II. — Le déterminant suit le déterminé
amour-propre arc-boutant arc-doubleau arvol (l) artimage (2) bœuf-gras à la boule vue bois-gentil
bouts-rimés (et par extension unboutrrimé, pièce en bouls-rimés)
branche-ursine
branle-bas
carême-prenant
caillot-rosat
canepetière (3)
chapechute charcutier (4) chasse -partie château-fort château-gaillard chat-huant (5) chat^ervier chat-marin
chat-musquè chégros (= chef gros) chien marin chou cahus christe-marine cofTre-fort corps-saint (6) coûte - pointe {culcila
puncta; fr. mod.,
courtepointe) eau-forte épuise-volante éta^major état-civil fait divers fauperdriftux (= fau-
coji perdrieux, qui
poursuit la perdrix) fcrblanc feu follet
à forfait (for = forum) fourche-fière (7)
garde-bourgeoise
garde-française
garde-nationale
garde-royale
garde-champêtre
garde national
guet-apens et arch. appensé et pourpensé
huis-clos
loup-cervier
loup-marin
main-basse
main-chaude
main-forte
main-levée
ormier (v. fr. or mier, or \)\ir,aurummerum)
ortie grièche (= grecque)
patenôtre (8)
passe bleu (9)
passe-vert
passe-folle
pivert (= pic vert)
pinne-marine
pont-levis
pontrueuf
procès-verbal
rat-bail le t
raifort (=raû de radix,
et fort) saindoux sang-froid sens commun sole battue (d'où solba-
ture et solbatu) taille-douce Terre-Sainte terremoote (10) veau-marin ver-luisant verglas vinaigre
Remarques. — 1. Arvol (arch ), proprement arc voûté. < Les fenestres et les arvols » (Gort. d'Arras. cité par Du Méril dans FI. et Blancefl. Gloss,), « Tut li arvol et tut lilambre > (G. de Cambr., Barl. et Jos., p. 293) « Fors des arvols del parleor » (B. de Sainte-More, v. 1172).
2. Artimage, v.-fr., signifiant art magique; mot de formation obscure. Les lois de la phonétique empêchent de voir dans Vi de artimage , Ye de artemagica; il est plus simple d'admettre une vieille formation savante à l'imitation des composés latins en i. Ce mot se présente avec diverses variantes : artimal (Roi. V. 1392), artimaire (B. de Ste-More, v. 14784), arrvn maire (Montaiglon, Rec, gén. de FabL, I, v. 215), artimaige (FI. et BL, V. 459). — Cf. A. Tobler, dans la Romania, II, p. 243.
3. Canepetière; primitivement canepetiêre (« Cigoingnes, cannes petières, flammans » Rabel., Garg,, 1 , 37). Le sens de l'adjectif est obscur. Canepetière ou cannepetière s'emploie encore en Normandie , mais avec la signification de < canne creuse dont les enfants se servent pour lancer bruyamment des balles de filasse » (Ed. du Méril, Diction, norm.). Ici la can'nepetière est une canne bruyante.
4. Charcutier, au xvu' siècle chaircuitier. Ce mot n'est pas, à proprement parler, un juxtaposé ; c'est un dérivé du juxtaposé chair cuite; le charcutier est celui qui vend ou prépare de la chair cuite.
5. Chat-huant, altération de chouan. Le vulgaire, par une fausse analogie de sons, et en faisant un rapprochement entre la tête arrondie du chat et celle du hibou , a transformé le chouan en chat-huant.
6. Corps-saint, dans l'expression : enlever comme un corps-saint. Nous donnons ici ce mot pour signaler le contre-sens que consacre l'orpgraphe corps-saint. Ce n'est pas un juxtaposé ; il faut lire corsin (voyez Littré : s. v. corsin).
7. Fourche-fière de furca fera et non de furca ferrea que M. Littré propose à côté de f. fera, mais que repoussent les règles de la phonétique française. Ce mot n'est plus guère que dialectal. Assez usité dans la vieiUe langue, il est pris au propre dans ce vers : « Li autre prend sa fourche fier e , Dont devoit espandre son Sens » (Renard, 3458-9) et au figuré dans cet autre : « Qui pur Deu le suen despend De fer es furches se despend » (B. N. ms.fr. 902, fol. 109a.; Mart.de St-Georges, v. 115-16).
8. Patenâtre, de paternoster. En v.-fr. , ce mot a signifié aussi chapelet. De là le dérivé patenotrier : < Patenotriers fesanz patenôtres d'os et de cor (corne). » (E. Boileau, Mestiers, p. 66.)
