‹ Traité de la formation des mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latinChapitre 14 sur 113 · I. — Le déterminant précède le déterminé · texte numérisé non relu

I. — Le déterminant précède le déterminé

aubépine (1) ' bas-dessus bas-empire

bas-Breton bas-fond bas-mât

» Li fverres (f orfrois de Veneie {Crest, de Troyes, dans Bartsch, Gbrestom. », 141, ZT,.— Fleur d'orfrois (FI. et Bl., v. 977). — Bendes d'orf^ois (Rom. de la Violette, p. SS).— Chapel eforft*ois (Rose, v. 558).— //oc aurifrigium, orfroiz (vocab. lat.-fr. du xiv* s., p. p. Ul. Robert, dans la Bibi, de CEc, des Chartes, 1873).

» Les numéros entre parenthèses renvoient aux remarques qui suivent la liste.

bas oificier

bas-latin y-grec

bas-métier

bas-relief

basse-cour

basse-étoffe

basse-fosse

basse-lisse

basse-marche

basse-taille

basse-vergue

basse-voile

bas-ventre

beau-fils, -frère, -père

beau-chasseur

beaux-arts

belle-fille, -mère, -sœur

belles-lettres

blanc-aune

blanc-bois

blanc-estoc

blanc-être

blanche-œuvre(2)

blanc-manger

blanc-pendart

bonhomme

bon -chrétien (3)

bonheur

bonjour

bon sens

bonsoir

bonne aventure

cent-gardcs

cent-Suisses

chicheface (4)

claire-voie

chaudebouillure (5)

chaude-chasse

chaude-pisse

chauve-souris

cloporte? (= clausus

porcus ?) court-bandage court-bâton court-bouillon court-bouton courtKîôté court-cureau courte-boule courte-épée courte-épine courte-graisse courte-lettre courte paille courte-paume demi-aigrette (6) demi-air

demi-nmazone

demi-anglaise

demi-arpenteuse

demi-aune

demi-autour

demi-bain

demi-bande

demi-bastion

demi-battoir

demi-bau

demi-bosse

demi-botte

demi-brigade

demi-case

demi-cercle

demi-ceint

demi-chaîne

demi-clef

demi-coupé

demi-course

demi-double

demi-lune

demi-moulinet

double-aubier

double-bec

double-bécassine

double-canon

double-chaloupe

double-feuille

double-macreuse

double-main

étanbord ou étambot (7)

étanfiche

extrême-onction

faufil (= faux fil)

fausse-clef

fausse-monnaie

faux-bond

faux-bourdon

faux-marché

faux-marqué

faux-monnayeur (8)

faux-saunier

franc-alleu

franc-archer

franc-bord

franc-fief

franc- fi lin

franc-fileur (néolog.)

franc-funin

franc-maçon

franc-quartier

franc-réal

franc-salé

franc-tillac

franc-tireur

franc-taupin

franche-muUe

gentilhomme

grand-père, -mère

grand-livre

hautbois

haut-bord

haute-cour

haute-justice

haute-futaie

haut-fond

haut-fourneau

haute-lige

haut mal

haute-paie

haute-taille

lèse-majesté

de longue-main (main

= travail) longue vue malaise

malaventure (9) maldehait (arch.) malebête maîebouche malechance malefortune malegouverne malemort malencombre malencontre ,

malepeste malepeur malerage malfaçon

malgré (d'où maugréer) malherbe malheur à la malheure maltalent (arch.) maltôte marsault (10) mi-août, -septemb., etc.

mi-carême mi-corps

midi (arch. miedi) milieu

minuit (arch. mienuii) mort-bois morte-eau morte -saison mort-pelin ou m.-plain morfil (= mort fil) moyen âge nouveau-monde nouvel-an

noirprun ou nerprun nu-tête, -pieds, etc. (Il)

oriflamme {{1)

petit-fils, neveu, etc.

petit-lait

petit-maître

petite-fille,-nièce, etc.

petite-maîtresse

petites-maisons

petite -oie

petite -vérole

petit-gris

petits- enfants

petits-fours

petitrpâté

plain-chant

plafond (= plat fond)

de plain pied

plat-bord

plate-bande

plate-face

plate-forme

plate longe

la plupart (= plus part)

primevère (du pluriel

neutre primavera) primesaut (13) printemps prudhomme prudefemme (arch.) quintessence (mot de

formation savante) quote-part ronde-bosse

rond-point

sage-fommo

saint-office

sainbois

sainfoin

saint-sacrement

saint-siège

saint-sépulcre

sauf-conduit (14)

sauvegarde

tiers-état

tiers-ordre

tiers-point

verjus

vieux-français

vif-argent

Remarques. — 1. Aubépine — aube (blanche) épine. L'adjectif a/J, albe, ou aub, aube, de bonne heure a été remplacé par le germanique blanc. Il n'est resté que dans quelques expressions : l'aube du jour, Yaube du prêtre (toile blanche), l'aube d'un moulin à vent (primitivement toile blanche des ailes) , par ext. , Yaube d'une roue à eau. Le v.-fr. disait aussi : un enfant mort dans ses aubes (dans ses langes).

