‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 14 sur 22 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Première ohsers^ation.

Un homme, âgé de trente à trente-cioq ans^ de taille moyenne , d'un tempérament bilieux, entra à Thôpital Bush-*Hill , le 39 septembre 1 795 ; il ne put me dire depuis quel temps il était malade; j'appris seulement que le premier et le second jour de sa maladie , il avait avalé une dose de poudres drastriques , composées de calomel et de jalap.

La langue et les lèvres étaient sèdies , la respiration pénible et les extrémités froides. Il vomissait avec effort tout ce qu'il prenait; son ventre était douloureux et tellement contracté, que la paroi abdominale antérieure se rappro* cbait de la colonne vertébrale. Les matières rendues par les selles étaient noires , infectes et mêlées de sang ; les urines en petite quantité étaient* également infectes et noires. Le pouls était concentré; il y avait desmouveoiens con« vnlsi& dans les tendons.

Je fis appliquer les vésicatoires et mettre des briques chaudes aux extrémités ; j'essayai même de faire avaler quelques remèdes , mids le tout

7^ inutilement, le malade mourut dans la nuit du i*^', octobre ; le 2 , je fis l'ouverture.

Les membranes du cerveau étaient dans leur ëtat naturel ; les sinus de la dure-mère contenaient une petite quantité de sang noir ; le cerveau était ferme ; la substance cprticale, moins dure qu'elle n'aurait dû l'être, la médullaire plus blanche ; l'artère calleuse et le plexus choroïde, décolorés et presque blancs ; les ven'* tricules ne contenaient pres<pie point de sérosité.

Les poumons étaient dans l'état naturel ; il y avait très-*peu de sérosité dans le péricarde ; le cœur flétri, ridé, pâle, ne contenait ab« solument rien ; il était d'une consistance mollasse.

L'estomac, un peu resserré sur lui-même »

présentait une épaisseur double de ce qu'elle est dans l'état naturel; sa meo^brane interne, en partie détruite, laissait encore des lambeaux rouges et enflammés; le duodénum et presque tout le canal intestinal étaient dans le même état; lamemkrane interne qui restait, se colorait en noir à mesure qu'elle approchait des gros intestins ; tout le canal était tapissé d'une matière noire, glaireuse, sanguinolente et d'une odeur fétide ; le mésentère , livide du côté de la colonne vertébrale , formait dans cette

partie , par récartement de ses deux feuillets , une poche pleine de sang noir; le sang des veines cave et porte était de même couleur.

Enfin la ressie contractée contenait un peu d urine noire et fétide ; sa membrane interne était parsemée de taches brunes*

Deuxième observation.

Le premier jour d'octobï*é, on portaàlliôpîtal un malade âgé d'environ frehte-'trois ans ; il était sans connaissance^ froid et presque sans pouls ^ sa bouche était demi-ouverte et pleine d'un sang noir^ sa respiration petite , prompte et entrecoupée p son c(H*ps d'une couleur jaune foncée. J'ap{»*is des personnes qui l'accompa*gnaienty qu'il était qialad« depuis ^quelques )OuK^, et qu'il avait avala {^usieuns doses de poudres drastiques, composées de oalomdi et de jalap. Tous les moyens que je mis en usage furent inutiles ; le malade mourut pendant la nuit.

Le 2 » je fis l'ouverture de ison cadavre j la tête ne m'offirit rien de pkis que dans l'observation précédente. I«es poumons ét^nt dans leur état naiturel, à quelques adhérences près , qui me parurent anciennes ; elles étaient plar cées entre la plèvre et ie poumon du côt4 droit.

celles quil désira, ce fut inutilement; il les rendît aussitôt ^ rien ne put rester dans son estomac.

Le quatrième, jour y il éprouva des faiblesses^ tout son corps devint d un jaune foncé , ses extrémités froides , son pouls petit ^et intermittent , sa respiration de plus en plus gênée, ses selles étaient toujours mêlées de .glaires sanguinolentes I ses forces allaient eh décroissant rapidement ; il mourut le lendemain naatin , cinquième jour de sa maladie, il avait eonserré connaissance jusqu'à son dernier moment.

