‹ Traité de la formation des mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latinChapitre 48 sur 113 · IBO · texte numérisé non relu

IBO

But. Tornavent «, Poincheval «, Sail en bien », Jehan Bot l'iaue^, Martin Boivin^, Hugo Boifvin «, magistrum Boif" levé 7, la femme Sail du crues ^y Jehan Sau du crues^, Ron dulphus Sau du bruil^^y Jehan Sail du bois ^S Jehan Boi Boi 1^, Regnault Prens tout ^».

Dans toutes ces formes on a l'impératif : boiy boi fou buef, sail on sau^ clos, /ai, croi, pais^poin, prens; le présent de l'indicatif serait boit , sailt ou saut, dot , fait , croit , paît , point, prend ^'^.

1 Bernard, CartuL de Vabbaye de Savigny, 224, charte de la fin du x« siècle. Tomaveni contient un impératif; car Findicatif donnerait tomat a vent ou tomet a vent; le t de la finale et (= at) dans les verbos de la Ir* conjugaiFon n'est tombé qu*à la fin du siècle suivant. Tornavent ne peut pas être un mot provençal , car il faudrait tomaven.

< Ouérard , CartuL de Notre-Dame de Paris , III , 93 ; texte de 1308 ; cf. Bochardus Poinvillain dans les Olim de Beugnot, 1, 132 (texte de 1260).

' Râle de la taille en 129*2, p. 2 (sur cet ouvrage, voir plus haut, p. 41, n. 1; — nous donnons l'orthographe d'après le manuscrit). — Ce nom de Sail en bien appartient à une grande et riche famille parisienne du moyen âge, plus d'une fois rappelée dans les documents anciens. Voyez, entre autres. Est. Boileau, Livre des mestiers, 430 ; Bibl. de l'École des chartes, 1873, p. 436; Leroux de Lincy, Paris et ses historiens, 356; Beugnot, Olinu I, 412 ; Merlet et Moustié, CarttU. des Vaux de Cemay, 747. Cf. Rsvue archéologique, XIll (1856-57). p. 637 et suivantes (Notice d'Aug. Moustié sur une DaUe tumulaire de Guillaume Sal-en-bien), Saillembien rappelle Salimbene, nom d'une famille italienne, et en particulier d'un poète italien du xiii« siècle.

* Râle de la taille, p. 23, 61, 63, 76. Nom très-conmiun au moyen âge. Cf. les formes données à la page précédente et le nom de l'auteur du Livre des mestiers, rappelé dans la note et qui est écrit dans les manuscrits : Boi liaue.

» Id.j p. 19, 170, etc.

* Lespinasse, Registre-Terrier de Vévéché de Nevers, 122. ' Beugnot, OUm, II, 68 (texte de 1318).

* Taille, 66. Dans Ouérard, Cartul, de Notre-Dame de Paris, je trouve {III, 403) un Nicholas Saudetrues, sans doute erreur pour Sau de crues,

^ Râle delà taille , p. 85.

«• Andrieux, CartuL de Notre-Dame de BonrPort, 185; charte de 1250. U est vrai qu'on trouve, p. 184 et 186, Radulphus Saut de broeL Nous reviendrons plus loin sur cette forme.

" Raie de la taille^ 132.— Dans Villehardouin, 213, je trouve le nom de B. de Saubruit, écrit encore Salebruit, Saubruic, etc. Cf. les paragraphes 281, 282, et la note de M. de Wailly aux pages 162 et 490 de son édition. Quelque obscur que soit ce composé , on ne peut s'empêcher d'y reconnaître l'impératif de satire.

^ Râle de la taille, 89.

*' Nom de fantaisie dans Goquillart, Enqueste de la Simple et de la Rusée (éd. de Gh. d'Héricault, II, p. 88 et 143).

