TER
On avait formé , comme je l'ai dit plus haut, dans la maison Bush-Hill, un hôpital très-bien situé et très-sain , dont je fus le médecin ; les praticiens de Philadelphie , qui dans ce moment ne voyaient que fièvre jaune, m'envoyaient indistinctement tous les pauvres qui se disaient malades, et j'étais obligé de les recevoir. Je puis certifier que je n’en ai pas vu un seul de ceux qui n'avaient pas déjà la maladie régnante, la contracter après leur arrivée, . quoique respirant le même air, se servant des mêmes linges que ceux qui en étaient atteints, et qu’ils fussent souvent couchés dans les lits de ceux qui en étaient morts. |
Au moment où la maladie exercait ses plus grands ravages , 1l arriva un vaisseau chargé des malades de l'hôpital du Cap-Français : les habitans de Philadelphie craignant que ces infortunés ne vinssent augmenter l'intensité de la maladie , se portèrent en foule auprès des au-
orités qui, pour leur complaire , furent forcées de faire éloigner le bâtiment qui était déja dans le port. Manquant de tout, accablés de fatigue , l'équipage et les passagers auraient péri infailliblement, si l'ambassadeur français , aidé de mon influence sur le comité de santé, n’avait obtenu la permission d'introduire les ma-
lades dans l'hôpital Bush-Hill. Pour cacher
AE + EE ARMES LU TOM PR AE TE AN AT ee ONE ni ;
leur débarquement, on leur fit remonter le Schuylkill, et on les plaça dans des baraques en bois que l’on fit construire autour de l'hôpital ; les salles, les corridors , et même les caves, étaient déjà pleines.
Un grand nombre de ces malades avaient été mitrallés ; plusieurs avaient des blessures graves qui exigérent des opérations majeures : je les pratiquai quand ils furent remis de leurs craintes et de leurs fatigues , par quelques jours de repos et par les soins les plus empressés ; pres: que toutes furent suivies du plus heureux succes, Dans la suite, au fur et à mesure que quelque lit de l’intérieur devenait vacant, on le faisait occuper par un malade de l'extérieur; tous ainsi entrérent peu à peu, sans qu'aucun prit la fièvre jaune , n1 avant, n1 après.
À la fin de l'épidémie, le comité de santé de Philadelphie vendit à administration de notre
AR e siles, en un mot tout ce qui avait servi, pen-
gouvernement les lits, les effets, les usten-
dant le règne de l'affection, aux malades du pays. Les Français en étant déja en possession, on ne put faire même les lessives Or« dinaires, et cependant la fièvre jaune ne reparut pas ; clle ne reparut pas mème dans les années suivantes , quoique la maladie résnèt dans Philadelphie, et que les militaires français
ce servissent toujours des mêmes effets,
Ces faits, dont tous les habitans de Philadelphie constateront la vérité, ne peuvent laisser aucun doute dans l'esprit; il est impossible que tout homme raisonnable et de bonne foi se refuse à avouer que, si la maladie eut été coutagieuse , les habitans des campagnes, et tous les malades de Fhôpital Bush-Hill, en auraient été nécessairement atteints, Des faits parfaitement semblables ont eu lieu à New- York, à Charleston, et dans toutes les villes des États-Unis où s’est montrée la fièvre jaune; les médecins contagionnistes les plus obstines sont forcés de convenir que jamais elle n'a pu se répandre dans la campagne. Valentin Seaman assure également que, pendant la forte épidémie qui désola New-York en 1705, l'hôpital de Belle-Vue se trouvant dans une belle position, aucun des malades qui ÿ allèrent sans avoir la fièvre jaune ne la prit, quoique tous fussent couchés auprès d’autres qui en étaient déja atteints.
Pour expliquer cette non propagation de la fièvre jaune dans la campagne, on a dit qu'elle ne pouvait se développer qu'au bord de la mer et dans de grandes villes : on ne éoncçoit pas trop comment une maladie contagieuse pour rait requérir ces conditions ; cependant 1l fau-
en
‘dait admettre que cela est, si, depuis que l'on
étudie la fièvre jaune, on n'avait pas des exemples du contraire; mais malheureusement il n’en manque pas. Le bourg de Patia, dans l'Amérique méridionale, nous en offre un bien saillant : M. Leblond dit que ce bourg , situé
dans la vallée de ce nom et à plus de cinquante
myriamètres de toute côte maritime, devient funeste , par la fièvre jaune, à tous les étrangers qui ont limprudence de s’y arrêter pendant plusieurs jours; et, sans aller chercher si loin, nous n'avons qu’à nous rappeler que les épidémies qui ont désolé la péninsule depuis
1800 , ont attaqué des villages assez distans des bords de la mer ; on dit même que la maladié s'est montrée à soixante lieues à l'intérieur des
terres.
Comme c’est principalement sur cette der-
nière épidémie que les contagionnistes se fondent pour soutenir leuropinion, je suis faché que les circonstances ne m'’aient pas permis d'aller moi-même sur les lieux ; sans doute , n’y allant qu'après coup, je n'aurais pu faire, pour la con-
naissance des détails de l'épidémie, plus qué
n’ont fait les commissions envoyées à ce sujet; mais l’étude des localités, et celle des circonstances physiques qui avaient précédé l'épidémie, Mm'auraient certainement donné les moyens
de répondre à quelques assertions contradic-
toires à tout ce que nous connaissons de pré»
cis sur les caractères de la fièvre jaune; asser-
tions d'autant plus importantes qu'elles ont été avancées par Berthe et M. Bally, et insérées dans leur ouvrage , et d'autant plus difficiles à réfuter que rien ne peut aider à celui qui l’entreprendrait , le gouvernement espagnol ayant jugé utile de défendre tout écrit tendant à soutenir la non contagion de cette maladie (a).
Ainsi, privé de tout secours , je ne tenterai mème pas la réfutation qu'ils méritent; mais je rappellerai que la maladie s’est manifestement comportée pendant tout son règne comme une maladie par infection ; et puis je demanderai Comment, en admettant la contagion pendant cette épidémie, on peut expliquer certains faits rapportés par les auteurs mêmes que je
| viens de citer. k
1°. Le chanoine Sanchez prit la fièvre jaune dansle quartier Ste.-Marie, comme je l'ai rap-
(a) Don Rodriguez Armesto, dans un petit ouvrage
»- + , é » . r , . , NE:
intitulé : Observations sur l'épidémie qui a régné à Ca-
dix et ses environs , durant la fin de l'année 1800, ayant
soutenu que la fièvre jaune n’était pas contagieuse, fut mis en jugement et obligé de signer la rétractation de son opinion; son ouvrage fut brûlé comme contenant des idées fausses et séditicuses.
porté plus haut, alla mourir dans un autre quar-
üer, et cequartier fut un des derniersinfectés(a) ; 29, La maladie se montra terrible, surtout
dans les quartiers bas. Les personnes riches dont les habitations se trouvaient dans ces foyers
de mort, partagèrent toujours le sort de leurs voisins , malgré les précautions qu'elles ne manquèrent pas de prendre (b) ;
5°. La ville de Scipiona et plusieurs aulres, quoique enclavées dans le pays ravagé par la maladie , en restérent entièrement exemptes ;
4. Alcala conserva des relations constantes avec Séville , tout le temps que celle-ci fut soumise à l'épidémie ; elle compta jusqu'à vingtquatre malades dans son sein, et en vit mourir dix-huit, sans que jamais la maladie se communiquât à personne, ceux qui l'avaient l'ayant tous apportée du dehors ;
5°, Enfin à Carmona ; où elle se montra, elle n'eut plus les mêmes symptômes ni la même intensité (cC).
