‹ Traité de la fièvre jauneChapitre 24 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Traitement curatif.

Première période.

Dans la première période, j'ai fait voir qu'il existait tous les sympiômes propres à léréthisrae général, ou même à un état inflammatoire; ce sont donc les moyens connus pour être utiles, soit contre l’éréthisme, soit contre l’état inflammatoire, qu'il faut employer. Les boissons delayantes conviennent d’abord; la limonade, l’orangeade, les tisanes de veau, d'orge, de riz , réussissent très-bien ; j'ai retiré aussi beaucoup d'avantage de l’eau chargée de gaz acide carbonique; mais ces moyens sont presque toujours insuflisans. La face devient rouge, les yeux brillans, la langue sèche et rouge; la soif est ardente, le pouls fréquent , plein et dur; les artères des tempes battent avec force ; il faut avoir recours aux saignées, mais il faut les faire petites : j'ai constamment observé que, quand on les faisait grandes, elles aflaiblissaient beaucoup trop, et amenaient trés-promptement les symptômes ficheux de

la seconde période; en les faisant petites, on a la faculté de les répéter selon le besoin. |

Les vomituritions et les vomissemens $e présentent souvent dès le début de la maladie; mais 1] faut bien se garder ici du précepte vomitus vornitu Curatur, car les émétiques sont presque toujours nuisibles; 1ls sont éminemment contre-iIndiqués par l'éréthisme de toute l'économie, et surtout par celui des voies gastriques, qui quelquefois est tel, que les malades sont forcés de rejeter tout ce qu'ils avalent, et aussitôt après qu'ils l'ont avalé. L’utilité des mêmes boissons et des petites saigriées continue ; si les unes et les autres sontinsuffisantes:, On a recours aux bains tiédes', aux lavemens, aux applications émollientes sur la région épigastrique. Je me suis bien trouvé des :applicacations d’eau froide, soit sur l'abdomen, soit sur le front, pendant les fortes céphalalgies ; quelquefois à l’eau je joignais du vinaigre nitré.

Quand , malgré ces moyens , la maladie augmenite , surtout si les symptômes nerveux prédominent, l'usage des légers calmans devient nécessaire. Les émulsions et les potions dans lesquelles on faisait entrer de l’éther sulfurique ou du sel sédatif de Humberg , me reussirent parfois. Îl n’est pas de médecin qui, dans ces cas, n'ait employé l’anti-émétique de rivière

( acide citrique versé sur le tartrate acidule de potasse,-et'avalé au moment de l’évaporation) ; plusieurs disent l'avoir fait avec succès, mais ce n’est pas général : pour moi, je n'ai pas eu souvent à m'en louer, je crois cependant que c'est un remède à ne pas négliger. Quand enfin tous les moyens que je viens d'énumérer ont été inutiles, 1l faut arriver aux calmans lesplus forts. L'opium a été vanté pour ce moment ; je ne lai jamais employé, et, malgré l'autorité de.ceux qui le vantent, je me hasarderai diffcilement à y avoir recours; les mauvais effets de ce médicament, dans tous les cas où il existe un état inflammatoire ; ne peuvent que rendre son usage suspect dans la première période de la fièvre jaune. Le camphre et le nitre sont beaucoup plus convenables, et je les ai souvent ordonnés avec succes. Je les faisais administrer sous forme de bols, pour la commodité des malades ; et quand ceux-ci ne pouvaient pas avaler les bols, on les leur donnait délayés dans la tisane ordinaire; le camphre principalement me réussit, et j'en fis un grand usage: je remarquai Constammentque, quand les maladesle rejetaient, 1ls étaient beaucoup plus tôt atteints des symptômes de l’adynamie.

Si cette periode est longue, et qu'il faille soutenir les forces du malade, les alimens li-

quides et les plus légers sont les seuls que l'on puisse employer.

Deuxième période.

