des résultats généraux. Cependant , comme ces résultats sont parfaitement conformes à ceux qu'ont obtenus les médecins qui ont porté sur ce sujet une grande attention; comme ces derniers médecins , quoiqu'en trèspetit nombre , ont appuyé leurs résultats gêné-

raux par des observations particulières et bien soignées , nous ayons droit de croire que l'inspection cadavérique n'a plusgrand'choseànous apprendre sur la maladie qui nous occupe. On pourra découvrir quelques nouveaux phénomènes accidentels , mais les lésions essentielles nons sont entièrement connues ; il ne reste qu'à les confirmer par de nouvelles observations , et surtout qu'à s'accorder sur les conséquences à en déduîi'e.

M. Bally^ qui parait s'être beaucoup occupé de ce sujet , et qui nous a donné de bonnes observations , convient avec Rush , que les phénomènes offerts par l'autopsie varient selon lescontrées, et^ dans la même contrée^ selon les épidémies ; il aurait pu ajouter encore , qu'ils varient dans la même épidémie selon l'intensité de la maladie , le mode de traitement , la constitution, fâge des individus, etc. Leur variabilité est si grande, que , soif que je consulte tous les divers auteurs qui en ont parlé , soit que je m'en rapporte à mes propres observations , je trouve qu'il n'en est aucun qui ne puisse s'offrir ; et si quelques organes paraissent être plus souvent et plus spécialement lésés , les autres ne laissent pas que de présenter des affections fréquentes et profondes , quelquefois même quand les premiers sont parfaitement

gains. C'est ce que Ton va voir dans lexposé des résultats généraux^ et ce qui sera prouvé par quelques histoires particulières.

Résultats généraux.

Les individus morts dans la première période de la maladie ^ m'offrirent souvent la peau teinte dun jaune plus ou moins foncé; elle était plus livide vers la partie supérieure du corps y comme dans la suite Palloni la également observé à Livourne. La graisse et les liqueurs séreuses contenues dans les grandes cavités, étaient également jaunes; j'ai vu cependant , et Rush avait fait la même observation, que chez certains sujets, cette couleur ne se manifeste que quelques heures après la mort.

Quand les malades ne moururent que dans les deux dernières périodes , leur cadavre me présenta la couleur d'un violet tirant sur le noir; des taches gangreneuses étaient répandues ça et là sur toute sa surface ; quelquefois les extrémités étaient sphacelées ; le ventre boursouflé , raide et tendu ; il s'échappait du sang par le nez , par la bouche et par le fondement {a). Souvent , après quelques heures, le

(a} On fut obligé de faire goudronner les bières pour que le sang ne se répandit pas dans les mes par ou passaient les tombereaux.

sujet répandait une odeur infecte , il était en complète putréfaction; souvent aussi la roideur s'emparait des membres ; quelquefois cependant 9 la chaleur se conservait long-temps et Ton ne remarquait que les phénomènes ordinaires de la mort.

L'ouverture du crâne m'offrit généralement les membranes de cette cavité dans leur état naturel ; le cerveau plus ferme et plus blanc qu'il ne l'est de coutume , la substance corticale décolorée^ la médullaire très-blanche, les ventricules quelquefois secs, quelquefois humectés d'une sérosité jaunâtre; Tartère calleuse et les plexus choroïdes tantôt pâles et décolorés , tantôt gorgés d'un sang noir; les sinus de la dure- mère étaient également , tantôt vides, tantôt gorgés d'un sang noir.

Sur les phénomènes extérieurs du cadavre , les auteurs s'accordent assez bien; mais sur les organes contenus dans le crâne, on trouve dans leurs écrits une foule de résultats différens et même contradictoires. Ainsi M5I. Pbysick et Cathrall assurent avoir observé généralement toutes les parties du cerveau dans leur étal naturel. M, BaUy dit aussi que le cerveau n'a ordinairement changé ni de volume , ni de consistance ; que quelquefois cependant son tissu est plus mollasse. Savarésy soutient que

cet organe est généralement affaissé , rédait à peu près aux cinq sixièmes de son volume , et souvent comprimé par, du sang extrayasé dans les sinus de la dure-mère , sans rupture des vaisseaux sanguins : ce médecin observe que , dans quelques parties^ sa substance est plus dure que dans Fétat ordinaire , et d^une couleur tendant au jaune ; que quelquefois elle est plus molle et plus blanche. M . Bancroft f au contraire^ a trouvé le volume de ce même viscère augmenté. M* Frost la vu enflammé dans toutes ses méninges*

L'on voit combien sont différens ces résultats. Examinons tour a tour les autres organes essentiels , et nous trouverons presque sur tous la même dissidence, entre les auteurs.

