‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 18 sur 22 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La fièvre jaune est-elle une maladie par infection, ou bien est-elle une noadadie contagieuse ?

Jcx6Qu'xci je me suis contenté d'exposer les lois générales de l'infection et de la contagion; je vais ms^intehant faire l'application de ces lois y en étudiant les phénomènes qui caractérisent la fièvre jaune ^ et en cherchant à déterminer , par leur moyen , si cette maladie appartient au pretnier on au second mode morbifîque.

De ces phénomènes , ceux que présente l'affection prise individuellement , ayant été exposés dans le livre précédent , et ne devant être que rarement utiles au sujet que je traite , je ne les rappellerai qu'au besoin ; ceux , au contraire , qu'elle présente , considérée sous son mode épidémique^ p'étant point connus encore , et devant cependant servir de point de départ pour atteindre le but que je me propose , j'en déroulerai le tableau dans toute son étendue. Pour apporter dans mon. travail la clarté dont il est susceptible, je diviserai le cours de la fièvre jaune en quatre époques :

naissance y propagation > état et disparition; j'étadîerai chacune de ces époques séparément^ et, au fur et à mesiire que leurs phéDomènes se présenteront , {examinerai s'ils rentrent sous les lois de l'infection ou sous celles de U.coo^ tagion. Quand cet examen sera fini , dans ua résumé succinct, et au moyen de quelques considérations générales , je chercherai à déterminer d'une manière précise le point essentiel de la question *, savoir, si la iSèvre jaune est une maladie par infection , ou bien si elle est une inaladie contagieuse.

De la naissdnçe de Içr Jièvre jaune,

La première condition requise pour que la fièvre jaune puisse naître , c est raction d'une haute température; c'est là même son phénO'* mène caractéristique principal, de ne naître jamais que sous les climats chauds ou pendant les saisons chaudes et long-temps prolongées des régions tempérées ; c'est celui qui a le plas vivement frappé l'esprit de tous les médecins. En trouve-t-on un semblable dans les maladies contagieuses ou dans celles par injfection? Pli danç les unes ni dans les autres : les premières paissent dans, tous les pays et dç^ns tqutes les luisons, sous Téquateur comme sous les pôles, jp.endant U cbs^JeMr brûlante des 4\é^ çoxtim

pendant le froid glacial des hivers / et toujours elles sont indépendantes de la température; les secondes sont bien soumises en (quelque ' sorte à l'action de la chaleur; mais elles naissent sous tous les climats; elles peuvent même paraître pendant toutes les saisons^ et jamais ^ elles n'exigent pour cela une température, fort élevée. Le caractère de ne pouvoir, naitre sans l'action d'une haute température^ reste donc en propre à la fièvre jaune. Suj95t-il pour en faire une maladie distincte de toutes les autres, une maladie sui generis ? C'est ce que j'exami^ nerai quand j'aurai étudié tous les . autres phé-* nomènes qu'elle présente dans son cours.

Pour la naissance de la fièvre jaune y outre l'action d'une haute température ^ il faut encore laction d'un foyer d'infection. Quelques auteurs prétendent qqe cette derqière condition n'est pas absolument nécessaire; quelques-uns même la trouvent entièrement inutile. Je vai& essayer de les réfuter les uns et les autres , parce que c'est une vérité importante à établir. Le plus sur moyen -d'y parvenir serait, sans contredit, de prendre ufie à une toutes les épidémies de cette maladie, et de faire voir que dans. toutes existait la condition que Ton se refuse d'ad^ Q^ettre ; mais ce moyen est impossible , parce ^ue plusieurs autçurs ont négligé de noua don*

net la topographie exacte des lieux où régnait répidémie qu'ils ont décrite , et parce que presque tous ont oublie de nous £aire connaître les circonstances atmosphériques qui ayaient précédé et accompagné cette épidémie : lors même d'ailleurs que ces obstacles n'existeraient pas, ce moyen serait si k>ng et si fastidieux ^ qu'il serait ridicule de vouloir l'employer. A sondéfaut^ je vais avoir recours à un autre qui , je l'espère, remplira le même db)et : je présenterai d'abord des exemples qui prouveront que la fièvre jaune est née évidemment de l'infection; je combattrai ensuite les faits principaux que Ton a présentés comme contraires à cette opinion ^ et j'attaquerai le système de l'importation ^ enfin j'indiquerai que^ partout où a paru cette maladie, elle acomniencé dans les endroits les plus malsains. Auparavant, qu'il me soit permis de faire observer que presque toutes les grandes épidémies de fièvre jaune ont été précédées de quelque maladie par inJËection bien reconnue, et assez souvent d'épizooties. Les preuves de cette observation sont si nombreuses , et rapportées par tant d'auteurs différens, que je ne crois pas nécessaire de les reproduire ici ^ où leur utilité n'est d'ailleurs que très-secondaire ; et je passe directement à l'objet essentiel.

En 1766, feize Êimilles protestantes fran-

çkises, composées de soi^ante^quatre personnes, furait envoyées, aux frais du gouyernement anglais^ à la Floride occidentale ; on leur assigna un terrain situé sur le coteau d'une rnoor tagne environnée dis marais, vers l'embou*cbune de la rivière de Scambie. Ces nouveaux planteurs débarquèrent ^i bivcr ^ et continuérent à se bien porter jusqu'à la saison dangereuse qui a lieu dans ce pays en juillet et août. A cette époque , la Bèvre jaune se déclara parmi eux, et fut si violente qu'elle les emporta pres^ que tous (fl).

En 1766, le navire /ff iVbifi^^&zin eut tout à coup sor son boid quarante hommes affectés de la Gmre jaune ; et ces honmies forent précisément x:eux qui avaient passé la nuit dans lile de Joanna , où le vaisseau avait toudœ quelques jours auparavant : tout le reste de réqui»page fut parfaitement exempt de la maladie (b).

Au mois de novembre 1794 9 le docteur Davidson , envoyé à la Barb^de pour le ser-^ vice des troupes , les trouva ayant beaucoup souffert de la fièvre jaune. La saison avait été extrêmement sèche , et l'on avait observé que les [duies rendaient l'Ile {Jus saine , excep^

(a) LiND. Maladies des climats cbaads , p. 29$. {b) Rush y p. 86.

té à Constitution^Hill ,o\l, quand elles étaient fortes^ elles manquaient rarement de reproduire la maladie qui avait cessé depuis quelque temps. Le docteur reconnut que la caserne da sixième régiment était environnée d'un étang d'eau saumatre qui , ne pouvant s'évaporer en* tièrement par la sécheresse , se recouvrait d une écume verte qui empêchait ^'exhalaison des effluves. S'il survenait une forte averse, cette écume était enlevée , et les effluves s'élançaient avec d'autant plus de force , qu'ils s'étaient accumulés en plus grande quantité (a).

LExperiment , commandé par M. Girardin, aborda à la Côte-d'Or en 1 786 , pour y faire l'établissement d'Amokou. Les travailleurs qu'il envoya à terre furent bientôt pris dune fièvre maligneV dont la description démontre la nature de manière à ne laisser aucun doute: c était la fièvre jaune (6). '

M. Leblond^ en donnant la topographie médicale d'une partie de l'Amérique méridio* nale , divise cette contrée en trois régions par- Êiitement distinctes : la région froide , la région tempérée et la région chaude. Il fait voir que dans ce^te dernière se trouve des villes extré*

(à) RiisH, p. 102.

(6) Valentïjî, p. 77,

mement saines et d'autres très-insalubres# « A Neyva , dit-il , capitale de la province de ce nom , située dans une plaine de sable, et dans cent. autres endroits où l'eau est saine et l'air jamais infecté de la vapeur des marais ; enfin , sur toutes les côtes du Pérou , qui, de Tumbez jusqu'à Lima, €t à plusieurs centaines de my«riamètfes,audelà> ne soih que des déserts de sable où ilnê pleut janaais, et où le soleil exerce toute son action durant une partie de Tannée , et rend l'atmosphère brûlante, je n'ai observé ni fièvres putrides, ni la fièvre jaune, pas même parmi les hommes des pays froids des.

Cordilières que leurs affaires y appellent. Mais^ ajoute-t*il plus loin , dans cette même région , partout où se trouvent des canses putréfiantes réunies en grand nombre, les malheureux habitans sont soumis aaxfièvres putrides, et la fièvre jaune se 'développe sur tous les étrangers non acdimati^ (a). »

Enfin, une observation constante a appris auxhabitans des Antilles que les étrangers qui , en arrivant dans ces lies , an lieu de se retirer sur les lieox élevés , vont séjourner dans les lieux marécageux , y sont presque toujours at^ taqaés de la fièvre jaune , quoiqu'il n'y en ait

(a) Lebloxd , p. iSo.

vaoe> où, du reste, la maladie n'existait pa alors (a).

. En 1 8o3 f le Hibber , navire anglais à tro.: ponts , et d'environ six cents tonneaux , pari: sur son lest de Portsmouth en Angleterre , et arriva le 3 juillet à New-York, où il avait ordrt de charger du bois de pin propre à la coo struction, pour la baie d'Honduras. Les oo* vrters chargés de l'approprier trou vèrent que le lest 9 composé de sable, n'avait pas éls changé depuis nombre d'années , et que \i charpente ainsi que les ponts étaient couverts de matières excrémentitielles. On enleva tous C6 centres de putréfaction ; mais plusieurs de; ouvriers occupés à ce travail éprouvèrent de: hémorragies , la fièvre jaune ; et quelques^uni périrent très-promptement. Les habitans de New- York , qui jouissaient alors d'une bonoe santé, conçurent des alarmes. On ne pouyai; s'imaginer qu'un vaisseau, venant d'Angleterre, port&t des principes morbifîques aussi violens; cependant , après les plus grandes recherches, il fut prouvé - que le Hibhert , employé ea 1801 9 à transporter des soldats de Portsmouth àHali&x^ dans la Nouvelle-Ecosse, avait delà servi à transporter un autre régiment à Nassau,

(a) Médical Bepository , vol. IV, n*. i.

aux iles Bahames , d'où il était revenu à Portsmouth avec un troisième régiment ; que , dans ce triple voyage ^ amsi que dans celui qu'il avait fait pour arriver à ^Nevir*York j ii avait toujours conaervé son même lest^ et qu'il avait été exempt de toute makdie. ^

Ce vaisseau partit de New- York sans avoir été complètement iiettoyé et désinfecté ; aussi , dans sa trai/iersée, perdit^l plusieurs matelots de la fièvre jaune, «t, à son arrivée à Honduras, un grand nombre de personnes employées ii le décharger ou à Je répsmer furent-elles atteintes de cette znjème oou^adie , qui fut morteUe ponr ])eauooup. Les habîtans d'Honduras , qiioique vantant beaucoup la salubrité de leur établissement , furent fort effirayés* Toutefois la maladie se borna strictement à ceux tpû étaient allés s'infecter dans le vaisseau (^)*

Je ne orois pas que l'^equit ie plus ingénieux puisse parvenir à trouver sur ces vaisseaux des principes de contagion. L'un > parti de New- Port, était entièrement oeuf; l'autre, parti primitivement de l'Angleterre , où la fièvre jaune oe règne jamaisi avait fait quatre voyages sur son même lest , et totqours ^on éqnipi^e avait été sain. A bord de tous les deux la