^* On trouve presque toujours Boivin sans article, rarement Boilevin, et au contraire toujours Boileau, avec article, mais non Boieau, Preuve nouveUe qu'on a là un impératif; car l'article dans Boileau est anené par

Qaelques-uns de ces noms se sont eonservés jusqu'à nos jours. Un Bottin de 1864 me fournit des Boileau , Boileoe , Boilevin, Boicervoise, Saillenfest , Saillenfait. Dans Sabatier S je note un Boiscervoise ; ici l'impératif est rajeuni. M. Mowat me signale une famille contemporaine de Tours, dont le nom s'écrit Boislève, c'est-à-dire bois l'ève ^.

A ces exemples d'origine ancienne « ajoutons d'autres composés modernes où l'impératif n'est pas moins évident :

Et d'abord les pluriels : un chassez-^roisez y un chassezdéchassez^y un laissez^asser,xmne^ oubliez-pas oupensez- CHinoi (myosotis), un rendez-^ous y un regardez-^moi (scabieuse), un revenez-y y un (beau) venez-y-DoiVy et, dans la langue contemporaine de l'argot parisien : un suivez-moi y jeune homme (double ruban descendant du chignon le long du dos), un pincez-moi ça (nœud, au bas de la taille, dans le dos, avec de longs rubans qui retombent), un décrochez-moi cela (chapeau d'occasion pour femme) qu'il ne faut pas confondre avec un décroche-moi cela (marchand fripier), le vol au rendez-moi s.

Ensuite les expressions qui décèlent par leur construction la présence d'un impératif : un ramasse-ton-bras (fanfaron), une trousse-t a-queue , un va^ui-dire (chambrière, entremetteur, dans les contes du xvi* siècle ®), un vort'en si tu peux (emplâtre, dans Régnier 7), le sire de Fiche-ton-camp y un ouvrage fait à la va-te- faire- fiche y locution dont on peut rapprocher cette autre :

reuphonie. Avec l'indicatif, on aurait pu facilement dire boiieau; or ccîtte forme ne se rencontre pas. Le nom propre Boiteau vient de Boisleau, BoisieL

* Encyclopédie des noms propres, Paris, 1865, in-12, p. 254.

' B(As, est ici bibe et non nemus, qui n'offrirait aucun sens, et qui d*ailleurs ne peut avoir pour complément au génitif TM^é».

3 Je ne cite pas le surnom bien connu du vicomte d'Anjou Geoffï*oy Plantagenêt, parce que je n'ai trouvé nulle part planta gineslum, forme nécessaire pour étaî)lir l'existence d'un impératif dans planta, mais seulement planlagenest ou plantegenest. Un Morlachar des Arch, admin, de Reims (I, 365} et un Morgaslel des Olim (Beugnot, 1, 552) sont aussi douteux, parce que mor représente aussi bien mort (mordet) que mord [morde).

* On trouve aussi, il est vrai, chassé-croisé et chassé-4èchassi,

* Lorédan Larchey, Dict. de l'argot parisien, 6* édit., 1873.

<> Va li dire déjà dans Rutebœuf : « Se sui por maqueriaus tenus L'en vos retient a t?a-/i-dirtf (dans Bartsch, Chrestom,, », 334, 23 et 24).— Trousse-ta-queue , nom d'une chambrière, par ex. dans la Farce nouvelle des Chamberières : « Trousse ta queue, hâtons-nous vite » (Ane. Théâtre îr., II, 435).

^ Un vorVeny si tu peux ; un n lu peux, vc^t'en, Escrit en peau d'oignon entouroit sa maschoire (Sat XI).

traiter quelqu'un à bouche que veua>4u; et dans les patois : jouer à la muche-ien-^ot S un tâte-mes-glènes 2, un tirirlebin 3. Parmi ces expressions, remarquons spécialement les noms de divers jeux. Je citerai par exemple ceux que je trouve dans Rabelais : à cochonnet^, va devant; à compère, prèstez-^moi vostre sac ; à Guillemin , baille mi ma lance ; à monte y monte l'eschelette , et de même les noms de services ou de plats : du laisse-moi en paix, du tire-toi /à, du botUelui toi-mesme , du souffle au cul mien ^.