A l'ouverture du cadavre , je trouvai une se* rosité très-^auiie contenue dam les vientricules du cerveau ; les poumons étaient couverts de taches noires; lotsque je les divisai , ^e les trouvai gorgés d'un sang noir et écumeux^ ilmmeur coatemiiedians lé péricarde était J4Ui»e, le cœur absolument vide; l'oreillette droite contenait du sang noir ; l'estomac ^ distendu par quelques ffàoi , avait plus que le double de son i^aisseor naturelle 9 et renfermait des caillots de sang noîi*; ^ manbrane interne, inégalement enflammée f présentait par intervalles un rouge plus ou «oins vif; celle du duodénum et des autres intestins était dans le même état ; des caillots de sang noir et des glaires de la même couleur tapissaient Ifi canal intestinal f un sang

«gaiement noir engorgeait les yaisseaux du mésentère ; la vessie contenait un peu d'urine sanguinolente; sa membrane interne présen* tait des traces dfinflammation.

Quatrième observation.

Le i5 octobre > je vis à l'hôpital un jeune homme âgé d'environ 26 ans , tempérament bilieax , taille petite , cheveux châtains ; entré la veille au soir , il était malade depuis cinq jourS| pendant lesquels il avait avalé trois prises des poudres drastiques , composées de jalap et de calomel.

J'observai les symptômes suivans : peau brûlaDte , respiration gênée , langue sèche et trèsrouge , soif ardente , grands efforts pour vomir y ventre très - douloureux , selles d'un sang pur , pouls dur et pressé , quelques gouttes d urine d'un jaune foncé rendues avec douleur. J'ordonnai de la limonade nitrée , une émulsion simple , des lavemens émoUiens^ des cataplasmes de même nature sur le ventre , et je le fis saigner trois fois dans la Journée.

Le 16, arrivèrent des faiblesses qu'il éprouvait en allant à la garde-robe ; les bouillons qu'il avalait y il les rendait à l'instant avec de grands efforts et mêlées de sang; j'essayai , mais en vain, différens moyens pour arrêter ce symp-

tàtne. Le malade était dans une agitation cou* tinuelle, il voulait se coucher par terre; il avait, disait-il , un feu qui le brûlait intérieurement. Cet état d'agitation se termina par des £atiblesses qui l'emportèrent le 1 8 , à la fin de son septième jour de maladie.

Je fis l'ouverture du cadavre : le plexus choroïde n'était pas si coloré que dans l'état naturel ; le cerveau était ferme , et les ventricules sans sérosité. Les sinus de la dure*mère contenaientirès-peu de sang d'un rouge brun. Le poumon droit présentait les traces d'une grande inflammation , le gauche était dans son état naturel ; il n'y avait pas de sérosité dans le péricarde y le cœur était vide ; l'oreillette droite contenait un caillot de sang qui n'était pas adhérent; en le retirant, j'en vis un autre qui lui était contigu venant de la veine cave inférieure; il avait trois pouces de long, il étaitde deux couleurs; la partie qui répondait à la paroi antérieure del'oreillette, était blanche et ressemblait à la couenne du sang des pleurétiques ; le reste, ainsi que ce qui sortait de la veine cave était d'un rouge brun. L'estomac et les intestins contenaient du sang, leur membrane interne semblait avoir été fortement enflammée ; je trouvai le pylore gangrené, les intestins parsemés 4e points inflammatoires et gangreneux, le mé-

sentère avait été également enflammé; le ifoie était bleuâtre et gorgé d'un sang très-brun dans sa partie extérieure ; le pancréas était dur et enflammé; la vessie, que je trouvai dans son état naturel, contenait un peu d'urine rouge*

Cinquième observation.

Une femme, âgée d'environ trente*quatre ans , d'une constitution robuste , d'un tempérament sanguin, entra à l'hôpital le i5 octobre; elle était malade depuis six jours. Je sus d'elle qae, dans le commencement de sa maladie, elle avait pris deux doses de poudres drastiques qui ne l'avaient point purgée. Sa figure était rouge , sa respiration oppressée , son pouls in^ termittent, dur et serré, sa langue rouge et sèche, sa peau brûlante; elle éprouvait une soif vive ; elle ressentait à l'hypocondre droit une douleur avec tension : elle était si inquiète qu'elle ne pouvait rester à la même place. Je la fis saigner au bras; je lui ordonnai de la limonade acidulée avec l'esprit de nitre dulcifié (acide nitrique alcoholisé ) ; je lui prescrivis des lavemens émolliens et un bain. L'aprè^ midi les mêmes symptômes existaient; le sang que j'avais fait tirer était absolument sans sérosité. J'ordlonnai une seconde saignée, qu'on ne put faire à cause d'une extrême faiblesse qui lui

survint aa moment où le chirurgien allait lui ouvrir la veine ; on eut beaucoup de peine à la Élire revenir de cet état^ qui reparut chaque fois qu'elle se souleva pour prendre quelque boisson. Le i6 au noiatiny ye la trouvai sans connaissance : elle mourut quelques heures après.

