Le déterminant suit
aigle-autour animaux-plantes * bateau-mouche battaut-brocheur (machine) batteur-éplucheur(id.) batteur-étaleur (id.) betterave
bibliothèque-armoire biens-fonds borne-fontaine bouleau-aune bourg-épine * busaigle cable-chaîne café-concert
(le) cardinal-ministre
carton-pierre
cerf-cheval
cerf-cochon
cerise-guigne
chafouin •
châle-tapis
chapard '
chat-tigre
chône-liége
chicorée-endive
chien-loup
chien-rat
chou-cavalier
chou-fleur
chou-rave
marche-palier mère- branche mère-patrie taupe-grillon *
chou-roquette col-cravate commis-voyageur commissaire-prise ur compère-loriot cornemuse • coton-poudre " drap-f outre eau-mère écoperche épine-vinette ferme modèle fille-mère fleur-feuille (la sauge
hormin) ft*aise-ananas
* Coq-héron^ coq-faisan^ etc. Ici coq désigne le mâle : Tanglais dit de même peacovk, cock-sparrow, cock-pheasanl, cock-canary, etc.
' Maître, maîlressf, ici s'est réduit à un simple adjectif.
* Ajoutons le patois bouchèvre ou bouc-chèvre (chèvre stérile, proprement chèvre mâle, non femelle), mot commun dans le centre, l'ouest et le nord de la France.
• Aliter znophytes. Ce composé se trouve déjà dans un vers grotesque de Du Bartas : o Du creux planle-animal le mousse sentiment » (Sem., V).
^ Ëcrit aussi bourgtt^.-épme, Bourgue (dans Ducange bourque) n'a rien à voir avec bourg, village, comme le pense Littrô (s. v. bourg-épine). C'est le radical de bourgène, autre nom de la bourdaine, radical qui se retrouve dans pastel bourg ou bourdaine, pastel bâtard.
« Figuré, de chai etfouin, forme dialectale de fouine. Cf. Lalanne, Gloss. poit., s. V. bouzine.^ Le sens étymologique de chafouin est visible dans cette phrase de Saint-Simon : <c L'abbé Dubois était un petit homme maigre, efOlê, chafouin, à perruque blonde, à viine de fouine, à physionomie d'esprit. » (Mémoires, édit. Chéruel, XII , p. 103.)
' De chai etpard. Dérivé : chaparder,
• De corne, au sens de cor et muse (musette); cor qui est en même temps musette.
" Composé savant : fulmi-cot»n, pour fuhnini-colon.
gilet-châle
gomme-copal
gomme-gutte
gomme-laque
gomme-résine
goutte-crampe
huissiei^priseur
Jaurier-cerise
laurier-rose
laitue-cbène
lieutenant-colonel
lieu tenant-général
lit-cage
lit-canapé
martin-chasseur
martin-pêcheur
mère-nourrice
oiseau-abeille (colibri)
oiseau-chameau (au triche)
oiseau-lyre (ménure)
oiseau-mouche
oiseau-quaker (albatior)
oiseau-roi (sorte de gobe-mouche)
oiseau -tout -bec (toucan^ aracari)
oiseau-trompette (agami, calao)
opéra-bouffe
paletot^ac
papier-arabesque
papier-brouillard
papier-damas
papier-granit
papier-journal
papiei^lambris
papier-marbre
papirr-monnaie
papier-tenture
papier-tontisse »
pierre- ponce
poisson-bœuf (lamantin)
poisson-coq (gallorhynque)
poisson -femme (lamantin)
poisson-fleur (actinie, méduse)
poisson-lune (môle, silène)
poisson - serpent (murène)
poix-résine
pomme-aois
porc-épic
pré-gazon
(le) prince-président
quercitron '
(le) roi-prophète
(le) roi-soleil
roman-feuilleton
rose-capucine
rose-pompon
rose-thé
sdbre-balonnette
saisie-arrét
saisie-brandon
saisie-exécution
saisie-gagerie
saisie-revendication
sergent-fourrier
sergent-major (?, major
peut être adjoct.) table-bureau taureau-cerf (antilope
bubale) vache -biche (antilope
bubale) ver-assassin ver-coquin ver-lion *, etc., etc.
La construction antique qui place le déterminant avant le déterminé est à peu près oubliée dans cette composition.