La fièvre jaune se termine quelquefois tout à coup à la fin de la première période, par une hémorragie abondante, ou par quelque autre ‘excrétion ; mais ces cas sont rares. Ordinairement après trois, quatre ou cinq jours, la première période fait place à la deuxième; tous les symptômesde l’éréthisme sontremplacés par ceux de l’ataxie, ou ceux d’un abattement général ; il n’y a pas encore suppression des forces, mais elles sont inégalement distribuées, ou bien elles sont dans une oppression très-grande. La série des médicamens doit être aussitôt changée. De tous ceux que j'ai déjà indiqués, on ne peut conserver que le camphre et le nitre. La boisson ordinaire de l'hôpital de Bush-Hill était la décoction de centaurée, et elle convenait très-bien ; elle peut être remplacée par toutes les boissons lésèrement ameres qui, du reste, suffisent rarement ; presque toujours 1l faut avoir recours à la décoction de la serpentaire de Virginie, à celle du quinquina. Je faisais souvent usage de l’une et de l’autre, en les arrosant avec de l’eau de cannelle. C’est à cette époque aussi queles vésicatoires et

; 292 les sinapismes trouvent une juste application.

Souvent, dans cette période , la maladie tend vers une crise; 1l faut favoriser ses efforts, lors même qu'on sait qu'ils doivent être in complets; on ne gagnerait rien à les troubler. Les hémorragies peuvent encore être avantageuses si elles arrivent dès le commencement, et quand la prostration ne s'est pas déclarée : 1l faut bien se garder toutefois de faire alors usage des saignées ; elles ne peuvent qu'être mortelles. Je les ai employées jusqu'au troisième jour , rarement au quatrième , et presque jamais je n'ai trouvé d'indication pour les employer le cinquième. Si les hémorragies arrivent vers la fin de cette période, elles sont presque toujours les prodrômes de la mort; car elles annoncent la suppression des forces.

Les selles forment quelquefois des crises heureuses, et ce sont elles surtout qu'il faut faciliter , pour peu qu’elles paraissent devoir être favorables. L'on donne alors avec avantage les doux laxatifs : l'huile de ricin a été tresvantée ; le mercure doux et le jalap , administrés à petites doses, sont encore bien indiqués ; on peut même faire usage de quelque sel purgatif. J'ai vu rarement l’occasion de donner un émétique; cependant je l'ai vue quelquefois. Le tartrate antimonié de potasse, et mieux

encore l’ipécacuanha conviennent dans ces casÿ mais, je le répète, ils sont très-rares. En général, les vomitifs ne font que renouveler l'irritation ou l’inflammation de l'estomac, et bien certainement ils ne peuvent être indiqués pour dégager les premières voies ; car, s’il y avait des matières étrangères contenues, les vomissemens naturels seraient plus que suffisans pour les expulser,

La suppuration résultant de l'application des vésicatoires ne peut être que très-avanlageuse, et j'en ai vu les plus heureux effets; celle qui vient à la suite de toute autre plaie se trouve dans le même cas. Je faisais panser les vésica= toires , non avec la poudre de cantharides, comme c’est l'usage, mais avec l’onguent styrax, Ce qui prévenait souvent une gangrène menaçante. S1 celle-ci arrive, elle n'est pas toujours funeste, comme je l'ai déjà dit; mais le malade exige alors les toniques les plus puissans , auxquels 1l faut joindre les excitans. Le quina doit être administré à l'intérieur à fortes doses ; sile malade ne peut le garder dans son estomac , on le lui donne en lavemens. Quelques praticiens ont fait faire une copieuse décoction de cette substance , ÿ ont plongé les malades, et les y ont laissés plus ou moins longtemps ; d'autres s'en sont servis sous forme de

fomentations ; tous paraissent en avoir retiré quelque fruit. On augmente le nombre des vésicatoires et celui des sinapismes; on peut même administrer des bains froids ou chauds, eten passant subitement des uns aux autres; ces derniers sont cependant un moyen perturbateur , trop dangereux pour qu'il soit permis de s'en servir dans les cas ordinaires. |

