‹ Traité de la formation des mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latinChapitre 29 sur 113 · III. — De l'emploi des particules · texte numérisé non relu

III. — De l'emploi des particules

Elles se combinent de quatre manières avec les radicaux en donnant naissance à plusieurs sortes de mots, substantifs, adjectifs, verbes. Elles s'unissent : V aux verbes, formant ainsi de nouveaux verbes ; 2® aux noms ou aux adjectifs , formant ainsi de nouveaux noms ou de nouveaux adjectifs ; 3** aux noms et aux adjectifs, formant avec eux de nouveaux verbes par l'addition d'un suflBxe verbal ; 4® aux noms et aux adjectifs, formant avec eux de nouveaux noms par l'addition d'un suffixe nominal.

1 . Particvie et verbe. — Dans cette composition la particule a toujours la valeur adverbiale ; elle vient modifier la signi-

flcation du verbe en y ajoutant l'idée ou la nuance d'idée qui lui est propre.

Battre , — a-battre, dé-battre, com-battre, r-a-battre.

Mettre,— ad-mettre, cora-mettrc , dé-raettre, 6-mettre, per-mettre, pro-mettre, sou-mettre. etc.

Prendre, — ap-prendre , com-prendre , é-prendre , sur-prcndre , reprendre, etc.

Poser, — ap-poser, com-poser, dé-poser, sup-poser, re-poscr, etc.

Faire, — dê-faire, sur- faire, re-faire, etc.

Venir, — ad-venir, con-venir, contre-venir, pro-venir, sub-venir, revenir, etc.

Porter, — ap-porter, com-porter, dé-porter, ex-porter, r-em-porter, etc.

Tendre, — at-tendre, é-tendre, dé-tendre, pré-tendre.

Joindre , — ad-joindre, con-joindre (conjoint), dis-joindre, re-joindre.

2. Particule et nom (ou adjectif), — Dans cette sorte de composition il faut distinguer deux cas, suivant que la particule est un adverbe ou qu'elle est une préposition :

Premier cas. — La particule est uii adverbe. Tantôt il y a simple juxtaposition avec particule séparable, comme dans malheur eiujc, bien portant; avec particule inséparable , comme dans déshonnête, déloyal y degré ; tantôt il y a ellipse, comme dans avant-scène, avant-bras ^ arrière-plan j a)^ièreneveu ; contre-coup y cont7^e-rna7^che ; surabondance ^ surenchère. Ces derniers exemples doivent s'analyser : la scène (qui est en) avant, c'est-à-dire la partie de la scène qui est en avant, etc.

Second cas. — La particule est une préposition. Il y a toujours dans ce cas une ellipse , qui se place entre l'article et le substantif composé. Un acompte est ce qui est donné à compte. Le contrepoison est ce qui est, ce qui sert contre le poison. Cette analyse prouve que ces sortes de noms sont de véritables neutres ; de là vient que, quel que soit le genre du substantif complément de la préposition, le composé est toujours au masculin.

Nous nous contentons, pour le moment, de ces remarques sur ces deux sortes de composés , que nous étudions en détail plus loin, chap. IV, sect. II et III, u.

3. Particule et nom (ou adjectif) donnant naissance à des verbes, — Cette sorte de composition est très-riche : les mots qu'elle forme, et que l'on désigne du nom de parasynthétiques, offrent ce remarquable caractère d'être le résultat d'une composition et d'une dérivation agissant ensemble sur un même radical, de telle sorte que l'une ou l'autre ne peut être supprimée

sans amener la perte du mot. C'est ainsi que de barque Ton fait e^n-iarqu-er, dé'4)arqvr^r, deux composés absolument uns et dans lesquels on ne retrouve ni les composés débarque, embarque, ni le dérivé barquer, mais le radical barque, La langue tire les deux composés immédiatement du radical , sans l'aide d'aucun intermédiaire ^ Ce fait important doit être mis en lumière. Ici le français, et en général le roman , ne fiait que suivre la tradition latine :

Substantifs :

cor, cordis dorme

calx, calcis (chaux) —

collum —

cortex, icis —

cervix, icis —

femina —

capistrum — etc.

ac-cord-are de-calc-are de-coU-are ex-cortic-are e-cervic-are ef-femin-are in-capistr-are etc.

cordare n'existe pas.

calcare —

coUare —

corticare —

cervicare —

feminare —

capistrai*e — etc.