J’observerai avec l'auteur qui rapporte ces
faits, que le quartier dans lequel mourut le
chanoine Sanchez était un des plus salubres, et que les villes qui furent exemptées de la maladie étaient toutes sur des lieux élevés et bien
(a) BerTnEe , p. 55. (b) Id. , p. 162. (c) {d. p. 157.
acrés; etje demanderai aux défenseurs de la
contagion, comment, si ce mode morbifique avait existé véritablement, la fièvre jaune aurait
pu ne pas attaquer Jeshabitans de ces villes, tan-.
dis qu'elle avait attaqué, dans les quartiers où elle régnait violemment, ceux-là même qui, s'étant renfermés chez eux, avaient évité tout contactavec les malades , et qu'elleavait changé de caractèreenchangeantdelccalité, ce qui n’arrive jamais dans aucune maladie contagieuse:
Leur réponse sera celle qu’ils ont faite plusieurs Pr
fois, qu'ils n’en savent rien, mais que la maladie n’en est pas moins contagieuse. J’examinerai plus tard la valeur de cette réponse. Aupa-
ravant , 1l faut terminer l'énumération des faits
que j'ai entreprise ; je passe à l'épidémie de Livourne.
Palloni a été invoqué par tous les contagionnistes pour défendre leur opinion ; c’est lui aussi que j'invoque pour défendre la mienne , et je lui emprunte les faits suivans :
L'hôpital de Livourne était bien situé ; on y recut plusieurs malades atteints de toute autre maladie que de la fièvre jaune , et aucun d'eux ne fut pris de cette dernière, quoiqu’en rapport constant avec des malades qui en mouraient.
Les quartiers élevés de la ville furent presque tous exempts de la maladie.
à ee
À l'exception de certains cas où elle se borna aux seuls individus qui en emportaient le germe avec eux, elle ne s'étendit pas à la plus petite distance de la ville , quoique journellement on transportät des marchandises, ou que nombre de personnes se répandissent des lieux où régnait la maladie, dans les campagnes voisines.
À ces faits, je vais joindre, pour terminer la question, la copie d’un rapport fait par les consuls de Livourne à sa majesté la reine d'Étrurie.
Pièce relative à la fièvre jaune de Livourne.
Messieurs les consuls en résidence à [Li1vourne sont priés, en vertu de la commission extraordinaire dont je suis chargé par sa majesté la reine d'Étrurie, de constater la vérité des faits consignés dans cette feuille, en ayant la bonté de la rendre authentique par leurs signaiures
Signé Jean Farsronr , un des députés pour les finances royales, et envoyé extraordi-
naire.
Ce 1°. février 1805.
La maladie pernicieuse qui excita les craintes des habitans de Livourne et les sollicitudes du gouvernement , aurait pu se dire éteinte des le 30 novembre 1804; mais elle le fut après, avec certitude , le 21 décembre, après la mort d’un
malade suspect qui, âgé de quatre-vingts ans, succomba à une perte sanguine.
Pendant que cette maladie régnait, et dans la ‘vue de l’anéantir promptement et efficacement, on a pristoutes les mesures les plus convenables, même celles que l’on aurait adoptées contre la peste du Levant.
Une députation de santé fut, par ordre supérieur , créée à Livourne; elle s’occupa activement à séparer, tant dans la ville que dans les faubourgs, toutes les personnes qui paraissaient frappées d’une semblable affection ; et depuis le 13 novembre jusqu’au 6 décembre suivant , On parvint successivement à réunir dans un hôpital provisoire, à cet effet expressémentetabli, un nombre total de cent soixantecinq malades.
Les malades furent assistés et traités selon les lois sanitaires, et aucun d’eux ne fut renvoyé chez lui sans, au préalable, que ses vêtemens eussent subi les fumigations d'usage , et cela après le temps de la quarantaine.
Les ustensiles, meubles et hardes de toutes les maisons où 1l y eut des victimes ou malades de la maladie, furent également et rigoureusement purgés au lazaret, comme s'ils provenaient d'un bâtiment suspect.
Pour plus grande sûreté, on a soumis à l’ob-
servation , à l’évent, aux fumigations, et, au besoin , à la combustion, les hypothèques d’articles susceptibles qui se trouvaient en dé-
pôt au Mont-de-Piété, ainsi que les vieilles
hardes et chiffons existans dans plusieurs boutiques de revendeurs, chiffonmiers et fripiers.
On a nettoyé, au moyen des fumigations muriatico- oxigénées, les chambres dans lesquelles habitèrent les personnes attaquées de ladite maladie; on a même enlevé le crépi, et enduit de nouveau les murailles; on à blanchi les parois, lavé les carreaux et planchers, et recouvert d’un nouveau vernis les ferremens et boiseries.
De semblables précautions ont été également prises dans les hôpitaux royaux de la ville, ainsi que dans celui provisoire de Saint- Jacques in aquaviva, dans les casernes et les forts.
De ces diverses opérations faites avec soin , on a tiré les consolantes observations suivantes :
1°, Que, dans sa tendance vers le terme final de la maladie, on a remarqué une diminution progressive, laquelle semble indiquer que linfecton s'anéantit naturellement, et qu’elle ne fut point étouflée ni suspendue par les secours de Part.
2°. Que, dans le temps même où la maladie était dans la plénitude de sa force, on ne l'a point vue s'étendre dans les anciens hôpitaux, en se communiquant d'un hit à l’autre, comme il arrive dans plusieurs autres maladies.
3°. Que certaines personnes, en sortant de Livourne, sans doute avec le germe de la maladie dans le sein, périrent de Finfection à Pise, à Calci, etc., sans la communiquer dans ces communes.
4°. Que, sur la totalité des médecins ét chirurgiens exerçant à Livourne, trois seulement succombèrent ; la cause de la mort de l’un d'eux est cependant douteuse.
5°. Que les religieux assistant l'hôpital Saint-Antoine , ainsi que les religieuses et servantes de l'hôpital de Sainte-Barbe, ne furent point atteints de la fièvre redoutée.