Comme le camphre a été utile dans la premiere période , il peut l'être encore dans celleel; le castoreum, le muse ont été employés , les divers éthers l’ont été également; mais presque toujours, quand on a eu recours à ces moyens , l'état des malades était désespéré ; aussi ne les a-t-on vus que très-rarement amener à la guérison. Il est peu d'indications qur ne puissent se présenter dans cette seconde.période de la fièvrejaune, et 1l n'est pas par conséquent de médicament qui n'y puisse trouver sa place , c'est au praticien de décider sur le moment celui qui convient ; j'ai indiqué ceux quitrouvent plus souvent une juste application; je ne parlerai point des autres, car je n’en pourrais faire qu'une nomenclature entièrement inutile,

Ondoit soutenir les forces des malades par des bouillonsun peu aromatisés, des crèmes de riz, Veau vineuse, et même quelquefois le vin pur.

Troisième période.

Quand les médicamens employésdans la première et la seconde période ont été sans succès, quand aucune crise favorable n’est venue terminer la maladie, la troisième période commence, c'est-à-dire, que tous les symptômes fächeux de la seconde augmentent d'intensité, et qu'il sy en joint de nouveaux; très-souvent ‘alors, il existe une véritable suppression des forces : que faire dans ces tristes momens?

redoubler tous les médicamens qui ont été employés jusqu'alors, en joindre quelques autres pour combattre certains symptômes, tels que le cachou et le diascordium pour arrêter le dévoiement ; le nitre et quelques autres diurétiques , pour rappeler les urines; outre ces remèdes internes, entretenir les restes de la chaleur naturelle par des applications de flanelles trempées dans de l’eau-de-vie camphrée, par des briques chaudes appliquées aux extrémités, etc. ; telles sont les tristes ressources qui restent au médecin ; elles sont presque constamment im puissantes ; cependant qu'il se garde bien de les négliger, on les a vues quelquefois rappeler les malades des portes du tombeau.

Quand le traitement est suivi d’un heureux suceès, quand la maladie s'est terminée d’une

Er

.276 | manière favorable , le malade est encore obligé, avant d'arriver à la santé, de passer par une convalescence souvent longue et pénible, toujours en raison de l'intensité de la maladie qui l'a précédée. Les moyens à employer dans cette époque sont les mêmes que ceux qui conviennent pour la convalescence de toutes les autres maladies; seulement ils demandent à être suivis plus rigoureusement. Quelquefois la faiblesse des malades est telle, qu'on a besoin de continuer pendant quelques joursl’usage des boissons amères; quelquefois aussi, il reste des symptômes qui indiquent les doux minoratifs. Dans tous les cas, un bon régime et un exercice modéré ne peuvent qu'être irès-avantageux ; mais le moyen par excellence, c'est le transport du convalescent dans un air pur ; ce moyen doit même être mis en usage dans tous les temps, quand les forces du malade le permettent.

Il a été si constamment utile, dans les pays où la fièvre jaune règne habituellement, qu'il faut des obstacles insurmontables , pour empêcher d'y avoir recours.

Telles sont les règles générales que l’on peut tracer pour le traitement de la fièvre jaune dans sesdiverses périodes; il existe, en outre, des rè-

gles particulières relatives à chaque médica-

ment, et qui ne sont pas moins essentielles à connaître; je vais parler de celles qui appartiennent aux médicamens les plus usités.

De la Saignée. Bien des médecins ont vanté ce moyen , d'une manière indécente, et en ont horriblement abusé. Rush, à Philadelphie, avait toujours la lancette à la main ; il‘ tirait vingt onces de sang dans une seule saignée (a), et parfois la répétait dans la journée; il se vante d’avoir tiré jusqua cent quarante onces de sang, dans l’espace de cinq jours (b). Il paraît également que, vers lecommencementdece siècle, on en abusait fortement aux Antilles; car M. Bally reproche aux praticiens de Saint-Domingue d'en avoir, en 1802, continué l'usage malgré leurs mauvais succès (c); et Savarésy attribue une grande mortalité, qui eut lieu à la Martinique en l'an XI, à l'abus qu’on en faisait : ce dernier ajoute que cette mortalité diminua à mesure qu'on eut recours à des moyens contraires (d). Palloni vante beaucoup la saignée dans l’épidémie de

(a) Le docteur Physick, en une seule saignée égale ment, en tira quatre-vingt-dix onces.

