‹ Traité de la fièvre jauneChapitre 18 sur 26 · GO NE POP, 1 À · texte numérisé non relu

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trouver de semblables pour la maladie dont je m'occupe. Je vais en rapporter deux faits :

M. *** arriva à Boston par la diligence ; 1] avait la fièvre jaune, et en mourut sans l’avoir communiquée ni à aucune des personnes avec lesquelles il avait voyagé, ni à aucune de celles qui l'avaient servi ou approché. La ville entière resta exempte quelque temps encore de cette maladie, qui ne se déclara guère qu'à l'époque accoutumée. M. ***, n'ayant pu être accusé de son importation, on jeta l'accusation sur la malle qui contenait ses effets , et qui était arrivée plus tard que lui.

Lors de l'épidémie de Livourne , un négociant ayant été atteint de la maladie, on pré-

tendit qu'elle lui avait été communiquée par

la maladie en démolissant un mur, y avaient trouvé des étoupes, on décida que ces étoupes avaient été amoncelées par des rats pendant la dernière peste qui avait eu lieu sept ans auparavant; et elles furent convaincues

ainsi d’avoir fourmi le virus nécessaire au développement

de la contagion.

Kirker raconte que , dans une ville d’ftalie, la peste fut apportée d’un pays lointain par un corbeau, qui venant tomber au milieu d’une place publique , communiqua

la maladie à des enfans qui le plumerent, et qui, apres l’a-

- voir ainsi prise, {a répandirent dans tous les quartiers.

une plume à écrire venue d'Amérique, et apportée par le vaisseau l’Ærna-Maria.

C'est ainsi que le système de l'importation qui, restreint à de justes bornes, a trouvé pour certaines maladies une juste application, de- Vient absurde quand on veut en pousser les conséquences trop loin. Dans aucun cas 1l n’est applicable à la fièvre jaune ; et cela est aujourd'hui si bien senti, qu'il ne trouve plus guère que ses anciens défenseurs , dont plusieurs même l’ont abandonné. Je termine ce que j'en avais à dire par quelques réflexions qu'a faites à ce sujet M. de Humboldit.

« Sous tous les climats, dit ce célèbre voyageur, les hommes croient trouyer une consolation dans l'idée qu'une maladie , que l'on regarde comme pestlentielle, est d’une origine étrangère. Comme des fièvres malignes naïssent facilement parmi un équipage nombreux, entassé dans des vaisseaux malpropres, le commencement d'une maladie date assez souvent de l’arrivée d’une escadre. Alors, au lieu d'attribuer le mal à l'air vicié que renferment

des vaisseaux privées de ventilation, ou à l'effet 9 à

d’un climat ardent et malsain sur des matelots nouvellement débarqués, on aflirme qu'il a été importé d’un port voisin dans lequel l’escadre où le convoi a touché pendant sa navigation

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d'Europe en Amérique. C’est ainsi qu’on entend

souvent dire, à Mexico, que le vaisseau de guerre qui a conduit tel ou tel vice-roi à la Vera-Crux, à introduit la fièvre jaune, qui avait cessé de régner depuis plusieurs années ; c’est ainsi que, peudant la saison des grosses

. chaleurs, la Havane, la Vera-Crux et les ports

des États-Unis s'accusent mutuellement de recevoir , l’un de l’autre, le germe de la conta-

gion. Il en est de la fièvre jaune comme du

iyphus mortel, connu sous le nom de peste

d'Orient, que les habitans de l'Égypte attribuent à l’arrivée des vaisseaux grecs; tandis qu'en Grèce et à Constantinople on regarde cette même peste comme venant de Rosette ou

d’Alexandrie (a). »

Je pense qu'il n'ÿ a plus rien à ajouter après

ces réflexions, et je laisse le système de lim-

portation pour indiquer que, partout où se montre la fièvre jaune, elle commence par les lieux les plus bas et les plus sales. À New-

York, les environs du Sund, lieu toujours

infecté, sont les premiers atteints. A Balti-

. more, c’est la pointe, où se rassemblent tous

les marins. A Charleston, la maladie débute au sud-est de la ville, dans la petité rue de

(a) De Huweozor, p. 356.