Enfin les composés qui ne peuvent s'expliquer que par un impératif suivi d'un vocatif :

Le chat s'appelle minaud et grippe-minaud 6; une brosse de doreur est connue sous le nom de boesse et de gratte^oesse : le brequin est le nom primitif du virebrequin, devenu par altération vilebrequin, proprement vire, tourne, brequin. Le coupe-bourgeon , insecte qui attaque la vigne , est appelé Lisette et bêche-Lisette. La chaise à porteur s'est dite portechaise, aussi bien que chaise '. La nourriture des moutons dans certaines régions se dit gobe-mouton , c'est-à-dire gobe cela, mouton, n est un raisin et une plante fort aimés des poules : on a donné à l'xm le nom de pique^ouie, à l'autre celui de morgeline {mords géline, en italien mordigelina), c'est4L-dire picote cela, poule; m^rds cela, géline. Le chèvrefeuille, dans le haut Maine, s'appelle broute-biquet, et dans le Berry broute-biquette ^, c'est-à-dire broute cela, biquet, biquette. Ces composés, dont il est facile d'augmenter la liste ^, ne peuvent

* £n Normandie, pour à la musse-ton-pot, à la mussei)ot (Littrè , s. v.)-

* En Picardie, homme qui s'occupe des petits soins du ménage, proprement tâle-meS'poules. Voir Orandgagnage, Dict. wallon, s. Vs catù Le haut Maine dit dans le même sens un chauffe-la-couche (G. R. de M., Ghsi. du haut Maine). On ne peut guère expliquer ce mot que par Timpératif.

' Dans Test, petit chariot pour apprendre à marcher aux petits enfants, proprement un tiens4oirbien. Voir Tissot, Patois des Fourgs, et Bridel, Glossaire de la Suisse romande^ s. v.

* Terme du jeu de boule, petite boule servant de but au joueur. ^ Rabelais, Gargantua, xxii ; Pantagruel, V, xxxiii.

* Grippeminaud , le bon apôtre , Jetant des deux côtés la griffe en môme temps. Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre (La Font, Fables, VU, 16).— Grippeminaud, archiduc des chats fourrés (Rabelais, Pantagruel, V, II).

' Porte-chaise n'est ni dans Bescherelle ni dans Littré ; je le trouve cité dans Glemm (Compos. graec. cum verb., p. 93), qui, n'y reconnaissant pas un coipposé avec vocatif, ne peut se rendre compte de sa composition.

* Gloss. du haut Maine , par G. R. de M(ontesson), et Gloss. du centre de la France, par le comte Jaubert, s. v.

* Voir plus bas les listes des composés avec le vocatif.

s'expliquer que par Timpératif et le vocatif. Voir dans le premier terme un substantif verbal ou une troisième personne de l'indicatif est chose inadmissible. Gratte-boesse, par exemple, ne peut signifier ni « boesse qui est une gratte y » ni « boësse qui gratte, » Bêche-Lisette ne peut vouloir dire ni « Lisette qui est en même temps une bêche », ni « Lisette qui bêche. » Dans le premier cas , le composé n'a aucun sens ; dans le second , on se trouve devant une inversion que repousse le génie de la langue.

Rappelons encore quelques expressions familières où la formation avec l'impératif se laisse prendre sur le fait : « Nous montâmes en voiture, et puis, fouette cocher * .' » — € Tout est r^lé , l'afiaire est en train, et maintenant va comme je te pousse! » ou bien « et allez donc! » — « Il comptait sur leurs promesses , mais va-t'en voir s'ils viennent ! > — « Il a reçu une volée de coups de bâton, en veua>4u , en voilà ^ I »

En dehors de ces composés français , notre langue renferme des mots latins créés d'une manière analogue aux précédents. Le verbe y est à l'impératif. Ainsi : noli^-me-tangere (ulcère malin et plante), vade-in-pace (et par abréviation in-pace — cachot d'un cloître) , vade-mecum et , synonyme moins usité , venimecum (manuel), fac-similé (copie exacte d'une gravure, d'une écriture), /ac-^o/wm (chargé d'affaires), custodi-nos (prête-nom qui garde un bénéfice pour un autre), notorbene (remarque), salva-nos (bouée de sauvetage). Pour que cette formation fût possible, il fallait qu'on vît un impératif dans les mots français analogues, ou que dans les composés de cette nature la construction avec l'impératif s'imposât nécessairement d'elle-même àlapensée'.