(ë) Kusx , p. 260.

(c) Bazzy, p. 400.

(d) SAVARÉSY, p. 44.

ri 278 Livourne (ay; et M. Bally dit avoir vu en Espagne un médecin , nommé Cabanellas , qui saignait jusque ad animi deliquium; mais qu’à la vérité, sa pratique ne passait pas pour être heureuse (b).

À cet abus de la saignée on peut opposer : l'excès contraire ; ainsi, M. Valentin, quasi bien traité de la fièvre jaune, jamais contre elle ne faisait usage de ce moyen (c). Savarésy dit en propres termes, que la méthode antiphlogistique est destructive, et qu'il ne l’a pas vue opérer une seule guérison (d). Gilbert se déclara formellement contre son usage (e), et M. Bally, qui n'en parait pas très-partisan , assure qu'en Espagne elle était généralement regardée comme funeste ( f).

De cette opposition d'opinions sur l’usage de la saignée dans la fièvre jaune, on peut donner deux grandes raisons : la première, c'est que les épidémies de cette maladie n'étant pas toujours semblables, la saignée peut être favorable dans l’une et funeste dans l’autre,

(a) PALLONI, p. 17.

(0) Bazzy, p. 503.

(c) VALENTIN, p- 199.

(d) SAVARÉeY, p. ri.

(e) GILBERT , p. 90.

(f) Baëry, p. 402.

La seconde, c’est la fureur des systèmes. Ainsi, Savarésy, brownien autant que possible, considérant la fièvre jaune comme une maladie par asthénie, ne pouvait admettre l’usage dela saignée; ceût été de sa part, un contre-sens dont il était incapable. Palloni, au contraire , pensant que la maladie est sthénique, devait regarder , et regardait en effet, la saignée comme un excellent remède ; il faut toutefois convenir qu'il ne la vante pas d’une manière démesurée. Entre les deux extrêmes, il est un juste milieu dont le medecin observateur ne s'écartera jamais ; 1l ne s'abandonnera pas plus à une aveugle routine, qu'il n'ira se perdre dans le vaste champ des hypothèses ; 1l usera de tous Îles moyens qui pourront être utiles à ses malades, sans pre- vention comme sans excès , et entre ses mains la saignée deviendra un vrai secours dans toutes les épidémies de fièvre jaune.

J'ai déja dit dans quels momens il fallait avoir recours à ce moyen , et comment 1l était plus avantageux de s’en servir; il est inutile de le répéter. Mais je n’ai parlé jusqu'ici que dela saignée faite par l'ouverture de la veine, et j'avoue que c’est la seule que j'aie employée ; la plupart des praticiens sont dans le même cas que moi. Îlen est cependant quelques-uns qui onteurecours à l'application des yentouses scari«

di 280 :

fiées et à celle des sangsues. Les premières n'ont jamais été vantées ; et, à Livourne, elles furent loin d’être avantageuses. Les secondes ont été suivies de quelques succès , appliquées à l'anus, soit à Philadelphie, soit en Espagne, soità Livourne.Béguerie les fit appliquer surles hypocondres, dans la fièvre jaune qui se déclara sur la flotülle sortie du port de Tarente en l'an X, et ne paraît pas avoir eu à sen repen- ‘ür (a). Les saignées locales par les ventouses peuvent étre essayées de nouveau; on peut aussi faire appliquer des sangsues, mais la rareté de celles-ci, dans la plupart des pays où règne la fièvre jaune , sera cause qu'elles seront toujours de très-peu d'utilité.