6°. Qu'aucun des trente-huit individus employés dans l'hôpital Saint-Jacques, y. compris les médecins et chirurgiens, ne fut frappé de la maladie, et ne la gagna des personnes que l’on tenait en suspicion.
7°. Qu'elle n’attaqua nullement les ministres de la religion chrétienne qui donnèrent les dernières consolations aux mourans , soit dans la ville, soit dans les faubourgs, à l'exception
cependant du curé de Saint-Jean, qui en fut victime.
8°. Que dans le nombre des familles notables afligées par la maladie régnante à Livourne » on compte plusieurs veuves qui assistèrent affectueusement leurs époux jusqu'aux derniers instans de la vie; quelques-unes en partageant sans cesse avec eux la couche nuptiale : c'est ainsi que firent les veuves Giovanelli, Brignole, Unis, etc., et madame Peruzzi; cette dernière se trouvait enceinte , et prête à accoucher.
0°. On a de plus observé que les soixantedouze personnes employées au nettoyage des chambres et des Hits, quoiqu'elles se soient parfois trouvées couvertes des matières rejetées par les défunts, quoiqu'elles aient long-temps demeuré sur les matelas qui leur avaient servi, et qu'elles en aient mis les laines à l’évent, n'ont point eu la maladie.
10°. Que les marchandises arrivées à Livourne, entre le mois d'août et celui de decembre 1804 , de l'Amérique et d'Espagne, toutes présumées suscepübles d'infection, à cause du lieu suspect d'où elles provenaient ,
n'ont cependant pas porté la maladie dans les lazarets du port, et que particulièrement les cuirs velus de Buenos-A yres furent maniés, pen-
dantquarante joursau Jazaret de Saint-Léopoid,
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sans le moindre danger, par quatre personnes. 11°, Qu'aucun des gens de service parmi les forts des douanes royales de mer et de terre, aucun des employés à la bouche du port, ne périt de la maladie.
12°. Et finalement, qu'il résulte des registres publics que le nombre des morts, depuis août à décembre 1803, fut de onze cent cinquante, et que celui d'août à décembre 1804, fut de seize cent quatre-vingt-dix-neuf; ce qui forme une augmentation de mortalité à peine de trente-quatre dixièmes de personnes par jour , y compris encore ceux qui succombèrent à toute autre maladie que celle pour laquelle furent faites les précédentes observations et enquêtes.
Le commissaire général de France en Étrurie, signé CorAUD.
Tout ce que j'ai vu et su est rappelé dans cet écrit. Le consul des Espagnes , signé G-Vent. BouLIGny. | |
Jean - Christophe Urricu, consul de Danemarck.
Miscer, consul de Hambourg.
Michel Sossiwe , consul des Sept-Îles.
Dominique Rivozrt, consul général de ©. M. le roi de Sicile.
Jean-Antoine Gavr, consul du pape.
Joachim GRaBIEN , agent du commerce de Suède.
Lanara, Commissaire de Ligurie.
Pour le consul de la république batave:
signé KerrBrs, fils, vice-consul.
Joseph Branxca, consul de Raguse.
SPAGNOLINI, agent de S. D. sarde, et consul général.
Pour copie conforme à l'original déposé dans les archives du gouvernement toscan, et a la copie ministérielle que j'ai dans les mains, et qui m'a été délivrée par ordre à Florence, en février 1805, ù
Signé TiniéBAUT DE BERNÉAUD (a).
Après avoir énuméré les principaux faits contradictoires à la propriété contagieuse de la fièvre jaune dans les divers pays où elle semontre le plus souvent, et où elle acquiert le plus de violence, je vais en joindre quelques autres bien avérés de son importation, soit dans d’au-
(a) J'ai rapporté cette pièce toute entiere et quoique fort longue, parce qu’elle est authentique, et qu’elle prouve non-seulement que la maladie ne fut pas contagleuse, mais encore qu’elle ne fut pas importée, puisque ni les forts des douanes , niies employés de service, soit au port, soit dans les lazarets, n’en furent affectés.
tres contrées , soit même dans celles dont JC viens de parler, sans que pour cela elle s'y soit développée sur d’autres personnes que celles qui étaient déja infectées.
Eind nous dit que son hôpital de Haslar fut souvent à moitié rempli de malades venant soit des Indes ocidentales, soit de quelque contrée de l'Amérique ; que beaucoup de ces malades moururent de la fièvre jaune , et que ja-
mais elle ne se propagea dans l'hôpital.
Le vaisseau la Colombia revenant de Provi-
dence entra dans le port de Marseille : six de
ses malades moururent de la fièvre jaune , deux
dans le lazaret , les quatre autres dans des mai-
sons particulières, sans qu'aucun d’euxcommune ps
niquät la maladie; ce fait se passa en 1802.
Mon ami le docteur Valentin, qui la consigné
dans son ouvrage , a eu la complaisance de me
communiquer les deux suivans.
1, Fait. « En 1804, de onze individus qui eurent la fièvre jaune dans le lazaret de Marseille, y compris un subrécargue danois mort subitement à bord, et que l’on soupconne avoir eu le début de la maladie, quatre seulement furent guéris. Il y eut dans le nombre des morts deux gardes de la santé qui avaient été placés à bord du navire danois parti de Malaga, aprèsy avoir perdu trois hommes de la fièvre jaune ; à
son arrivée à Marseille ; un mousse eut la maladie et en guérit au lazaret.
» Les navires à bord desquels se manifesta la fièvre jaune étaient danois, procédant de Malaga ; l'un venait de Bremen, et l'autre de Barcelone. Un seul vaisseau espagnol, capitaine Sendero, venant d'Alicante et de la côte de Barbarie, avait perdu en mer quatre hommes de son équipage ; il en perdit un cinquième dans le lazaret de Marseille où il fut enterré.