2. Blanche-œuvre (arch.), outils tranchants. Blanche a ici le même sens que dans ar^ne blanche. Blanche-œuvre a disparu, ne laissant de trace que dans le dérivé blanchœuvrier.

3. Bon-chréùien (poire de). — Ce nom , d'après Caseneuve , vient de St-François de Paule , dit le bon chrétien , qui apporta ces poires d'Italie en France. Cette étymologie est confirmée par deux pièces de vers qu'on lit dans le Journal historique sur les matières du temps (Journal de Verdun, 1730, février et mars). C'est une énigme avec son explication, de laquelle il ressort que c'est Louis XI lui-même qui aurait donné à ces poires le surnom du saint. — L'étymologie de Ménage luar/ptitna n'est pas même à discuter.

4. Chicheface ou chincheface. Voir sur ce mot Y Histoire littéraire, XXIII, p. 247.

5. Chaudebouillure est un mot dialectal (Lalanne , Çrloss. poitev.). On dit encore dans l'ouest et dans le centre chaurbouillure, contraction de chaudebouillure (Jaubert, Gloss. du centre; Lalanne, op. c; Favre, Gloss. du Poit.).De chaubouillure, qui n'est autre chose que chauboulure avec 1'/ mouillée, dérive notre échauboulure , d'où échauboulé.

6. Demi et mi en composition restent invariables. C'est une r^le toute moderne; la vieille langue gardait l'accord : En mie

nuit s'enfuit de la citet (Alexis , 38, d.) — En demie lieue ne pot il mot soner (Ch. des Saines, II, 95). — Un soir^ à la mienuit (Villehard., p. 89). — Paisgrave, en 1530, dit encore : Une demie douzaine (p. 859). — Remarquons le genre des juxtaposés mt-<^arême, mi-août, etc., où le déterminé est masculin. Il faut y voir une influence des expressions : la Sainte- Jean, la Saint-Martin, etc., où fête est sous-entendu.

7. Etambord (par corruption étambot), étanfiche sont composés de bord (au sens de bord d'un navire, planche) ou de fiche et de estant = debout.

8. Faux-monnayeur n'est pas monnayeur en faux; c'est un dérivé de fausse-monnaie. Monnaie ayant donné monnayeur, fausse s'est appliqué à monnayeur par une analogie de forme plutôt que d'idée, et, en en prenant le genre, est devenu faur. Il en est de même de bas-Breton, bas-justicier, faux témoin, etc., formés de basse-Bretagne, basse-justice, faux témoignage, etc.

9. Malfaçon, maltâte, malheure, etc. Ces mots avaient primitivement maie avec Ve muet : aucun autre vice de maie façon (Et. Boil., p. 94) ; malle AeMr^(Palsgr.,p. Q2y,toutes les maletotes (Froissard, I, I, 65). — il/a/^a^(?n^ signifie maur vaise passion, colère : « Molt fu iriés et plains de mautalent » (Aliscans, éd. Guessard, v. 694). — Maldéhait veut dire mauvais souhait ; c'est une formule d'imprécation qui s'employait comme malepeste, malheur : * Maudahez ait tel saintueres Qui en tel guise fait baler Ciaus qui le veulent aorer ! » (Renard 18419). 4c Maldéhait ki sans cop férir Cor ne buisine i sonnera » (Ph. Mousket, v. 6897-98).

10. Marsault, sorte de saule ^ C'est un composé de mar = mâle, et de sault , forme dérivée de salix qu'on trouve à côté de saule , ce dernier d'origine germanique. Marsault est traduit dans Ducange par massalix. L'adjectif mar, lat. ma^» maris, a laissé peu de trace en roman ; cependant son existence est incontestable. Diez {Et. W, II, b. marron) a démontré que l'esp. maron ou marron, bélier, dérive de mas; de là le port, marrar, frapper avec les cornes. D'accord avec Burguy (III , s. V. marer), je rattache à cette racine le vieux verbe français marer qui signifie aussi frapper violemment : « Quant plus me maire s'amours et point » (Romvart, 299). J'explique

* Moins bien marceau (dans Rousseau, Rêver. cCunpromen. solit., V).

encore par la même racine un mot de la Chronique des ducs de Normandie.: 4c Kar mult est la terre gerrive. Et debones gens plenteïve, Forz de recez et de passages, E de granz fluns, parfunz, marages. » (v. 19410-13). Ces flumsparfunz, murages, sont des fleuves profonds et violents. L'adjectif mara^^ dérive selon nous d'un substantif ou d'un adjectif mar signifiant forty mais non du verbe marer^ qui donnerait par dérivation un substantif et non un adjectif. Marer , lui-même , vient trèsbien, comme marrar^ de mar, Mar a disparu de la langue, remr placé par masle — masculus, et comme tant d'autres mots anciens, n'a plus laissé de trace que dans la langue technique i.