Du Quinquina.Vrès-peu de médecins ont vanté cette écorce pour toutes les périodes de la fièvre jaune, très-peu aussi l’ont complétement rejetée; cependant cesont des vicissitudes qu’elle a éprouvées comme les autres médicamens, ettoujours pour les mêmes causes. [lenest une toutefois, qui lui est plus particulière; c'est que, quelques médecins ayant vu que la fièvre jaune était toujours de même nature que les fièvres intermittentes, ont cru que, comme dans celles-ci, le quin-

(a) Bécuerre. Histoire de la fièvre qui a régné sur la flotulle française, p, 52.

quina pouvait être spécifique. [ls n’avaient pas réfléchique ce médicament n’est spécifique que du type intermittent, et que ce type se présente rarement dans la fièvre jaune ; que d’ailleurs cette maladie est accompagnée dans les commencemens d'un tel état d'irritation , que l'emploi du quinquina ne pourrait être que très-dangereux. Je ne sais d’après quel principe M. Bobadilla fut conduit à employer ce médicament; mais, à Los Barrios, il l'employait des le commencement de la maladie, et dans tous les cas ; 1l prétendait guérir presque tous ceux à qui il pouvait l’administrer dès le premier jour de la maladie. Comme 1l est presque impossible de reconnaître la fièvre jaune des sôn début , il est permis de croire, avec M. Bally qui rapporte ce fait (4), que le médecin espagnol ne traitait pas toujours cette maladie.

Que le quinquina ait été employe à tort et à travers par quelques médecins ; que par d’autres il ait été rejeté comme toujours pernicieux, cela ne doit pas plus étonner qu’engager à imiter les uns ou les autres. Quand la tête est douloureuse , la face animée, les yeux rouges et brillans , la langue sèche et rouge ; quand il y a douleur dans Pabdomen , quand le pouls est

(a) Barry, p. 954.

grand , fort, plein et dur, ce serait une folie de vouloir imiter les premiers ; et ce serait encore une folie de vouloir imiter les seconds , quand la face est décolorée, les yeux abattus, la langue flasque , et recouverte dan enduit noirûtre, le pouls petit, rare et disparaissant sous la pression du doigt ; en un mot, quand il existe tous les symptômes de la suppression des forces. Dans ce dernier cas et dans les cas analogues, on doit faire usage du quinquina ; on peut l’administrer en poudre. Conime le malade ne le supporte pas toujours ainsi administré, la décoction en est préférable, et c’est sous cette forme qu'il a été généralement employé. Si les malades ne peuvent l’avaler ou le rejettent aussitôt, on le donne en lavement, en bans, en fomentations, comme je l'ai déja dit;- on pourrait encore s’en servir infusé dans de l’eaude-vie et frictionné sur les diverses parties du corps. Par ces divers moyens, on en rapporte des effets miraculeux, et nous devons y croire, car ils nous viennent de médecins dignes de foi. Des évacuans. La fièvre jaune est si violente, et l’on a si peu de succès dans le traitement, qu'il n’est pas étonnant qu'on ait essayé de tous les moyens pour la combattre ; dans cet essai, les divers évacuans n'étaient pas pour être oubliés; aussi tous ont-ils été vantés tour à tour.

Des vomitifs. Les nausées et les vomissemens, qui se présentent presque constamment , ont été souvent regardés comme des signes indicateurs de l'émétique, et ce moyen a été fréquemment employé. Palloni le vante dès l'invasion de la maladie, et dit s’en être bien trouvé pendant l’épidémie de Livourne en 1804; 1l s appuie de l'autorité du D'. Hodges , qui prétend en avoir retiré un tel succès quand il l’administrait après une légère saignée, que, sur soixante-dix malades, il n’en a vu périr que trois (a). Le peu d'avantage qui est résulté de ce moyen das tous les temps et dans tous les lieux, les grands dangers auxquels son emploi expose, mettent à peu près hors de doute quele docteur Hodges prenait un léger embarras gastrique pour les prodrômes de lafièvre jaune, et Palloni peut bien être tombé dans la même erreur. Pour moi, je le répète, je n’ai trouvé que bien rarement occasion de faire vomir; et, quand je l'ai fait, cela ne m'a pas toujours réussi ; 1l est permis d'affirmer que, quelque nombreux que soient les symptômes qui indiquent un pareïl moyen, on ne peut y avoir récours qu'en tremblant; car, dans cette maladie, lirritation et l’inflammation de l'estomac sont toujours imminentes.