* « Un fiacre est venu nous prendre; nous nous y sommes emballés sans façon , la Cousine et moi; et puis, fouette coclierl » (Marivaux, Le Paysan parvenu. II). Comparez ces vers de Florian : « Des singes dans un bois jouaient à la main chaude.... On frappait fort et puis demne. » (Les Singes et le Léopard).

' L'impératif est implicitement renfermé dans en voilà; proprement prends-leSf en voilà, — On lit dans Ducange (s. v. boutare), à propos du jeu appelé boule-hors : « Ainsi qu'il jouait avec plusieurs compagnons d'un esteuf à un jeu qu'on appelle à bouter hors» (texte de 1387). Dans cet infinitif futur, traduction de bouie-hors, ne saisitron pas l'idée de l'impératif rendue ici par l'idée correspondante du futur?

* Linné traduit dompte^enin (nom dune plante) par (asckpias) vincetoxicum ; si l'impératif est formel dans le latin , il doit l'être tout aussi bien dans le français. On peut ajouter aux noms précédents dormi secure, titre d'un recueil de sermons tout faits à l'usage des curés (xv* siècle). M. Gaston Paris, qui me signale ce mot , m'indique encore un Da nobis ,

Les langues étrangères, romanes , germaniques et slaves /ne font que confirmer les témoignages précédents.

L'espagnol ne distingue l'impératif de l'indicatif à aucune des trois conjugaisons. Cependant il est facile de reconnaître des composés avec l'impératif dans les mots suivants :

Correvedile, rapporteur; proprement : cours, va, dis-lui.

Hazmereïr^ bouffon ; proprement : fais-moi rire.

Hazteallà, caractère rebutant ; proprement : /a w-<ot là; va lày làrbas; va au diable.

Dime y direte, querelle, dans l'expression andar en dimes y diretes , se quereller pour un oui ou pour un non ; proprement : aller dans les dis-moi et je te dirai.

Tenteinozo , appui ; proprement : tiens-toi , petit garçon. Cf. plus haut tintebin, p. 152 et note 3.

Tentebonetefajj à n'en pouvoir plus, par exemple dans l'expression correr a tentebonete; proprement : courir à tiens-toi y bonnet.

Zurraydale, importun ; proprement : châtie4e et donne-lui (des coups).

L'italien distingue l'impératif de l'indicatif à la seconde et à la troisième conjugaison. L'impératif y est en i, l'indicatif en e. Or tous les composés de ces conjugaisons sont sans exception en i. Bevilacqua , pendïlacqua , batiScuore , battifuoco , rompicapOy mordigellina, sali-scendi, etc.

Le dialecte de la Suisse romande parlé dans le canton de Yaud distingue partout l'impératif de l'indicatif. La première conjugaison a l'impératif en a, l'indicatif en e fermé, les autres ont l'impératif en e mxxetfè'J, l'indicatif en e fermé. Or les composés onttous.sansexceptiony a o\xè\ c'est-à-dire l'impératif. Défera^ tsao (déferre-cheval , sorte de fougère), grata-cû (gratte-cul), grata-papei (gratte-papier), joa^a-m^'c?;é*(passe-médecin, valériane officinade), Jwr/o-cM (brûle-cou, soif ardente), burla-fer (brûle-fer, forgeron), puortorcritse (porte-hotte), trêna-manti (traîne -nappe), etc. — Gènë-mëtsë (guigne- miche, parasite), mëdzë-recuer (mange-regain , taupe), neiyë-dzen (noie-gens , petit bateau dangereux à manier), reballë-m'enrme (par alté-

nom d*uQ personnage dans une chanson populaire de la même époque (Wolf , Altfr, Wolkslieder, p. 87). Je ne cite pas la locution vulgaire : « colique de miserere, » parce que ce mot de miserere n'est pas dû à une formation populaire ^ mais qu'il a une origine liturgique (Hœrere mH, ûeust Psaume 50).

fation rebatlihbenF^mey donne-moi davantage; dans Texpression soseœén lo reballë-m'en^n^e^ cela sent le donne-moi encore, manière de redemander d'un plat) , pillë^acon (vole-lard) , medziHnerda (mange-merde), etc. i.