(a) Médical Repository

fièvfe jaune se déclara aussitôt que la putréfac** tion eut été déterminée par une forte chaleur. Je ne m'arrêterai pas plus long-temps à démontrer que des foyers d'infection peu'^ent faire naître la fièvre jaune ; les preuves de cela sont devenues si nombreuses et si évidentes, que, je l'ai déjà dit, peu de médecins osent les récuser; mais il en est beaucoup qui, en ayant admis cette puissance des foyers , croient pouvoir n'en pas admettre la nécessité. M: Bally est dans ce dernier cas ; il avoue qu'on ne saurait nier Finfluence des marais sur la production de cette maladie. « Il est remarquable , dit-il, que partout où elle vient le plus habituellement , «t là surtout où elle a pris sa source , on peut soupçonner le concours de ces causes ( l'humidité et rémanation des marécages) (a). Mais aussitôt^ craignant de s'être compromis par cette concession , il met en note que Ton en fait un étalage un peu excessif. Si , après avoir prou- -vé, par des exemples nombreux , la vérité de sa première proposition , ce médecin appuyait sa restriction sur des faits concluans, il faudrait bien l'admettre; mais le fait-il? Examinons-le rapidenient. Etd'al^ord^ Baltimore est-elle une ville salubre....?Elle est entourée déplanta-

(a) Bally, p. 343.

lions { ses iiies sont assez larges, maïs non pas toutes payées , de façon que, pendant la pluie, elles deviennent de véritables mares ; un grand nombre de magasins et de maisons en bois sont bâties sur des terres rapportées au bord de l'eau dans laquelle baigne le pied de quelquesunes; et, pour combler à peu de frais et plus rapidement les espaces qui en étaient couverts, on y a jeté des pièces de bois, des troncs et des branches d arbres mêlées de rocaiUes (a). Joignez à cela qu'elle se trouve au fond d'une baie dans laquelle iriennent se réunir les marins de toutes les natioi^, hommes dont on connaît la malpropreté dès ^'ils ont touché la tçrre; et qu'on s'imagine aprè^ si l'on peut , qu'elle ne renferme pas des centrée de putréfaction.

La Havane, les Bermudes sont-elles des exceptions plus heureuses? Je renvoie pour la réponse, et aux diverses géographies, et à Lindj^ dans son Essai sur les maladies des climats chauds; on pourra $ assurer facilement, par leur moyen , que . ces pays , quoique généralement sains, sont loin de manquer de centres de pu« tré&ction. Et M. Bally lui-même ne peut-il pas nous servir à prouver^ qu'il est imp(^ible que les Antilles .fertiles en manquent jamais. <c On a

(a) YALEITTIir, p. loi.

reconnu ^ dit-il , aux Antilles une évaporatîon qui sature ratmosphère à un point extréoie , et qui manifeste son activité en oxidant rapidement les fers exposes à l'air. Une nuit suffit pour leur faire subir une métamorphose sensible ; la rosée est quelquefois si forte , qu'elle tombe à grosses gouttes et avec le bruit de la pluie. On élève ses regards vers le ciel : on le voit pur et serein; on les baisse vers la terre, sa surfece pwalt couverte d*ean (a). » Esl-il facile de croâre qu'une partie de cette eau ne séjourne pas assez long-temps pour pourir- les plantes dans les lieux où elles abondent ? Et d'ailleurs^ la terre qui en a absorbé une quantité peutelle Tezlialer sans l'imprégner des effluves qu'elle ne cesse jamais de renfermer.

M. Bally avoue qu'en Espagne ^sieurs des villes attaquées de la fîèvw jaune s^nt situées dans des lieux humides et comme environnées de marécages ; mais il dit aussi que beaucoup Mot dans dies positions trèfS-saluL res. le ne connais pas assez leis localités pour entreprendre de prouver le contraire ; msus je puis du motos laire voir qve , dbns les pbjeetions qu'il a vou* lu présenter 9 fanteur s'est souvent appuyé sur des bases fanssés. fc II est^ dit-il, digne d'ob-

feHMW

(a) Ballt, p« 349*

servation que chaque viBe a cru pouvoir trouver des causes locales île la maladie. Or, comme toutes diffèrent eiitre elles , il est présumable qa aucune n'a eu un pouvoir exclusif, ou même réeL A Sévi lie , le Guadalquivir s'était débordé à la suite de pluies considérables , et les chaleurs furent ercessives. A Ecija, même événement : le Xénil se déborda sur la fin du printemps de 1800 , et Vété fut très-chaud , ainsi qu'en i8o4* A Malaga, il y eut sur la fin de 1802 une grande inondation du Gual-Médina, torrent communément à sec. On a parlé , à Carthagène , de la ehrieùr de 1 804 9 parce qu'on ii^a pas eu de tonrent à faire déborder ; et à Antéquerra, des pluies du printemps de la même année : l'eau , dit-on , était restée en mares dans les rues de la ville , d'où s'exha** laîentdes odeurs infectes.

» Mais y pour les villes situées sur de hautes montagqes , comme on n'a pu recourir à cet ordre de causes , on a accu se les vents , dont la direction a varié selon l'assiette des en-* droits (à). »

Je ne crois pas qu'on puisse rapporter quel-* que chose de plus fort que ce passage p en fitveur de l'infection. Les causes d'où elle pro-

(â)BALLT, p. 35o.

Tient sont préciaément celles qtiî y Sont inctilpées. Sans doute aucune d elles n'a eu un pomvoir exclusif; car , s'il en eût été ainsi , il n y aurait plus eu d'infection ; mais tontes ont eu un pouvoir réel , elles ont toutes concouru au même but, celui de former des centres de putréfaction et de disperser Finfection. A SéTÎHe, à Ecija, à Malaga, le Guadalquivir ^ le Xénil, le Gual-Médina , en débordant ^ ont produit le même effet que les pluies à Antéquerra ; Teau trop abondante n'a pu être absorbée par la terre, ou vaporisée par le soleil ; elle a séjourné dans les lieux bas , y ^ dissous les végétaux qu'elle a trouvés^ et, de cette opération , sont nées les particules délétères qui ont empoisonné l'air ; la chaleur est.suryenucj et la fièvre jaune s'est déclarée. Pour produire un semblable fléau , une chaleur extraordinaire a suffi à Gartbagène j^ pays naturellement marécageux. Et , quant aux vents contre lesquels M« Bally se récrie si fort, ont-ils présenté quelque chose d'extraordinaire en transportant les principes de Tinfection d'un Ueu dans un autre ?< Aurait-on oublié qu Ëmpédocle , en faisant boucher les gorges de l'Etna , mit fin aux épidémies annuelles qui désolaient sa patrie ? Ignoreraît-oa que certain vent en Italie^ après avqir balayé les marais Pontins , va porter la mort dans les

campagnes de Rome ? Ne connattrait-on pas les effets terribles des samiels en Afrique? oa bien pensçrait^on que tout vent infect perd son action sur les lieux élevés? Si cette pensée pouvait exister y lëtude d'une foule de topo«« graphies pourrait la détruire; mais, sans y avoir recours , une page de Fouvrage de M. Volney , sur le sol et le climat des. États-Unis d'A* mérique, suffira pour .remplir le même objet : je la rapporterai toute entière , parce quelle s'adapte parfaitement à mon sujet.

(c Je ne fais pas une règle générale ni abso* lue de cette condition t/e^ lieux élevés , parce que^ même en France , nous avons des lieux élevés qui sout malsains et fiévreux (a) , et cela parce qu'ils sont au voisinage ou sous le vent de terrains humides et marécageux. Le cas est beaucoup plus commun dans les pays chauds; et une foule de coteaux et de hauteurs, en Corse et en Italie, sont tout-à-fait inhabita-* hles, parce que, encore qu'ils, soient /ré^-^/^^an.f des marais ^ ils ont l'inconvénient grave d'être placés dans la ligne et dans le lit du vent le plus habituel qui leur en apporte les exhalaisons.

(a) Par exemple , la plaine de Trappes , près Versailles , quoique élevée et découverte , est infestée de tièvres par les étangs de St.-Gyr. ( Note de M. YoLNEt. )

» La même chose a lieu dans le Bengale , où les troupes anglaises pnt trouve sur des hauteurs boisées, de Taspect le plus séduisant, dans un pays chaud, la fièvre décrite parleurs médecins sous le nom àejfièvre de colline ( billy fever )• L'on nlmaginerait pas qu'avec ce nom elle fiSit la même des lieux bas et marécageux; et néanmoins elle est réellement telle, ayant pour causes non-^seulement une humidité locale, établie par les pluies énormes des moussons, mais encore Févaporation de toute la plaine du Bengale , dont les nuages sont arrêtés et fixés par les bois qui couvrent ces monts ou chaînons. L'on ne doit donc désigner les lieux élevés comiiie salubres qu'autant qu'ils joignent les condilik)n& de sécheresse locale , d*abri de cou^ vans d'air infedes et de ventilation firaiche et libre (a), m /

Cette citation est d'autant mieux appropriée qu'elle fournit un exemple de la fièvre jauue elle-même transporta par les vents , et repousse ainsi le ridieule que l'on voudrait jeter sur ceax qui osent les en accuser» La grande erreur de beaucoup de médecins, c'est de s'imaginer que, parce qu'on inculpe tantèt les pluies, tantôt les vents, tantôt la chaleur, on n'admet pas

(fl) VOLNET,p. 3l6,

toujours le même principe', pour cause de la fièvre jaune ; et qeie, quand on parie de Finfection , on ne doit parier que des marais. C'est surtout pour détruire cette grande erreur que je me suis arrêté assea^ lông-tem^s sur la théorie de rinfection y et que j<e viens* d'en dire encore quelques mots. Je ite discuterai pas plus longtemps les. exceptions que Ton a présentées à ce sujet; elles se resseilfetit tontes du défaut que je viens de signaler ^ et ce n'est qu^en Tévitant à l'avenir , qu^on pourra combattre la vérité de l'origine que tant de médecins^ assignent aujourd'hui à k fièvre jaune. Je paàse à Fexa-'

men du système deFimportation.

Malgré les efforts incroyables qu'ont faits les contagion nistes de tous les pays pour trouvera la fièvre jaune une origine étrangère , ils p'ont pu y parvenir; car le docteur Currie , dans le. tableau qu'il a dressé pour cela , en laisse pIu-«

sieurs en blanc, ce qui est|>eu knportant mais ce qui l'est beaucoup » c'est qu'ils n'Qpt pu constater une seule de ces uornlnreuses' impor* tations , et qu'ils en ont avancé qui sont éfi^ demment fausses. On sent bien qu'il m'est im^possible de les examiner toutes à cause de là longueur que ce travail causerait, et surtout de son inutilité ; je vais me contenter de parler de

jours les soupçons pesaient sur une foule de vaisseaux, sans qu'on put parvenir à prouver la culpabilité d'aucun. On n'a pas manque de suivre cette méthode lorsque la maladie s'est montrée en Europe. Quatid FA ndalousie en fut ravagée^ en idoo^ on affirma que la maladie avait été portée de la Havane par la corvette ie Dauphin; etUen des médecins ont répété cet le accusation^ en la regardant comme très-vraie. Cependant , si nous consultons quelques réflexions (a) qu'a fait imprimer depuis peu M. Valentin ^ dont la véracité né peut être ré- VvOqoée en doute , cette corvette n'entra dans la baie de Cadix que le 6 juillet ; et il fut prouvé qu'avant cette époque plusieurs personnes étaient mortes de la fièvre dans la ville. II fut certifié aussi, en présence de l'audience de Séville f par le docteur Josué Carro , médecin espagnol , qqi était à bord et qui avait soigné les malades y que, pendant la traversée , il n'était mort que trois hommes de l'équipage, et que leur maladie n'avait aucun rapport avec la fièvre jauiie. Enfin il fut reconnu que cette maladie n'existait nullement ni à la Havane, nia Vera-Cruz , ni à Charleston , points où le vais-

(a) Yalentiit. Reflexions sur les rapports de la jî'aculté de médecine, de Paris , concernant la fiëyre jattii(e«

seau avait touché. Qu'on joigne à ces raisons que l'intendant, qui avait été mis en jugement comme étant la ^ause de l'entrée de la corvette , après onze mois de prison , fut acquitté honorabiem^it ; et que le docteur Aréjula , tout en croyant à l'importation , avoue , dans son rapport au conseil suprême , qu'on ne sait quel est le vaisseau coupable ; et l'on pourra juger de la valeur d'une pareille assertion.