(a) PALLONI , p. 16.

Des purgatifs. Les purgatifs ont eu une grande vogue ; depuis le plus doux minoratif jusqu’au drastique le plus violent, tous ont été employés, et je ne sache pas qu'ils aient été rejetés d’une manière absolue, quoique plusieurs médecins , et entre autres Savarésy, les aient décriés en général. Il est certain que, soit dans le cours de la maladie , soit à la fin, il se présente souvent l'indication pour administrer de doux laxatifs; et la crème de tartre , le sel végétal , ou, mieux encore , l'huile de ricin, la remplissent très-bien. Ces médicamens ont d'ailleurs l’avantage de n’être pas fort dangereux , tandis que les purgatifs violens le sont toujours et beaucoup ; cependant ils ont été bien souvent mis en usage. Le docteur Rush, d'après quelques passages trouvés dans un manuscrit du docteur Franklin , qui avait observé l'épidémie de la fièvre jaune à Philadelphie en 1745, se mit à employer le calomel pour procurer des selles; mais, ne trouvant pas cemoyen suffisant, 1l y joignit le jalap , et quelquefois la gomme gutte ; son purgatif ordinaire était quinze grains de jalap et dix grains de calomel, administrés en poudre. Il faisait renouveler cette dose chaque six heures, jusqu'à ce qu'elle eût produit un effet marqué: vingt selles par jour n’effrayaient pas ce praticien, etila

fait prendre jusqu'a cent vingt grains de calomel dans l’espace de trente-six heures. 11 appelait ce remede le samson de la médecine , tant 1} avait confiance en son pouvoir (a)! L'exemple de ce médecin fut imité à cause de sa grande influence , et dans peu , à Philadelphie et dans les autres villes des Etats-Unis où régnait le fièvre jaune , on ne vit que médecins ordonner les POUDRES DRASTIQUES, pharmaciens les préparer et garde - malades les administrer. Cet engouement dura plusieurs années; mais, comme tous ceux qui naissent pour des médicamens qui n'ont en leur faveur que l'autorité d’un grand médecin qui les a misen vogue, il s'éteignit peu à peu, et aujourd hui, à Philadelphie même, on ne donne guère les poudres drastiques qu’a titre de doux minoratif. Les mêmes motifs qui font proscrire les émétiques dans ia plupart des cas de fièvre jaune, font proscrire aussi les drastiques : ce sont des moyens trop violens.

Des Sialagogues et des Sudorifiques. Quelques praticiens, ayant observé des crises par la salivation, crurent pouvoir employer les sialagogues et le calomel qui était tant vanté comme purgatif, le fut encore comme

eh. rs,

(a) Rusn, p. 197 et suivantes.

provoquant l'excrétion de la salive. C'est, je crois , le seul moyen employé dans cette vue; et, sil l'a eté pendant quelque temps, c’est parce qu'il était toujours regardé comme utile en tant que purgatif. \

Les sudorifiques n'auraient pu convenir à Philadelphie où les sueurs n'étaient que bien rarement critiques ; mais à Livourne, par exemple , ou elles l'étaient souvent, c'étaitune classe de remèdes à ne pas négliger, etil paraît qu'en eflet on en retira quelques avantages. Palloni dit qu'une limonade tiède et aiguisée avec un ou deux grains de tartre émétique, ainsi que des fomentations sur les extrémités avec du vi naiore sinapise, suflisaient pour produire cette excretion que le docteur Léan provoquait égament par des bains tièdes après lesquels 11 faisait faire, sur tout le corps, de fortes frictions avec une flanelle chaude et sèche (a).