Les listes précédentes , dont on pourrait doubler ou tripler sans peine l'étendue , montrent suffisamment la richesse de ce procédé de formation. La terminologie des arts et métiers, celle des sciences naturelles, la langue du conmierce, de l'industrie, de la presse fourmillent de composés de la sorte , créés spontanément suivant les nécessités du moment et disparaissant d'ordinaire avec la même facilité qui les a fait naître : preuve indéniable que cette composition est vraiment vivante et tout à fait dans le génie de la langue.
A l'apposition se rattachent diverses séries de noms com-
* Peutrêtre que dans quelques-uns des composés de papier, le second terme est au génitif. Même observation pour saisie-brandon, romanrfeutl- Ulon, eafé-concert, chéne-liége.
* De quercus et citron; composé savant. On dit aussi chêne quercitron,
* Ajoutons le composé savant choléra-morbus.-^ Cette composition se retrouve également dans les langues sœurs. 1" Ital. rapocuoco, piantammole; esp. oropet, varapolo; prov« aurpet, capcasal, etc. 1" Ital. /torcapuccio; esp. avestniz; pg. couveflor; prov. terra maire.
posés : P les noms propres, tels que Frédéric Barberousse, Richard Coeur^e-Lion, etc., qui , comme nous l'avons vu ^ doivent s'expliquer par : « Frédéric qui est une barbe rousse ; Richard qui est un cœur de lion » ; — 2® les noms formés siu* le même modèle : Martin-Bâton, CoUiv-Maillard, Colin-Tarn" pouy Marie-Salope ; — 3® les expressions honorifiques, telles que Son Excellence le ministre, Sa Majesté le roi^ Sa Sainteté le pape^ etc., auxquelles se ramènent d'un côté les noms figurés reine^laude , reine-marguerite, de l'autre les combinaisons des noms propres avec les termes de politesse , monsieur y madame, mademoiselle, etc., où l'apposition se réduit à une simple juxtaposition. Ici trouve sa place toute la série des nombreux noms de lieux dont le premier terme est le latm dominus, domina , mots où l'apposition est encore plus efiacée , puisque dominus ici n'a guère plus de valeur qu'un simple adjectif, comme beatus, sanctus :
Dammarie {Domina Maria) : Eure- Dannemarie {Domina Maria) : Doubs,
et-Loir, Loiret, Meuse. Seine-et-Oise.
Oaromartin {Dominus Marlinus) : Oombrot {Domnus Briocius), Vosges.
Doubs, Jura, Seine-et-Marne, Dommartin {D. Martinus) : Âin,
Seine-etOise. Doubs, Meuse.
Dampierre {Dominus Petrus):kuhe, Dompierre (/). Petrvs) : kïn , Cha-
Galvados, Cher, etc. rente, Doubs» etc.
Damphreux {Dominus Perreolus), Dompaire {/>. Petrus), Vosges.
Doubs. Domptail {D. Stephanus), Meurthe.
Dampleuz {Dominus Lupus), Aisne. Domremy {D, Remigius), Vosges.
Dandesigny ( Domini Abdon et Donnemarie {D, Maria), Haut-Rhin '.
Sennen), Vienne. etc., etc.
4^ les constructions elliptiques où les noms désignant des objets colorés s'emploient conune adjectifs invariables indiquant des couleurs : une robe lilas; vert pomme ^. Quelques-uns de ces
' Page 39, note 1, et page 56.
* Cf. Quicherat, Noms de lieux, p. 70.
' Les constructions où entrent des noms de couleur considérés comme des adjectifs invariables sont de trois sortes :
1* Un nom commun désignant un objet coloré est joint, en qualité d'adjectif, à un nom désignant un objet quelconque dont il doit déterminer la couleur; tels sont : robe lilas, habit marron, soie puce, etc. En ce cas il y a apposition entre les deux noms , le second transformant sa signification propre par synecdoque.