Une épidémie dé fièvre jaune désola Malaga

en i8o3 : le vaisseau accusé de l'avoir importée

était arrivé le 9 juin , et la maladie ne com-*

ménça que le 26 juillet. M. Bally , n'étant pas

: content de cette opinion y trouve qu'il serait

beau€X>up plus raisonnable (a) de petiser que

: les germes de la maladie avaient été introduits

I les années précédentes ^ soit de rAraérique f

; soit de l'AftdaiôuMe, et quHs ne firent leur ex-

» plosion qu'en 160S. Ainsi, ce n'était pas assez

^ d'avoir laissé dormir le viras pendant quarante-

r sept jours , il fallait encore &ire remonter son

]. existence à un, deux, ou même trois ans! En

^ suivant une pareille méthode,' je défie bien

;: d'être jamais embarrassé , quelle que soit la

contrée attaquée. Bien certainement îl n'est

^' (a) Ballt y p. 82.

aocoii port en Europe qui Q^ait reça quelque ideFAmémpe, depuis sa découverle

Les pcoBÎers exemples dlmportaUon que |e Tiens de rapporter sont ceux que les dé&osems de la oonUgioa de la fièrre janae mettent lDD)Oiirs en a^uit poor sontenir leur système, et qalls regardent comme les mieux coq- States. Cependant Ton a pa Toir qoe, si les £ûts cootraîrcs que f ai présentés ne suffisent ^ pour en démontrer la tinsseté^ ils jettent da moins sur leur Terîte de grands doutes, etcest là tout ce qull en £rat; car, en de smblahles matièfes, la certitude seule peut être de quelque râleur. Le dernier exemple, je se lai raqpporté que pour 6ire Tcnr combien Jes meilleurs esprits peuTcnt s*^arer quand ib s'obstinent à soutenir, malgré Févidence de sa &nssete, une opnion préconçue : c est cette obstination qui a &it trouver à la peste des origines si ridicules {a)\ cest elle <{ni en a ^

(a) Qu*OD me permette de rapporter, à l'appui de celte assertion, deax &t3 qui me semblent trcs-coriem :

£n i5o7 , une peste s'étant déclarée, à Paris , pendant quelque temps on se mit vainement l'esprit à la torture pour lui dêcouTrir une paternité. Enfin , quelqu'ou ayant appris que des maçons , qui avaient été atteints de

trouver de semblables pour la maladie dont je m'occupe. Je vais en rapporter, deux £aits:

M. *** arriva à Boston par la diligence ; ^ il avait la fièvre jaune , et en mourut sans l'avoir communiquée ni à aucune des personnes avec lesquelles il avait voyagé^ ni à aucune de celles qui l'avaient servi ou approché. La ville lentièré resta exempte quelque temps encore de :cette maladie^ qui ne se déclara guère qua l'époque accoutumée. M. ***, n'ayant pu être accusé de son importation , on jeta l'accusation sur la malle qui contenait ses. effets, et qui était arrivée plus tard que lui.

Lors de l'épidémie de Liyoume , un négociant ayant été atteint de la maladie , on prétendit qu'elle lui avait été communiquée par

la maladie en démolissant un mur , y avaient trouvé des étoapes, on décida que ces étoupes avaient été amoncelées par des rats pendant la dernière peste qui avait eu lieu sept ans auparatant; et elles furent convaincues ainsi d'avoir fourni le virus nécessaire au développement de la contagion.

Kîrker raconte que , dans une ville d'Italie , la peste fut apportée d'un pays lointain par un corbeau , qui venant tomber au^ milieu d'une place publique , communiqua là maladie àde&enfansqui le plumèrent, et qui, après l'a- Toir ainsi prise > la répandirent dans tous les quartiers/

une plume à écrire venue d'Amériqae, et apportée par le vaisseau VAnnA^aHa.

C'est ainsi que le syslème de llmportatioi; qui, restreint à de justes bornes, a troovép certaines maladies une juste «q^licatkm, devient absurde quand on veut en pousser k conséquences trop loin. Dans aucun cas il oeâ applicable à la fièvre jaune ; et cela est aujourd'hui si bien senti , qu'il ne trouve plus guère que ses anciens défenseurs, dont pluslean même Font abandonné. Je termine ce que j'ea avais à dire par quelques réflexions qu'a U^ à ce sujet M. de Humboldt.

cf Sous tous les climaASy dit ce célèbre vef geur , les hommes croieat trouver une coosolation dans l'idée qu'une maladie , ^e Toi regarde comme pestilentielle, est d'xine or^t étrangère. Comme des fièvres malignes nal^ sent facileibent parmi un équipage nombreux, eùtassé dans des vaisseaux malpropres , le commencement dnne maladie date assez souvent de l'arrivée d'une escadre* Alors , au iiec d'attribuer le mal à l'air vicié que renfenneot des vaisseaux privés de ventilation , ou à Teffet d'un climat ardent et malsain sur des matelots nouvellement débarqués , on affirme qu'il a été importé d un port voisin dans lequel l'escadre où le convoi a touché pendant sa xuxé^^

d'Europe en Amérique. C'est ainsi qu'on entend souvent dire , à Mexico , que le vaisseau de guerre qui à conduit tel ou tel vice-roi à la Vera*Crux, a introduit la fièvre jaune, qui avait cessé de régner depuis plusieurs années ; c est ainsi que , pendant la saison des grosses cbaleurs , la Havane , la Vera-Crux et les ports des États-Unis accusent mutuellement de recevoir, rûn de lautre, le germe de la contagion. Il en est de la fièvre jaune comme du typhus mortel y connu sous le nom de peste d'Orient , que les habitans de l'Egypte attribuent à l'arrivée des vaisseaux grecs ; tandis qu'en Grèce et à Constantinople on regarde cette même peste comme venant de Rosette ou d'Alexandrie (^{). »

Je pense qu il n'y a plus rien a ajouter après ces réflexions 9 et je laisse le système de l'importation pour indiquer que, partout où se montre la fièvre jaune , elle commence par les lieux les plus bas et les plus sales. A New- York, les environs du Sund^ lieu .toujours infecté, sont les premiers atteints. A Baltimore, c'est la pointe, où se rassemblent tous les marins. A Charleston , la maladie débute au sud-est de la ville, dans la petite rue dé

(a) De HvMBOLDTy p« 356.

que quand nos soldats , victorieux , purent réfléchir sur leur triste situation. Ce qui a été observe pour ces épidénues Fa été très-coastamment pour les individus ; et c*est même une connaissance populaire, que les bomnies pourvus d une âme timide succombent presque toujours aux attaques de la fièvre jaune , qu évitent très-souvent ceux qui sont doués dune âme forte et tranquille. Ce caractère que, comme le précédent , l'on retrouve dans toates les maladies par infection , comme le précédent aussi ne se présente dans aucune des nutladies contagieuses. Et , en résultat , sur trois phénomènes qui caractérisent la naissance de la fièvre jaune, il en est deux qui rentrent parfiatitement sous les.lois de Tinfection , tandis qu'aucun ne rentre sous celles de la contagion. Voyons s'il en sera autrement dans la seconde époque de cette maladie.

De la propagation de lajiès^re jaune.

Autant nous avons irouvé de différence entre les (^inions relatives à l'origine de h fièvre jaune , autant nous trouvons d^unité entre celleà qpi concernent sa propagatioa.

Après avoir commencé dans un point, elle j stationne plus ou moins icfeig-temps, génërale- Qient quinze fours ou trois semaines; elle se

met ensuite en mouTement , elle va pas à pas , et ce n'est qu'à la longue qu'elle finit par envahir toute une. ville ^ toute une contrée. Dans cette marche^ il est plusieurs circonstances qui veulent être notées : la première, c'est sa station ; la seconde , c'est qu'au lieu de s'irradier d'un. centre vers une circonférence, ou d'aller par sauts et par bonds, elle suit toujours un chemin tracé , c'est-à-dire , que. des quartiers les plus bas elle passe à ceux qui le sont moins, et que ce n'est que quand tous les premiers ont été envahis , et quand sa fureur est extrême , qu'elle arrive aux lieux élevés , à moins cependant qu'il ne se trouve certaines circonstances particulières qui intervertissent cet ordre, et qui fassent du lieu élevé un lieu malsain. La troisième circojistance digne de remarque fc'est que , si dans sa route elle rencontre une rue plus large que les autres, une place publique , ou tout autre lieu mieux. aéré , elle le respecte pendant un certain temps ; et que, si elle passe d'un côté à l'autre , ce n'est ordinairement qu'après avoir fait un détour. Enfin , la quatrième et dernière circonstance, c'est que^^ par le moyen de toute grande assemblée publique , la maladie acquiert tout à coup un plus grand développement.

Berthe , dans son Précis historique de l'é'^

. pîdemie qui régna dans PAndalousie , en 1 806 ( je signale celle-là , parce que c'est sur elle principaletnent que sappuient les défen^ seurs de la contagion de la fièvre jaune ), demande si ce n^est pas 1^ la marche naturelle et nécessaire d^une affection contagieuse au plas haut degré (a). Je réponds qu'il y a effectivement quelques traits de ressemblance , mais qu^il en manque plusieurs, et surtout le plus .essentiel. Pour le bien faire voir, examinons tour à tour les quatre circonstances notées , et "i^oyons si on ne doit pas plutôt les faire dériver de rinfection*

£st*il de l'essence d'une maladie contagieuse de stationner pendant quelque temps dans un lieu? Je ne le crois pas; car, en prenant la ^petite vérole pour exemple , est-il quelque obstacle qui puisse l'empêcher de s'étendre dès qu'elle est née?... Le premier individu qui en est atteint la communique d'abord à ses parens, à ses voisins , cela est Vrai ; mais il la communique aussi aux étrangers qui viennent le visiter ; et ceux-ci doivent nécessairement la disperser aussitôt : il n est donc paâde son essence 4e stationner. C'est au contraire l'essence des maladies par infection, parce que, pours'é-

(ûj^ERTHEyp. 62.

tendre, elles ont besoin que le centre de jmtré* diction , qui a été assez fort poar lancer des particules délétères dans une me , ait le temps d'acqaérir aasea d'intensité on du nioin& assez de dimensiott ponr lancer ces mêmes particnfes dans. les rues ou dans les quartiers voisins. Voilà donc déjà un trait de resœmfalance , qui n'est pas très-fort, avec les maladies conta* gienses , tandis qu'il est parÊdt avec les maladies par infection.

La seconde circonstance qui caractérise la marche de la fièvre jaune , c'est dé suivre d'à- I>ord les quartiers bas. Jusqu'à un certain point la petite vérole présente un phénomène semblable , et l'on en trouve la raison dans le plus grand nond>re d'enfans qui habitent ces quartiers , et dans le peu de soin que les parens mettent à les préserver ^de tonte commuaica*» tion avec ceux qui sont déjà atteints; mais outre cette extension graduelle , la petite vérole va par sauts et par bonds , c'est-à-dire, que tout individu contagié devient lui«même un foyer de contagicm . dans qudque quartier qu'il se transporte , et c'est ce qui n'arrive pas dans la fièvre janne ; c'est ce qui n'arriva pas dans l'épidémie de Cadix , cmnme le prouve un exemple rapporté par Berthe lui-même, ce Je puis encore citer , dit cet auteur, ce qui arriva.