Des Fésicatoires et des Sinapismes. Je me suis tres-bien trouvé des veésicatoires dans le traitement de la fièvre jaune; déja Lind les avait beaucoup vantes contre toutes les mas ladies des climats chauds et contre celle-e1 en particulier ; bien d'autres medecins disent éga-

SP EN RES CRE RUE SEE RE Se et Dix

(a) Parroxr, ra.

lement en avoir fait un heureux usage ; quelques-uns cependant en ont éprouvé des résultats contraires et les ont rejetés; Palloni, entre autres , aflirme qu'ils furent nuisibles dans l’épidémie de Livourne (a). M. Ballyles approuve en théorie pour toutes les périodes de la ma- Jladie , mais les blâme dans la pratique (D). Il me semble qu’en théorie comme en pratique, ils doivent être rejetés de la première période, puisque l'économie animale se trouvant dans un état d'irritation générale , les vésicatoires ne peuvent qu'augmenter cet état, et rendre la seconde période plus dangereuse, d’après cette loi physiologique, que l'abattement des forces est toujours en raison directe de l’éréthisme qui l’a précéde , et, quant aux miasmes flottant dans le corps, j'ai prouvé qu’il n’en existait plus des que la fièvre jaune avait éclaté. Ces raisons sont si évidentes que je ne connais persohne qui ait osé se servir des vésicatoires dans cette période.

Dans la seconde , il en esttout autrement; les forcesne sont véritablement que maldisiribuées ou oppressées et les vésicatoires, soit en lesappe- Jantsur un point déterminé, soiten excitanttoute

(a) PALLONI, p. 20.

(à) BaLLY, p- 524.

SATA . 4 Et ACTE ER *

% à CR | ke , + : ï

l'économie , ne peuvent qu'étre avantageux, et

ilsle sont en effet; c'est à cette époque que je les

ai ordonnés le plus souvent , et je n’ai jamais eu à m'en repentir : ils ont éte plusieurs fois inu-

tiles, mais je ne les ai jamais vus être nuisibles, et c’est pour cela qu’on peut les prescrireencore,

et que je les ai prescrits souvent dans la troisième période. Je dois dire, toutefois, que beaucoup de médecins leur ont préféré les sinapismes , prétendant queceux-ciirritent beaucoup moins ; COMME je n'avais qu à me féliciter du premier moyen, je n'eus pas recours à ce dernier ; je ne doute cependant pas que , dans bien des épidémies , 1l ne puisse devenir d'une grande utilité.

Je n'irai pas plusloin dans l'étude particulière des remèdes vantés contre la fièvre jaune; le peu que j'avais à dire sur l'opium , le camphre, le nitre, et les bains, je l'ai intercalé dans le traitement des périodes : il ne me reste plus qu'à prévenir quil n'est peut-être pas dans la matière médicale un seul moyen qui ne puisse trouver une juste application dans des cas iso lés de cette maladie ; mais que, hors ceux que je viens de signaler , 1l n’en est aucun qui puisse être regardé comme d’une utilité générale , et que tous veulent être administrés par une main habile. S'il est une maladie qui exige

289 | un tact exercé de la part du médecin, c'est, sans contredit , celle-ci : la rapidité en est telle que les momens favorables sont toujours très-fugitifs, et qu’une fois passés ils ne reparaissent plus ; la violence en est si grande que les demimoyens deviennent inutiles, et que les moyens trop forts hâtent l'instant qui doit précipiter le malade au tombeau. Dans le traitement, le

moindre oubli, la moindre erreur , sont constamment des fautes mortelles.

BALE LE BAR L'URSS DURE VE ABLL VILLE IVUILE LAMULLE EL ULVLLLALLLEÈLRLE LABS LA LALALE-

Page 1