‹ Traité de la formation des mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latinChapitre 30 sur 113 · IV. — Verbes de la seconde conjugaison formés · texte numérisé non relu

IV. — Verbes de la seconde conjugaison formés

d'adjectifs.

bah!(interj.)

ébahir

bel

abélir (v. fi*.),

h&tard

abâtardir

embellir

baub (v. fr.)

ébaubir

bête

abêtir

baud

ébaudir

brute

abrutir

* Il semblerait que dans ensemencery en soit adverbe (mettre la semonce en , dedans), mais il faut analyser : mettre (le champ) en semence. De même, sans doute, empoisonner,

> £t quelquefois d'adverbes*

clair

éclaircir

mol

amollir

cornard

accomardir(v.f.)

mort

* amortir

couard

accouardir(v. fr.)

noble

ennoblir

doux

adoucir

pauvre

appauvrir

fade

affkdir

plan

aplanir

ferme

r-affermir

plat

aplatir

frais

rafraîchir

profond

approfondir

froid

refroidir

rond

arrondir

«lot (V. fr.)

engloutir

sage

assagir

jeune

rajeunir

simple

asimplir (v. fr.)

laid

enlaidir

sombre

assombrir

lent

r-alentir

sourd

assourdir

lourd

alourdir

tendre

attendrir

malade

amaladir (v. fr.)

tiède

attiédir

mince

amincir

etc.

etc.

moindre

amoindrir

Ici encore , la particule est préposition. Enrichir est mettre en riche, en l'état de riche; déniaiser est mettre hors de niais , de l'état de niais ; assagir est amener à sage , à l'état de sage. La particule, dans ces sortes décomposés, présente un sens moins précis que dans les composés formés de substantifs, parce que l'adjectif, passant à l'état de substantif, devient une sorte de nom abstrait et que le rapport exprimé par la préposition est moins net quand il détermine un nom abstrait qu'un nom concret. Enter t er est mettre en terre , atterrer est mettre à terre : les deux sens sont bien différents ; mais anoblir y comme ennoblir, est proprement rendre noble ; la nuance qui distingue les deux mots anoblir (amener à l'état de noble), ennoblir (mettre en noble, au rang des nobles) est trop délicate pour être sentie du vulgaire qui , dans l'un et dans l'autre , voit grossièrement l'idée de rendre noble.

Il résulte de ce qui précède que les composés formés d'adjectifs ont la valeur de verbes factitifs. Cependant la plupart d'entre eux, surtout les verbes en ir, ont une tendance à devenir neutres, c'est-à-dire qu'ils s'emploient absolument : assagir est aussi bien rendre que devenir sage ; abêtir est également rendre et devenir bête.

Quelques composés , ceux où entre la préposition e, eœ^ sont d'une analyse plus délicate. Dans éborgner, éclaircir, éclairer , émousser, et autres semblables, on ne voit pas tout d'abord ce que vient faire la particule négative ou privative eXy et il semblerait qu'on pût la remplacer par in , en , de manière à avoir emborgner, emmotcsser, enclairer, conune on a enjoliver, enivrer, empirer. Mais la particule ajoute au mot l'idée de l'état antérieur, par opposition à l'état actuel qu'indique le composé. Eclairer y c'est rendre clair de, au sortir de , en fai-

sant sortir de la nuit ; é mousser, c'est rendre mousse en faisant sortir de l'état contraire. Eclairer non-seulement suppose logiquement, mais exprime d'ime manière plus ou moins explicite ridée de ténèbres , et de même émotissery celle de pointe > . On peut par là apprécier la richesse des idées renfermées dans ces composés, et l'on se prend à admirer la puissance et la délicatesse de ce procédé qui arrive, par l'addition d'une ou deux lettres au commencement et à la fin d'un radical , à faire contenir tant d'idées et de nuances d'idées dans un seul mot !

4. Particule et nom ou adjectif donnant naissance à un nom par l'addition d'un suffixe nominal. — Les parasynthétiques nominaux sont très-rares. Je ne pourrais guère citer que les mots suivants , qui ne sont pas tous sûrs :

Entre-colonnement , formé sans doute de entre et de colonne ^ car on ne peut le dériver de entre -colonner qui n'existe pas , ni y voir un composé analogue à avant-garde , arrière^our , « colonnement qui est entre » n'offrant aucun sens. — Entablement; entabler n'existe pas au sens qu'indique entablement, — Empellement , de en et pelle. — Encoignure, de en et coin. — Encolure, de en et col. — Encablure, de en et câble. — Encorbellement , mot savant formé par dérivation populaire avec le latin corbis. — Soubassement , de sous et bas. — Emplacement vient-il de en et place, ou de en et placement , ou est-il formé d'après déplacement ?

Arrivât-on à ajouter à cette liste quelques noms encore , on voit que les parasjnthétiques nominaux sont beaucoup moins nombreux que les parasynthé tiques verbaux.

Résimions cette section et établissons le rapport du français avec les langues de la même famille :

Les particules se combinent avec les verbes, noms et adjectifs, de la manière suivante :

l'^ Particules adverbiales et verbes. Ex. : a-baisser. Il en est de même dans les autres langues romanes : it. com-, sotto-, ri-^mettere; esp. des-, re-fiacer; pg. des-, re-, mal-dizer; prov. con-, des-duire; val. des-, res-, s-, stra-bate. — Cf. lat. ad-, com-, de-, re-, sub-, trans-portare ; grec, icpo<;-, èia-, xora-, icept-fépetv,

' Dans C08 composés , l'adjectif n'est pas pris substantivement , mais reste adjectif; il est le complément non de la préposition, mais du verbe indiqué par la particule. Éborgner est : rendre (= er) borgne de (clairvoyant); éclairer est : rendre (=» er) clair de (obscur).

29 Particules et noms ou adjectifs.

A. Particules adverbiales. — a. Particules et noms : avantcour. De même dans les langues sœurs : ital. contragguardia; esp. antebrazo; pg. antemuro; prov. desrazo; val. stranepot (extra-nepotem). Cf. lat. compatronics ; grec eraoSoç. — b. Particules et adjectife : déloyal. De même, ital. antenato ; esp. desnudo ; pg. descortez; prov. malastruc. Cf. lat. inamabilis; grec iTuaiatoç.

B. Particules prépositionnelles (l'adjectif se prenant substantivement) : à-compte y averse. De même, ital. adagio; esp. traspes; pg. sobreloja; prov. entruelh. Cf. lat. proconsul , abactis ; grec, 5 èvréXet , -î) Sta^aatov.

3*> Particules et noms ou adjectifs avec suflSxe verbal.

A. Noms : embarquer^ accroupir. De même, ital. imbarcare; esp. encojar ; pg. affiar; prov. avesprar. Cf. lat. decollare; grec àvTtaraTetv.

B. Adjectifs : aviver. De même, it. attristare; esp. engordar; pg. alargar; pr. alonhar. — Cf. lat. elongare.

4"" Particules et noms ou adjectifs avec suffixe nominal. — Exemples rares.

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