» Ces faits eurent lieu en vendémiaire et en brumaire de l’an 13: deux administrateurs de la santé publique , feu le docteur Michel et le docteur Labrie , aussi médecin du lazaret , m'assurèrent que n1 les chirurgiens qui ouvrirent les cadavres, n1 les infirmiers qui servirent les malades, ne contractèrent la fièvre jaune. »
2°. Fait. « En 1807 ;'le capitaine Jonathan TLiicomb, parti de Boston le 30 juin avec six hommes d’équipagesur leschooner Fame, charge de morue salée, arriva à Marseille le 20 août suivant sans avoir touché à aucun port, subit quinze jours de quarantaine , débarqua le 3 septembre, et alla loger chez MM. Gabriac et Goshing ; il était déjà un peu indisposé, la fièvre se développa sousle type continu avec les vomissemens et la jaunisse universelle : vers la fin de la maladie, les matières vomies furent noires; il
mourut le huitième jour après son débarquement. La maladie ne fut communiquée à personne. Ce fut le docteur Cauvière qui le soigna, M. Delacourt, qui avait assisté à l’ouverture de son cadavre, me dit qu'on y avait retrouvé les mèmes lésions que dans les cadavres des précédens malades morts dans le lazaret. (On s’assura qu'il yavait à bord du navire dans lachambre du capitaine , une odeur de poisson altéré très-désagréable ; ce qui est ordinaire toutes les fois qu'on transporte de pareilles cargaisons pendant léte. ) »
Je rappellerai ici que les travailleurs qui prirent la fièvre jaune sur le Æibbert, ne la communiquèrent à aucun de leurs concito yens, et j ajouterai pour l’histoire du Green, que cette frégate , après avoir quitté la Havane, vit encore renaître la fièvre jaune sur son équipage, qu'elle perdit quarante hommes dans sa traversée ; qu'arrivée à Newport , elle débarqua quarante maladesayant, soit des ulcèresaux jambes, soit la maladie vénérienne ; que tous furent traités à l'hôpital, et que, quoique les vêtemens fussent apportés du bâtiment avec lequel on entretenait des communications, personne à terre ne fut atteint de la fièvre jaune.
Le 27 septembre 1805, Scobie mourut à Boston de la maladie qui régnait à New-York,
d'où il était venu, et qu'il avait quitté le 13 du mème mois. Ce fut le 16 qu'il arriva à Boston; le 21 1l se sentit malade, eut des frissons et la fièvre. Le 24, le D'. d’Arfort le visita et rendit compte de sa maladie au bureau de santé; le 26, ce médecin assura que C'était la même fièvre maligne qui avait régné à Boston en 1708.
Le bureau de santé, en faisant publier ce fait signé par E. Larkin, son président, assura qu'aucune autre personne de la ville n'avait été atteinte de cette maladie.
Rush affirme que la fievre jaune ne se montra dans aucune ville des États-Unis pendant les sept ans de la guerre de l'indépendance , quoique dans toutes, 1l arrivät des malades des iles britanniques infectées, et que l’on portät tous les effets qui avaient servi dans les hôpitaux et les prisons où régnait la fièvre jaune (a).
Des exemples fréquens, dit William Buel, se sont présentés et se présentent Chaque année, d'individus revenant des Indes orientales , atteints de la fièvre jaune, languissant pendant quelque temps dans la maison de leurs parens ou de leurs amis, recouvrant la santé ou perdant la vie, entourés de beaucoup de personnes durant leur maladie, leurs habits de 5 ho | And sed ER
(a) Rusn, p. 02.
étant usés, après leur mort , par leurs parens; et cela sans que jamais il s'en soit ensuivi aucun accident. J’ai vu de pareils exemples à We.
erfieid dans le Connecticut , et c'est un fait généralement connu à Philadelphie et ici (a).
Les faits de cette nature peuvent se multiplier à l'infini ; le Medical repository en serait une source inépuisable si on voulait les y rechercher ; mais je crois la chose inutile, ceux que J'ai rapportés étant plus que suflisans pour atteindre mon but. Avant de passer à leur discussion , je veux en présenter quelques autres d'une nature différente, je veux parler de la maladie inoculée sans succès.
À Philadelphie, je faisais de fréquentes ouvertures de cadavre ; dans cette opération , il m'est arrivé deux fois de me blesser impunément. La première, je me donnai un coup de scalpel au doist du milieu de la maïn gauche, en voulant détacher la vésicule du fiel qui était d’un poids extraordinaire. L'élève qui écrivait mes observations me fit remarquer que le sang coulait de cette partie , déjà recouverte du sang du cadavre ; je l’entourai d’un morceau de linge et je continuai mon autopsie. Quand elle fut terminée, je me lavai la main, et je découvris
| (a) New-York, 1795 ; William Buez , etc, , p. 104.
dans la première phalange une plaie de-demipouce de longueur ; je la recouvris d’un taffetas gommé, et elle guérit sans peine comme sans accident. — La seconde blessure me fut occasionée par une Côte que je rompais pour examiner l'étendue et l’origine d’un dépôt sanguinolent situé sous la plèvre dans la partie latérale de la colonne vertébrale. Un des bouts de la côte me déchira le dos de la main ; la blessure avait deux pouces de long , elle était inégalement profonde et donnait beaucoup de sang par plusieurs parties ; après l'avoir lavée, je la recouvris d’un taffetas sommé ; elle s’enflamma d’abord, produisit un peu de rougeur, mais se
cicatrisa en peu de jours.
Savarésy et Dalmas disent aussi avoir fait beaucoup d'ouvertures de cadavres, en avoir vu faire par les autres chirurgiens, et n’avoir jamais pu constater un seul cas: d'inoculation F quoique plusieurs se fussent blessés.
Le docteur Ffirth , de Salem , dans le nouveau Jersey, Amérique du Nord, a fait tout ce qu'il était possible de faire pour s'inoculer la fièvre jaune, et n’a Jamais pu y parvenir. Îl avait commencé par faire ses expériences sur des animaux: 1°. un chien, nourri pendant une semaine avec du pain trempé dans de la matière noire rejetée par le vomissement, n’éprouva
pas la plus légère alternative de santé. Il en fut de mêmed'un chat ainsinourri pendant quinze jours ; 2°. de la matière fraichement rejetée, inoculée entre la peau et les muscles d'un chien , ne produisit aucun effet, ni général, ni local ; 3.° le docteur Ffirth s'inocula à l’avantbras gauche de la matière noire, au moment même où un moribond la rejetait, et ne parvint par-la qu'a exciter une légère inflammation qui se dissipa en trois jours ; 4°, 1l plaça de la même matière sur une coupure faite au bras droit, et l'y maintint fixée pendant deux jours avec un emplâtre agglutinatif; à l'examen, nulle trace d’inflammation , et la plaie se guérit sans suppuration; 5°. le docteur Ffirth répéta ces expériencessur les différentes parties de son corps plus de vingt fois, et toujours sans accident ; 6°. à Philadelphie, en 1802 et 1805, il mit de cette matière sur ses yeux , sans qu'il en
éprouvàt plus de sensation que de l'eau froide;
7°, 1l S'exposa à l'évaporation de cette matière mise dans un poëlon de fer, et inspira les gaz dégagés par la chaleur; 8°. il avala en pilules Ja matière épaissie restant après cette évaporation , sans que son estomac en füt incommodé; 9°. il but un mélange de demi-once de matière fraichement vomie et de demi-once d’eau, et
n’en ressentit aucune effet; 100. il porta la dose
34 Ds de cette matière jusqu'a douze onces mélées avec autant d'eau, éttoujours sans effet; rr°. il avala deux onces de matière pure, et n'en ressentit pas plus d’eflet ; 12°. enfin, de nombreuses inoculations faites sur toutes les parties de son corps avec la salive ou la sueur des malades, n’eurent pas plus de suite que celles qui avaient faites avec la matière du vomissement.