he ïj , ]e Gs Fouvertupe de son cadavre; je trouvai les sinus de la dure^-mère et tous les vaisseaux du cerveau gorgés de sang, le plexus choroïde engorgé et très^-rouge ; nulle sérosité dans les ventricules du cerveau. En levant les tégumens de la poitrine, je trouvai beaucoup de sang épanché sous le muscle grand pectoral droit ; il provenait de Tartère mammaire interne » déchirée par la violence du sang qui s'était extra vase derrière le si^ernum ,. avait écarté les muscles interco^aux entre la troisième et la quatrième des vraies côtes , et s estait répandu, comme je lai dit, sans pénétrer dans la poitrine, c'est-à-dire, hors de la plèvre. Les poumons étaient gorgés , comme une éponge, de sang caillé, qui s'était répanchi par des crevasses dans l'intérieur de la poitrine, qu'il remplissait. Le foie, plus volumineux d^un tiers que dans son état naturel , contenait un dépôt dans la partie supérieure et moyenoe de son grand lobe ; j'y' enfonçai le scalpel, il ea

dbrtit une pinte de pus sanguinolent ; tou^ lei autres viscères étaient dans leur e'tat naturel. '

Sixième observation.

Un homme j âgé d environ cin(}uante ans ^ d'un tempérament bilieux, barbe et cheveux gris , entra à l'hôpital le 29 octobre. Depuis plusieurs semaines il se sentait faible ; son pouls 'était lent.' II désira manger; je lui per-^ mis du bouillon y de \^ soupe / et pour boisson du vin de Bordeaux coupé avec de reàù. Cet état dura trois jours > et , à la faiblesse près , il paraissait jouir de la meilleure santé s rien > disait-il , ne lui faisait maL

Le 5i , il fut oppressé ; ses Urines devinrent /

jaunes; il toussa beaucoup; son pouls était' faible. Je lui prescrivis un look composé d'eau ^' de miel ^ et de miel scillitique ; pour boisson ordinaire > de l'eau miellée^

Le I*'. novembre , la couleuf jaune s étendit sur tout son corps; sa langue se recouvrit de sang ; il en rendit par* le nez et par la bouche', sa respiration était pénible; ses extrémités/ froides; ses urines > noires , ainsi que la bile (Ju'il vomissait; son pouls devint intermittent j il éprouva des palpitations très-pénibles. J'ordonnai une décoction de quina ^gicidulée avec l'esprit de vitriol ( acide sulfufique étendu

■'^■~ I fnr .lix

mes doigts comme dé-Iâ gelée* Ve^lomstc et les intestins contenaient des matière» noit-es irtêlées de sang; la membrane interné de Testo^ mac portait des traces dlnffammafiori ^ celle du duodénnfn en portait davantage^ et celle des autres intestins était gangrenée. Le mésentèfre, du côté de la colonne vertébrale, était livide r la vessie contenait de Furine noire.

Septième observation.

Le 27 octobre, on apporta k l'hôpital un.

^ homme âgé de trente^huit ans, sans con^nâis^ sànce et presque sans poub ; sa bouche était à demi-ouverte, ses yeux jaunes, ouirerts et fixes. Je lui û» appliquer de larges vésicatoires aux- jambe*, et des briques- chaudes aux extrémités : j'ordonnai une potion cordiale. Ces moyens réunis opérèrent insénsiblenient. Le 5o, le malade recouvra la parole, et me dit qtie sa maladie avait commencé huit jours avant' son entrée à Thôpital. Je prescrivis la décoction de qtiina, la crème de riz et. la limondde nitrée. Le 2 novembre, il refusa la décoction de quina ; le mieux se soutint cependant jusqu'au cinquième jmir ; mais fout à coup, ΀ potîfe " devint petit et concentré , les ^ésicafoîres se séchèrent, les extrémités devinrent froides et livides. Je le remis à la décoction de quina ; je

la bile qu'elle contenait : elle pesa douze onces trois gros. La bile, mise dans un vase , présenta la couleur du gros vert, et la consistance du blanc d œu£

La rate était dure à lextérieur; à Vintériêur elle était rouge et pâteuse. L'estomac était resserré et ne contenait rien ; les intestins conte* naient des niatières glaireuses, jaunes çt mous« seuses; la membrane interne de tout le tube digestif était parsemée de légères taches d'inflammation; le pancréas était rouge, dur^ et un peu plus gros que dans Tétat naturel ; la membrane interne de la vessie présentait des traces d'inflammation ; les urines étaient extrêmement rouges; le mésentère et Tépiploop ne contenaient pas de graisse.