Linch, formant autrefois une baie, et comblée de terre fraîche. La rue de Water-Street, dont j'ai fait connaître la mauvaise position, présente les premiers malades à Philadelphie. Berthe nous dit qu'a Cadix la maladie se manifesta d'abord dans le quartier Sainte- Marie, le plus mal bâti, le plus pauvre et le plus sale de la ville ; qu'a Séville, elle se manifesta d’abord dans le bourg de la Triana, également le plus infect. L’épidémie de Livourne débuta par la vieille pécherie, où se trouvent beaucoup d’eaux stagnantes. En un mot, c’est dans l’endroit où se forment naturellement les premiers centres de putréfaction, que commence toujours la fièvre jaune; c'est une règle générale avouée par tous les auteurs indistinctement, et à laquelle on ose à peine opposer quelques exceptions, qui ne sont pas très-prouvées, ou qui s'expliquent très-bien par les circonstances qui les ont précédées ou qui les accompagnent. Enfin, cette règle est si généralement adoptée, que ce serait perdre son temps que de vouloir en prouver la vérité.

En résumant tout ce que je viens de dire & sur la naïssance de la fièvre jaune, savoir, qu’il est des cas dans lesquels elle a été évidemment le produit de l'infection; qu'il n’en est aucun qui prouve d'une manière exacte qu’elle soit née

sans cette condition; qu'aucune de ses nombreuses importations na pu être constatée; enfin , que partout où elle a régné, elle a débuté dans les lieux où se trouvait la plus forte putréfaction, je crois quon peut hardiment conclure qu'elle est toujours endémique ‘aux pays qu’elle ravage , et quelle rentre dès lors, par ce caractère, dans la classe des maladies par infection qui toutes présentent les divers phénomènes énumérés , tandis qu’elle s’éloigne complétement des maladies contagieuses qui ne naissent jamais d’une cause connue, dont on sait presque toujours l'origine, et qui se montrent d'abord dans les quartiers élevés comme dans les quartiers bas.

Un dernier caractère que présente la naissance de la fièvre jaune, c’est d’être favorisée par les affections morales. Ce phénomene, moins important sans doute que les deux précédens, mérite cependant d'être noté; car il repose sur des faits constans et assez nombreux. C’est apres de grands dérangemens dans la banque, et quand tous les habitans de Philadelphie avaient été alarmés pour leur fortune, que se déclara l'épidémie de 1703. L'épidémie de 1800 , à Cadix, avait été précédée de semblables malheurs; et celle qui ravagea notre armée de Saint-Domingue, en 1802, ne parut

que quand nos soldats, victorieux, purent r'éfléchir sur leur triste situation. Ce qui a été observé pour ces épidémies l'a été très-constamment pour les individus ; et c’est même une connaissance populaire, que les hommes pourvus d'une âme timide succombent presque toujours aux attaques de la fièvre jaune, qu’évitent tres-souvent ceux qui sont doués d’une àme forte et tranquille. Ce caractere que, comme le précédent , l’on retrouve dans toutes les maladies par infection, comme le précédent aussi ne se présente dans aucune des maladies contagieuses. Et, en résultat, sur trois phénomènes qui caractérisent la naissance de la fièvre jaune , il en est deux qui rentrent parfaitement sous les lois de l'infection , tandis qu'aucun ue rentre sous celles de la contagion. Voyons s’il en sera autrement dans la seconde époque de cette maladie.

De la propagation de la fièvre jaune.

Autant nous avons trouvé de différence entre les opinions relatives à l’origine de la fièvre jaune, autant nous trouvons d'unité entre celles qui concernent sa propagation.

Apres avoir commencé dans un point, elle y stationne plus ou moins long-temps, généralement quinze jours ou trois semaines; elle se

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