Les faits que je viens de présenter ne sont, je l'avoue, que des faits négatifs; mais tous sont généraux, excepte les derniers, auxquels, dureste, je n'attache d'autre importance que celle qui résulte de leur réunion aux premiers. Ceux-ci sont on ne peut pas plus concluans; il ne s'y agit pas de deux, de quatre ou de vingt individus qui ont été impropres à la maladie; ce sont des campagnes, des villes entières, qui n'ont puen être attaquées, quoique des milliers de malades l’eussent importée dans leur sein. Comment, si elle était véritablement contagieuse, n’a-t-elle pas trouyé un individu susceptible ? Comment, en abandonnant le lieu de sa naissance , a-t-elle perdu cette qualité éminemment propagatrice ? Comment! Les contagionnistes nous en donnent plusieurs raisons ; il est essentiel de les examiner.
La première, c'est que la maladie vient d'un pays Ctranger , et quelle est semblable a une
plante qui se denature et s’abdtardit par sa transplantation dans un terroir étranger et sous un autre climat. Je consens à oublier en ce moment que j'ai démontré que la fièvre jaune doit toujours sa naissance aux lieux dans lesquels elle se montre ; et, l'idée de l’importation étant admise, je prie ceux qui donnent cette raison de me dire quel est le pays d'où nous vient cette maladie. Ce ne peut être bien certainement ni les Antilles, ni l'Amérique, ni l'Europe, seules contrées où elle a été bien étudiée, puisque j'ai prouvé que dans toutes elle se comportait de la même manière, que dans aucune elle n’était contagieuse. Nous vient-elle par hasard de quelque pays inconnu ? C'est ce que quelques défenseurs de la contagion ne disent pas positivement , mais ce qu'ils tendent bien à faire soupconner.
La fièvre jaune , disent-1ls en second lieu , existe dans un pays, et ne s'y propage pas; ce n’est pasalors qu’elle ait cessé d’êtrecontagieuse, mais bienseulement parcequ’'il manque une conditionuniversellementrépandue parmi le peuple. Æt quelle est cette condition qui manque? on l'ignore. Quoique aujourd'hui on ne puisse plus s’en rapporter aux Causes occultes, on pourrait toutefois tenir compte aux auteurs de cette réponse, de leur humilité, si malheureusement
elle n’était pas la défaite ordinaire de ceux qui ne veulent pas apprendre, ou de ceux qui, ayant appris, ne veulent pas l'avouer ; et si ces mêmes auteurs n’embrassaient pas avec avidité la première hypothèse qui paraît flatter l’oprnion dont ils se sont déclarés les apologistes. Quel autre sentiment aurait pu leur faire adopter la troisième explication à laquelle ils ont si souvent recours, savoir, que le principe de la contagion a besoin d'un air impur pour qu'il puisse s’y cramponner, qu'un air pur le dissout
aussitôt, | Ce n’est pas que cette explication ne püt être de quelque valeur sur l'esprit de ceux qui voudraient soutenir encore qu'un virus est indispensable pour donner naïssance à la fievre jaune ; on pourrait concevoir, dans cette supposition , que le caractere de ce virus est de n’exister que soustelles conditions requises : mais tant defaits parlent contre cette opinion, elle est devenue tellement insoutenable , qu’il me serait diffcile, pour ne pas dire impossible , de citer un seul médecin qui, vivant de nos jours, ne l'ait pas abandonnée complétement , et j'en ai, plus haut, assez démontré la fausseté, pour que je me dispense d'y revenir ici. Quant à ceux qui soutiennent l'opinion contraire, c'est-à-dire, que la fièvrejaune peut naître par l’action de cer-
‘tains agens physiques réunis ( quand d’ailleurs
lesindividus qui sont soumis à ces agenssont déjà
prédisposés ), pour faire ressortir leur inconsé-
quence, il n’y a qu’à montrer que les conditions qu'ils requièrent p@ur le développement de leur virus , sont absolument les mêmes que celles qu'ils avouent suffire pour faire naître la maladie. Elle peut naïtre, confessent-ils, dans certaines parties de l'Amérique, quand une forte chaleur met en mouvement les principes contenus dans un terrain marécageux. Mais si ces principes ( et j'ai démontré que ceux dégagés de l’homme vivant ou des matières animales étaient de même nature) suflisent en Amérique,
ils doivent nécessairement suffire et en Europe
et dans toute la terre; et, quand ils existent dans un lieu, pourquoi, si des individus sont atteints de la maladie à laquelle vous couvenez qu'ils peuvent donner naissance , au lieu de les inculper , allez-vous accuser un virus contagleux dont rien ne désigne le besoin, et encore
moins l'existence ? Pourquoi, disent-ils ?.......
parce que nous avonsdes faits positifs qui prouvent que la maladie se communique par le contact. Examinons donc ces faits, et voyons si l'infection n'y a été pour rien.
« Les émigrés de la Martinique arrivèrent à Ja ville de Roseau en si grand nombre, vers le
10 juin 1705, que les rues et les maisons en furent encombrées; peu de jours après, la fievre jaune se déclara. » La ville de Roseau appartient à la Dominique; en supposant qu’elle soit bien située, on ne peut nieë qu’elle est soumise à une forte chaleur, surtout au mois de juin : avec cette condition, qu'y manque-t-il pour faire naître la fièvre jaune ? Rien que l'influence d’un foyer d'infection, et bien certainement elle y fut fournie alors par la grande réunion des émigrés de la Martinique. Qu'on établisse un hôpital dans le lieu même le plus sain; si on y entasse les malades , le typhus les y atteindra nécessairement; et, d’après ce quej'aidit de la chaleur, si elle vient frapper ces malades avec toutes ses conditions requises, ce typhus se changera en fièvre jaune. C’est à un pareil ensemble de circonstances que fut due la maladie qui se développa dans la ville de Roseau ; c'est à un pareil ensemble de circonstances que fut due, comme je l'ai déjà dit, la maladie qui désola de temps à autre certains villages de l'Espagne qui n’en paraissaient nullement susceptibles; et c'est encore à un pareil ensemble de circonstances que l’on doit attribuer le développement de cette maladie chez certains individus transportés dans des vaisseaux qui étaient déjà infectés, ou qu'ils infectèrent par
leur rassemblement. Je vais rapporter plusieurs de ces faits, sur lesquels se reposent tous ceux qui croient à la contagion.