à cette même époque ( tout-à-fait au commen* oement de répidémie), à un chanoîae jàe Féglise cathédrale^ don Christoval Sanchès , qui logeait dans un quartier bien éloigné de celui de Sainte-Marie. Ce chanoine , propriétaire d'une maison située dans ce dernier quartier , fut obligé de s'y transporter pour affaires; il j resta néanmoins très*-peu de temps , ainsi qu'il l'a déclaré lui-même, n'ayant pu supporter une odeur particulière dont il se sentit frappé en entrant dans la chambre d'un malade. Il dit , en rentrant chez lui , .qu'il n'avait jamais éprouvé rien de pareil; que ces exhalaisons lui avaient porté un coup terrible , et que depuis cet instant il ne se sentait pas bien. » .

(c Dans cet état d'anxiété il se couche; mais l'agitation augmente , et le lendemain se développe en lui une maladie Caractérisée par les symptômes les plus graves. Le médecin qui lui donna ses soins a assuré que ces symptômes étaient absolument les mêmes que ceux qu'on a observés ensuite sur les autres malades :

enfin , cet infortuné, ecclésiastique succomba le 2^ Juillet , troisième jour de sa maladie , ou , pour mieux dire, cinquante- six heures après l'invasion; et ayant éprouvé, dans un aussi court espace de temps , les accidens les plus caractéristiques de la malignité, anéantisse-

ment subît des forces^ dissolution extraordinaire et prompte des humeurs, etc. , etc.

tt «Tai déjà dit que le quartier habité par le chanoine Sanchès était très-éloigné de celui, dans lequel la maladie était encore concentrée au moment dont je parle : je dois ajouter qu'il a été un des derniers ravagés par elle ; il parait donc que c'est la circonstance particulière de sa visite au barrio Santa-Maria qui détermina en luillnfection : Ton peut paiement conclure de là que la maladie était éminemment conta« gieuse.dèsson origine (a). »

J'en demande pardon à l'auteur; mais je soutiens non-seulement qu'on peut , mais qu'il faut en conclure le contraire. Car, pour peu que la maladie eût été contagieuse, le chanoine Sanchès l'aurait communiquée à ceux qui l'entouraient , et son quartier n'aurait pas été un, des derniers contagiés. Cest là la grande différence qui existe entre Tinfection et . la contagion ; il faut toujours aller chercher la première dans le lieu où elle se trouve , et on ne la propage pas hors de ce lieu , même en l'emportant avec soi ; la seconde , au contraire , on la prend {partout où elle est , et on la communique partout où l'on va. Si le chanoine San-

(a) Beatbk , p. 55.

ditidos? OD répondra que la diose est pos* iiUe ; je Faccorde , nuis elle n'arrive ps généralement , et c*est presque tonjours qne k fièvre jaune, dans ces cas^ suspend sa propagation*

Je conviens que la dernière circonstance que j'ai signalée dans la propagation de la fièvre jaune est tout en fiiveur de la contagion; cir c'est là le. caractère essentiel des maladies qui rentrent sous ce mode morbifique , de se communiquer par .le contact des individus entre eux; et quoi de plus propice à ce contact que les grandes réunions ! mais je soutiens en même temps que cette circonstance s'explique M aussi bien par l'infection. Que Êiut*il en effet pour que cette .dernière, ait lieu? que lair atmosphérique se charge de particules délétères, et qu'il réagisse sur les individus. Cela ariye* t-il dans les grandes réunions? Pour répondre affirmativement, il n'y a qu'à se rappeler ce que je yiens de répéter plus haut , savoir; que tout être vivant est un centre de putré&ctioo. Quand beaucoup d'individus sont rassembles dans un lieu, surtout si ce lieu est fermé comme Test une église, par exemple , l'air qui les eor vironne, trop stagnant et en, trop petite qnan" tité pour que les particules délétères qui s'exbalent et par la respiration et par les sur&ces

i«9 cutanées de tant d'hommes > ne s'accumulent pas, devient bientôt un vrai centre d'infection, qui , réagissant aussitôt sur ces mêmes hommes qui l'ont formé , leur donne la * prédisposition à une maladie par infection, ou bien détermine cette maladie.

Il ÙLUt, en outre y remarquer dans cette dernière circonstance un phénomène particu* lier ; c'est que ce n'est pas le jour inênoie ou le lendemain de la grande réunion qu'a lieu l'accroissement dé la propagation de la fièvre jaune , mais bien quatre ou cinq jours après. Gomment expliquer cela par les lois de la contagion? Quelques-unes des maladies qui appartiennent à ce mode morbifîque ont bien leur période d'incubation , mais cette période est signalée par certains symptômes , et je ne vois pas qu'un seul auteur en ait noté de semblables aussitôt après les grandes réunions tenues pen^ dant les épidéinies de fièvre jaune ; tous disent au contraire, qu'après lequâtrièmeou cinquièitfè jour seulement , oh voit cette maladie atteindre un plus grand nonkbre de personnes ; cbminent pour cela a-tnetle attendu si long-temps? si eUe est vraiment contagieuse, cela ne s'explique pas. En accordant quelle est une maladie par infection , oh l'explique parfaitexâenl. Au montent dé la' réunion, l'exaltation dés idées

leur manière d'agir et sur les circonstances qui les accompagnent , l'on pourra s'assurer combien facilement on peut leur appliquer les lois de rinfection; l'on verra constamment que les vents forts , froids ou continus , ont agi généralement en diminuant le nombre des malades et rintensité de la maladie ; que les vents chauds , doux et humides , ont agi en sens contraire ; on verra que les pluies abondantes ont nui à l'épidémie, comme les petites pluies l'ont Êivorisée ; on verra enfin que , si dans quelques cas' l'épidémie a disparu sous l'action d'une haute température , c^est seulement quand , en amenant la sécheresse , elle a eu enlevé à la matière putrescible l'humidité nécessaire à sa décomposition. Je ne rapporterai point *iei des exemples particuliers ; ils ne seraient d'aucune utilité, car des conséquences semblables ne peuvent être tirées que de TensemMe des fiiits ; et , cet ensemble ne pouvant résulter que de la comparaison d'un grand nombre d'épidémies entre elles, c'est à la méditation de ces épidé-miesique je renvoie. .

Les mêmes variations que je viens de noter pour les épidémies de fièvre jaune, se font remarquer dans cette maladie, considérée individuellement. Selon les vents , selon les pluies, selon la chaleur surtout^ elle dimi-

nue ou augmente d'intensité. On peut même ici la reconnaître d une manière plus certaine , cette influence des agens physiques^ on n'a pour cela qu'à transporter les malades d'un lieu dans un autre ; b ce lieu est plus éloigne c^u centre de putréfaction , s'il est mieux aéré , la maladie diminue d'intensité ; c'est ainsi qu'on a vu, dans toutes les épidémies de Philadelphie, que ceux qui se faisaient transporter à la cam* pagne, guérissaient beaucoup mieux que ceux qui étaient restés à la ville; c'est d'après la connaissance de ce phénomène, qu'à Saint- Domingue on envoie sur les mornes les malades susceptibles de transport ; qu'à Sainte- XiUcie, on les envoie au gros iJet dont plus tard je ferai connaître l'heureuse position ; que dans tous les pays eitfin où règne cette maladie, on suit un pareil exemjplç'. Si le lieu où l'on transporte les malades est plus malsain que celui-là même où ils ont pris leur maladie , on éprouve le pbéiiomèbe bî»i:itraire*, l'on voit le danger s'aggraver aussiitciiU i^ômbien d'hôpitaux sont ainsi deventi$ lunestes aux malheureux qu'on était forcé d'y* envoyer l J.ç me contenté d'en rapporter un exemple extrait dei- Essai 'Suk<' les ' maladies dea lEuropéensdâbsiqs climats chauds, par Lind«

K On y construisit ( dans l'Ile de la ' Ja«

Ï94 maïqae), un superbe hôpital , pourvu de toutes les con^modités imaginables ; il était destiné à servir d'asile aux matelots qui tomberaient malades à bord. des bâtimens du roi stationnés dans ces parages. Eu égard à sa grandeur et à l'utilité dont il devait être, on le nomma Fhôpital Greennwîch. Malheureusement il fut bâti près d'un marais , sur un terrain extrêmement malsain. Qu'en arriya-t-il? c'est que les (lèvres les plus simples , les intermittentes les plus bénignes, les dispositions les plus légères, se changèrent souvent en fièvres majlignes , en flux de sang , ou toute autre maladie mortelle. On remarqua que la fièvre jaune y dominait presque toujours, et entraînait des pertes considérables de sang par les vomisaemens , .les selles , et même tous les .pores de la peau ; tandis que ce même syn^ptôme ne se voyait jamais chez les personnes qui $e trouvaient en pareilles circonstances j et obtenaient ia fiermission de rester «à ,1e w iboird. (Le r^aliAissement était long., pénible eit'. ûaoertaio -daiis cet hôpital ; le moindre écart, ou la pluspelite-irhégularité dans le r^ime,. détermîiiaiefit: uaie rechute. Le flux ay»rit été arrêté pendant; cpolques jours, l'usage d'un aliment qiielcoaiquey aus-t ceptible de se corrompre, suffisait quelquefois pom* faire revenir là fièvre ^i très-peu d'heures.

avec tous ses fâcheux symptônies : dans çertaifis cas^ une seule écuellée de bouillon produisait cet efiet; on ne pouvait pas dire que cela vint d uii.e source decontagion existante danscet bôpit^li oxi de ce que Ton rassemblait trop de malades dans les salles, puisque les mêmes acçidens arrivaient lorsqu'il n'y en avait qu'un pietit nombre , placé dans Fair le pl^s salubre , et les endroits les mieux choisis. La mortalité fut si prodigieuse dans cette maison, etsa cause si palpable , qu'on s'est vu contraint de l'abanflonner : depuis il a été remplacé par un autre élevé en meilleur air (a), w

En traitant de l'infection en général , j'ai fait voir que lesparticulesdélétères produisaient une maladie de nature particulière , en agissant 3ur l'économie animale; que lors même quelles avaient produit cette maladie , elles pouvaient encore continuer leur action, et que si cela ^« rivait, cette maladie était beaucoup) plus souvent mortelle. J'ai fait yoir au contraire, en parlant de la contagion^ que les virus, une fois qu'îles avaient déterminé une maiadie.dbez un individu, ne pouvaient plus rien sur lui, du moins pour aggraver cette maladie. Qu'on fasse maintenant Tap* plication de ces principes généraux et l'on pouriyi

(a) LiND, t. I, p. 243.

juger aisément si par ce caractère la fièvre jaune appartient au premier ou au second de ces modes morbifîques ; et pour juger même cette question d'une manière encore plus certaine , on n'aura qu'à se servir de quelques autres phénomènes accessoires. Quand la fièvre jaune règne aux Antillesy les habitans de ces iles sont exposés aux intermittentes ^ aux rémittentes bilieuses , aux dyssenterieSy et aux typhus. Elle peut se changer en ces maladies , comme ces maladies peuvent se changer en elle. Enfin, quoiqu'elle prenne habituellement le typerémittenty elle peut cependant revêtir le type continu, et même le type intermittent. Qu'on se rappelle que tous ces phéno- 'mènes sont propres aux maladies par infection , qu'aucun d'eux ne se trouve dans les maladies contagieuses, et la question ne pourra plus être douteuse : la fièvre jaune, par son état, entre en entier dans la classe des premières.

