‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 7 sur 22 · XXIJ · texte numérisé non relu

XXIJ

Je crus alors devoir renouveler ce que j Savais dit en 1794 y et j'écrivis au gouvernenéur de Pensylvanie pour soutenir ma première opinion (a). Ma lettre ne fit pas

( a ) DElf^EZE , médecin en chef du gouvernement fran'-^ çcuLS à Philadelphie , et ancien médecin de Vhôpital de Bush-Hill , à son Excellence M. MifEin , Gouver^ neur de Vétat de Pensjlvanie.

Mo N SIEU R ,

« Les principes d'humanité qui doivent guider tons les hommes , la confiance dont vos concitoyens m'ont honore en 1793 , Tétat alarmant oii se trouvent les habitans de Philadelphie y tout me lait un devoir de vous soumettre mes réflexions sur la maladie qui cause tant de terreur aujourd'hui.

» Les mots ^e fièvre jaune et de contagion répandent Teffiroi de tous cotés; tel individu , attaqué d'une fièvre qui n'aurait eu que des suil«S;peu dapgereiises, devieet la proie d'une maladie , rendue mortelle par l'effet de la terreur. Cette crainte , à laquelle les hommes les plus courageux ne peuvent pas toujours "se soustraire, s'em— pare des parens et des amis du -malade , t[^ l'idée de la contagion éloigne , et 1^ pialheureu^c ,'|trrvé:des secours et des consolations si nécessaires à ^son état , périt dans le désespoir., victime d'un mal dbiit if eut guéri, dans

les hr^s, de .'ses amis Ov: de ses parens, «'ils avaient <pu se livrer s^ns craintç aux impulsions de leur coeur.

» Je ne chercherai point à combattre ici l'erreur de

d'abord beaucoup d'impression , et encore je nie trouvai être à peu près seul de mon avis. Ge ne fut que quelques années après que divers médecins osèrent l'adopter ^ et

ceux qui regardeut la maladie comme contagieuse : les faits quLe y 91 rapportés dans^les observations que j'ai publiées à. ce suj/ety. sont trop évidens pour avoir besoin d'être étayés par de nouvelles preuves; et vous en serez convaincu vous-même , monsieur , en jetant un coupd'œil sur l'exemplaire que j'ai l'honneur de vous adresser, et qu'il serait très-futile de &ire connaître au public^ afin d^ le. tsanquilliserv

. » Je sais, monsieur , qu'on ne détruit pas facilement un préjugé. Cependant il se trouve des personnes assez franches, jponr abjurer leurs ecre^urs , et qui savent céder à l'évidence, sans passer par les. détours que la prévention et un faux amouf-propre afiPectent de suivre. Qu'il n^e soit permis.de.le dire ici ;• il estda devoir des officiers de santé d'avoir le courage .et la probité d'éclairep leurs e(Uicitoyen&, de. combattre leurs préjugés , et de des délivrer de la terreur , au lieu de les en accabler' par les peintures, aussi .faosses que terribles , que quelques-uns fout journellement d'une .contagion qui n'existe pas^

u Lorsqu!uiie. épidémie, menace un^ lieu quelconque , le magistrat doit s'entourer des. médecins , afin d'aviser aux. mpiyens de combatti^e la maladie >. et de secourir les in^igeus. Vous av^ez rez^pli c^ devoir , monsieur. , avec cet empressement qui ca^acDécise votre vigilance et votr^ loUiâtude gatçrnellç i xqais. ViÇlis, ajiriez besoin de^ cwigé^

que plusieurs ëcrivirent pour motÎT leur changement ; leur nombre s accmft insensiblement ^ mais cette opinion ne dé^ passa pas le nouveaucontinent; et, lorsqœ

r^tean /et cfest au bureau de santé que tous avec confié les détails et l'exécutioa des mesures générales. Je rends justice aux Tues bienfaisantes des citoyens qui compo— beat ce bureau ; mais les mesures qu'ils ont adoptées sont tout-à-fait contraires aux principes d'humanité ^i les animent, et cette association d'hommes ve rtu e ux peut devenir plus dangereuse au public , que ne Test la maladie elle-même , par l'effet de ces mesures qui se seraient pas même tolérables » en supposant que la maladie fàl contagieuse.