« En 1808, le brick français le Palinure vint mouiller dans le port royal de la Martinique. La fièvre jaune se communiqua bientôt à l’équipage, et devint très-meurtrière. Le gouverneur, espérant que la maladie s'affaiblirait en pleine mer, ordonna à ce vaisseau d’entreprendre une croisière. L'ordre fut exécuté ; mais bientôt le brick anglais le Carnation, venant d'Europe, n'ayant point de malades à bord, se trouva dansles eaux du Palinure ; les deux bâtimens se livrerent combat , le capitaine français commanda l’abordage , et le brick anglais fut capturé : la plupart des hommes de son équipage furent transportés à bord du Palinure, et un grand nombre fut frappé de la fièvre jaune. (a) »
La flotte anglaise bloqua le cap pendant sept mois; et, pendant tout ce temps, malgre les fatigues de la navigation , les équipages jouirent d’une bonnesanté. Après la redditionde la ville,
(a) Ce fait a été communique par M. Moreau-Jonnez à MM. Fournier et Vaidy , qui l’ont inséré dans leur article fièvre jaune du Dictionnaire des Sciences médicales.
les Anglais poussèrent si loin lesprécautions pour ne pas être misen contact avec les malades, qu'ayant donné à M. Bally le navire la Justine pour transporter les officiers malades, et un grand nombre d'officiers de santé bien portans, ils n’osérent jamais l’amariner, et le laissèrent librejusqu’à la Jamaïque, où il les suivit. Mais, pendant cette traversée, une foule immense des compagnons d'infortune de M. Bally ayant été mis à bord des vaisseaux anglais , et une partie des équipages anglais ayant été mis à bord de nos vaisseaux , la fièvre jaune se déclara chez beaucoup de marins de cette nation. Il en fut de même de la division qui avait recu l’ordre de conduire à Kings-town les bâtimens du Portau-Prince. L’infection y fit des progrès encore plus rapides, quoique précédemment on n’eût aperçu aucune trace de sa présence chez les matelots anglais(a). r
« Au Cap-Francçais, beaucoupde nos vaisseaux n'eurent point à souffrir, tant qu'ils ne com- “uniquèrent point avec nous; le nombre des malades atteints du typhus américain était presque toujours en raison de la fréquence de nos
relations avec la terre. Un trait fort singulier
(a) Barry, p. 456.
de ce genre se passa sur le Duguay-Trouin, dont l'équipage jouit d’une santé parfaite pendant les huit premiers mois de sa station dans la rade; mais peu après que le contre-amiral Latouche-Tréville l'eut choisi pour être le vaisseau amiral, nous ne tardames pas à recevoir un grand nombre de matelots de son équipage, atteints de l'affection dominante; ce changement vint de ce que la présence du commandant de l’escadre nécessita des relations très-multipliées avec la terre (a). »
Vous les autres faits de fièvre jaune communiquée sur des vaisseaux ressemblant à ceux-ci, il est inutile de les rapporter; car j'ai choisi ceux que l’on présente comme les plus concluans, pour qu’on püt juger de la valeur des autres. Je pense qu'après tout ce que j'ai dit plus haut , 1l est inutile d'expliquer maintenant comment le Palinure étant infecté et par l'air donttoutes ses parois s'étaient imprégnées dans le havre , et par la quantité de miasmes exhalés par les malades, put faire naître chez ses prisonniers la fièvre jaune, sans qu'il fùt besoin d'un principe contagieux ; comment la foule immense transportée sur les vaisseaux anglais put en faire autant de foyers d'infection ; comment
ve
Re
(a) Barey, p. 154.
enfin, nos vaisseaux, renfermant déjà les principes délétères, purent nuire aux marinsanglais. Quant au dernier fait, l’auteur qui le rapporte en donnelui-même l'explication : la fièvre jaune, dit-1l, se développa sur les gens de l'équipage, dés que ceux-ci eurent des relationsaveclaterre, c'est-à-dire, quand ils purent l'y aller chercher.
Je passe sans m'’arrèter sur tous les exemples ürés de la multiplicité des garde-malades, des relisieuxet des médecins qui deviennent la proie de la maladie. Vivant presque toujours dans le centre de l'infection , peuvent-ils n'en pas être les premières victimes, quand ils ne sont pas acchimatés? Je laisse de côté tous ces exemples de MM. et MM". tels et telles, qui ont pris Ja maladie pour avoir été visiter leurs parens ou leurs amisqui en étaient déja atteints; comme si les causes qui avaient rendu ces derniers malades, n'avaient pu agir que sureux; comme st, même par leur première action, elles n'avaient pasaugmenté d'intensité. Je rappelle en passant que j ai déjà fait voir comment, l'infection aug. mentant par toute réunion nombreuse , 1} était naturel que le nombre des malades augmentat après toutes les cérémonies publiques ; et j'arrive à quelques faits plus spéciaux que je vais examiner, parce qu'ils pourraient séduire des esprits peu attentifs. -
ss
1°. Palloni rapporte qu’ayantune dentcariée, il y portait souvent le doigt; quil s'est même rappelé l'y avoir porté après avoir touché des individus atteints de la fièvre jaune, et que, bientôt après, cette maladie s'est développée sur lui (a). Je consens à accorder que les symptômes qu'il décrit étaient ceux de la maladie régnante ; n'était-il pas dans l'ordre que, soumis à l'influence du foyer d'infection, 1l ÿ succombât comme lesautres? Et quant l’action que peuvent avoir eue les frictions faites avec son doigt sur la gencive, c’est une simple coïncidence , ou tout au plus une cause déterminante de Îa maladie , Palloni étant déjà infecté.
2°, On raconte de la même épidémie, que des garcons boulangers prirent la fièvre jaune pour
avoir couché sur des sacs qui étaient restés pen-
dant deux jours dans un vaisseau espagnol; qu'à la suite, le boulanger et sa femme prirent la même maladie, et que l'infection gagna toute la maison. Ce fait, qui paraît extraordinaire au premier coup d'œil, rentre dans l'ordre commun par la moindre réflexion. La fièvre jaune existait déjà à Livourne; donc il y avait un centre de putréfaction qui saturait l'air de principes délétères ; et la maison du boulanger,
(a) PaLLONt , p. 20.
sans doute, n’en était pas exempte. Les sacs, chargésdes principesdélétères qu’ils avaient puisés dans le vaisseau (que l'ondoit croire très-malsain, puisqu'on l’accusede contagion), augmentèrent la masse de ceux qui étaient déjà contenus dans l'air qui les environnait, el, ainsi réunis, ces principes donneérent aussitôt lieu à la maladie, qui ne se serait déclarée que plustard, ou qui peut-être ne se serait pas déclarée du tout.