De la disparition de lafie^re jawiej

' Quand la fièvre jaune est déclarée chez un "ihdividà , il faut qu'elle achève son cours; des mouvemens atmosphériques peuvent bien sans doute favoriser son issue , mais ils ne peuvent l'amener tout à coup. Quand la fièvre jaune s'est déclarée d'une manière épidémique , le contraire a lieu : de grandes pluies , de grands

vents, pu de grands froids^ peuvent interrompre . ou même renverser son règne tout à coup ; et on a de cela plusieurs exemples , quoique cependant ils soient assez rares (a). Pour l'ordinaire, la maladie se retire par une marcherez trograde à celle qu'elle avait suivie en se propageant : elle abandonne les lieux élevés^ se retranche dans les quartiers malsains , et finit par disparaître entièrement. De même qu elle a attendu les chaleurs pour paraître , de même elle attend les froids pour se retirer : toujours elle cesse quand les glaces se forment. On trou* vera bien dans quelques auteurs que la fièvre jaune a continué à régner pendant les froids , et la chose est vraie au fond ; mais c'est alors , que la maladie était bornée aux seuls individus qu'elle avait attaqués avant l'arrivée du froid ; ou bien que ce froid avait été de courte durée ; ou bien enfin qu'il n'était que relatif à la température naturelle du pays où régnait là maladie. Et encore dans tous ces cas , la dimi-

(a) La fièvre jaune exerçait de grands ravages dans la Caroline méridionale. Le 21 septembre, le thermomètre de Farenheit étant descendu à 58 degrés , à la visite qu« je fis à mes malades, je les trouvai tous beaucoup mieux^ et le froid ayant coutinné , il ne mourut plus personne , et dans toute la province , la maladie n'attaqua plus que deux ou trois individus. ( Motiltrie , Traité de la fiëvr« jaune, traduit par Aulacnier, p. 5. )

igd

imûon sensible de l'iiitensîté de la fièvre jaune sert à prouver combien une haute température est nécessaire à l'existence de cette maladie. Quoique tous les phénomènes que présente cette dernière époque de la fièvre jaune , arrivent dans un ordre inverse de celui qu'ils ont suivie soit dans la naissance, soit dans la propagation , comme ils sont parfaitement les mêmes , je ne réviendrai pas sur Texamen que j'en ai fait en parlant de ces deux époques ; les résultats ne sauraient être difieréns.

Ici se termine l'exposé des phétiotnènes qui caractérisent tout le cours de la fièvre jaune : je les ai présentés avec quelque détail , pôtir pouvoir faire l'examen des rapports que cette maladie a avec les maladies par infection , et de ceux qu elle a avec les maladies contagieuses. II est résulté de cet examen, i^. que sur trois phénomènes que nous avons reconnus dans la naissance de la fièvre jaune , il n'en est aucun qui appartienne aujc maladies contagieuises ) que deux appartiennent aux maladies par infection ; qu'il en est un qui lui est entièrement propre ; a"*, que dans sa propagation , il est quatre circonstances dignes de remarque : que lune d'entre elles rentre par&itement sous les lois de la contagion , qu'une autre peut j rentrer jusqu'à un certain point; mais que les

»99 deux autres s'en éloignent complètement j que toutes les quatre rentrent sous les lois de l'infection; 5^. que le seul phénomène essentiel qui caractérise la fièvre jaune dans son état est parÊiitement analogue à celui que Ton. trouve dans une véritable maladie par infection) qu'il en est de même des phénomènes secondaires ; que le premier^ pas plus que les derniers, ne se trouvent dans aucune maladie contagieuse ; 4^. enfin, que la fièvre jaune présentant dans sa disparition les mêmes phénomènes qu'elle a présentés dans sa naissance et sa propagation ^ quoique les présentant dans un ordre inverse , donne, pour ses rapports avec les maladies contagieuses et les maladies par infection , les mêmes résultats qu'elle a donnés a sa première et à sa seconde époque.

De tout cela que pouvons-nous conclure ?

Sans hÀiter , que la fièvre jaune n'est pas une maladie essentiellement contagieuse , car elle a avec les affections de cette nature trop peu de traits de ressemblance. Mais peut-on dire qu'elle est une maladie essentiellement par infection? Non , si l'on veut en faire une maladie particu- Fière, une maladie sui generis; oui, si on veut la regarder seulement comme Je maximum des

maladies de cette nature (a).

{o) L'on doit se rappeler que j'appelle maladie par in-

La première opinion a ele et esl encore soutenue par de$ médecins du plus grand mérite , fondés presque uniquement sur ce que les inaladies par infection ne sont pas contagieuses ; tandis que, disent-rils, la fièvre jaune Test esseutiellement. Comme je viens de démontrer que cette dernière partie de leur, raisonnement est une erreur, leur opinion s'écrouledanssa base, et dèslôrsildevient.inutilede la combattre. La seconde opinion , qui est aujourd'hui généralement adoptée , me semble vraie de tout point. En effet, la fièvre jaune a la même cause, les mêmes symptômes , la même, marche et les mêmes terminaisons que les maladies par infection ; elle laisse enfin sur le cadavre de ses victi» mes les mêmes lésions organiques, i*". La même cause , l'action des particules infectantes sur réco« tiomie animale, a"". Les mêmes symptômes^ ceux qui caractérisent un éréthisme général, et surtout ceux qui caractérisent une grande irritation des voies gastriques, à la première période; à la seconde , ceux qui sont propres à Tataxie; ceux de la troisième , annonçant la suppression des forces. Quant aux deux qui sont caractéristî-' ques delà fièvre jaune, l'ictère et le vomisse-

feclion, les maladies dites vulgairement fièvres intermittentes , rémittentes bilieuses , etc.

ment de matières noires , ils ne se présentent pas avec la même gravité dans les autres maladies par infection ; mais cependant ils s y pré* sentent. La teinte jaune n'est point aussi foncée ; souvent elle ne se manifeste que dans les yeux , mais il est bien rare qu'elle ne s'y mani^ festè pas. Les matières rendues par le vomisse* ment n'acquièrent jan^ais ce noir et cette densité da marc de café; mai», généralement jaunes, elles deviennent très-souvent d'im vert foncé y :couleur. ordinaire de celles qui sont rendues dans la fièvre jaune. 5®. La marche est la même ; la fièvre jaune et les autres maladies par infection sont sujettes aux mêmes change* mens : dans la première seulement tout est plus rapide. 4''* L^s terminaisons sont égale* ment semblables; généralement sans crises, elles en ont quelquefois par les sueurs , un peu plus souvent par les selles, ô"*. Enfin, j'ai fait voir plus haut que les lésions trouvées sur les cadavres , existaient principalement danâ les voies gastriques, soit après la fièvre jaune/ soit après les maladies par infection. Toutes ces ressemblances ayant été exposées dans une foule d'ouvrages , je crois inutile d'entrer ici dans aucun détail; il me suffit de les avoir indiquées, pour que la justesse de cette seconde opinion soit prouvée en partie : pour la prouver entiè-

rement , il ne me reste plus mâinteiiant ^\ iatre connaître le rôle qu'une haute tempénture joue dans la production de la fièyrejaime.

Pour la production de la 6èvre jaone, m haute température agit de deux manières : i<>. elle active les centres de putréfiiction^ et augmente I par ce moyen, la densité des particBles infectantes; mais ce n'est là qu'une adioD très»secondaire et qui peut être engendrée pai d autres causes; a^« elle donne aux 'm^vàn une prédisposition particulière , et c est là son action essentielle. Comment la produit-elle!

c'est ce que je n'essaierai pas de détenniner; mais qu'elle la produise c'est ce qui nous estdémontré par une foule dé raisons.

i\ Toutes les maladies^ quand elles naissent sous les climats chauds, sont toujours plas ?io lentes que quand elles naissent dans les contrées froides ou tempérées : une égratignure, qui à Paris peut à peine exciter une légère inflammation, suffit quelquefois aux Antilles pour déterminer un tétanos.

2^. Dans tous les climats , les mêmes maladies sont beaucoup plus intenses et ont u^^ marche beaucoup plus rapide en été qnc'^ hiver.

5^. Quand , après une grande cbaleuf; i s'élève un temps frais , les malades atteints de

io5

là fiètrè jautié ou de td&te aiitré maladie par infection , éprouvent dans leur état une amélioration sensible I et ce qui prouve que cette amélioration n'est pa$ due feulement à la di«* minution des particules iilfectantes dégagées par I^s Centrés de putréfaction , é'e^t qu'elle s'opère lorsque lé changement de térilps arrive dans uii lieu sain où lés ntialades ont été

^ transportés, aussi -bien que lorsqu'il arrive dans le lieu infect où les malades ont pris le germe

, de leur maladie^ et où ils sont encore.

4^. Les babitans des Antilles sont expôséd

, seulement aux fièvres interniiitteates , aux ré-

, mittentes bilieuses, aux dysenteries et aux ty«* phus y quand la fièvre jaune règne pour les étrangers non acclimatés. Ces mêmes babitans ^

, s'ils vont séjourner long-temps dans les régions

, tempérées, à leur retour dans leur pays, peu-»

I vent être frappés de la fîèVre jaune.

I S''^ Dans quelque pays que se déclare la fièvre jaune , elle atteint les individus qui l'habitent dans le moment , avec d'autant pb^ de facilité

( et d'autant plus de force qu'ils habitaient aupa*^

^ ravant sous un climat plus froid.

^ &". Enfin, les habilâns de^ pays froids peu^ vent eux-mêmes, en s'habituant peu à peu à la température des climats chauds , perdre la dis*

position qu'ils avaient à contracter la fièvre jaune.

Toutes ces observations ^ si constamment répétées qu'elles sont connues du peuple dans les pays oit règne la fièvre jaune, si vraies qu elles n ont été révoquées en doute par aucun médecin; ces observations, dis-je, tendent éprouver, dune manière évidente, que Taction principale de la chaleur , pour la production de la fièvre jaune, consiste à imprimer aux individus une prédisposition ps^rticulière. Elles Il ont cependant pas. paru sulSisantes à tous les médecins., et on a élevé quelques objections à ce sujet. Pourquoi , dit-on , si la haute température n'est que cause prédisposante de la fièvre jaune, cette maladie se montre-t-elle sur quelques personnes le jour même de leur arrivée dans le pays où elle règne ? Parce que , pour arriver dans ce pays , il faut que ces personnes supportent en route des chaleurs trèsfortes ; parce que la nourriture salée dans les vaisseaux, les fatigues du voyage, et la crainte même de la maladie, les disposent à la contracter; parce qu'enfin ces personnçs viennent d'un pays plus froid que celui où elles arrivent ; car , dans le cas contraire , elles sont entièrepaent à l'abri de la maladie.