L'allemand possède ou a possédé plus d'un millier de noms composés de la sorte. Dans aucun on ne signale la présence du t caractéristique de la troisième personne du singulier ; partout on est obligé de reconnaître l'impératif : Bleibimhaus, Dankhab , Fangvielan , Giebhand , Oibacht , Oriepenkerl (= greifden K.), Habenickt, Haberechi, Hebenstreitfhebe den Str,), Kehraby Kehrum, Lassdunkén, Leberecht, MischmcLSch, Reissaus^ Rûhrmichnichtany Schabab, Schlagenteuffel (ScfU. den Teuff.), Schreckdengast , Schrechdenfeindy Siehdichfûr, Siehdichvor, Sprichwort , Springauf, Stehauf, Stelldichein, Stôrenfried (Store den Fr.), Steurendieb {St. den jD.), StrebkatZy Stulpum, Thudichuni, Trauemicht , Wendehals , Wendenstein , Wergissmeinickt, Wibelâr, Wippsterz, Zahlaus, Zeitvertreib, etc. ^.

De même en anglais , où la troisième personne de l'indicatif est marquée par une s. Breakfast, breakneck (cf. casse^ou), breakwater (brise-lame) , breakvowSy cutpaper (coupepapier), cutpurse^ cutthroat (coupe -gorge), cutwate\ drawback , drawbridge , lookout , picklock , pickpocket , pickpurse, pickthank, toothpick ('^picktooth, cure-dents), runaway. Et pour les noms propres * : Cutright, Doolittle, Drawwater^ Drinkwater (= Boi Veau), Drinkmilk, Hackblock, Hurlbat , Oolightly, Makepeace, Play f air, Shakelady, ShakelancCy Scaredevil, Toplady, Treadaway, Walkup, etc. Je ne cite pas Breakspeare, Shakespeare, Hackstaff",

* Je dois ces détails de la plus haute importance à H. Jules Cornu, jeune romaniste , qui a entrepris des études approfondies sur les dialectes du canton de Vaud, son pays natal. La plupart de ces noms se trouvent dans firidel, Suisse romande, mais avec une orthographe moins précise qui ne permet pas de faire les distinctions de formes. M. Cornu a eu ici recours à un système plus rigoureux de transcription, qu'il a eu occasion d'exposer et d'appliquer dans son étude sur f)eux Hisiwres vUlageoises en patois vaudois. Voir la Rivisia di fUologia romanza, 1, fasc. ^.

' Ces noms sont empruntés à Schulze : Imperativisch gebildete substaniiva, dans Herrigs Archiv, 1868, t. XLIII, p. 13 et sqq. La plupart ont disparu de la langue moderne, qui d'ailleurs ne possède plus qu'un petit nombre de ces composés; quelques-uns sont des noms propres.— Cf. Grimm, Deutsche Orammatik, !'• édit, II, 961 et sqq., 1020; Pott, Personennamen, 514 et sqq., 94 et 695.

* Communiqués pour la plupart par mon ami M. R. Mowat*

keepsahe, et en général les composés où le substantif commence par une s, parce qu'on pourrait objecter que 1'^ de la troisième personne s'est fondue avec 1'^ initiale du nom i.

La concordance de ces diverses langues ^ prouve incontestablement qu'on se trouve en présence d'un impératif. Cependant diverses objections ont été faites, dont quelques-unes ne sont pas sans gravité. Elles peuvent se diviser en deux séries , suivant qu'elles opposent à la théorie de l'impératif 1* l'hypothèse d'un thème verbal, 2** celle d'un indicatif présent.