5°. Berthe raconte que dans un bourg près de Cadix, la fièvre jaune s’étant déclarée dans unerue, on fit murer les deux bouts de cette rue, que l’on fit passer les alimens aux malheureux qui setrouvérent ainsi renfermeés, par une ouverture faite exprès, et que la fièvre ne dépassa pas cette rue. En admettant ce fait, même dans son entier, ilne présente rien d'étonnant : à New-York, en 1805, la maladie n’occupa qu'un quartier; a Philadelphie, elle n’a occupé que six rues en 1802 : et, sans remonter si haut, on a vu encore à New-York, dans l’année dernière, la fièvre jaune naître dans une rue, et se borner aux rues adjacentes (a). Ces exemples pourraient se multiplier à l'infini : dans tous, lecentre de putréfac-
(a) Pascazts. À statesment of the ctcurrences during a malignant yellowfever in the city of New-York, in the summer and automnal months of 1819.
tion n’a pasété assez fort pour jeter des particules infectantes hors deslieux désignés, et, sans qu’on
bâtit de murs, la maladie n’a attaqué que les
personnes qui sont allées y chercher l’infection. On n'aurait pas bâti de murs dans ce bourg dont parle Berthe, que la maladie ne se serait pas davantage étendue, c’est-à-dire, que les individus qui l'avaient prise dans cette rue auraient bien pu la transporter autre-part avec eux, mais non l’y propager.
4. Dans certaines contrées, quelques personnes, en se séquestrant parfaitement, ontété à l’abri des atteintes de la maladie. Cela n’est pas plus extraordinaire que de voir beaucoup d'hommes cohabiter-avec desfemmes qui ont la syphilis, et cependant ne pasla prendre ; cela n’est pas’plus extraordinaire que de voir toujours au moins la moitié de la population d’une ville ou d’une contrée infectée ne pas contracter la maladie , et souvent sans prendre aucune précaution. SI toute personne était susceptible, et l'était en tout temps, depuis long-temps les maladies par contagion ou par infection auraient dépeuplé Ja terre. Je dois cependant convenir qu'il est un isolement qui mérite une attention particulière ; c’est celui qui se fait sur l’eau. On assure qu'en Espagne, les mariniers qui sont toujours restés sur leurs barques, et ne se sont
jamais approchés de la terre , ont été constamment exemptés de la maladie. Rush rapporte qu’une observation semblable fut faite à Philadelphie en 1793. Enfin, on dit que faire éloigner de laterre un vaisseau infecté, souvent suffit pour le rendre salubre. Ce dernier fait s'explique très-bien par le plus grand espace qui résulte de cetéloignement, entre le vaisseau et le foyer d'infection; mais cette raison n'est guère valable pour les deux premiers. Du reste, ce sont des faits isolés, et qui méritent plus d'attention qu'on n’y en a fait jusqu’à présent; si d’autres viennent lesconfirmer, ils pourront bieri nous donner quelque idée nouvellesurlamanière de désinfecter l'atmosphère, mais, dans aucun cas, 1ls ne pourront nuire à la théorie de l’infection , telle que je lai établie sur des faits constans, nombreux et avérés. C'est par elle que Jon détruira ce fantôme de contagion , en faisant voir que tout se rapporte à des conditions atmosphériques invariables; c'est par elle qu'on expliquera tous ces faits positifs que lon présente avec tant d'assurance, mais malheureusement pas toujours avec exactitude, ou du moins avec discernement. Ainsi, je lis dans un Ouvrage sur l'épidémie de Livourne l'alinéa Suivant : « J'ai observé moi-même que le mari a pris la maladie de sa femme, le frère de la
sœur, l'ami de l'ami, et le domestique de son maître. J'ai même vu un Napolitain qui, après avoir abandonné par préeaution sa maison, où il y avait eu six personnes malades et mortes, fut attaqué lui-même, dix jours apres, de la maladie , et en mourut Île neuvième jour. Je viens dans ce moment de perdre une Française qui habitait un étage où trois personnes étaient déjamortes. D'après ces faits, je laisse à décider si la maladie est contagieuse ou non. »
Si l'auteur , au lieu de dire que le mari avait pris la maladie de sa femme, avait dit qu'il l'avait prise en soignant sa femme, et ainsi de suite, On n'aurait vu là qu'un résultat ordinaire de l'infection toujours plus grande dans la chambre des malades que lon a limprudence de trop resserrer ; mais non, l’auteur a observé que c'était la femme qui l'avait communiquée. Ne dirait-on pas qu'il a vu passer le virus contagieux, et qu’il l’a vu travailler ensuite pour produire la maladie? C’est cependant ainsi que sont présentées une foule des preuves de Îa contagion; les médecins qui les rapportent montrent toujours qu'ils n’ont vu dans la naïssance de la fièvre jaune qu’une seule circonstance , le contact avec des malades; et quand cette circonstance leur manque , il n’est pas de moyens qu'ils n'emploient pour prouver qu'elle
a existé. C'est de la que sont venus tous ces contes d'importations merveilleuses sur lesquelles je n'ai garde de revenir : ce serait fatiguer le lecteur par des répétitions inutiles ; et c'est également pour ce dernier motif, que je ne pousserai pas plus loin la réfutation des faits allégués en faveur de la contagion. Je finis en assurant que de ceux qui sont bien-relatés et rapportés par des hommes dignes de foi, je n'en ai trouvé aucun qui ne puisse, avec vérité et sans effort , être interprété par l'infection.
Pour terminer ce chapitre, 1l ne me reste plus qu'à répondre à une question qu'on sera naturellement porté à me faire. Comment, me dira-t-on, si la propriété contagieuse de la fievre jaune est si évidemment fausse, tant d’hom= mes faisant autorité en medecine l’ont-1ils défendue ? Parce qu'on n’a jamais connu la véritable différence qui existe entre la contagion et l’infection. Long-tempsces deux modes morbifiques furent à peu près confondus, comme je Far déjà dit ; vers la fin du siècle dernier seulement, on commenca à pressentir qu'il existait entre eux une grande différence ; peu à peu on est parvenu à dire quelle elle était, mais cependant sans la rendre très-claire. M. Nacquart l'a tresbien exposée dans les articles infection et cont&-
gion du Journal des Sciences médicales; mais
il a voulu mettre aussi une différence entre les divers produits de la putréfaction , et de là est résulté encore une certaine obscurité, parce
que, si en effet, les principes qui s’exhalent du
corps d'un individu atteint de la fièvre jaune étaient différens de ceux qui s exhalent des marais, Ou des matières animales en putréfaction ; s'ils acquéraient d’autres propriétés que celles qu’ils ont étant exhalés par l’homme en santé, rien n’empêcherait qu'on püt penser qu'ils acquièrent la propriété contagieuse. Heureuse-
ment Îles faits et le raisonnement s'opposent et
à cette différence entre les principes déléteres , et à ce changement dans leurs caractères.
