‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 5 sur 22 · VIJ · texte numérisé non relu

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tion qui avait tout bouleverse dans la métropole^ vint se faire sentir dans notre colonie; elle s'y manifesta d'une manière épouvantable , et telle qju'elle devait être , en effets chez les nègres y dont les passions excitées par l'ardeur d'un climat brûlant ^ n'avaient pu encore être modifiées par les bienfaits de la civilisation. Le sang des blancs abreuva le sol de Saint-Domingue y et ce ne fut que par la fuite que quelquesruns parvinrent à se dérober au funeste sort qui les attendait. Je me croyais heureux, en me sauvant sur la Delaware , de dérober quelque or à l'avidité de nos assassins; mais mon bonheur fut de courte durée; nous fûmes pris par des corsaires anglais ; et ce ne fut qu'après avoir été dépouillés de la manière la plus barbare^ et contre tout droit des gens , que l'on nousr permit de continuer notre route pour Philadelphie , oii nous arrivâmes le 7 août

A peine débarqué sur cette terre hospitalière, encore accablé sous le poids du malheur, j'appris qu'un grand nombre

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dliabîtans de la contrée étaient attaqués

d'un mal de gorge si violent, que quelques-uns mouraient en peu de jours ; on ajoutait que cette maladie était contagieuse. Des militaires français en ayant été saisis • le consul de nôtre nation voulut former un hôpital pour les retirer; un grand nombre d'officiers que j'avais soignés au Cap, lorsque ma maison de santé avait été transformée en hôpital militaire, à l'arrivée des troupes que Louis XVI avait envoyées pour apaiser la révolte des nègres, allèrent trouver ce magistrat, et me peignirent à lui sous des couleurs si favorables,qu il me chargea aussitôt de l'établissement de l'hôpital projeté, dont bientôt après le ministre français me nomma

médecin en cnef. Malgré tous mes efforts,

je ne pus parvenir à remplir cette tâche honorable tout de suite, et je fus forcé de visiter les malades dans les maisons qu ilâ habitaient, et qui étaient répandues dans les divers quartiers de Philadelphie. Les courses auxquelles cet inconvénient iri'obiigea, me firent remarquer des habitans

de la ville ; et les succès que j'obtins me montèrent la confiance dé plusieurs d'entre eux.

Cependant la maladie , allant toujours croissant d'intensité , finit par changer de caractère, et il se déclara une véritable fièvre jaune. Le gouvernement se décida aussitôt à convoquer ( le 26 août) le collège des médecins, qui, presque sans délibérer^ arrêta ce qui suit :

tf Le collège des médecins , ayant consulté sur la fièvre maligne et contagieuse qui règne maintenant dans la ville, poiiic en empêcher les progrès, a arrêté de recommander à ses concitoyens lejs moyens sui-; vans :

» Art» I^- On évitera toute communication inutile avec les personnes atteintes de la maladie régnante.

n IL On mettra un signal aux poites et fenêtres des maisons où se trouveront des individus atteints de cette maladie. *

» IIL On placera les malades dans le centre d une chambre bien aérée ; ils cou-

cheroat dans des lits sans rideaux. On mettra le plus grand soin à entretenir autour d'eux une stricte propreté; à cet effets on les changera souvent de linge et de lit, et on laissera dans la chambre le moins dé temps possible, les matières excrémentitielles%

» IV, On formera, dansles environs de la ville, un hôpital grand et bien aérë, pour retirer les malades qui ne pourront se faire soigner chez eux.

» V. On défendra de sonner les cloches.

y> VI. On enterrera les personnes mortes de la fièvre r^nante, aussi clandestinement que possible.

)• VII. On maintiendra une stricte propreté et sur les quais et dans les rues.

» Comme le levain delà fièvre régnante peut %8Lister dans le corps sans produire la maladie; qu'il a besoin pour cela d'être mis en activité par quelque cause occasionelle , pour prévenir l'action de toute cause de cette nature , on pourra employer les moyens suivans»

» vin* On évitera toute fatigue , tant celle du corps que celle de l'esprit.

» TK. On ne restera ni debout ni assis sous Faction du soleil ; on fuii'àles courans d air; on ne s'exposera pas à Tair du soir.

^ » X. On prendra des vêtemens en rapport avec la température; il vaudra mieux pécher par excès en chaud que par excès en froid.

» XI. On évitera l'intempérance , mais on usera avec modération d^s liqueurs fermentées^ telles que le vin, la bière et le cidre."

» Le collège pense que les feux que l'on allume pour empêcher les progrès de la maladie, n'ont aucun effet, si toutefois ib n'en ont pas un nuisible; il çpprguve beaucoup le soin que l'on a de brûler de la poudre à canon : il croit que l'usage du camphre et du vinaigre doit être réservé surtout pour les chambres infectées; et que les personnes appelées par devoir à visiter ou à soigner des malades, ne sauraient en employer trop, soit en en met-

tant sur lears mouchoirs ^ soit en en portant dans de petits flacons.