9. Passe-bleu , passe- folle. Le mot passe est ici le latin passer. Passe est des deux genres, ainsi que passer, qui, masc. dans le latin classique , a été aussi fém. dans la basse latinité. Dans un man. latin du vin^ ou du ix* siècle (B. N., fonds latin 13246 , fol. 2), on lit : duo paseres quas dicit spirito et animam intelleguntur. L'italien dit passera , au féminin. Le passe-bleu , le passe-vert sont des espèces de passereaux ; la passe proprement dite désigne spécialement la fauvette ; Isipa^sefolle est une mouette, désignation singulière, mais dont en somme il ne faut pas s'étonner ; on donne bien le nom de bu^e à certaine espèce de fauvette {}sipasse-bu^e, appelée aussi la burette).
10. Terremoete, c'est-à-dire terre mue, terra mota,iTemblement de terre , en vieux français : « E terre moete ço i ad veirement » (Roland, v. 1427). Le vieux français ne connaissait pas le juxtaposé terrœmotus qui a passé en italien. (Voir plus bas, troisième série iLe cette section, note finale.)
Le premier terme peut être un adjectif pris substantivement : clair-obscur, blanc-soudant, blanc-bourgeois, gra^-fondu (d'où gras-fonduré), gras-double, noir-veiné (agaric), noir^ ôrun (poisson), revenant-bon.
 cette liste, on peut ajouter les noms propres» qui apportent
un contingent considérable. Nous nous contentons de donner les suivants :
Aiguebel'e (Savoie) Montastruc (=Mons astrutus; Haute-
Aigueperse (Puy-de-Dôme) Garonne)
Aigues-Mortes (Gard) Montbenoît (Doubs)
Bourgneuf (Loire-Inférieure) Montfort (Illc-et-Vilaine , etc.)
Castelnau (Gironde) Montrouge (Seine)
Châteauneuf (Charente, Haute- Piémarin (= /'ot/iumrTi. ; Vaucluse)
Vienne, etc.) Pierrefiche , -fitte , -faite , etc. Campbon (Loire-Inférieure) (Seine, etc.)
Champtocé (= Castrum Celsum; Pierrefort (Cantal)
Maine-et-Loire) Rochefort (Charente-Inférieure)
Coclois (= Curlis Chdia ; Aube) Roquecourbe (SaOne-et^Loire)
Corgoloin (Curtis Godelanus; Côte- Roquevaire (R.-«aria; Bouches-du-
d'Or) Rhône)
Fontaine-Française (Côte-d'Or) Vaucluse (Vaucluse)
Forcalquier ( = Furnus Cakanus ; Vaavert (Gard)
Basses-Alpes) Villeneuve (Lot-et-Garonne, etc.)
Fondremond ( = Pons Romanun ; Villeréal (Lot-et-Garonne)
Haute-Saône) Villefranche (Rhône)
Lillebonne (Seine-Inférieure) Villefort (Lozère) Montaigu, Montheû (Meurthe, etc.) Etc., etc.
Vaucluse est le latin vallis clusa. Vallis , féminin en latin, est devenu masculin dans le substantif commun val, grâce à la terminaison masculine de ce dernier ; mais il a gardé son genre primitif dans les noms propres (cf. Laval , chef- lieu de la Mayenne). Palsgrave (p. 161) place î?a/ parmi les noms d'un genre douteux et incertain : « of uncerta^ne and doutfull gendre ; » et il cite à l'appui un vers d'Alain Chartier où val est masculin (où je trouvai un triste val) et trois passages de Jehan le Mayre, un où val est masculin (ce val transitoire) et deux où il est féminin (la val d'Avoste) ^
Quelques-uns des noms précédents offrent des altérations qui souvent les rendent méconnaissables. Il s'en trouve de semblables dans ceux que nous avons cités p. 28, et dans d'autres que nous aurons encore l'occasion de rappeler. On peut consulter à ce sujet le petit traité de M. Quicherat sur la formation française des noms de lieicœ. — Il est inutile de dire que les noms de plusieurs départements que nous donnons entre parenthèses pourraient à juste titre entrer dans la liste pré<^ente ou dans celle que nous avons donnée plus haut 2.
* Cf. entre autres , dans la chanson de Roland : Justin de Val ferrée (». 1370), Val penose {v. 3256), Val Sevrée (u. 3313), etc.
' La juxtaposition que nous venons d'étudier dans ce chapitre présente les mômes caractères dans les autres langues romanes :
l** Le déterminant précède : Ital. : primavera, belvédère (infinitif pris