1^ Un nom commun désignant un objet coloré est joint, en qualité d*adr jectif, à un adjectif désignant une couleur dont il détermine et précise la nuance; tels sont : vt^rl-pomme, vert-dragon, vert^pri, jaune- feuille morte, rovge-cerise , gris-perle, etc. En ce cas le deuxième terme est au génitif, par ellipse de la préposition de, qui se trouve parfois exprimée : bleu-de-<^l , gris-de-lin, gris-ile-perle , gris-de-fer, etc. (Cf. plus loin, sec-
noms ont pa deyenir réellement des adjectifs, grftce à la fréquence de l'usage : des chapeaux roses. On lit dans le Lapidaire de Marhod : « Si en uile rose est triblée » (paragr. xLin). Fautr-il faire remonter cette construction aussi haut que le commencement du xn* siècle, date du poème de Marbod f Comme uile dans la vieille langue est des deux genres , on doit lire sans doute uile rosé. — 5® Enfin, à côté de ces noms apposés devenus adjectifis, plaçons les tournures si étranges , quoique très-familières, où un substantif se transforme en adjectif : « Des manières Régence. » — « C'est bien nature. » — « Est-ce assez conaille? » — « Ce que vous dites n'est pas drâle », etc. *. Drôle, canaille sont décidément adjectifs aujourd'hui ; ajoutons encore cochon, espiègle, et quelques autres 2.
n faut séparer des composés précédents, malgré les apparences d'apposition qu'ils présentent, les mots qui suivent : usufruit, chaud' froid, point^virgule, trois^ept ou hésept, nordouest, nord-est, etc., ouest -ceinture, patron- jacquet , patronrminet.
Usufruit est la traduction demi-savante de ususfructus, qui dès le second ou le troisième siéde remplaçait le classique ususfructusque , quand l'habitude eut fait du juxtaposé une sorte de mot simple, ne présentanjt plus qu'une idée à l'esprit *. Chaud-froid, mot lorrain qui correspond à l'espagnol calofrio, et qui équivaut à notre chaud et froid, point-virgule et trois-sept (trésept) sont de même des altérations de chaud et
tion IV). Ces expressions, considérées comme des adjectifs invariables ou dos substantifs, peuvent se combiner, ainsi que les précédentes, par apposition, mais sans synecdoque, avec des substantifs dont ils désignent la couleur : un ruban bleu-de-ciel , un tapis vert-pomme , une étoffe grisperle, etc.
3» Un adjectif désignant une couleur est joint à un autre adjectif désignant une couleur dont il détermine et précise la nuance; tels sont : gris-brun, châtain clair, vert foncée bleu-noir; en ce cas, le second adjectif ne fait que qualifier le premier qui est pris substantivement, et qui par suite reste invariable. Ex.: «N'est-elle pas rouge (la cassette)?— Non, ^me. — Hé oui, gris-rouge. » (Mol., Av., V. î.) Ce substantif composé se combine ensuite, comme les composés du n« 2, par apposition et sans synecdoque, à un substantif dont il indique la couleur : une cassette grisrouge.
' « Que cela est Judas. » (Molière, Bourg, gentilh., 111 , 10.)
' Cf. Diez, Gramm.y *, II , p. 289, où sont rappelés certains mots primitivement substantifs et devenus ensuite adjectifs dans les diverses langues romanes.
• De môme patres conscripti^ patres conscriptique. Cf. Justi, ZusammenxetMung in der Indo-german. Sprach., p. 6,
froid, point et virgule (qui se dit encore) et trois et sept, mots juxtaposés où la particule a été pour ainsi dire mangée par le temps. Ce serait une erreur d'expliquer nord-ouest , nordest , etc. , par ce qui est à la fois nord et ouest, nord et est, etc. ; ces mots sont des composés germaniques, avec le premier terme au génitif ; ils nous sont venus tout faits avec nombre de mots maritimes des côtes de la mer du Nord ou de la Baltique. Oueséceinture et les analogues sont des composés dus à l'influence anglaise (voir plus loin, sect. IV). Dès le patron jacquet, dès le patron minet sont de bizarres altérations de dès le paître au jacquet , au minet; ou dès le paître jacquet, mm^^ ( voir Littré, s. v.).
Il n'y a point en français de mots formés de deux noms où les termes, ne jouant pas le rôle de déterminant ou de déterminé l'un par rapport à l'autre, soient tous deux sur le même plan étaient la même valeur, comme dans l'esp. ajoqueso, cerapez (proprement, ce qui est ail et fromage, cire et poiœ) ^ Ces composés, très-rares en roman d'ailleurs, semblent inconnus au latin qui possède seulement en ce genre quelques mots d'origine grecque et de formation savante : artocreas (Perse, VI, 50), mefaptMm (Pline, XV, 14, 15), camelopardalis, etc. ^, mots qui sont encore différents, quant au principe de leur formation, des composés sanscrits connus sous le nom de dvandvas '.
