‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 15 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des causes.

JLes causes de la fièvre jaune se divisent na^ turellement en deux grandes classes. Dans la première rentrent tous les agens physiques , qui y par leur reunion , donnent naissance à ce principe inconnu pour nous ^ qui ne se rend sensible que par ses effets ^ et auquel cependant Aous sommes forcés de rapporter la maladie qui nous occupe. La seconde comprend tous les agens de quelque nature qu'ils soient > qui ^ agissant peu à peu sur les individus ^ les prédisposent à l'absorption de ce principe ^ ou qui » agissant tout à coup ^ déterminent ce^te aj^sorption ou mettent le principe en action. Je^o^me les premiers causes nécessaires f parce qn!en. effet, sans eux, la fièvre jaune ne pe.u^ ein^ter ; Tes seconds au contraire, je les nomme causes occasionelles , parce que leur nombre est infini , et que peu importe celai qui agit. Je vais m^oocaper delà classe de ces-derniers, prévenant

que ce que )e dirai tant pour Tune que pour Tautre^ étant vrai dans toutes les épidémies de fièvre jaune qui ojit paru, et se trouvant con« forme à Texpérience de tous les médecins qui ont observé cette maladie dans quelque pays que ce soit , on ne doit plus le regarder comme seulement applicable à l'épidémie qui m'a servi de type dans la description que j'ai donnée ^ mais qu'on doit le rapporter k la mdadie en général. .

Des causes occasiànelles.

H n'est aucune cause morbifîque qui ne puisse devenir cause occasîonelle de la fièvre jaune ; vouloir les examiner toutes , ce serait vouloir passer en revue la nature entière ; et , quand j'en auraisle pouvoir^ je n'en aurais nul-^ lement l'intention ; je veux étudier seulement celles qui ont une action plus directe sur l'origine de cette maladie. Je les diviserai selon l'usage^ en prédisposantes et en déteroiinantesi non que chacune d'elles agisse constamment eh prédisposant à la fièvre jaune ou en la dé-^ terminant, mais seulement parce que chacune agit plus souvent d'une manière que de l'autre.

Des causes prédisposantes.

Les deux conditions les plus favorables à rinvasion et à l'intensité de la fièvre jaune »

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sont la pléthore et le dé£aat dliabitude à l'ac^ tion du climat propre à cette maladie. Je vais présenter les observations sur lesquelles repose cette assertion.

De la Pléthorei

De la constitution et du tempérament* C'est une vérité devenue populaire dans tous les pays soumis à la malheureuse influence de la fièvre jaune , que les êtres faibles en sont beaucoup moins susceptibles que les êtres forts, L'homme doué d une constitution robuste , d un tempérament sanguin ou bilieux , en est promptçment atteint ; elle marche chez lui avec, plus de violence^ et la terminaison en est le plus souvent funeste.

Des sexes. Les femmesysontbeaucoup moins exposées que les hommes y et y résistent beau** coup mieux. Bei*the prétend qu'à Cadix, sur sept mille trois cent quatre-vingt-sept victimes, on. compta seulement quinze cent soixante - dixsept femmes ; qu'à Séville , sur quatorze mille six cent quatre-vingt-cinq, on n'en compta que trois mille six cent soixante-douze (a). Je ne sache pas qu'autre part on ait fait de pareils calculs ; mais si jamais on les fait 9 tous les au-

(a) BfiRTHE y p. 3S4*

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tèun s'accordent à annoncer des résultats ptr^ faitemt nt semblables.

De la grossesse» l^ grossesse prédispose à la fièvre jaune , qui, à son tour^ prédispose à lavortement. Cet accident , soit dit en passant» quoique toujours Ëicbeux , Test moins cependant , d'il a lieu dans la première période de la inal^<e»

Pes âges» L'âge de la vigueur est le plus favorable à la fièvre jaune ; elle attaque surtout les individus de vingt-cinq à quarante ans , et

leur est souvent funeste» Elle respecte assez la vieillesse f et atteint peu les jeunes gens. Dans quelques cas elle a été terrible pour les enfans; Rusb rapporte que Ton en compta vingt-quatre sur soixante-quinze morts enterrés au cimetière de l'église suédoise (a). Ce fait , le seul de cette nature que l'on puisse citer , ne tiendrait-il pas à quelque circonstance que l'auteur a négligé de nous faire connaître?