Pourquoi , dit-on en second lieu , si la fièvre

jaune n'est que le maximum des maladies par infection , et si ce mxiximum est déterminé par Faction d'une hante température , cette maladie se Tnontre - 1 - elle pendant certaines années qui ne sont pas soumises à une chaleur trèsélevée; tandis , au contraire , qu'elle ne se montre pas pendant d'autres années soumises à une chaleur excessive? Parce que dans les premières la * chaleur est forte, continue et soudaine , tandis que dans les dernières elle ne lest pas. C'est là une faute que l'on a commisse' généralement , de' ne considérer dans là

température, relativement à la {iroduclion de

]a fièvre jaune , que son degré d'élévation , et cette faiite mérite d'être relevée. '

Si 'une forte chaleur suffisait pour prédisposer

les individus , lés maladies seraient', en été,

très-souvent aussi violentes à Paris qu'aux Antilles; car le thermomètre s'élève sfouvent à Paris autant qu'aux Antilles. Les choses lié se passent poiiit ainsi cependant ^ parce qu'à Paris les chaleurs ne sont janïais continues ; et que, lors même qu'elles dù'i^ent plusieurs jours i leur action est interrompue et détruite par la fraî^ cheur des nuits ; tandis qu'aux Antilles, ces chaleurs continuent plusieurs mois au même degré^ et ne s'affaiblissent que très-péu pendant les nuits. Et ce qui prouve mieux encore que la chaleur

ao6

n^agit pas seulement par son élévation , mai> qu'elle agit encore p^r sa cpntinuité , c'est l'époque de l'apparition de la fièvre jaun^ dan^ les climats tempérés. Ce n est point seulement quand le thermomètre sy est élevé très-but que se montre cette maladie , mais bien quand il est resté long-temps à ce degré d'élévatioD; aussi l'y voit-on rarement paraître avant la fin de rété f et quelquefois elle ne commence qu'en automne.

A I élévation et à la continuité d.e la température , pour déterminer la prédispositiou des individus h contracter la fièvre jaune ^ il ûct qu'il se joigne une troisième condition : c est une certaine soudaineté dans l'action de cet agçnt. L'homme est organisé de telle manière que tOMt changement subit dans son économie lui devient funeste^ quelque léger qu'il soit; taqdis qf^fi, lors même qu'il est extrême , il peut le supporter sans danger , pourvu quil s opère d une manière inae^sible. C'est, d après cette loi bien connue de la physiologie que Ton explique pourquoi iw grand nomb^re d'£ih rppéens^ arrivés aux Antilles pendant l'hiver, .ne sont pas même attaqués de la fi.èvre jaune quand elle se.déda^e, tandis que tous ceux qui y .arrivent pendapt î'étq y succombent. C'est çAçprp ^ après çettiB loi que l'oix conçpi^t très-

bien comment la cbide«r {leut 8*)âlerer trèsr haut ^ et contiauer très-long-temps dans les climats tempérés ^ «aos it}tte Jb fièvire jauoe se déclare, du moiiis d'une manière épîdéiii^pei;

car , dans ce cas , si la chaleitf fxtxrre insensibleaient y les individus ont le tempe^ qu'on me

pardonne cette expression , de sacdimater

dans leur propre pays.,

La réunion de ces trois couditions. de la

température, 1 élévation, la ooAtinciité et ia I soudaineté de son action ^ sont nécessaires pour

.changer Tidiosyncrasie des individus , et les

rendre .aptes k co%te*acter la .fièv.te jaune ;

mais il n'est nullement besoin qu eUes se pné- ' scAtei^t toutes avec un même degcé de force ,

et ellespeuKeot, jusqu'à un certaipipoiot , se re^-

placer enti:e. elles. C'est là. ce qui. nous expliqi:fe

p0w:q^oi., dans qudbjuès leas^ la fièvre jaune est ^ jiée:fire$quedèsleaipnent4^XéléYatiopdela

température ; pourquoi v dans qudL^^pies autres , ' elle aparu quoique cette élévation de latenpé- ' rature Q-^ùt pas étéArièsifwtejipourqwMieufin il ' en est dans lesquels la. «aoaladiea paru » quoique

cette élévation fut arrivée d'ane MaMièire

presque insensible. . : .

' C'est pour n'avoir pas étudié ces diversimodés ^ d action de! la tenipératu re i que Von a si' sonvent ' répété la deruière cbj ecûon qvie fai.pnéiswté^;

c'est en les faisant connaître , qu'on la détruit et que Ton explique un des phénomènes les plus curieux de la fièvre jaune ^ phénomène qui , opposé aux défenseurs de la nature contagieuse de cette maladie , les force d'avoir recours aux causes occultes^ ou ; pour mieux dire, d'avouer que leur système est insoutenable.

L'on fait enfin une dernière objection. Comment, dit-on, si la fièvre jaune est une maladie par infection, concevoir qu'elle puisse rester trente, quarante ans, sans paraître dans un pays, et s'y montrer ensuite périodiquement pendant un grand nombre d'années , ce qui est arrivé, par exemple, à Philadelphie , qui resta . exempte de cette maladie depuis 1 765 jusqu'à 1^3 , et qui » depuis lors , la> voit reparaître fprêsque chaque année ; et à Cadiir , qui en fui ravagée en 1761 , en fut libre ensuit!? jusqu'en i8bo^ et qui i depuis cette dernière époque , a vu rarement passer un été sans en être plus ou YQOins infestée ?*

1 f. Je pourrais d!abord diGihiander à mon tour çofnment'Ce phénomène peut s'expliquer en adn^ttant la nature contagieuse de cette maladie ; comment on peut concevoir que les relations des deux villes que j'ai prises pour « exetnple, n'ayant jamais ces^é avec les Antilles, . où'la'fièvre jaune règne toujours , soit dans les

unes , soit dans les autres ; comment^ dis-je , on peut concevoir qu elle n'y ait jamais été impor-^ tée dans le cours de trente ans ; et que depuis c^Ue Vy soit chaque année , quand la cho$e est devenue plus difficile par les mesures de pré^ Caution que Ton a prises^ Cette objection> com-» me beaucoup dautres ^ demeurerait sans ré* ponse \ mais' il ne s'agit point en ce moment de prouver la fausseté du système de la contagion, c'est ce que je ferai tout à Theure ; je veux seule** ment démontrer ici que^ par les lois de Tinfec* tion> on explique tous les phénomènes que pré- Sente la fièvre jaune, et ce n est pas certainement ce dernier qui mettra obstacle à mon dessein.

Pour que la fièvre jaune puisse se dévelop* per , outre l'action d'une température élevée , continue etsoudaine> il faut l'action desparticu-* les infectantes, qui ne peuvent êtrciengendrées que par un centre de putréfaction : ce centre de putréfaction ne peut, à son tour, exister qu'autant qu'une matière putrescible dissoute dans une certaine quantité d'eau , et frappée de l'air, peut être mise en décomposition par.

l'action du calorique ; lors même que ces con^ ditions existent , elles peuvent être rendues nulles par la présence des vents, par des pluies abondantes ; leur action peut être empêchée ou favorisée par les changement survenus dans

dto

les habitudes du peuple, dans ses relatioos commerciales , dans la population et Tassiette de son pays , les constitutions atoiosphériques qui y régnaient auparavant y etc. ; et , au travers de toutes ces circonstances qui, quoique naturellement accessoires , peuvent si souvent devenir essentielles I qu'y a-t-ii d*étonnant que lescoDditions requises pour la naissance de la fièrre jaune restent long*temps à se réunir , et qù'ooe fois réunies elles continuent pendant plusieurs années ? Les faits sur lesquels repose lobjection sont-ils d ailleurs bien exacts? Xen doute. Je crois plus volontiers que la fièvre jaune s'est montrée plus ou moins souvent dans le laps de temps que Ton dit avoir été exempt de ses ravages , mais qu on n'y a point fait attention y parce qu elle se présentait d'une manière sporadique, qu'on la confondait avec des rémittentes bilieuses très-intenseS| et qu'enfin, ni les idées du peuple, ni celles des médecins, n'étaient tournées de ce côté. Ce n'est là, du reste , qu'une opinion que j'émets , sans pouvoir en démontrer la vérité; j'avoue même que les faits qui font la base de cette dernière objection sont très-possibles; et c'est pour cela que j^i consacré quelques lignes à faire voir qu'ils ne se soustraient nullement aux lois générales de rinfection.

Diaprés les détails que j'ai donnes sur led phénomènes qui caractérisent la fièvre jaune; ct*après l'examen que j'ai fait de ces mêmes phénomènes, et les considérations générales dans lesquelles je suis entré relativement à plusieurs d'entre eux , je crois pouvoir résoudre la question que je me suis proposée en commençant ce chapitre I et pouvoir alSirmery sans crainte d'être démenti , q«e la fièvre jaune est une maladie essentiellement par infection; mais cette vérité étant admise , il s'élève une seconde question ^ peut-être non moins importante que la première. La fièvre jaune étant une maladie essentiellement par infection, ne peutelle pas devenir accidentellement contagieuse? Telle est cette seconde question : je vais essayer de la résoudre dans le chapitre suivant.

Preuves dé la non contagion de la fièvre jaune.

Si l'on se rappelle ce que j'ai dit de l'infection » on verra qu'il ne suffit pas^ pour prouver qu'une maladie est contagieuse^ de montrer des exemples d'individus atteints de cette maladie après s'être approchés d'autres individus déjà atteints eux-mêmes ; qu'il faut encore , ^ quand cette approche a eu lieu , que les pre^ miers malades ne fussent plus soumis aux causes qui les avaient infectés ; car^ dans ce cas ^ rien

ne prouverait que ce ne sont pas ces mêmes causes qui ont engendré aussi la maladie des derniers f et il serait même plus naturel de les en accuser que d'admettre dansce cas une nouvelle cause qui nous est tout* à- fait inconnue, et dont la supposition est entièrement inutile. En me servant d'autres expressions , et me renfermant dans mon sujet , pour prouver que la fièvre jaune est contagieuse , il faut montrer que les individus qui en sont atteints peuvent la transmettre , même quand ils ne sont plus soumis à l'influence d'un foyer d'infection. Le peuventils ? C'est par des faits que je vais répondre à cette question.

Les Antilles tiennent, sans contredit, le premier rang* parmi les pays soumis à la malheureuse influence de cette maladie; et parmi elles f Sàinte-Lucie se distingue encore , en ce qu'elle y est soumise toute Tannée, et en ce que la maladie y est très-violente : cependant tout auprès, il est un lieu qui en est toujours exempt, quoique conservant avec elle des relations constantes. Voici comment s'exprime M. Pugnet ; a La fièvre jaune né/règne cepé'ndant point, même durant la saison automnale, dans les lieux qui ne sont pas soumis aux mêmes causes d'insalubrité, c'est-à-<lire , où la chaleur humide ne trouve aucune substance

putrescible qu'elle puisse dissoudre et répandre dans Fatmosphère environnante. Je n'ai vu aucun des Français arrivés avec nous. la contracter dans le gros il et situé yîs*à-^vis le bourg du même nom. Cet ilet, ainsi appelé parce qu'il est un peu plus étendu et un peu plus élevé que les autres^ offrait un asile assuré contre eUe. Chaque mois on renouvelait la portion de troupes qui y faisaient le service militaire^ chaque mois cette portion revenait saine et intacte. Nous n'avons pas seuls Êiit cette observation ; elle nous avait été transmise par les habitans de Sainte-Lucie y comme un fait annuellement constaté (a), n

Après Sainte-Lucie , la Martinique est peutêtre TAntille oii la fièvre jaune commet le plus de ravages : cependant Savarésy nous apprend que le quartier Ste.^Anne, qui est trèssec, et ou la végétation n'esl pas riche comme dans les autres cantons de File, est très*sain^ et que la fièvre jaune n'y parait jamais (6)^ Ce même médecin dit que y dans les hôpitaux de cette lie , les malades de fièvres simples y de diarrhées, d'affections chroniques, étaient pêlemêle avec ceux de fièvre jaune , et qu'il ne put jamais recueillir une seule observation qui

{a) PUGNET , p. 342.

(6) Savaaésy , p. 181..