M En effet , monsieur , rien n'est moins raisonnable que les publications journalières qui remplissent les pst— piers publics , et qui grossissent les dangers réels de la maladie ; l'exposition d'un pavillon jaune sur les maisons 011 se trouvent des malades , la fermeture des rues de tout un quartier de la ville , M enlèvement forcé àxA citoyens 9 tout cela répand l'épouvante dans tous les coeurs^ et porte au désespoir les citoyens qui se voient arracher de vive force des bras de leurs femmes et de leurs en/ans » pour être conduits dans un lieu éloigné , et hors de la vue et des soins de tout ce qu'ils ont de plus cher au monde , pour être placés avec deà inconnus , et entre des morts et des mourans , dont ils craignent à chstquc instant d'augmenter le nombre.

» Une pareiUe idée révolte l'humanité ; cette mesure

k fièvre jaune parnt en Elâpagnâ en 1 8dô , ce furent les idées de contagion qai pré^ valurent dans le pays. Des médecins françaisfurent envoyés sur les lieux pour étudier

me paraît aussi contraire aux droits naturels de l'homme en société , qu'elle est barbare et inhumaine ; et elle va derenir la source des plus grands malheurs , si elle n'est bientôt réprimée. Chez aucun peuple , nulle loi n'a en* core prescrit la séquestration , hdrs du cas dé crime : en est-ce donc un , d'être malade? Chez les Turcs mêmes , où la peste est si fréquente et presque habituelle , une pareille idée n'a jamais été connue : à Marseille , lors de la déplorable peste , elle n'est jamais venue à l'esprit dWon magistrat; elle eût fait fréihir la nature. Et c'est dans une contrée^ libre qu'une détermination aussi révoltante serait le résultat de la décision de cinq ou six médecins ! Il y a de quoi faire fuir loin d'un pays qui se croirait libre avec cette sorte de liberté.

» Déjà la ville n'offre plus qu'nn aspect lugubre ; la plupart des maisons sont fermées ; le commercé est suspendu; les onvriers vont âe trouver sans travail et sans pain; les marchés seront dépourvus , parce que la crainte retiendra les habitans de la campagne qui les approvi-^ sionn^nt ordimitement.

» Les citoyens fuient de toutes parts , et ceux qui restent ont le coeur oppressé ; la crainte de la prétendue contagion les tient dans une perplexité qui les empêche de dormir et de digérer , ce qui doit les conduire à un état de crudité qui facilite le développement de la fièvre ,

les caractères dé la maladie^ .arrivèrent trop tard , et, sans avoir vu un seul malade , vinrent en France , dans un ouvrage très-bien fait d'ailleurs, propager les idées

dont on va vainement chercher Torigine dans la com— niunication des bàtîmens avec les colonies -

« On voit y de toutes parts,, des chariots chargés de^ meubles entassés- sans ordre, qui annoncent la précipi-^ tation avec laquelle les. citoyens quittent leurs demeures pour fuir dans les campagnes-; des mères. éplorées emportant leurs no urrissona suçant en* vain un sein flétri , où la nature épuisée par l'eârm ne fournit déjà pins qur quelques gouttes d'un lait mal élaboré. La terreur , n'en douiez pas , causera la mort de cet inaocent qui^ aprèsavoir déchiré par ses cris les^ entrailles, de sa trop malUeiu'euse mère , l'entraînera avec lui dans le tombeau , oii le përe et l'époux , accablés de chagrin , netarderont peut-être pas à le suivre.

» Cependant la foule grossit dans les. campagnes , m les liouunes entassés et privés des commodités ordinaires dç leur s. habitations, sont exposés aux intempéries du temps , auxquelles ils ne soat pas accoutumés ,. ni an nouveau genre de vie qu'ils, sont forcés d'adopter , tom^ beat malades, et seront victimes de ces causes naturelleàque l'ignorance ne manquera pas d'attribuer encolle k ]» contagion; alors les malheureux, abandonnés- comme à la ville, périront dans le désespoir,, et les campagnes seront bientôt désertes; comme la ville , elles attesterontla barbarie d'un peuple qui , dans d'autres' momeuSi s& place au rang des plus éclairés dé l'uniivers^

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