Du défaut d'habitude à faction du climat propre à lajièvre jaune •

Tous les peuples ne sont pas également exposés à contracter cette maladie. Vexpé-

(a) Bush, an Account of thebilious remîttîng; jelIoTf feyer , as it appeared in the city of Philadelpha, in Ù* y car 1793. P. 94.

ri^uffp a constaté que ceux des pays chauds nen sQïïït jamais pu que bieu rarement atteints. Daa$ quelquefrruaes des Antijiles, où elle est fçndémique presque toute l'année pour les étrangers Tenant des pays froids ou tempérés p jsUê n'attaque que dans des circonstances extraordinaires les uati& de la contrée i pourvu toutefois qu'ils n'en soient pa$ sortis ; car , s'Hs sont allés séjourner sous des climats moins chauds y ils sont exposés, à leur retour , à cpn» tracter la maladie (a) , toujours inoins cepen* dant que les personnes qui y sont totit-à-fait étrangères.

Dans les contrées où la fièvre jaune ne com<^ met ses ravages que dans certaines faisons de Vannée ^ où même elle ne les commet qu'acci-r dentellement , comme cek arrivç dans quelques provinces des jËtats - Unis » en Amérique, et dans la Péninsule, en Europe, on a toujours vu qu'elle n'épargnait pas les hfbitaus* Dans quelque pays quelle se mpntre , les étrangers y sont exposés en raisoa ipverse dit

{a) M. Bally ea rapporte un exempte tres-cuneux. M. de M. lui r^çQnta que sa belle*mëre ,, n^ au Canada, ayant |iabîté trente an3 une ^es Antilles ; . après une absence de deux ans passés dans le Nord , mourut à son retour dans la colonie , le septième jour d'une fièvre jaune, et à l'âge de cinquante^uatre ans. ( p. S40. )

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la chaleur du - climat auquel ils étaient ha« bitués. ' Ainsi , les habitans des Antilles n'en sont jamais atteints , ou résistent parfaitement à ses attaques. Les Russes ^ au contraire ^ toujoi^rs.frappésy en sont souvent les victimes. Les' Allemands et les Anglais sont à peu près dans le même cas : les Français moins • surtout s'ils appartiennent aux départemens méridionaux. Savarésy remarque que le sang du Midi a la prépondérance dans la popul^ition des Antilles françaises y et surtout à la Martinique (a).

Après l'habitude à la température vient Thabitude à Tinfectiôn de l'air. Les personnes habituées à vivre dans des p'ays marécageux sont moins exposées à contracter la fièvre jaune que celles qui sont habituées à vivre dans des pays arides; et Ton a toujours vu dans les États-Unis quelles habitans d'une ville où cette maladie règne, s'ils vont pendant plusieurs jours respirer l'air non moins chaud, mais plus piu* de la campagne, à leur retour sont beaucoup plus susceptibles.

On a cru pendant long-temps , et quelques auteurs semblent croire encore, que les nègres sont plus difficilement infectés que les blancs: c'est une erreur. Les nègres, qui viennent direc*

(a) SayakiIst, p^ 260.

tement de leurs régions brûlantes et insalubres, en sont exempts comme les blancs des Antilles; maiS; eomme ces derniers, ils s'y prédisposent en habitant des régions froides ou tempérées, beaucoup périrent dans l'épidémie qui ravagea Philadelphie en lygS, parce qu'ils habitaient cette contrée depuis long-temps. Ceux qui n'y étaient arrivés que depuis peu n'en furent pas atteints , parce qu'ils n'avaient pas encore perdu leur non-susceptihiUté.

Il est encore une habitude qu il isiut prendre dans les pays, où règne la fièvre jaune , c'est celle- qui est relative à la manière d'être des divers agens climatériques. M. de Huraboldt rapporte que les faabitans de Mexico, accoutumés à une température qui n'éprouve pa^ au delà de dix degrés de variation dans laiinée , quand ils descendent à la yera-Cru2^ pendant le règne de la fièvre jaune , en sont plus facilement atteints que les Européens habitant un pays .moins chaud , mais où la chaleur est plus variable. Ce même voyageur ajoute que \e& habitans de la Vera-Cruz^.qui sont à l'aboi de la maladie en restant chez, eux , la prennent assez spiivent quand ils vont à la Havane > et qu'il en est de même pour {es habitans de la Havane quand ils vont à la Vera-Cruz (a).

{à) De Hvmbolot, P* 77'*

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