" Sfgrtéy par ordre du collège ,

» William Shippen y \nn., président j » Samuel P. Griffitts , secrétaire. »

Cet arrêté^ mis à la connaissance des habitans par le moyen des papiers publics, porta à son comble la terreur qui régnait dans la ville. Les nëgocians, les ministres^ tous les chefs du gouvernement abandonnèrent Philadelphie; tous les liens du sang, tous les nœuds de lamitië furent rompus; Tami abandonna son ami; le fils, son père; le mari, son épouse; la mère, ses enfans; enfin, les médecins effrayés prirent eux-mêmes le parti dé3a fuite. Quelles graves réflexions ne fait pas naître un si triste événement !

Pourraix-on s'empêcher de blâmer hautement toute assemblée délibérante, qui se permet ainsi démettre son opinion, sans en calculer les funestes conséquences? et le collège des médecins de Philadelphie ne fut -il pas doublement coupable, lui

qui Qsa trancher sur le caractère ^ùn& maladie quaucun de ses membres n avait jaiiiais eu occasion d observer , et qui, par conséquent , leur ëtaït entièreniènt inconnue?

Dans cet état des choses, le maïré dé Philadelphie crut devoir appeler autour dé lui tous les habitans influens, et par leur fortune, et par leurs vertus; ils se rendirent à PHô tel -de -Tille; et là, rassemblés en comité permanent, sous la présidence de ce magistrat , ils durent veiltér au salut de leurs concitoyens. Leur première décision fui, d'après Favis dû collège de médecifae, de former un hôpital pour y rétirer et' soigner les pauvres, les quatre hôpitaux ordinaires ayant été fermés dés Tes cotrimencemens ae 1 epîdémie: à cet effet, on prît une maison nommée Bush-Hill, appartenant à'M. Hamilton, et qui, par son étendue et par sa sitiiatïon sur une hauteur, au nôrd-bùést dé la ville, sur un terrain sèc et fort aéré, était' hién propre à atteindre le but que Ton se proposait. On y nt transporter tout

ce qui ëtait nécessaire pour k transformer en hôpital; et l'on choisit quatre médecins, MM, Physick, Cathrall, Annan et Leib, pour visiter les malades.

A cette époque , le bruit de quelquesunes de mes cures s'étant répandu .dans la ville , le comité, instruit d'ailleurs que j'avais fréquemment traité cette maladie à' Saint-Domingue , crut de son devoir de me faire appeler ; je me rendis auprès de lui le i6 septembre, et j'y reçus l'invitation de joindre mes soins à ceux des quatre médecins dont je viens de citer le nom. Le lendemain , j'aillai à l'hôpital au moment de leur visite ; mais, quoique instruits des désirs du comité, ils refusèrent de m'adjoindre à leurs travaux. Aussitôt je communiquai ce refus au comité ; et , en le remerciant de la confiance qu'il m'avait témoignée, je le priai de me permettre de me retirer , et de me laisser paisiblement vaquer à ma pratique journalière; mes instances à cet égard furent inutiles ; il fut décidé que l'on partagerait l'hôpital en deux parties , et que , tandis que les qua-

tre médecins désignés feraient le service de lune , je serais seul chargé du service de l'autre. Je refusai cet arrangement pendant quelques instans ; mais le président du comité , après m'avoir représenté que mes secours étaient utiles , et parce que je devais parfaitement connaître le traitement de, la maladie qui les désolait , et parce que Iq public avait une grande confiance en mpi , m'ayant sommé au nom de ^humanité d accepter , Je le fis , et je donnai ma parole qu'il exigeait, de procurer à ses concitoyens tous les conseils et tous les secours qui seraient en mon pouvoir. Cette, seconde décision du comité ne plut pas davantage aux médecins de rhôpital ; ils me laissèrent' faire ma visite , mais ils refusèrent de faire la leur , et le lendemain ils donaçrent leur déniission. C'est ainsi que je me trouvai seul chargé de tout le service [a).

( ^ï ) Le iJocteur DufiSeld me fit manifester, par ïe maire , le désir qu'il avait d'étudier la manière dont je traitais la maladie ; il suivit en conséquence ma visite très- régulièrement, mais il ne fî t jamais aucune prescrip-

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Cette désertion des médecins du pays , au moment du danger ^ affecta péniblement le comité y mais ne fît qu augmen ter sa sollicitude pour ses concitoyens.

En m'en faisant part y les membres qui le composaient me demandèrent de nouveau l'assurance que je ne les abandonne* rais pas ; j'avais donné ma parole, et cela suffisait pour que leurs nouvelles instances me parussent inutiles. Mais quand même je ne Taurais pas donnée, quand j'aurais eu la certitude de trouver la mort en remplissant les fonctions que Ton me proposait, le désir d'être utile et de prouver ma reconnaissance aux babitaqs de PbiladeU

pbie , m'aurait empêcbé de reculer devant une tâche aussi terrible. Dans toutes le$ parties des États-Unis , le peuple s'était empressé de prodiguer ses secours (a) et ses consolations a tous les réfugiés de

tion : je jie puis que rendre justice à la manière délicate avec laquelle il se comporta toujours envers moi.

( a ) Dans toutes les parties des États-Unis , on fit des collectes pour fournir aux besoins les plus pressans des rijfugiés de Saint-Domingfie ; si je n'y eus point racours ,

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