JUXTAPOSÉS DE COORDINATION
TeniM eonpostnts : substantif et adjectif. — Types : plafond ,
cofp^e'fort.
n est impossible de déterminer d'une manière générale dans quel cas l'adjectif précède le substantif, dans quel cas il le suit. Cependant le souvenir de la construction primitive est encore assez net, puisque les deux tiers au moins de la série qui va suivre placent le déterminé après le déterminant, et reproduisent la construction antique xaxoSa((jixi>v.
Les juxtaposés latins de cette nature sont assez rares. Nous avons cité plus haut respublica, jusjurandum , angustuscla-vits, lattcsclavus. On ne peut ajouter à ces mots plenilunium, donné par Maetzner {Franzôs. Grammatik, p. 332) , comme type de la juxtaposition d'un nom et d'un adjectif, puisque jo/enilunium est un composé et non un juxtaposé. Mais on peut encore citer : sacer ignis (érysipèle) , fœnum grœcum (fenugrec), herba impia (Pline, XXIV,* 1 13 ; — Filagogallica, de Linnée) , et quelques autres noms de plantes : labrum Vene^ reum (PL, XXV, 108; — dipsacus silvestris^ L.),per$ica poma (pêches) , ros marinus , etc. Je trouve dans Corssen {Aussprache 2, II, p. 884) , donnés comme juxtaposés : viril^ lûstris, equesRomdnics , prœtorurbdnus ^ popvUtcsRomà^ nus. On peut citer surtout des noms de lieux, composés d'un nom et d'un adjectif, et qui de toute nécessité sont devenus des juxtaposés sous l'action du temps. De nos jours Villeneuve, Belle-Ile, Belleville , Montrougey etc., sont des juxtaposés, qui représentent à l'esprit non les idées indiquées par chacun des éléments constitutifs des noms , mais la ville , le lieu auquel ces noms sont appliqués. Il en a dû être de même des noms propres qui suivent : Alba longa; Apta Julia; Augusta Eme-
rita, Firma, Gemella, etc.; Bulla regia; Campestris Julia; Carthago Nova ; Castra Cornelia, Gemina, Prœtoria, etc. ; CastrumJulium, novum, etc.; Colonia Agrippinensis^ etc.; Constantia JtUia, etc.; Fo^nim Jtdium (devenu FrioiU), Novum; Fossa Clodia; Fossœ Marianœ ; Longi Mûri; Mons Sacer; Oppidu7n Novum, etc., etc. Corssen (ibid., p. 885) donne les formes Aptaiûlia, Summasàlpes, Triacàpita, Lepidorégio, Sacràvia , noms de lieux où la juxtaposition est arrivée à la soudure des éléments constitutifs. Citons encore Aquœ Sextiœ, devenu Aix.
Le latin populaire a peu enrichi cette liste. On peut citer dimanche, outarde, or f roi et vimaire, qui remontent à l'époque primitive. Nous allons examiner chacun de ces mots.
Dimanche y en v. fr. diemenche^ dérive de diedominica (= diem dominicam) , où inica devient naturellement enche, et où la protonique o brève tombe : d'où diedynenche^ et par contraction diemenche t. Dies a conservé ici le genre féminin qu'il avait souvent en latin ; car la terminaison masculine inicxis donnerait diflScilement enche ^ et d'ailleurs l'italien dit cfomjî^^^ et <^'''^^<^ Ia^ ic i non domingo. C'est, à ce que je sache, le seul exemple, en dehors de l'archaïque miedi , où dies paraisse avec ce genre ; partout ailleurs il est masculin. Quant à miedi, on a voulu y voir une influence de l'expression analogue mienuit ; l'analogie suffirait-elle à expliquer ce changement de genre ? Nous ne le pensons pas , et il nous paraît plus simple d'y reconnaître une dernière trace du féminin dies conservé dans diemenche.
Outarde, dans Palsgrave ostarde, primitivement aicstarde, est le lat. avis tarda, nom donné par les Espagnols à cet oiseau, s'il faut en croire Pline : < Quas Hispania aves tardas appellat, Grsecia otidas » (H. N., X, 29). Dans avis tarda, avis est devenu avs, aies, comme avica est devenu avca, auca ^. Le prov. abetarda et l'ital. ottarda viennent aussi du nominatif. Le portugais vient de l'accusatif : abetarda = avem tardam; l'espagnol avutarda a redoublé avis (= av-Urtarda pour av-o^arda = av-au-tay^da) ^.
» Cf. plus haut, p. 17, note ! . — M. Brachet (Dict. étym.,s. v. dimanc/ie) suppose pour ce mot la filière die(d)omenchc , die-omenche^ dieman'he, qui est inexacte. La protonique à brève a dû tomber tout d'abord suivant la loi établie par M. Brachet lui-môme. D'ailleurs dieomenchfi se réduirait plutôt à diomenche qu'à diemenche,
* Diez, Gloss. Rom,, Glosses de Cassel, s. v. auca.
» Diez, El. W.y I, s. v. otlarda.
Or f roi y v. fr. orfrois * d'où orfroisel^ orfroiseler, est formé d'or = aurum , et d'un mot frois dont l'origine est discutée. Frois suppose une forme fris ou fres avec i bref ou e long non en position. Diez y voit un radical germanique qu'il retrouve dans le nom de pays Frise (Friesland; Frisons = hommes aux cheveux bouclés), et dans l'anglais frizzle^ et le frison frisle = bouclé. Mais , dans le radical germanique \i est long, soit par nature, friese, soit par position, frisle , et n'a pu passer en roman sous la forme fris on frès. D vaut donc mieux voir avec Littré , Gachet , etc. , le latin Phrygium. Diez objecte des diflScultés de phonétique; mais phrygium a pu aussi bien donner frois que *f ragea = fragia de fraga a donné fraise, que *gigerium a donné gésier et gengiva gencive. Quant au sens, dans l'antiquité classique phrygiœ vestes sont des étoffes brochées d'or , eiphrygio dans Isidore de Séville signifie brodeur. L'étymologie est donc assurée ; mais comme phrygium ne se retrouve pas isolé en V. fr., et qu'il n'a pu par suite se combiner avec or, à l'époque du moyen âge , or f roi doit remonter à l'époque primitive du roman, au latin populaire. Il se retrouve dans le prov. aurfres, l'esp. orofres, mais manque en ital. et en val.
Vimaire (vis major), proprement force majeure, mot qui ne s'est conservé que dans le langage technique , où il signifie les dégâts causés par les orages dans les forêts, et, dans le patois normand , vimar, accidents morbides chez les nouveaux-nés (Littré). Ce mot date de l'époque romane primitive, attendu que vis n'a pas passé en français ; disparu rapidement de la langue commune, il s'est spécialisé de bonne heure, et, dès le xm* siècle, on en avait perdu le sens étymologique, puisqu'on le rendait en latin par vimarium (Ducange).
Le français a largement développé la juxtaposition du nom et de l'adjectif. Voici les principaux de ces juxtaposés.