J'ai rencontré des poumons sains ; mais le plus souvent je les ai' vus flétris , couverts de taches noires , gorgés de sang de même couleur,

gangrenés^ et s'écrasant entre les doigts comme de la pulpe. Le médiastin et son tissu cellulaire m'ont présenté une teinte jaunâtre. Le pe'ricarde, humecté d'une petite quantité de sérosité jaune-clair^ couvrait un cœur flétri^ décoloré, et d une consistance très-molle ; l'oreillette gauche était vide et flétrie ; la droite, distendue et gorgée , renfermait tantôt du sang noir^ tan-

tôt des caillots de même couleur ; les ventri* tricules étaient vides.

MM. Physick et Cathrall ont trouvé tous/ les viscères de la poitrine par£iitement sains ; ils ont seulement remarqué que y dans le coeur, le sang était fluide et semblable à celui des «per* sonnes qui ont été pendues ou frappées par le tonnerre. M. Bally a observé sur les poumons à peu près les mêmes phénomènes qui s'étaient présentés à moi : ila va de plus de fréquentes adhérences avec la plèvre costale , opérées par une gélatine jaunâtre , et toute la plèvre parsemée de taches roogeàtres. Ce médecin dit eneore avoir presque toujours rencontré dans les ventricules , les oreillettes du cœar, quelquefois même jusque dans-Taorte, un caiUot considérable d un jaune transparent, comme une belle gelée de viande ou cwomib du bel ambre : outre cette substance, il y aVtfit babitaelkment dans le oceiu' çt les «gros vaisseaux des caillots noirs , grumelent , formés d'un sang qui paraissait carbonise. Savarésy dit : H Les ventricules du cœur sont pleins de sang ,' et le diamètre des vaisseaux qui en sor<tent plus agrandi ; les oreillettes , dilatées oh très^rétrécies , surtout la gauche , qui est quelquefois oblitérée ; les troncs des grosses veines dilatés , et les coronaires ^ot^^^ engorgées ;

Hume , après avoir dit qu'il a presque toujours trouvé Testomac et le duodénum enflammés, ajoute qu'il a vu des cadavres sur Festomac desquels il n'a pu découvrir la moindre trace d inflammation , quoique les individus, pendant leur maladie, eussent éprouvé des vomissemens très-violens. Je rapporterai deux &its qui me sont propres, et qui prouveront la mérité de cette assertion : dans les deux , dooseulement Festomac , mais encore le tube iotestinal , ont été libres de toute lésion.

J'ai trouvé le mésentère livide , ses vaisseaui et ses glandes d'un volume considérable, gorges de sang, ses feuillets écartés du côté de la colonne vertébrale , et formant une poche qui contenait du. sang noir extravasé, et quelquefois aussi une matière jaunâtre purulente.

Savarésy et M. Bally, qui parlent de cet organe, disent qu'il suit généralement le sort de Festomac et des intestins.

J'ai trouvé rarement des altérations dans la rate et le pancréas ; et le silence que les auteurs gardent généralement sur ces deux viscères, semble prouver un résultat analogue. Je dois remarquer cependant que j'ai vu la rate molk et presque réduite en une substance pulpeuse; ce qui s^'accorde très-bien avec les résultats qu*

obtenus M. Vafentin^ qui Ta trouvée quelquefois liyide et comme pcHirie.

