COMPOSÉS PAR APPOSITION
Us éeiz termes lent réunit par m rapport de coordliatiOB. — Type : chou-fleur.
Au premier degré il faut à coup sûr placer les composés par apposition. L'apposition est plus qu'ime juxtaposition, car elle a pour effet de modifier la nature de l'un des deux substantiDs en le réduisant au rang d'adjectif. L'on peut facilement transformer l'adjectif en substantif, c'est-à-dire isoler et abstraire une qualité pour en faire une imité ; mais rapprocher deux idées unes et simples pour faire servir l'ime à modifier l'autre , dépouiller un objet de son caractère de substance pour n'y laisser que des attributs qui s'appliquent à un autre objet , c'est là un procédé moins naturel à l'esprit. En somme, l'apposition ne peut logiquement s'analyser que par im sous-entendu , et c'est par un travail , le plus souvent inconscient , de la pensée qui complète la phrase ^ que l'on arrive à se rendre compte de cette sorte de composition. Chou-fleuy^ chef-lieu^ sont pour tout le monde: le chou qui est en même temps fleur, le lieu qui est chef.
Le latin ne paraît guère avoir eu recours à l'apposition. L'esprit de la langue n'y était pas favorable ^ Je ne citerai guère
* Cf. plus haut, p. 57 et note 2.
dans la langue classique que arcusballista (arbalète) et mv^Or raneus, lat. populaire mitsaraneay tous deux passés en franc. : arcbaleste (dans Roland , v. 2265), arbalète ; musaraigne. Hibiscummalva, qui est le grec {6(0x0? suivi de sa traduction en langue vulgaire ^ est devenu biscomalva ^, viscomalva, risc'malva , et par le changement deveng^: guimauve. Même composition dans chanfrein = camus , c'est-à-dire x^QfjLoç et sa traduction frenum ; dans gerfault = geter et falco ; dans loup-garou — lupus-garulfus (en bas-lat.), lupus -f werevoolf ou loup -^homme-loup *. Ces composés par traduction ne peuvent être considérés comme de véritables appositions. Il n'en faut pas voir non plus dans avis-struthio, avstrûtiOy austrace, autruche, ni dans dcer àrbor, érable ^ ; mais dans le V. fr. liupard^ fr. mod. rajeuni leopardus qui nous reporte au lat. populaire liô pdrdus «.
Les composés français dus à la vieille langue sont rares ; je ne connais guère que écoperche — écot-perche ou perchebâton, et porc-épic 7.
La langue moderne possède un nombre considérable de composés de ce genre. Cette formation de mots , très-commode et d'un emploi facile, est surtout mise à contribution pour la terminalogie des sciences et des arts et métiers. Aussi la plupart des composés sont-ils à peu près étrangers à la langue courante, qui n'en connaît en somme qu'un nombre relativement restreint. La composition par apposition peut être utilisée avec avantage dans bien des cas où l'on a recours à la composition grecque ^.
» Cf. agnus-raslus = 5poç castus.
* Sur l'aphérèse de la voyelle initiale confirmée par Tital. malvavUchio, resp. malvaviscOf cf. plus bas ch. V, sect. 11, 11.
' Cf. le normand guimoisson, saumon de deux mois (bis « vis, gui; mois).
* Cf. le bas-breton bleiz-garv^ lupus-^arulfus.
* Le fr. érable vient de Taccusatif ^aerumarborem (= acrarb*re, airabre, érable). Les formes dialectales avec s (génev. iserable, bourg, ozeraule, etc.) viennent du nominatif aceràrbor, où le c devant Ve atone devient sifflant comme dans le v. fr. mendiBlet (Roi., str. XXXIX), de mendicilatem.
* Marjolaine pourrait se placer à côté de guimauve et chanfrein, car il vient d un composé hybride amaracus majorana^ dont le second terme est la reproduction en latin barbare du premier làfxapaxoç); majorana est une altération de majoraca, qui rend à peu près là forme, sinon le sens de d^tàpixxoç. C'est une traduction du genre de celles qu'on remarque dans choucroute = sauerkraut, bouledogue = bulldog, etc.
' Perche entre encore dans la formation de élamperche, vieux mot que j'ai oublié de citer à côté de élambord, étanfiche (p. 26). Voyez Oucangc, etarcharlea. — Pour porc-épic, voir Littré, s. v.
* Cf. plus bas, ch. V, sect. 1, 11, note finale du § i.
Composés par apposition.