' Le vieux mot beschecleu, forgeron, fabricant de bêches et de clovs (cf. Ducange, s. v. becca), ne peut être cité ici. C'est sans doute une contraction de bescke et clou désignant par synecdoque l'ouvrier qui fabrique ces outils. Les Archives administratives de Reims (II, 1189) parlent d'un Jehan Bescherlau assassiné en 1349.
' Cf. P.Uhdolph, De linguss laliruBVocabulis composilis (Vratislaviie, 18G8, p. 34 et sqq.).
* Les composés tels que chaud- froid, point-virgule , etc., pourraient être considérés comme des dvandvas s'ils étaient tels dès leur formation. Mais il n'y a pas là une ellipse voulue de la conjonction et : il n'y a qu'une contraction amenée à la longue par l'usage, contractiou que nous voyons se faire aujourd'hui dans une autre expression : {étoffe) coton et laine, dite le plus souvent maintenant (étoff'e) coton-laine. Dans ç cédille quelle est la nature de l'ellipse? Fautril comparer cette expression à point-virgule et y voir un faux dvandvafou est-ce un composé analogue à chou-fleur î Je pencherais vers la première hypothèse.
DEUIIÈMB SECTION.
Sitataiiifli coapotét d'ue préposition et d'is nom oi d'is verbe. — TypM : aloi , pourboire.
A un degré au-dessus des composés par apposition viennent les composés que nous étudions dans cette section. U y a ici ime ellipse qui se place entre l'article et la préposition : le pourboire est le, ce qui est pour boire, xb [Sv] vph^ icteTv.
Ces composés sont communs en latin, surtout à l'époque impériale. Proconsul (d'abord proconside), proprœtor, pro-quœstor, intervallum , interregnum , interpretium, proportio, circumpedes S et les nombreux composés faits sur le modèle de ab actis, a secretis, a manuy etc. Dans ces derniers la proposition est souvent soudée au nom. Corssen {Ausspr., ^, II, 873) cite entre autres formes : asecretis, aresponsis, acalculis, asupellectile, abybliothéca, acubiculo, abepistulis, abdctis^ et comme noms de lieux : adnôviUas, adpàlemy addras, adpôrtum, ad fines, subsdltum, inpyreneum, etc. Rappelons encore YAnticaton de César, titre qu'a imité l'auteur de Y Anti-Lucrèce,
Le latin populaire a suivi la marche du latin classique. Je ne saurais cependant lui attribuer en toute certitude que ennui = in ^ odio (habere in odio = avoir en ui) et que antan. On ne peut voir dans ce dernier une composition savante; et ime composition populaire d'origine ôrançaise aurait produit soit ainzan, soit avant-an. Les Glosses de Cassel donnent un composé interscapulas dont on ne trouve pas d'autres traces en roman. Ce composé correspond au parasynthétique interscapilium d'Isidore de Séville (XI, 1, 92), interscapulum d'Apulée. Le latin classique et le bas-latin ont développé richement les parasynthétiques avec inter ^ ; et comme ils en ont fait des noms neutres , c'est peut-être à ce fait .que l'on doit les composés
• Cf. Pott, Etymologische Porschungen, !»• édition, p. 392.
' Inlercihum (Isid.), -columnium (Vitr.), -digitia (M.-Bmp.), -/iwniwtMm (Apul.), -/Inlum^8ld0# narium (Pline)» -lunium (Hor.^Pl.) rmêUum (Qlosg. Phil.), -mundium (Cic), -nodium (Varr., Ov., PL), -nuru/tnium (M.-Vict), -ordinium (Col.), -pondium (Sol.), -scalmium (Vitr.)» 'StiHum (Macr.)» -iignium (Vitr.), -turritim (Inscr.)^ -murium (Ulp.), -vinium (Vitr.).— Cf. Diet, Ane. Gloss. rom., p. 86 de la trad. û^dç.
romans à forme si étrange : entrœil, v. fr. entrueil, esp. intercejOf prov. entrecilh, etc. ^ où le singulier du substantif semble un contre-sens. Les composés avec entre et un régime singulier que l'on trouve en français et dans les autres langues romanes remonteraient donc à des parasynthétiques neutres latins , ou seraient formés par voie d'analogie sur des composés issus de ces parasynthétiques.