V. Et d'abord ne peut-on pas se demander si, malgré sa forme d'impératif, le premier terme de la composition ne cache pas un thème verbal 8? La langue aurait pris l'impératif, parce que le thème y est à peu près à nu : porte y garde, boi, fac, vade, etc. , sont bien les radicaux de porter, garder, boire, facere, vadere, etc. La forme seule serait ceUe de l'impératif, non le sens.

En effet , soit l'allemand Sprichwort (proverbe) ; Sprich est bien l'impératif de Sprechen ; mais le sens du mot est^il « dis , répète le mot » ? N'est-il pas : « mot à dire , à répéter » î De même Schreibart, -buch, -feder, ^fehler, ^ehrer^ --papier, -iafel, etc., n'ont rien de commun, pour le sens du moins, avec

' Hypothèse d'ailleurs insoutenable; que Ton compare Shahelance et Shakespeare y il est évident que le verbe est au même temps dans les deux mots.

' Voyez des exemples du Scandinave à la ûji de l'article déjà cité de Schulze. Les formes slaves sont généralement douteuses; cependant M. L. Léger me conunu nique des composés polonais et russes qui ont incontestablement Vimiiéraiif itloczhubu (casse-gueule, bavard)— derdjiderevo (tiens-arbre, paliure), derdjùladja (tiens-vaisseau, rémora), derdjimorda (tiens-gueule, nom de fantaisie donné par le poëte russe Gogol à un agent de police), etc., et un nom simple de formation analogue : poçaiuj signifiant vn baiser, proprement un baisei-moi). Les noms simples à rimpératif sont même de formation commune; dogoniaj (poursuis- [le]), pripekaj (cuis- [le], traduction libre : met&-[le] en compote) sont des noms populaires de chiens de chasse. — 11 est curieux que le persan moderne soit arrivé, de son côté, à former des composés avec l'impératif, tant il est vrai que cette composition est conforme aux lois générales de l'esprit. On lit dans VuUers : tnsliluliones iingua persic3s {Gissm, iS40; p. 155) : « Primum (genus compositorum copulativorum ) duobus imperativis verborum ejusdem maxime significationis constat; e. g. tagUpU vel tagniazy s. laglaz, proprie curre et discurre, i. e. discursus, diligens inguisi- <io... » Le second genre de composés comprend les noms formés d'un même verbe à l'infinitif et à l'impératif, comme si l'on disait par ex. lavare et lava pour lavatio. — J'ignore si le celtique avait des composés à base verbale; le bas-breton en possède, mais comme il ne distingue pas l'impératif de l'indicatif, on ne peut rien conclure des formes qu'il offre. Voir toutefois p. 175, n. 1.

3 Pott, Personmnamen, p. 613.

l'impératif de schreiben. Si Zeitverderb a la forme de l'impératif actif (et non neutre) : rerderbfej, le sens y est si peu visible que verderb est pris pour un nom : der Verderb (la perte), et que le composé à base verbale Zeitverderb n'arrive plus à signifier autre chose que perte de temps. De Zeitverderb on ne peut non plus séparer son équivalent Zeitvertreibj de sens et de construction analogues et qui est notre passetemps. Dans Brennôly RechenbiLch , Spieltisch , on n'a que les radicaux de brenneriy rech(e)nen, spielen, sous forme de rimpératif (rec^en étant par euphonie pour rechn, rechn[e])^ et dans Esstisch on n'a même plus la forme de l'impératit mais le radical pur et simple du verbe.

Ce qui est vrai pour l'allemand doit l'être pour le français. Ne peut-on pas se demander si la gratte-hoesse n'est pas la boesse à gratter ; le virebrequin , le brequin à virer ; le portemanteau, l'objet à porter les manteatiœ! Une remarque d'ailleurs vient confirmer cette supposition.