Adjectifs :

férus donne luscus — quietus — calvus — rudis — etc.

ef-fer-are e-lusc-are in-quiet-are de-caiv-are e-rud-ire etc.

feraro n'existe pas.

luscare —

quietare — calvare — rudire —

Le français a développé considérablement cette tendance, et, avec des substantifs ou des adjectifs, a créé des verbes appartenant à la première ou à la seconde conjugaison.

L — Verbes de la première conjugaison formés de substantifs.

an, — suranné, participe formé d'après un type suranner

balle, — déballer, emballer

barbe,— ébarber

barde, — dèbarder, d'où débardeur

barque, — débarquer, embarquer

♦barras \ — débarrasser, embarrasser

bauche, — débaucher, embaucher

* G*estpour n*avoir pas vu ce fait que l'auteur d'une étude sur le langage populaire, où l'on trouve d'estimables recherches, s'est embarrassé dans des explications inadmissibles sur la formation de ces composés. (Aignel, De r Influence du tangage populaire sur la forme de certains mots de la tangue française, in-8«, 1869).

' De barre. Cf. Fexpression : mettre des barres dans les roues. Barras n'existe plus que dans un sens tout à fait spécial; il désigne les barres ou bandes de résine qui découlent des pins.

baume, — embaumpr

besoigno,— 8'e m besogner (îirch )

boîtp, — déboîter, emboîter

bord \ — déborder, aborder

bosse, — embosser

boule,— ébouler

bourbe,— embourber

bourse,- débourser, rembourser

braie, — débrailier

bruit, — ébruiter

bûche,— débûcher

caisse, — encaisser

cape, — décaper

cartel, — écarteler

chaîne, — déchaîner, enchaîner

chair. — acharner, décharner

chancre, — échancrer

chappe, — échapper

chef, — achever

chomin, — acheminer (non ded -I- cheminer, parce que cheminer est neuti'e, et acheminer actiO

cil, — dessiller

col, — accoller, décoller

cosse. — écosser

contenance, — décontenancer

côte, — accoster

courage, — encourager

coutume, — accoutumer

croc, — r-accrocher, décrocher

cul, — acculer, reculer

diable,— endiabler

dimanche. — endimancber

dos, — adosser, endosser

face, — effacer

faix, — affaisser

lU, — effiler, enfiler, parfiler,

fils, — affilier

fond, — effondrer, enfoncer

four,— enfourner

fourche, — affourcher

friche, — défricher

froc, — défroquer

front, — affronter, effronté, confronter

gaine, — dégainer, r-engatner

genou,— agenouiller

geôle, — enjôler

globe, — englober

goise, — dégoiser

gorge, — égorger, rengorger, dégorger {gorger a un tout autre sens)

gosier, — égosiller

gouffre, — engouffrer

goutte,— égoutter, dégoutter

grain, — égrener

graisse, — dégraisser, engraisser {dégraisser est peutrètre composé de rfef + graisser)

gros. — engrosser

guise, — déguiser

honte, — éhonté

jambe, — enjamber

jour, — ajourner

lac, — enlacer {délacer est dé -placer)

lait, — allaiter

ligne, — aligner, soulignor

lit, — aliter

manche, — emmancher

mantel, — démanteler

masse, — amasser

merveille, — émerveiller

monceau, — amonceler

nuit, — anuiter

os, — désosser

pal, — empaler

parpille, — éparpiller

pâte, — empâter

pays, — dépayser

peluche, — èpelucher

pièce, — rapiécer

piste, — dépister

poison,— empoisonner

poisson, — empoissonner

pot. — empoter

prison, — emprisonner

provision, — approvisionner

rôle, — enrôler

semence, — ensemencer

sole,— assoler

somme, — assommer

sorcier, — ensorceler

table, — attabler

tache,— attacher, attaquer, entacher, enticher '

* Border ayant un tout autre sens que aborder et déborder^ coux-cl sont des parasynthétiques» et non des composés de border,

* Nous rapprochons ces mots qui nous paraissent avoir une commune origine. Enticher est r n vieux français tniechier (gâter), que Ton ne peut séparer de entachier, dont le sens est le même. Le passage de enlechier

terre, — enterrer, atterrer

tôte, — entêter

toile, — rentoiler

tonne, — entonner

tour, — entourer

trappe, — attraper

valise, — dévaliser

*velop, — développer, envelopper.