11. Nur-tête, -pieds, etc. Il ne faut pas voir dans ces expressions une composition semblable à celle du grec \kv^àb\j\M<; ^ SCxouç, ou du latin longimanus, albicomus. Nu est un adjectif qui doit s'accorder avec le nom suivant, et qui a subi régulièrement l'accord jusqu'au siècle dernier. Les exemples produits par M. Littré (s. v. nu) montrent péremptoirement combien peu est justifié le récent usage qui fait nu invariable. Marivaux écrivait encore en 1733 : « Je suis nue tête » (Marianne, 3« part.).

12. Oriflamme , de aurea , v. fr. orie et de flamma. Un vers du Roland nous montre les deux mots encore séparés : « Gefreiz d'Anjou portet Vorie flambe ^ » . Orie se prononçait drje avec un yod, et non àyre; avec la soudure àrie est devenu ori.

13. Printemps , primesaut , primevère. — Primesaut devait être et a été jusqu'à la Renaissance (Rabelais, Montaigne) prinsaut. L'adjectif archaïque était jorm, prime. Prime ^evl s'est conservé dans quelques expressions, et, devenant des deux genres , a remplacé le masc. prin, comme le prouvent pnmesaut et de prime abord. Le v.-fr. avait encore d'autres juxtaposés de primus : prinsoir, le commencement de la soirée ; prinsome, non le premier sommeil, mais le temps des premières

» Dans Amis et Amiles, on lit (v. 1301-2) : « De joins inarraig$s et d'espines poignans Vos coronerent celé mauvaise jant. « M. G. flofmann explique ces joins marraiges par des « joncs de mer » (Meerrohren); il fait ainsi de marraige (qui est évidemment notre marage) un synonyme de marin. Cette explication est condamnée par le contexte : marraige doit correspondre pour l'idée à poi^non^, et par le passage de la Chronique, où (tes fltuves marins n'aurait i as de gens. Quant au vers de CImrlem, à Jérusal. « D'un grand peisun mage qui fut fait en mer » (v. 5H2), vers que M. Hofman corrige en « D'un grand peisun maraige qui fut fait outre mer » le passage est trop corrompu pour qu'on en puisse tirer quelque chose ; d'ailleurs notre explication de marage y convient tout aussi bien.

* V. 3093.— Nos citations se reportent à la grande édition de M.L.Gautier.

heures du sommeil : < Vers prinsome , qui est nuit obscure » (Chr. des Ducs de Norm., v. 35758).

14. Sauf--conduit et sauve-garde présentent un sens de sauf très-rare : 4( qui rend sauf. » Je le trouve encore dans ce vers de Marot cité par M. Littré (s. v. sauf) : « Donne-moi sauve assurance de tant d'ennemis inhumains > Dans saufconduit, ^aw/* fait pléonasme, du moins dans la vieille langue où conduit signifie précisément sauf-conduit : « Dune enveia li bers al cunte dous abez Qu'il li duinse cunduit » (Th. le Mart. 51, dans Littré, s. v. conduit). — En lui tant se fia que senz cunduit est si venuz » (Chr. des D. d. N., v. 23221). — Le V. fr. disait également bon conduit : <^ Car en tel lieu mainne on I homme Sous boin conduit. . . » (Ph. Mousket^ v. 22927).

A la liste précédente, ajoutons les mots suivants, où le second terme est un adjectif ou un infinitif pris substantivement : beau^ cuit, beau-frais, beau-pay^tir, beaur-revoir.

On peut citer encore les noms propres , par exemple :

Aigrefeuille (Loire-Inférieure) Aubeterre (Charente) Beaufort (Jura, etc.) Beaulieu (Corrèze. etc.) Beaumesnil (Meurthe) Beaupréau (Haut-Rhin) Beauvoir (Deux-Sèvres, etc.) Beifort (Haut-Rhin) Belle-Isle (Côtes-du-Nord) Believille (Paris) Belmont (Aveyron) Belpech (= b.-podium , Aude) Bonnétable (Sarthe) Bonneval (Eure-et-Loir) Boupère (= alba petra, Vendée) Chaveroche (Corrèze) Chaumont (Haute-Marne) Clermont (Puy-de-Dôme) Courbevoie (Seine) Disouche (= duos aucas, Loire) Grandcombe (Gard)

Grandcouronne (Seine-Inférieure) Grandpré (Ardennes) Granville (Manche) Grossœuvre (= gr. sylva, Eure) Hautevilie (Ain) Islerousse (Corse) Longuevilie (Seine-Inférieure) Malesherbes (Loiret) Moyenneviile (Oise) Moyenvic (Meurthe) Neuvic (Dordogne) Noirétable (Loire) Noirmoutier (Vendée) Omont (= allus mofw, Ardennes, etc.) Petite-Pierre (Bas-Rhin) Réalmont (Tarn) Richelieu (Indre-et-Loire) Sauveterre (Basses-Pyrénées) Vieilmur (Tarn) Etc., etc.

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