Ceux que nous allons maintenant examiner sont de formation purement française.
Pour la plupart, avant de devenir substantifs, ils ont été adverbes ou locutions adverbiales. On sait qu'il est dans la nature de l'adverbe de passer, grâce à l'ellipse, à l'état de substantif. Devant, derrière, avant, bien, mieiur, etc., deviennent le devant, le derrière, l'avant, le bien, le mieux, etc. ; proprement ce qui est devant, etc. De même pour les adverbes composés : le terre à terre, le vis-^-vis, le mot à mot, etc. ; de même pour les composés qui nous occupent. Amont et avaZ, à moitié adverbes , sont sur la voie de devenir sudstantifs , au même titre que aguet, aloi, affût. Si debout, contre^as^ contre-havi (arch.) sont restés adverbes, surtoui est adverbe et substantif. Environ, adverbe au singulier, est substantif au pluriel. A-compte est donné comme adverbe par l'Académie ; la langue du commerce en a fait im substantif. Quelques-uns cepenpendant de ces composés sont nés substantifs, contrepoison^ entrecâte, sans-cviotte, etc. i.
Presque tous ces composés sont masculins ; mais ce masculin cache leur véritable genre, qui est le neutre. U enjeu est ce qui est en jeu ; l'acompte, ce qui est donné à compte. Gomme le sujet est indéterminé, le genre doit être neutre. Quand par hasard le sujet se détermine et se porte nettement sur un être masculin ou féminin, le genre se précise en même temps : un sans^ulotte , une sans-dent (vieille femme), une averse (pluie). Enfin il arrive parfois que le genre est donné par la terminaison. Lorsque la soudure est assez complète entre les éléments composants pour que le mot paraisse simple, le substantif prend le genre qu'indique sa finale. Par exemple : affaire, masculin pendant tout le moyen-âge, soucoupe, mots désormais simples, doivent leur genre à leur terminaison féminine 2.
I Cf. plus haut^ p. 67 et 6S.
' Les exemples ne sont pas rares de cette action de la terminaison sur le genre. Le moyen âge disait la pape, la prophète, parce que la première
Préposition a.— Un abandon ^.à-^ompte, acoup, adieu ^, ados, affûty aguet, aloi, les alentours, l'amont, antan, aplomb y àrpropos, atout, aval^ une averse. — Avec un infinitif : une affaire, un avenir.
Avant. — Un avant -faire -droit, un avant-main; on dit aussi une avant-^nain, avec avant adverbe (voir la section suivante, II). Dans avant-scène (s. fém.) signifiant la partie du théâtre où jouaient les acteurs chez les Grecs et les Romains (wpoaxtjviov), avant est adverbe. Cf. sect. suivante II, au mot avant. Dans le sens actuel du mot (loges d' avant-scène),, avant est préposition , et le substantif était d'abord masculin (Dict. de l'Acad. 1798). Il est devenu féminin par suite d'une influence de la terminaison.
Après. — Après-midi y-dîner ^-souper; ces trois substantifs sont masculins. On dit aussi après-dînée^ après-soupée, et la force de la terminaison fait de ces deux noms des féminins. Par analogie avec une après-dînée, une après-soupée, on commence à dire maintenant une après-midi.
Arrière. — Arrière-main, s. m. Il y a un autre arrièremain, s. fém., où arrière est adverbe (voir la sect. suivante, II).
Contre. — Un contre-poison, une contre-approches (fém. par suite de la terminaison), un contre-arc y -biseau; à contrebiais, -cœur, -fin^'yun contre-bord, -cornière, -haut, -heurtoir, -hiloire; une contre-lattes (action de la terminaison sur le kenre); à contre-mousson, -poil ; contre-sens (voir la sect. suivante, II), -sol, -temps, -vent; centrale (subst. verbal de contï^âler f). — Rappelons l'archaïque contre f oit : « Irésie, contre f oit et ypocresie » (Ph. Mousket, 1302-03).