Neus^ième observation.

Une femme âgée d environ vingt-huit ans , robuste , d'un tempérament sanguin , entra à Thopital le 3u septembre. Elle était malade de* puis deux jours; sa respiration était petite, fréquente et chaude ; son pouls dur et sec , son visage rouge , ses yeux larmoyans et brillans , sa peau sèche et brûlante. £Ue éprouvait de vives douleurs à la tête et dans la régipki épi^ gastrique ; ses urines étaient rajhes et très-* rouges ; elle vomissait des glaires blanches et

d'une acidité si forte , qu elle en avait les dents agacées ; sa langue était rouge et sèche ; elle éprouvait une grande altération. Je prescrivis une saignée au bras^ que je fis réitérer ; laprèsmidi elle prit un bain : sa boisson était de leau mêlée avec de lalcali concret ( sous-carboiiate d'ammoniaque), et deux onces de sirop simple.

Le lendemain, troisième jour de la maladièi elle fut tourmentée par les mêmes symptômes que la veille , et par une agitation qui lobli* geait de changer de place à chaque instant.

Aux mêmes remèdes qu'elle continua , je fis ajouter dix grains de sel de tartre avec du jus de citron , pour être pris au moment de leffervescence, et devant être réitérés deux fois dans la journée : j'ordonnai de plus, pour toutes les demi-heures, un bol composé d'un grain de camphre et de trois grains de nitre. Le vomissement et la douleur de ia région épigastrique disparurent vers midi : aussitôt après, la malade fut moins agitée , et son pouls commença à se * développer. Sa langue était humide et un peu blanche ; elle éprouvait encore de fortes douleurs dans les lombes : je lui prescrivis la con^ tinuation des bols et de l'eau alcalisée.

Le quatrième jour au matin , sa langue était sale et sa bouche pâteuse ; elle avait /

rendu deux fois, par le« selles, des matières bilieuses jaunes et vertes. Je prescrivis une

demi-once de crème de tartre (tartrate acidulé de potasse) et deux grains d'émétique dans uue ïivre d eau , pour être pris en trois doses et à une heure de distance l'une de l'autre , lès deux dernières ne devant être administrées qu'autant que les premières n auraient point agi.

Elles furent toutes nécessaires; mais elles produisirent le vomissement cinq fois répété, de glaires blanches. mêlées de bile verte , et huit selles. L après-midi , je trouvai 1^ malade sans fièvre; elle avait la peau humectée : je lui ordonnai un bouillon fort et une crème de riz pour le soir. Comme elle avait été privée du sommeil depuis quelle était tombée malade ; j'ordonnai un julep avec quinze gouttes de laudanum liquide , quatre onces d'eau com^ mune , et une once de sirop simple.

Le cinquième jour se passa sans fièvre. Elle prit de la crème de riz et but de la tisane ordinaire. Je la purgeai le sixième. Le septième fut fort tranquille. Je la purgeai de nouveau le huitième au matin ; et» dans raprès->midi, je* la fis passer aux convalescens , d'où elle sortit jouissant d'une santé parfaite.

Dipoîème observation.

Le 3o septembre , je vis à l'hùpital un jeune l^omme âgé de vingt ans , d'yn tempérament

fanguîn : il était malade depuis deux jours, et avait été saigaé chez lui. Sa respiration était haute ,^ son pouls vif et pressé , sou visage enflammé, ses yeux brillans, sa peau sèche et brûlante, sa langue rouge et aride. Il éprouvait des douleurs aux hypocondr^s et à la tête ; il était altéré , et vomissait avec effort des matières jaunes. Depuis plusieurs jours il étajt constipé ; ses urines étaient rouges et peu abondantes. Je lui prescrivis un bain , des lavemens émoUiens , de Teau acidulée avec Tair fixe ( acide carbonique ) pour boisson ordir naire , et des bols avec le camphre et le nitre.