Le foie , quelquefois dans son état naturel , m'a souvent présenté des engorgemens volu-« mineux dans toute ^a substance , et ^ dans cer-» tains cas , des dépôts d'une matière sànguino» tente. La vésicule du fiel , généralement vide , contenait quelquefois une petite quantité do bile dont la causticité n'était pas très-grande. J'ai trouvé aussi cet organe d'un volume énorme , et gorgé d'une bile épaisse^ de diverses couleurs*

Savarésy a vu que le foie était ordinairemei^t augmenté de volume et d'une couleur plus foncée que dans l'état naturel ; que ses vaisseaux sangiiicis^ plus dilatés^ contenaient un sang d'un rouge noir; que son parenchyme était altéré , plus mou et grumeleux. PaJfloni dit que la surÊice externe de l'estomac ^ des intestins et du foie, annonce , par sa couleur jaune livide f l'inflammation et la gangrène . qui avaient promptement aiecté ces viâcèpes« Ce médecin semble ainsi avoir observé lakératioii du foie aussi souvent que celle du tube intesti«< nal* M. Bally dit au contraire que ce viscère est asse» souvent dans son état naturel ; il dit en même temps que la vésicule du &él est soti«

vent remplie d'une bile épaisse , visqueuse >

ii*est que par ce moyen qu'on pourrait parvenir à distinguter lafifection primitive de raffectiou secondaire 7 et celle-ci de celle qui n'est que coïncidente ; mais que de difficultés pour remplir cet objet! En supposant même le médecin doué de ce talent d'observation y sans lequel la médecine ne peut exister^ et qui cependant est si rare^ en le supposant libre de toute idée préconçue , combien encore faudrait*il qu'il fût favorisé par les circonstances ! Un grand concours de ïiialades est indispensable y on le trouve surtout dans les hôpitaux ; mais presque toujours on y ignore tous les antécédens de la maladie, et presque jamais les ordonnances du médecin n^ sont bien exécutées. On peut aussi avoir de nombreux malades en ville; mais qui ne sait combien d'oppositions on trouve pour faire l'ouverture des cadavres. Ces oppositions sont insurmontables dans certains pays, et précisément dans ceux que désole la fièvre jaune. Les Américains^ les Anglais et les Espagnols conservent sur ce point un préjugé désolant pour le médecin. A Philadelphie, dans f hôpital même de Bush-Hill , j'ai rencontré des obstacles incroyables; et, si je les ai surmontés , c'est que le comité de santé croyait mes services indispensables. Tous les autres niédecitisde Philadelphie, réunis, ne firent pas,

je suis certain I plus de vingt autopsies cadavériques dans tout le cours de cette épidémie de> 1 795. Enfin ce n'est pas.da^s un sçul pays, dans une seule épidémie que le médecin doit observer la fîèvre jaune; il a besoin de la voir sous les divers climats , sur les divers peuples , et de^ Fy voir plusieurs fois. Sans cela il pourra faire une boim^ histoire sépairée ; mais il ne pourra comparer ses résultats qu'avec ceux des autres auteurs, et il perdra une foule de Tappor|;s. essentiels : c!est là ce qui lest arrivé et , ce qui sans doute arrivera encpre long-temps.

Enfin , l'état actuel de nos cponaisaances sur ce sujet peut -il amten^ k quelque vue utile pour établir la nature dpj^.mal^idie d'une manière exacte ? j'en doute. Il résulte bi^.n de tout ce que nous avons vu y 1^. que tous les viscères peuvent être lésés ; 2®. que l'estomac et les intestins le sont presque toujours; 5"*. que le foie l'est assez sbuvent. Maïs de là que conclure d'une manière positive? ce que chacun voudra. Les vitalistes, dans la variété des organes lésés^ et mieux encore dans l'absence de toute lésion, trouveront la preuve que la vie seule était malade primitivement. Les solidistes et les humo* ristes diront que beaucoup d'autopsies ont été mal faites, et que d ailleurs nous soiîimes loin de connaître encore la structure intime de

notre économie ; et les défenseurs de la méde* cine organique ne manqueront pas de crier que, si on n'a pas vu certaine lésion dans quelques cas y c'est qu'on n'a pas voulu les voir. Je laisse à chacun liberté entière de croire sur ce point ce que bon lui semblera; il peut nier certains résultats , il peut en torturer d'autres ; s'il veut même en inventer, il le peut. Pour moi, satisfit d'avoir exposé ce que je crois avoir vu , ce que les divers auteurs disent avoir observé, je finis en me gardant bien d'émettre une opinion avant de nouvelles et plus concluantes expe« rîences, bien convaincu que l'erreur sur ces matières ne peut qu'être funeste, tandis que le doute qui cherche la vérité ne peut même être dangereux.

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