1 autorisât a soupçonner la contagion. Les lits de ceux qui mouraient étaient occupés par de nouveaux arrivans atteints de toute autre mala* die, leurs vétemens étaient pris par des hommes bien portans , et cela ne lui fonrnit aucun £ut pour le^ constater (a).

St.-Domingue est une lie très-malsaine dans beaucoup de ses parties; la fièvre jaune y règne presque toute l'année d'une manière sporadi* que, et s'y déclare quelquefois a^ec une violence extrême : cependant, même dans ce dernier cas j les Européens nouvellement débarqués se mettent à labri de ses atteintes en allant habij:er les Mornes. M. Dalmas dit : « J'invoque ici le témoignage de tous ceux qui ont ùài ipér que séjour aux Antilles, et qui ont été à même d y observer la fièvre jaune* Jamais elle n'y a été considérée comme une maladie susceptible d être propagée par le voisinage et le contact J'ai vu , dans la guerre de l'indépendance amé* ricaine , plus de trois mille malades répandus dans les di£férens hôpitaux qui environnaient le cap.; la fièvre jaune se montra plus ou moins dans tous, sans acquérir dans aucun le caractère contagieux. A côté d'un homme mourant de cette maladie, on en voyait un autre atteint

(<l)SAyARÉST, p. i5i.

d*une dyssenterie f ou d'une fluxion de poitrine , sans que ce voisinage parut influer eoi. rien sm son âal. Il en a été de même, lorsqu'en 1 7gr3 la Franee envoya quelques régimens à Samt <- Domingue y et en 1796, lorsque les Anglais ont débarqué cinq pu six mille hommes de troupes européennes dans cette colonie ; la fièvre jaune en a moissonné ,. il est vrai , le tiers en six mois ; mais à cette époque ^ comme à celles qui l'avaient précédée ou qui l'ont suivie , les régimens qui étaient depuis long4emps à Saint-Domingue , quoique soumis à la même discipline , quoique logés dans le$ mêmes casernes , q^ique soignés, Jorsqu'ils étaient malades, dans les mêmes hôpitaux, n'en OM point eu à souffrir. La même chose est arrivée aux lies du Vent , lorsqu'à différent tes époques les généraux Gray et Abercombrie, Richepanse et Joyeuse , y ont abordé avec des troupes (a). »

Si je voulais passer en revue les autres An* tilles, dans tooies je trouverais des fiaiits parfaitement semblables : j'ai choisi Sainte-Lucie, la Martiffiqw et Saint-Domingue , parce que ce sont celles qui ont la réputation dètre le plus funestes par la fièvre jaune* Les exemples que

(a) Dalmas, p, 32.

âi6

j*aî rapportés nous oiU été donnés par des servaleors exacts et dignes de foi ; ils prouvent la non contagion de cette maladie d'une manière évidente , car ils répondent à toutes les objections. Je laisse de càté la preuve que je pourrais tirer de œtte communication entre des malades d'un même hôpital » sans que ceux qui sont atteints de la maladie la transmetteDt à ceux qui ne l'ont pas : on pourrait m'objecter que les individus non atteints étant acclimatés, ne pouTaient pas être frappés; d'ailleurs, j aTOoe que quand ils l'auraient été , je n'aurais pas cro la contagion prouvée/puisque, dans tout hôpital où se trouvent beaucoup de malades i surtout quand cet hôpital est mal situé ^ je n'ai pas besoin d'accuser la contagion pour la naissance de^ la fièvre jaune. Mais que le gros Uet , que le quartier Sainte-Anne , que les Mornes, ne voient pas naitre la maladie, ce sont despreu* vesîrrécusables; il y a entre les lieux sains eties lieux infectés, des communications constantes; le trajet qui sépare les uns des autres estbeauconp trop court pour que le principe contagieux, s'il en existait un , pût perdre de sa force; enfio; on ne peut pas s'en prendre à l'habitude du climat , puisque c'est dans ces lieux que se ré^ fugient les étrangers; ou à Tidiosynçrasie i parce que, si Ton conçoit que trois ou quatre

individus ne sx>nt pas propres a cette maladie p il est impossible de penser qu'il en soit de même pour, tous, etquece soient prédsément ceux qui ne restent pas dans les lieux où règne la maladie, qui se trouvent 4^Hi9 ce cas : et méme^ en admettant la possibilité d'une pareille idée , on en prouverait la fausseté en miontrant que, quand quelqu'un des habîftans de ces lieux privilégiés c'est hasardé à aller dans le foyer de la maladie , il Ta priseet Ta rapportée avec lui, maistoujours sans* la côranMiniquer aux .autres. Lind nous offre uue&iule d'exemple^ pareils; je vais lui en empruiHer un qui est-m oe peut pas plus con-i cluAnt> et c'eqt par lui que je terminerai lapreuve de la non conta^n de. la fièvre jaune aux An< tilles*. «[YersJatinée i756>qoandon renvoya les Français i^ulrès de la NouveIle--Éco5se , ' un vaisseau idestiné pour laVii^inie, dans lequel ils étaient, fut pousse* par la tempête sur Antigoa : hommes., femmes et enfans, tout fut conduit au MonVâ-Hill afin qu'ils se remissent des Êitigues du voyage. Immédiatement après, une épidémie se déclara dans Tile. Nos ma« telots vivant dans le. Havre anglais , périrent en grand nombre; ils: étaientmoissonnés parla fièvre jaune et le flux; Dans le même temps, nos'ioldat^ composant la garnison de Monk's Hill i et les Français neutres , quoique arrivés

depuis peu de leur pays froid , jouissaient de la sauté la plus brillante > et se voyaient totalement exanpts dçs maladies si redoutables aiUeurs (a).

» A Antij[oa , la fièvre je^ne ne peut*eUe pas attaquer un officier ou un soldat de la garnison dé Mpnk's^Hill ? J'en ai parle à une personne qui a.ivBcu pendant long-temps dans Je Havre an^ais d'Antigoa; elle m'a dit avoir connu plusieurs Itommes de la garnison de Monk's« Hill attaqués de la fièvre jaune. Là-dessus je l'ai priée de l'assembler les circonstances qui avaient précédé leur maladie, et' surtout de s'informer s'ils n'avaient point passé la nuit quelques jour^ auparavant «dafo» des lieux bas ou: dans le Havren anglais. Sùr^le-cfaamp , elle s'est rappelée qu'à la même époque xs\i elle avait été frappée elle-même de la fièvre jaune, deux officiers de la garnison de MonkVHill l'avaient contractée, et s'en étaient trouvés at« teints de grand matin , après avoir couche pendant deux nuits de suite dans le Havre anglais. C'est alors que, réflécbissantsur le dan< ger qu'il y a de coucher dans des endroits mal* sains, danger dont elle n'avait eu jusqu'alors aucune connaissance, elle se souvint que pres^

(<i)LmD, p. 2i3t

que tous les hàbhans de MônkVHiU chez les^ quels cette fièvre s'était déclarée , ne Tavaienf eue qu'après avoir passé la nuit sur des terrains bas ^ les officiers de cette garnison ayant pour habitude de coucher dans des maisons du Havres singlais, où ils dînent et soupent {a), » '

Cest par ce fait convaincant que je me pro^ posais de terminer^ ainsi que je l'ai dit|Cequi est relatif à la non contagion de la fièvre jaune des Antilles, parce que^ réuni aux autres, il me sern* ble décider la question d'une manière concluant te : cependant je ne purs résister au désir d'en ci« ter encore un que me fournit M. BaUj^Topinion prononcée de cet auteur en faveur de la conta-^ gion , empêchera de jeter le moindre doute sur la vérité du fait. « Mon séjourà la Jamaïque, dit-il, m'a mis à portée de voir qu'indépendamment des sources de maladies propres aux Antilles , un vaste marais partant du voisinage de KingS'» tow^n , s'étendait au loin sur la belle route de Spanish-town. Ce marais concourt sans doute à augmenter l'insalubrité de cette première ville , qui: d'ailleurs est un port de mer; tandis; que Spanish* town, situé à plus de six milles du rivage , et à une distance considérable dea eaux stagnantes , voit souvent la fièvre jaune

(a) LiifD, p. 21 4*

dépeupler ses environs,^ sans qu'elle pénètre dans son enceinte (a). »

Si des Antilles nous |iassons à T Amérique septentrionale , nous trouverons que plusieurs

de.se3 états sont ravagés de temps à autre par la fîèvr^ Jaune; que, généralement sporadique, cette maladie y a été très-souvent épidémique; mais que tout prouve qu'elle. n'y a jamais été contagieuse. Examinons les faits de ses principaux règnes, et d'abord de celui qu'elle fît à Philadelphie et dont j'ai été témoin. Aussilot que l'on eut annoncé que la fièvre jaune régnait, beaucoup de citoyens de Philadelphie ^e retirèrent dans Ja campagne; cette émigration continua même pendant toute l'épidémie, et beaucoup d'individus déjà, atteints de la maladie avant leur départ , allèrent se guérir ou mourir dans tous les lieux des environs, sans qu'on ait pu en citer un seul qui eut communi* que la maladie à ceux qui lui avaient rendu des soins.

Quelques paysans appelés pour leurs affaires ou pour toute autre cause , à la ville , y contractèrent la maladie , quelquefois dans un séjour de quelques heures , revinrent mourir au sein de leur famille, et jamais ne propagèrent cette affection.

(a) Bally, p. 347,

On avait formé , comme je l'aï dit pluâ haut , dans la maison Bush-Hill , un hôpital très-bien situé et très-sain , dont je fus le médecin ; les praticiens de Philadelphie , qui dans ce moment ne voyaient que fièvre jaune ^ m'envoyaient indistinctement tous les pauvres qui se disaient malades , et j'étais obligé de les recevoir. Je puis certifier que je n'en ai pas vu un seul de ceux qui n'avaient pas déjà la maladie régnante , la contracter après leur arrivée, quoique respirant le même air ^ se servant des mêmes linges que ceux qui en étaient atteints, et qu'ils fussent souvent couchés dans les lits de ceux qui en étaient morts. '

Au moment où la maladie exerçait ses plus grands ravages , il arriva un vaisseau chargé des malades de l'hôpital du Cap^Français : les habi*tans de Philadelphie craignant que ces infortunés ne vinssent augmenter l'intensité de la maladie , se portèrent en foule auprès des autorités qui , pour leur complaire , furent forcées de faire éloigner le bâtiment qui était déjà dans le port. . Manquant de tout , accablés de fatigue , l'équipage et les passagers auraient péri infailliblement , si l'ambassadeur français , aidé de mon influence sur le comité de santé , n'avait obtenu la permission d'introduire les malades dans l'hôpital Bush-Hîll. Pour cacher

leur débarquement^ on leur fit remonter le Schuylkill, et on les plaça dans des baraques en bois que l'on fit coi;istruire autour de l'hôpital ; les salles , les corridors ^ et même les caves, étaient déjà pleines.

Un grand nombre de ces malades avaient été iiiitraillés; plusieurs avaient des blessures graves qui exigèrent des opérations majeures : je les pratiquai quand ils furent remis de leurs craintes et de leurs fatigues, par quelques jours de repos et par les soins les plus empressés *, près* que toutes furent suivies du plus heureux sue-" ces. Dans la suite , au fur et à mesure que quelque lit de Tintérieur devenait vacant , on le faisait occuper par un malade de Fextérieun tous ainsi entrèrent peu à peu , sans qu'aucun prit la fièvre jaune , ni avant , ni après.