Le lendemain , troisième jour de la mala* die, niémes symptômes et même prescription.

Le quatrième jour, diminution de tous les symptômes ; la langue fut encore chargée et humide, la bouche mauvaise; mais pendant la nuit , les Tomissemens cessèrent : . le ventre resta tendu , mais il ne fut plus douloureux. Jordonnai une once de crèine de tartre dans de l'eau édulcorée , ce qui produisit cinq à sîjc évacuations de matières glaireuses et blanches. L'après-midi, j'accordai plusieurs bouillons.'

Le cinquième jour, agitation extrême; apparition nouvelle des premiers symptômes ; cOQtinuation des mêmes remèdes.

Le sixième jour, fatigue, insomnie, mai:^

9^ cessation du vomissement; la doulenr des lombes continua, mais celle de la tète et des hypocondres avait disparu ; le ventre lui-inème , quoique tendu , n'était plus douloureux.

Le septième jour fut très-oragetix ; le malade vomit de la hile verte et jaune, et rejeta toute sorte de boisson , il se trouva fort'agité ; le mal de tète revint; la i*espiration fut petite et fréquente ; le pouls , moins vif, annonçait un état prochain de faiblesse. L'après-midi , il alla à la garderobe, et rendit des glaires blanches et jaunes ; le mal de tète et les vomissemens disparurent; la respiration devint plus facile, ce qui me détermina à ne pas employer les vésicatoires. Je prescrivis du vin sucré et des crèmes de riz , pour soutenir les forces.

Le huitième jour, il se trouva très-accablé : je lui fis donner pour boisson ordinaire de Teau vineuse ; il prit aussi du vin sucré et des crèmes de riz.

Le neuvième jour, il fut agité de nouveau.

Son ventre était gonflé et douloureux , il vomissait toute sorte de boisson ; sa respiration était très-gênée. Vers les deux heures après midi , il se déclara un cours de ventre sanguinolent , glaireux et infect : aussitôt le vomissement disparut , la respiration devint libre , et

9« quoique le malade allât souvent à la selle , il fut moins Ciible que le matin.

Le dixième jour, le cours de ventre conti-^ nua 9 il devint plus considérable le onzième ; Tenflure du ventre diminua , le pouls devint ondulent et la peau humide.

Le douzième et le treizième jours furent bons; le cours de ventre fut moins considérable, la langue fut épaisse et d'un blanc sale.

Le quatorzième jour, la fièvre disparut.

J'ordonnai trois gros de rhubarbe et deux onces de manne. Cette médecine produisit un trèsbon effet ; après les deux premières selles , le sang cessa de couler , la fièvre ne reparut pas.

Le seizième jour, le malade prit une nouvelle médecine pareille à la première; et le lendemain , il passa aux convalescent , d'où il sortit très-bien portant.

Onzième observation.

Le 17 octobre, on apporta à Thôpital un homme âgé d'environ quarante-cinq ans. II était sans connaissance ; il avait la bouche ouverte ; sa langue, ses lèvl*es et ses dents étaient noires ; son corps froid; il n'avait presque plus de pouls ; sa respiration était petite et rare. Je le fis mettre , dès son arrivée , dans la salle des agonisans. Je prescrivis l'application des bri-

quQS chaudes aux extrémités , Tusage du vin sucré y et une potion cordiale.' Cet état (ut le même pendant deux jours. Le 19, je trouvai sonpouls élevé : la connaissance lui était revenue; sa langue sétait humectée; il se plaignait dune vive douleur dans les parties génitales y dont le volume était considérablement augmenté. Les testicules et les cordons des vaisseaux spermatiques se trouvaient engorgés y ce qui rendait le scrotum tendu et luisant ^ il était de plus-couvert de taches gangreneuses et de phlyctèaes; la verge avait un volume quatre fois plus considérable que dans Tétat naturel ; la peau, qui la recouvrait se trouvait dans le même état que celle- du scrotum; le prépuce formait un phymosis.

J'ordonnai , pour prendre d'heure en heure, un quart de verre d'une. forte décoction de quinquina acidulée d'esprit de nitre, et de demiheure en demi-heure , une cuillerée à bouche de potion camphrée ; sa boisson ordinaire était ^ de L'eau acidulée avec l'acide carbonique , et sa nourriture y des crèmes de riz. .On appliqua un cataplasme émoUient et résolutif sur les parties génitales.