La plus grande partie des médecins que l’on invoque en faveur de la faculté contagieuse de la fièvre jaune, avaient été forcés d’avouer que cette faculté n’est pas essentiellement liée à la maladie , avant même de connaître la ligne de demarcation qui sépare l'infection de la contasion ; aujourd'hui que cette ligne est tirée d’une manière exacte, je ne pense pas qu'un seul de ceux qui vivent, résiste à l'évidence des faits que jai présentés. Déjà en Amérique, toute idée de contagion est rejetée; le bureau de santé à New-York, au mois de septembre 1805, donna son opinion bien décidée que la maladie n’est pas contagieuse. M. Jefferson, dans son
discours au congrès, prononcé le 2 décembre 1805, assura que c'était l'opinion générale.
L’académie médicale de Philadelphie , la fa- culté de médecine de Baltimore, la société médicale de Charleston, ont déclaré ne plus croire à la contagion. Presque tous les médecins de l’Amérique se sont rangés à cette opinion; le docteur Rush lui-même, après avoir long-temps été à la tête du parti contasionniste, a hautement reconnu son erreur, et il a fait un petit ouvrage consacré surtout à donner les raisons de son changement (a).
Cette désertion du chef de la secte fut un coup
(a) On pourra trouver extraordinaire qu'ayant été le premier à écrire sur la fièvre jaune qui a régné à Philadelphie dans la fin du siècle dernier ( mes observations furent publiées avant l’ouvrage du docteur Rush ), qu'ayant été le premier à soutenir qu’elle n’était pas contagieuse , mon ouvrage ni mon nom ne soient jamais cités dans cet écrit. Cela tient à deux raisons : la premiere, c’est l'habitude que les écrivains américains ont hérité de leurs ancêtres les Anglais , de ne jamais citer les auteurs étrangers ; ils se croiraient déshonorés s'ils avouaient devoir quelque chose à une nation étrangère. La seconde raison m'est particulière : aussitôt que la lettre que j'ai. rapportée dans ma préface fut connue du public, les médecins de Philadelphie s’assemblèrent pour déliberer sur ce qu’ils devaient faire. D'abord ils voulurent me répondre, maisayant appris que je voulais proposer des expériences pour résoudre la discussion qui se serait élevée par leur
terrible pour les partisans de la contagion ; 1ls cherchérent à pallier cet échec, mais inutilement : Rush entraina avec lui une nouvelle partie des médecins contagionnistes des États- Unis, et,presque toute l'opinion publique. Sa mort étant arrivée quelques années après, on fit courir le bruit qu'il s'était rétracté à son heure suprême; les rédacteurs de l'article fiévre jaune du Dictionnaire des Sciences médicales , affirment même cette assertion d'après des témoins dignes de foi (a). Je ne sais jusqu'où
réponse, ils changerent d’avis, bien convaincus de la honte qui retomberait sur eux, si, après leur clameurs et leurs intrigues , on. leur prouvait évidemment qu’ils avaient tort. [ls décidèrent en conséquence qu'ils devaient garder le silence ; et, comme ils connaissaient mon intention prononcée de ne pas me fixer à Philadelphie , ils se promirent entre eux de ne jamais me citer en rien, et d’ensevelir ainsi dans l'oubli qu'un étranger avait prodigué ses soins à leurs compatriotes ; et les avait éclairés sur le caractère principal de la maladie qui les désolait; tandis que presque eux tous avaient pris la fuite au moment du danger. Je dois ajouter que tous les médecins des États-Unis n’ont point pris part à cette injustice ; un éloge tres-flatteur de mon ouvrage et dema conduite sé trouve consigné dans le Medical Repository de New-York, t. IX, p. 8e.
(a) M. Moreau de Saint-Méry ; cité comme l’un de ces témoins, avait quitté Philadelphie depuis plusieurs an nées , lorsque le docteur Rush mourut.
va la véracité de ces témoins ; mais 1l est bien certain que je possède l'éloge de Benjamin Rush, fait par son élève et son ami David Ramsay, lu devant l'académie médicale de Charleston, quelque temps après sa mort, et où 1l west nullement question de cette rétractation ; peut-on croire que si elle eùt été vraie ou même soupconnée, l’auteur de l'éloge eût pu se dispenser d'en faire mention? J'ai de plus entre les mains la lettre d’un élève (a) du médecin célébre de Philadelphie, qui a assisté à ses derniers momens, et qui dément cette allégation d’une manière formelle.
Pour revenir à mon sujet, j'ai dit qu'en Amé-
(a) M. Nancrède. Ge jeune médecin voulait faire imprimer la réfutation de cette assertion , qu'il appelle une affreuse calomnie faite à la mémoire de son maître; mais il a été détourné de ce dessein , parce qu'il a appris que cette réfutalion avait été faite par M. Pascalis, dans une lettre (*) adressée à John Rodgers , docteur médecin , etc. M. Pascalis soutient dams cette lettre que la fievre jaune n’est nullement contagieuse ; et son opinion est d’autant plus importante , que ce savant médecin, après avoir long-temps observé la maladie dans les États-Unis, a fait un voyage en Espagne, exprès pour l’étudier encore dans l’ancien continent.
(*) Cette lettre, traduite en francais, a été insérée dans le n°. 11 de l’année 1818, Journal général de Médecine.
"1 ee TR
rique , les médecins et le peuple ont presque tous reconnu la non contagion de la fièvre jaune ; J'ajoute maintenant, qu'en Angleterre, tous les médecins qui ont eu occasion d'aller lobserver se sont rangés à la même opinion; que, parmi les médecins français, presque tous ceux qui ont eu occasion de la traiter, sont encore arrivés à la même maniere de voir (a). Et, quant à l'Espagne, j'ai déjà dit qu'on faisait brüler les ouvrages où cette dernière opinion était combattue, et qu’on en persécutait les auteurs ; ainsi l’on ne doit pas s'étonner que le nombre de ses adversaires soit nul , ou qu'ils ne se montrent pas. Je doiscependant avouer que dans tous les pays, la defense de la contagion est prise encore par plusieurs médecins, de ceuxla même qui ont vuet revu la maladie, et que, parmi eux, il en est qui jouissent d’une réputation justemeut acquise , 1l suffit de citer le doc-
teur Currie à Philadelphie, et M. Bally à Paris.
(a) Parmi ces derniers , je me plais à citer M. Lefort, qui, après avoir soutenu, dans sa thèse présentée à la fa culté de médecine de Paris en 1804, et dans un mémoire couronné par la société de médecine de Paris en 1812, que la fièvre jaune est contagieuse, a eu le courage de réformer son opinion quand l’observation lui a montré qu'elle était fausse, et de se rétracter dans une lettre adressée à la société de médecine de Paris.
De pareils noms élôignent, sans doute, tout soupcon de mauvaise foi; mais tout homme peutse tromper , et combien n'est-il pas difficile de se défaire d’une vieille erreur, surtout quand on pense comme ces deux médecins, que l’erreur contraire ne peut que devenir très-funeste a ses concitoyens et à la moitié des habitans de la terre! Rendons hommage à la pureté de leur intention ; mais gardons-nous , en suivant leur exemple, de résister à la vérité.
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