Calimande, poisson aussi nommé limande
7. Colimaçon, altération de calimaçon, comme le prouvent le picard oalamichon et limichon et le normand calimachon et limachon.
8. Capendu, sorte de pomme à courte queue , appelée aussi court-pendu; dans Nicot capendu et carpendu.
9-11. Cabosser, c'est-à-dire déformer en bossoyant; cafouiller, même sens que farfouiller ; chaffourer (haut Maine), même sens que cafouiller ; proprement mal fourrer. Chaffourer, qui se trouve dans Rabelais S a une variante chauffourer, d'où vient notre substantif échauffourée.
12. Galimafrée, anciennement calimafrée : « Calimafrée ou sauce paresseuse » (Menagier, II, 5). La galimafrée est un ramassis de toutes sortes de viandes, un plat grotesque. Ce mot a pour radical mafl ou mafr, qui se retrouve dans le picard mafiia ou mafia, gourmand, goulu ; ma /lier on ma fier, ronger entre ses dents, et qui se rattache à l'ancien flamand maffelen, moffelen , agiter les joues ; mofel, dans le dialecte d'Aix-la- Chapelle, grosse bouchée ; mofele, manger à pleine bouche 2. A cette racine appartient le français mouffiu, mufi^e et mafflé.
13. La forme picarde carimafi^iache ou carimafiache, qui, traduisant le français galimafrée, a le sens propre de galimafrée et le sens figuré de ramassis de sottises, discours incohérent, sans suite, suppose une forme française correspondante carimafias ou galimafias. C'est cette forme légèrement corrompue que nous avons dans galimatias ^. Galimatias n'est donc autre chose que le figuré de galimafrée.
14. Charivari, qui se présente dans les divers dialectes à peu près avec toutes les variantes que comporte la particule augmentées de celles que peut subir vari (vali, bari, bali), se décompose en calî-^vari. Vari est un mot qui signifie tumulte, comme le prouvent les composés dans lesquels on le rencontre : français : hourvqri , boulevari (mots où la première partie hour, boule est obscure) ; normand : vari-vara, en désordre 4;
qui fussent mebaingniés [estropiés]... et un autre qui soit sours ou lours. » (Ou Cange, luscus.) Ce mot appartient au radical de l'allemand laxiem, épier; suisse, loren, luren; suédois, lura. Le normand dit loriner pour regarder. Cf. Littré, Dicl., s. v. lorgner,
» D'abundant, en unt chaffourré leur robilardicque loi. (Garg. 3.)— Rabelais a aussi chauffourrer; voir Littré, s. v. échauffourrée.
* Voir Hécart, Dici. picard ^ s. v. mafiia, etc., et Grandgagnage, Dict. d*élym. wallonne, s. v. moufler.
» Pour le changement de f enl, cf. blastenge, de blasfemia.
* Ëd. du Méril , DicU du palois normand.
fièmoniaiis: zanzi-^ari, tumulte ; bourguignon et churwaelsche : virivari, même sens ; dauphinois : varei, embarras '. Le mot vari se rattache à l'allemand wirwar, de wirren, embrouiller, confondu.
15. Calembredaine. Ce mot se trouve en picard sous la forme simple de bredaine et dans le dialecte de Genève sous celle de calembourdaine. Calembredaine ou caletuberdaine se décompose donc en calem + berdaine, c'est-à-dire Jourdain^. Bourdaine est le dérivé de bourde, et calem est la particule cali avec la nasalisation devant la labiale, fait qui n'est pas rare dans la phonétique française.
16. Calembourdaine donne l'étymologie de calembour qui se trouve être ainsi la forme masculine de calembredaine. Calembour SMX environs de Ghâteaudun se dit au sens de calembredaine.
C'est sans doute par la particule cal qu'il faut expliquer gai-vaudeTj camus, cajoler, cagot, camouflet y et quelques autres ; mais l'étymologie de ces mots présente encore des difficultés 2.
Cette particule ne semble pas encore être entièrement éteinte. C'est le sentiment de l'idée péjorative qu'elle renferme qui inspire à nos vaudevillistes les noms propres tels que Galuchard, Galuchot, Galumard, Calino. Cependant elle ne forme plus de composés, et est bien près d'aller rejoindre bis, cette autre particule péjorative aujourd'hui décidément morte.
D'où vient cali II ne se trouve que dans le français et le provençal 3. L'espagnol et l'italien l'ignorent. Les mots italiens camuffare, calpestare, cammangiare, où l'on serait tenté à première vue de l'y reconnaître, s'expliquent par capo -f muffare, calce -f pestare, capo + mangiare. Elle appartient donc en propre au domaine de la France. Est-ce une racine celtique ? Le sanscrit connaît ime particule péjorative kou ou ka, qui s'ajoute aux substantifs comme cal. Le sens de cette particule est fort dair ; c'est le pronom exdamatif quel ! employé
» Voir Diez, El. W., II, c, s. v. charivari.
' Les patois possèdent un nombre beaucoup plus considérable de composés avec cal, ^ous les examinons dans l'étude spéciale que nous consacrons à la particule.
' Le provençal, par ex.. Ta dans caluc (Donatprov., De las rimas i-^ cf. Honnorat, Dict. prov., s. v.. caluc) ; caboma , hutte basse et obscure , proprement trou^ de Tadj. bornu, trou. Voir Honnorat, s. v.,et Bridai , Vocab, de la Suisse romande, s. v.
en mauvaise part, comme si l'on disait quel homme! pour 6 le méchant homme ^ ! Cette particule ne se serait-elle pas conservée dans le celtique pour passer de là dans le latin populaire de la Gaule? ou bien le français aurait-il créé à nouveau, à l'aide du pronom latin qualis, la particule péjorative des Hindous? Ces deux hypothèses sont insoutenables. D'abord, pour la première, le sanscrit ka n'est pas cal ; ensuite aucune langue celtique ne connaît ime pareille particule ; enfin, si le celtique avait eu une particule ca^, celle-ci, passant par le latin populaire, serait devenue par toute la langue d'oil cha ou che, la Normandie et la Picardie exceptées, qui auraient conservé caL Comme cal se trouve dans l'Ile-de-France , la Champagne , la Bourgogne , le Berry , il ne peut remonter au latin populaire cal. Pour la seconde hypothèse , qiuilis se serait combiné avec les mots formant le second terme avant l'époque où il est devenu quel; alors il aurait dû partout rester cal; or chai se trouve dans le centre et l'est. Il est donc vraisemblable de voir dans la particule cal un mot d'origine étrangère. Elle aura été importée en France entre le x* et le xra* siècle ^, à une époque où le français n'avait que de rares formes en ca (celles qui lui venaient du latin qiui) et beaucoup de formes en cha (celles qui lui venaient du latin ca), de telle sorte que, recevant un nouveau mot cal, il pouvait lui laisser sa forme originelle ou l'adapter, par le changement de c en ch, à sa phonétique générale. La particule cal doit donc être d'origine germanique (haut ou bas allemand), ou Scandinave *, ou basbretonne, ou, ce qui est moins vraisemblable, basque. C'est à l'une quelconque de ces langues qu'il en faut demander l'explication.