' Le 20 / il était assez bien ^ mais la gangrène occupait toute la verge. Je fis ^es scarifications aiissi profondes que le permettaient les parties

sûr lesquelles agissait mon instrument. Je fis animer le& cataplasmes avec l'esprit de vin camphré. On continua les mêmes mëdicamens in* tertres. .

Le ai , j'emportai tous les lambeaux formes par les incisions delà veille» et la partie fut pansée avec Tonguent styrax ; le même cataplasme que la veille fut mis sbr les testicules.

Le 22, la suppuration commença à s'établir ; à mesure qu'elle augmenta, les autres parties se dégorgèrent et prirent leur état naturel.

Ce malade sortit de l'hôpital trèsrbien por-^ tant , après avoir fait usage pendant long-temps de l'eau acidulée avec l'acide carbonique, et de la décoction de quina. Dès qu'il en discontinuait Tusage , la suppuration devenait de mauvaise qualité, et la fièvre reparaissait. Sa guérison fut terminée par quelques purgatifs , pris à mesure que la suppuration diminua et que la cicatrice se forma.

Douzième observation.

Le 5 octobre, après midi, ou apporta à l'hôpital uneiîlle âgée d'environ douze ans; Elle me dit. qu'elle était malade depuis sept jours. Elle avait la peau et les yeux jaunes , une hémor* ragie par le nezset par la bouche, la peau sèche. Elle était altérée; sa respiration était

entrecoupée , son pouls pressé : les gouttes de sang qui tombaient sur les bords du vase psH raissaient composés de petits globules séparés les uns des autres.

J'ordonnai une potion camphrée , et pour boisson ordinaire^ de l'eau acidulée avec l'acide carbonique*

La chaleur de la peau diminua, maïs les autres symptômes continuèrent. J'ajoutai aux remèdes de la veille une décoction de quinquina acidulée avec l'acide sulfurique étendu d'eau. Comme la naïade était très-faible ^ je prescrivis^ pour être donnés dans la journée , quatre bouillons de veau, dans chacun desquels on délaya un demi-gros de gomme adragant en pondre. Elle prit aussi quelques cuillerées de vin sucré.

Le 9 , elle se plaignit d'un violent mal de gorge ; j'ordonnai un gargarisme con^iosé d'eau y d'oximel scillitique et de miel acidulé d'acide sulfurique. I/hémorragie continua juS' qu'au i3 avec la même force ^ et augmenta encore ce jour-là ; mais le lendemain, elle disparut entièrement ainsi que les autres symptômes. On cessa tous les remèdes; la malade acquit de nouvelles forces chaque jour , prit an léger purgatif et entra aux convalescens , d'où elle sortit peu après entièrement rétablie.

Treizième observation.

Le 27 septembre 9 je reçus à l'hôpital une fille âgée de 26 ans , d'un tempérament pituiteux f ayant fait une maladie peu auparavant. La fièvre lavait prise le matin; sa peau était aride , sa langue et ses lèvres sèches \ elle ressentait une grande lassitude et des douleurs dans 1^ région épigastrique ; sa respiration était difficile y ses urines rares > rouges et cuisantes. J'ordonnai une potion tonique et cal* mante; pour boisson, de l'eau acidulée avec l'acide nitrique, et édulcorée avec le sirop simple.

Le 2 ; elle devint jaune et vomit de la bile de diverses couleurs. Le 5, la teinte de la couleur jaune devint plus foncée; tous les symptômes des premier et second jours s'étaient développés avec violence. Le vomissement la fatiguait , et , pour en éviter les douleurs , elle refusait toute boisson. Le soir, la langue se couvrit de sang ; le 4 » ^^'^ ^^ rendit beaucoup par le nez et par la bouche. Elle était d'u^e f^i* blesse extrême.

Le 5 f son pouls était petit , intermittent ; elle perdait beaucoup de sang et se trouvait très-oppressée ; les tendons avaient des mouvemens convulsifs. Je fis appliquer des vésica-

catpires aux jambes , et je prescrÎTis une de« coction de quina acidulée avec l'acide sulfurique étendu d'eau , di} vin sucré et du bouillon avec la gomme adragant. Le soir^ je trouvai la malade sansconnaissance et presque sans pouls : elle portait machinalement les mains à sonnez quelle pinçait; se barbouillait la figui^e, qui était entièrement jaune, avec le sang noir qui sortait de sa bouche et de son nez; enGn , sa bouche était à demi ouverte, ainsi que ses yeux; ce qui lui donnait l'air d'un spectre hideux. Je fis appliquer des briques chaudes sur les vésicatoires^etsur les extrémités qui étaient trèsfroides; j'ordonnai une potion cordiale, pour être prise par cuillerées quand la malade pour-* rait avaler.