A la fin de l'épidémie , le comité de santé de Philadelphie vendit à l'administration de notre gouvernement les lits , les effets , les ustensiles , en un mot tout ce qui avait servi, pendant le règne de l'affection , aux malades do pays. Les Français en étant déjà en possession f on ne put faire même les lessives or* dinaireS| et cependant la fièvre jaune ne reparut pas ; elle ne reparut pas même dans les années suivantes ^ quoique la maladie régnât dans t^hiladelphie > et que les militaires français

^e servissent toujours des m^es etfets.

Ces faits , dont tous les habîtans de Phila-^ ielphie constateront la vérité , ne peuvent laisser aucun doute dans i'espritj il est impossible ]ue tout homme raisonnable et de bonne foi >e refiise à avouer que , si la maladie eût été ::ontagieuse , les habitans des campagnes, et tous les malades de l'hôpital Bush-Hill , en* auraient été nécessairement atteints. Des feits parfaitement semblables ont eu lieu à New^ York , à Charleston , et dans toutes les villes les Etats-Unis où s'est montrée la fièvre jaune; es médecins contagionnistes les plus obstinés sont forcés de convenir que jamais elle n'a pu >e répandre dans la campagne. Valentin Sea« nan assure également que, pendant la forte épidémie qui désola New- York en 1795, l'hôpital de Belle-Vue se trouvant dans une belle position y aucun dea malades qui y allèrent sans ivoir la fièvre jaune ne la prit , quoique tous fussent couchés auprès d'autres qui en étaient léjà atteints.

Pour expliquer cette non propagation de la Sèvre jaune dans la campagne, on a dit qu'elle le pouvait se développer qu'au bord de la mer iX dans de grandes villes : on ne conçoit pas trop comment une maladie contagieuse pourrait requérir ces conditions ; cependant il fau-

aa4V

drait admettre que cela est, si, depuis que Von étudie la fièvre jaune, on n'avait pas des exemples du contraire; mais malheureusement il n'en manque pas. Le bourg de Patia, dans rAmérique méridionale , nous en offre un bien saillant : M* Leblond dit que ce bourg , situe dans la vallée de ce nom et à plus de cinquante royriamètres de toute. côte maritime, devient funeste, par la fièvre jaune, à tous les étrangers qui ont Timprudence de s'y arrêter pendant plusieurs jours; et, sans aller chercber si loin , nous n'avons qu'à nous rappeler que le$ épidémies qui ont désolé la péninsule depuis 1 800 , ont attaqué des villages assez distâns de^ bords de la mer ; on dit même que la maladie s'est montrée à soixante lieues à l'intérieur des terres.

Comme c'est principalement sur cette der-^ nière épidémie que les contagion nist es se fondent pour soutenir leuropinion, jesuis fâché que les circonstances ne m aient pas permis d'aller moi-même sur les lieux ; sans doute , n'y allaut qu'aprèscOup, je n'alirais pu faire, pour la connaissance des détails de l'épidémie , plus que nr'ont fait les commissions envoyées à ce sujet; mais l'étude des localités , et celle des.circon* stances physiques qui avaient précédé 1 épidémie, m'auraient certainement donné les moyens

le répondre, à quelques assertions coiitradic- :oires à tout ce que nous connaissons de prë- :is sur les caractères de la fièvre jaune; assertions d'autant plus importantes quelles, ont été ivancées par Berthe et M. Bally , et insérées '^lan&Jeur ouvrage ^ ei d'autant plus di|ficiles à " "éfuter querien.ne pent aider à celui qui Fen*- * reprendrait , le gouvémemeàt espagnol ayant- 'ugé utile de défendre tout écrit tendant à sou- '^ jenxr la non contagidn de cette maladie (a). ' ' 4iDsiy pctvé de* tout, «ecoors , je ne t tenterai "^néme pas la réfutation: qu'ils méritent; mais '* eorappellefai :que la maladie s'è^ manifeste- ' ' nent comportée pendant tout son règne comme -^^ me. maladie. par infection ; et puis je demaiide- ^^aLconsment , en admettant la contagion pen- -^lamt cette épidémie, oi^ peut expliquer certains aits rapportés par les auteurs mêmes que je :^dfensv de. citer ^ .

-^ ' i"". Le. chanoine Sanche^ prit la fièvre jaune ^- lans le quartier Ste.-Marie , conune je lai rap-*

^ ' (^) P5^a fiod^iguez Armesto , dans ua petit ouvrage

-î, ^ ntitulc :. OpsçrvajLîons sur Vépidémie quia régné à Ca^

^Jux^et ses empirons , durant la fin de Tannée i8oo, ayant

outenu (jue la fièvre jaune n'était pas contagieuse , fut

nîs en jugement et obligé de signer la rétractation de

pn opinion ; son ouvrage fnt brûIë comme contenant

^ les idées fausses et sédîtieuaes.

A Texception de certains cas où elle se borna aux seuls individus qui en emportaient le germe avec euX| elle ne s^étendit pas à la plus petite distance de la ville , quoique journellement on transportât des marchandises \ ou que nombre de personnes se répandissent des lieux où ré* gnait la maladie , dans les campagnes voisines.

A ces faits , je vais joindre, pour terminerla question , la copie d'un rapport £ait par les consuls de Livourne à sa majesté la reine d'Étrurie.

Pièce relative à la fièvre jaune de Lmum»

Messieurs les consuls en résidence à Li- Tourne sont priés, en vertu de la commission extraordinaire dont je suis chargé par sa majesté la reine d'Étrurie, de constater la vérité des faits consignés dans cette feuille , en ayant la bonté de la rendre authentique par leurs signatures

. Signé Jean Fabbroni , un des députa pour les finances royales , et envoyé extraordinaire.

Ce i". février i8o5.

La maladie pernicieuse qui excita les craintes des habitans de Livourne ^t les sollicitudes du gouvernement, aurait pu se dire éteinte dès le 3o novembre 1 8o4; mais eHe le fii't a{N^s, avec certitude , le 2 1 décembre , après la mort d'un

malade, suspect qui ^ ; âgé de quatre-vingts ans^ succomba à une pertiSrsanguine.

Pendant que cette ïnaladie régnait^ et dans la [vue de l'anéantir prQmptement et efficacement f on a pris toutes les mesures les plus convenables ^ même celles que Ton aurait adoptées contre la peste du Levant,

Une députation de santé fut, par ordre supérieur y cr^ée à Livourne ; elle s'occupa activement à séparer, tant dans la ville que dans ' les faubourgs , toutes les personnes qui parais-, saient frappées d'une semblable affection ; et depuis le i5 novembre jusqu'au 6 décembre* suivant, on parvint successivement. à réunir dans un hôpital provisoire , à cet effet expressément établi, un nombre total de cent soixantecinq malades.

Les malades furent assistés et traités selon les lois sanitaires, et aucun d'eux ne fut renvoyé chez lui sans, au préalable, que ses vêtemens eussent subi les fumigations d^usage , et cela après le temps de la quarantaine.

Les ustensiles , meubles et bardes de toutes les maisons où il y eut des victinaes ou malades de la maladie , furent également et rigoureusement purgés au lazaret, comme s'ils provenaient d'un bâtiment suspect.

Poiir plus grande sûreté , on a soumis à l'ob-

servation » à l'ëvent , «as fiimigations i et , aa besoin , à la combustion , les hypothèques d'artictes susceptibles qui se trouvaient en dépôt au Mont-de-Piété » ainsi que les vieilles bardes et chiffons existans dans plusieurs boutiques derevendeurSi chiffonniers et fripiers.

On a nettoyé^ au moyen des fiimigations muriatico- oxigénées , les chambres dans lesquelles habitèrent les personnes attaquées de ladite maladie; on a même enlevé le crépi, et enduit de nouveau les murailles; on a blanclii les parois , lavé les carreaux et planchers , et recouvert d'un nouveau vernis les ferremensel boiseries.

De semblables précautions ont été également prises dans les hôpitaux royaux de la ville, ainsi que dans celui provisoire de Saint- Jacques inaquai^wa, dans les casernes et les forts.

De ces diverses opérations faites avec soin, on a tiré les consolantes observations suivantes :

1°, Que, dans sa tendance vers le terme final de la maladie, on a remarqué une diminution progressive, laquelle semble indiquer queFinfection s'anéantit naturellement, et qu'elle ne fut point e'touffée ni suspendue par les secours àe

rî"". Que, dans le temps même où la maladie était dans la plénitude de sa force , on n^ Ta poiat vue s*ëtfindira dans les anciens hôpitaux ^ ea S0 commuf>îqiiai)Lt d'un' lit à l'autre, comme il arrive dans plusieurs autres maladies.

3*. Que certaines personnes, en sortant de Livourne i sans doute ^vec le germe de la maladie dans le sein, périrent de Tinfection à Pise, à Calci, etc., sans la communiquer dans ces communes.

4''. Que, sur la totalité des médecins et chirur*gîens exerçant à Livourne, trois seulement succoml^rent ; la cause de la mort de l'un d'eux est cependant douteuse.

S''. Que les religieux assistant l'hôpital Saint- Antoine , ainsi que les religieuses et servantes de l'hèpitul de Sainte-Barbe, ne furent poifit atteints 4^ la fièvre redoutée.

6**. Qu'aucun des trente-huit individus employés dans rfaopital Saint Jacques , y compris les médecins et chirurgiens, ne fut frappé de la maladie, et ne la gagna des personnes que l'on tenait en suspicion.

y"". Qu'elle n'attaqua nullement les ministres de la religion chrétienne qui donnèrent les dernières consolations aux mourans , soit dans ]a ville, soit dans les faubourgs, à l'exception

cependant du curé de Saint-Jean , qui en fut victime.

8". Que dans le nombre des Êsimilles notables affligées par la maladie régnante à Li vourne / on compte plusieurs veuves qui assistèrent affectueusement leurs époux jusqu'aux derniers instans de la vie ; quelques-unes en partageant sans cesse ayec eux la coucbe nuptiale : -c'est ainsi que firent les veuves Giovanelli , Brignole, Unis , etc. , et madame Peruzzi ; cette dernière se trouvait enceinte, et prête à accoucher.

Q**. On a de plus observé que les soixantedouze personnes employées au nettoyage des chambres et des lits , quoiqu elles se soient parfois trouvées couvertes des matières rejetées par les défunts , quoiqu'elles aient long-temps demeure sur les matelas qui leur avaient servi , et qu'elles en aient mis les laines à Tévent , n'ont point eu la maladie.

lo". Que les marchandises arrivées à Lîvourne, entre le mois d'août et celui de décembre ido4 , de l'Amérique et d'Espagne, toutes présumées susceptibles d'infection , à cause du lieu suspect d où elles provenaient , n'ont cependant pas porté la maladie dans les lazarets du port, et que particulièrement les cuirs velus de Buenos-Ayres furent maniés, pendant quarante jours au lazaret de Saint-Léopold,

;ans le moindre danger^ par quatre personnes.

1 1 *"• Qu aucun des gens de service parmi les forts des douanes royales de mer et de terre ^ aucun des employés à la bouche du port, ne périt de la nialadie.

I s"". Et finalement, qu'il résulte des registres

publics que le nombre des mort^, depuis août

à décembre i8o5, fut de onze cent cinquante ,

et que celui d'août à décembre 1804^ fut de

seize cent quatre-vingt-dix-neuf; ce qui forme

une augmentation de mortalité à peine de

trente-quatre dixièmes de personnes par jour ,

y compris encore ceux qui succombèrent à

toute autre maladie que celle pour laquelle

furent faites les précédentes observations et

enquêtes.

Le commissaire général de France en Étrurie, signé Colaud.

Tout ce que j'ai vu et su est rappelé dans cet écrit. Le consul des Espagnes , signé G-Vent.

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