De. — Députaire, débonnaire *.
dëclinaiBon latine est généralement féminine. VaUis, resté féminin dans les noms propres, est masculin dans le nom commun val dont la terminaison est masculine (voir plus haut p. 31 et n. 1). Domus, fém. en latin, semble masculin dans les glosses de Casse! , n" 9i, et Test assurément dans le Saint-Léger, str. 33» v. 6.
* Voir plus haut, p. 6S.
* Vient de l'expression : dire à Dieu à quelqu'un. « N'oublia rien fors à me dire : à Dieu » (Marot, Req. au roi pour avoir esté desrobé). De là : dire adieu à quelqu'un, et substantivement : dire un adieu à quelqu'un.
' La préposition à prouve que contre-biais, -ccBur, -fin sont des sub- * stantifs; de même pour à contre-mousson , à contr&^poU.
* Débonnaire et députaire sont des juxtaposés» parce que ce sont des adjectifo. Nous les avons intercalés ici parce qu'ils se rapprochent, par
En. — Enbompoint ^ encroix, endos, endroit, en-toutcas, enjeu, ennui, en4ête, entrain, entrait, entraves (s. f. — action de la terminaison sur le genre), enrue.
Entre. — Entr'acte, entre-colonne , entrecôte (s. m. ; devient féminin dans le parler populaire) ; entre^uisse, -deux, "fesses ; une entrefeuille (action de la termin. sur le genre), entregent, entreligne, entremets ; entre-modillon, -nerfs, -nœud, -piedy -pilastres, -rang, -sabords ; entresol, entresourcils, -toile, -^owe? (peut-être entre adverbe) ; entre-voie, entr'hiver, entr'œiL
Fors, hors. — Hors d' oeuvre, hors du sens (v.*fr. — forsené ou forcené), faubourg (forts burgus. — Peut-être aussi que fors est adverbe : bourg hors la ville); — forban f (forban doit être plutôt un subst. verbal de forbannir, ayant d'abord désigné l'acte de bannir, puis la personne qui est l'objet de cet acte. Cf., entre autres, lefr. actuel nourrisson, le v. fr. prison signifiant prisonnier).
Outre. — Outremei% nom d'une couleur ; proprement la couleur d'outremer. Le nom à! outremer a été donné à un roi de France, qu'on avait fait venir de l'Angleterre, où il était réfugié. Dans le récit de la bataille d'Hastings, Wace désigne sous le nom de ceux d'outre-^mer les Normands envahisseurs : Et cil d'oltremer assailloient — E bien sovent se retraioient (R. de Rou,v. 13191). De même :L'estreuli tint Marcules à'ultremer (Roland, v. 3156). La vieille langue disait également im oltre m^rin, adjectif parasynthétique : « Si'n apelat Jangleu Yultremarin » (Roland, v. 3507).
Par* — Pardesstcs (vêtement), par fond, parterre.
Sans. — Sans-cœur, -culotte; une (femme) sans-dent, sans-gêne ; une (poire) sans-fleur, une (pomme) sans-peau ; un sans-souci.
Sous. — Sou^-bail, -bay^be, -bois, -cape ? -cuisse, -gorge.
la forme, des noms que nous étudions dans cette section, et que nous voulions éviter de nouvelles subdivisions. Députaire a disparu, mais débonnaire est resté. Aire en v. fr. était parfois remplacé par art : « Or vous redirai de Renart Le rous , le fel^ le deputart » (Ren., v. 7611-12). — Dans les vers suivants, on a une variante de députaire : « Pute de malaire Ne se set atraire A nulle bonté » {Nouv. Rec. de F. et C, \, p. 422). — DeJ>0' naireté est fi*équent en v. fr. Voyez entre autres Durmart le Gallois (éd. Stengel, Sluttgard, 1873)« v. 256 et 3154.
• Orthographe singulière admise par T Académie; la logique exigerait ou enbonpoint ou emhompoirU,\Q dernier est préférable.» Embonpoint est devenu substantif de la même manière que ennui.
^gueule, -mairiy --aile ; en sous-osuvre, -pied, ^eing ; une soucoupe.
Sur. — Surdos, surlendemain, surlonge {?), surplis, surplus, surpoint, surtout (vêtement) ^