Le 6, elle était moins mal. Ses idées étaient encore diffuses , elle avalaitf machinalement ce qu'on lui mettait dans la bouche ; mais les vésicatoires avaient très-bien pris , et donnaient une sérosité abondante. J'ordonnai la décoction de quina , du vin sucré et du bouillon.

Le 7, elle était dans le même état que l'avantveille , et m'ôta presque tout espoir de la sau-* ver. Les vésicatoires étaient couverts d'escarres gangreneuses et sèches; l'hémorragie continuait. Je fis appliquer de nouveau des briques chaudes*

Les 8 y 9 et lo elle resta dans le même état* Ce ne fut que le i x qu'elle recouvra connaia ^ sancei les escarres gangreneuses des yésicatoires . tombèrent , et la suppuration devint très-abondante. Je lui fis continuer jusqu'au 36/ l'usage de la décoction de quina acidulée ; à cette époque , rhémorragie du nez et de la bouche disparut. Je fis soutenir les forces, }e purgeai la malade quand les yésicatoires eurent cessé de couler p et l'envoyai aux convalescens où elle se rétablit par&itement.

Quatorzième observation.

Le S décembre, je vis à l'hôpital une femme âgée d'environ trente-huit ans, d'une constituation robuste et d^un tempérament sanguin»

Tombée malade la veille , elle se plaignait de douleurs vives à la tête et aux reins. Sa figure était rouge ; sa respiration, petite et fréquente; sa peau, sèche et d'une chaleur acre; sa langue, sèche aussi , était rouge. Soif ardente ; pouls dur et sec ; ventre douloureux, sans tension. Je la fis saigner deux fois dans la journée , je lui fis prendre des lavemens émolliens et boire de Teau de poulet nitrée.

Le troisième jour > elle fut fatiguée par des inquiétudes et des douleurs générales. La fièvre était forte; les urines rouges et rares. On con^

tmua l'eau de poulet; et je prescmifi de plus l'eau acidulée aTec Fespiit de nitre dulcifié. r Le quatrième joar, la malade était mieux. Sa langue était humide et CQuverte d*un limon blanchâtre ; sa bouche p&teuse et amère , tous les symptômes d'irritation paraissaient calmés. Je lui prescrivis deux ônce& de crème de tartre avec deux grains d'émétique dans deux verres d'eau ; elle ne prit que les deux . tiers de ce remède, vomit beaucoup de bile verte et jaune avec des matières glaireuses , et alla troîs^ fois à la selle.

Le cinquième jour n'offrit pas de changement sensible. Le sixième , la malade fut trèsoppressée ; elle était affaiblie par de fréquentes selles de matières liquides; l'après-midi son pouls devint petit et convulsif. Je lui fis appliquer des vésîcatoires aux jambes, et prescrivis «ne potion tonique.

Le septième jour, même oppression que la veille, fatigue etagitati^m extrêmes, douleurs profondes dans tout I)e corps, peau^brûlanle , soif ardente, urines rouges et en petite quantité , soubresauts dans les tendons. Je prescrivis, une potion calmante pour être prise, par cuillerées il bouche toutes les demi-heures. Lapi'ès-. midi , vêts les quatre heures, je fis lever les vésiiiatoires r[ui rendirent beaucoup de sérosité; la

àcnâéat des lotifteA aVait dispara ; la malade n'allait pIuS à la selle; sâ figure était rouge; elle avait encore un: violent mal de tête et une c^ertamé op^yressiôn ; elle rendit un peu de sang par te nez». Vers leâ six heures du soir^ son pouls devint concentré; je lui fis donner du vin sucré. A neuf heures, eïle devint froide; je loi fis apposer des serviettes chaudes aux extré^ mités, et ver^ minuit, je lui fis avaler quelques cuilIerées^ d une' potion cordiale • qu'elle continua jusqu'au jour;

Le buitîènie jour fàt très-mauvais. Lepouls^ {Presque insensible, était intermittent. Il y avait des'mouveftiens'conVulsifs dans les tendons; le froid continuait; la respiration était laborieuse,i lliémorragie était toujours très -• abondante , la langue humide et la faiblesse extrême.