vergue, — enverguer vertu, — 8*évertuer victuaille, — r-avitailler visage, — dévisager, envisager voie, — envoyer, dévoyer, fourvoyer, avoyer (v. fr.) *vout (vultus), — envoûter

Il ne faut pas confondre ces composés parasynthétiques avec les composés formés d'une préposition et d'un verbe déjà dérivé d'un substantif, tels que :

bande

bander

débander

bouche

boucher

déboucher

branle

branler

ébranler

broche

brocher

embrocher, débrocher

charge

charger

décharger, encharger

chausse

chausser

déchausser

couche

coucher

accoucher

don

donner

adonner

force

forcer

r-enforcer

heurt

heurter

aheurter

plume

plumer

déplumer, emplumer

presse

pr(»sser

empresser

rage

rager

enrager

raie

rayer

enrayer

siège

siéger

assiéger *

IL — Verhes de la seconde conjugaison formés de substantifs. — (Ils sont beaucoup plus rares et de formation plus ancienne.)

corne

acornir

orgueil

s'enorgueillir

croupe

s'accroupir

ténèbre

aténébrir (v. îr,)

force

enforcir

terre

atterrir

hure

ahurir

vespre

avesprir (v. îr.)

Quelle est la valeur du préfixe et du suffixe dans ces composés parasynthétiques ? La terminaison donne l'idée verbale de

à enlichier n'a rien de singulier. Cf. les exemples que nous donnons plus loin (ch. IV, sect. 111, m), au mot triqueballer. D'ailleurs on trouve une autre forme du mot lâcheté : c'est tiqueté, donné par Cotgrave. Tiqueté est à tacheté ce que enticher est à entacher, et suppose une forme intermédiaire techeté. Le radical de ces mots doit donc avoir existé sous les trois formes tac , tec^ tic,

' Citons ici quelques parasynthétiques de formation étrange : tutoyer, vouvoyer (fait sur le modèle de tutoyer) ; solmiser, de sol, mi (juxtaposé analogue pour la formation à ceux qui désignent dans l'ancienne musique les noms des notes : a-mi-la, b-fa-si, c-sot-ul, d-la-ré, é-^i-mi, f -ut-fa, g-ré'Sol). Rappelons encore les formations, sans doute de fantaisie ; em-* t>erli ficeler, emberlucoquer*

mettre , rendi^e , faire, si le composé est un verbe actif; de être, venir, si c'est un verbe neutre, et la particule précise cette idée en indiquant le rapport de ce verbe mettre, rendre ou êty^e avec le substantif. ÈmJbarquer, débarquer s'analyseront donc ynettre (= er) en (= em-) ou hors de (= dé-) barque. Atterrir, verbe neutre, sera venir (= ir)à{= ad, at-), terre; atterrer, verbe actif, mettre (= er) à (= ad, at-) terre. Donc la particule dans ces parasynthétiques est non adverbe, mais préposition >. Elle s'adjoint à un substantif qui lui sert de complément, et ce composé reçoit, avec la terminaison verbale du suffixe , l'imité de forme et d'idée.

III. — Verbes de la première conjugaison formés^ d'adjectifs 2.

bête

embêter

mousse

émousser

borgne

éborgner

niais

déniaiser

cagnard

accagnarder

pareil

appareiller, dé-

chaud

échauder

pareiller

court

écourter

petit

rapetisser

farouche

effaroucher

pire

empirer

Un

affiner, raffiner

prêt

apprêter

fol

affoler

proche

approcher

fort

conforter, récon-

pur

épurer

forter

quitte

acquitter ^'non

gai

égayer

de quiUer)

gré

agréer

serein

rasséréner

ivre

enivrer

sot

assoter (v. fr.)

jon

enjoliver

souple

assouplir, aso-

jouste (= juxta) ajouter

ployer (v. fr.)

juste

ajuster

sûr

assurer

loin

éloigner

vaud (validus) ravauder

long

r-allODger

vif

aviver

meilleur

améliorer(v, fr.:

ainieudrer et enmieudrer)

etc.

Nous omettons à dessein des mots comme :

: abaisser, à cause

de baisser; dévider à cause de vider ^ etc.

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