Je prescrivis une décoction de quatre onces de quina rougê en poudre ,* dans une pinte d eap ; j y fis ajouter vingt gouttes d^esprit de nitre. La malade prit ,^ toutes les heures, deux cuillerées à bouche de ce remède ; et, dans Tintervalle , on lui donna du vin rouge avec du sucre, du bouillon et quelques cuillerées de crème d orge.

Vets^les ônizfe heures*, sbû pouls se ranima; die Jlmrut'rfeîipîrerlBtvec moins de peine-, l'épis- Uxil^contiwia a^idd fy^MiA'^fapitJÊÇf hmteB aprèS'

lOO

midi f elle tomba daos un état de fidhiesse pareille à celte qu'elle avait éprouvée le matiD; la malade conserva cependant son entière connaissance. Je fis panser avec de l'onguent styrax les vésicatoires qui se trouvèrent secs et couverts d'une escarre gangreneuse; j'insistai sur la décoction de quina, le vin, le bouillon et les crèmes d'orge.

Le neuvième au matin, je la trouvai mieux:

elle alla deux fois à lagarde-robe, et rendit des matières liées et puantes ; les urines abondantes présentèrent un suspensum ; la peau fut humide, d'une chaleur naturelle et égale ; il n'y avait plus de douleur. On continua les remèdes et le régime de la veille.

. Le dixième jour, les forces revinrent un peu; il y eut un léger somitieil pendant la nuit.; Le pouls s'était développe; la fièvre avait disparu; là chaleur était naturelle^ les urines abondantes et troubles; elles déposèrent un sédiment blanc, épais et abondant; les escarres des vésicatoires commencèrent à se détacher. Les mêmes remèdés furent contiqûés. '

Le onzième jour, la malade ayant dormi toute la nuit , se trouva bien : la lancue étant chargée, la bouche mauvaise,, elle prit un léger purgatif, qui procura.d^ selles abondantes.

roi

Le soir la fièvre avait disparu entièrebient et les forces s'étaient relevées.

Le douzième jour se passa sans accident ; la malade ne prit que de la nourriture. Le trei** aième et le quatorzième les escares 'des vési* catoires se détachèrent entièrement , la suppuration devint abondante et termina la guérison*

Quinzième observation {a).

Un homme , âgé d'environ trente-six ans ^ d'une constitution forte f d'un tempérament sanguin , après trois mois de séjour à Saint- Domingue^ fut pris tout à coup d'un malaise général, qui se changea, bientôt en >un accablement extrême.' Il continua cependant à vaquer a ses affaires, et ce ne fut que le troisième jour de son indisposition que je fus appelé auprès de lui : je le trouvai levé; - • ^

Son pouls était faible^ intermittent et îrrégaliér; la chaleur de^la peau. était au-dessous de ce qu'elle est dans l'état naturel ; il lavait la

{d) Toutes les observations préoédentes cmt été recueiUies à Philadefpbiei pendant Tépidémie de 1793. Cette dernière seule a été recueillie à Saint-Domingue ; )fi la rapporte parce qu^elle sert à prouver ce que j'ai dit en plusieurs endroits , de la^rapidite et de la violence de la fièvre jaune»

tôt

respiration yentrale^ et Tair qull exhalait était d'uoe puanteur extrême ; salangue , tremblante et cPun violet obscur p était cependant humectée ; tons les tonts de sa figure étaient décomposés : il affectait un air tranquille. Tandis que je le fixais attentivement, ses yeux ayant ren* contré les miens , il éprouva une émotion trèsvive > et une teinte noir&tre se répandit surtout son visage. Il refusa tout remède et toute boisson»

Étant revenu le visiter dans la soirée^ Ton me dit qu'il avait eu une Êiblesse à onze heures du matin; que vers^midi, il s'était déclaré un suintement de sang par les pores de la langue , des lèvres et des gencives ^ et qu'il avait perda connaissance vers trois heures. Il en était huit alors; rbjémorragie continuait, la teinte noirâtre que j'avais vue le matin se répandre sur le visage avait gagné le trono et même les ex" trémités ; pn voyait çà et là des taches gangreneuses ; le pouls étai^ pi^jsque insensible , les yeux ouverts et fixes ; la bouche béante ; la laugue sèche et recouverte d'un enduit noirâtre ; le malade , déji eu parfaire putréfaction, répandait une odeur infecte ; il expira vers six heures du matin.

Page 1