Si nos composés verbaux sont des phrases impératives passées à l'état de noms, essuie-^mainsy serre-tête ont dû d'abord signifier : toi , linge , essuie mes mains ! toi , bonnet , serre- MOI la tête y serre MA tête! y et non pas : toi , linge , essuie les mains (en général) ! toi^ bonnet y serre les têtes! Or si, dans la conception primitive de la phrase, la personnification de l'objet à dénommer établit des rapports personnels entre cet objet et celui qui le dénomme , pourquoi ces rapports , visibles dans la phrase interpellative, disparaissaient^ils dans la phrase devenue nom? L'absence de pronoms ou de déterminatifs donne donc au composé un caractère de généralisation et d'abstraction qui ne se comprend plus avec l'impératif, temps personnel ; qui s'accorde au contraire on ne peut mieux avec la conception d'un thème verbal à forme impérative.

Les objections sont spécieuses, mais non fondées. Avant tout, séparons l'allemand du français. Parmi les noms allemands , les uns montrent d'une manière indubitable l'emploi de l'impératif avec le sens aussi bien qu'avec la forme de ce temps. Ces noms, nous pouvons nous en autoriser pour soutenir la présence de l'impératif en français. Ils prouvent en efiet pour leur part que la composition à base verbale n'est pas spéciale à une langue particulière, mais qu'elle est d'un usage général, et qu'ainsi elle est conforme aux lois de l'esprit humain. Les autres contiennent l'impératif avec le sens du thème verbal. Ceux-ci sont à négliger ; car ils ne prouvent rien contre les exemples français. L'aile-

tnand en effet connaît la composition thématique ; il n'y a donc rien d'étonnant que le thème verbal devienne un des éléments de la composition nominale. Tels sont Esstisch, Rechenbuch. Ces formes d'ailleurs semblent le résultat d'une confusion postérieure de l'impératif avec le thème verbal. Partant de composés où l'impératif a toute sa valeur : Vergissmeinnicht^ la langue arrive à des mots où cette valeur est moins sensible , quoique aussi réelle : Wippsôerz. C'est sur ces sortes de mots que peut s'établir la confusion de l'impératif avec le thème verbal. On reconnaît d'abord le thème dans l'impératif et l'on fait des composés comme Sprichworty puis on prend purement et simplement le thème, qu'il coïncide ou non avec l'impératif : Esstisch, Rechenbuch, Spieltischy parce que la composition thématique existe d'autre part. En un mot, la composition thématique vient en aide à la compositipn impérative; ainsi naissent ces formes bâtardes tenant de l'une et de l'autre , à côté de formes ayant décidément Timpératif ou le thème verbal.

Tel n'est pas le cas pour le français. La composition thématique est inconnue à notre langue. Les très-rares exemples qu'on en ait portent sur des thèmes nominaux et dérivent de juxtapositions latines, comme on l'a vu dans la section précédente. Affirmer que nos composés à base verbale contiennent des thèmes verbaux, c'est introduire dans une langue qui se refuse à la composition thématique un millier et plus de composés thématiques. On ne peut se contenter d'une pareille affirmation, si elle n'est pas appuyée de preuves solides.

Mais le substantif avec sa forme générale et abstraite témoigne d'une signification thématique et non plus impérative? Ce serait vrai, si la suppression des dét^mûnatifs était amenée par la généralisation de l'idée qu'exprime le verbe ; si la proposition primitive conçue par l'esprit : va , linge ^ essuie mes mains se changeait en essuie-mains par suite d'une extension de l'idée verbale , et non , comme cela a lieu dans la réalité, par la simple transformation de la phrase en forme nominale. Il est évident que, pour devenir nom, la phrase doit se raccourcir et se réduire à un minimum de mots. C'est ce qui arrive pour d'autres noms formés par juxtaposition, où le déterminatif, nécessaire dans la conception primitive, disparaît dans les noms une fois exprimés : ArciS'^sur'Aubey Bar ^sur- Seine, Fontenar/^ sous- Bois, Saint'-Maur^eS'Fossés, etc., sont pour Arcis sur l'Aube, Bar sur la Seine, Fontenay sous le bois, Saint-Maur lee le fxmé i^près le /*.; cf. plus haut, p. 53). U semble toutefcw

que cette réduction modiiSe le sens du verbe, mais ce n'est qu'une apparence. Tranche-^acsfTrencasacos), Porte'fleur( Porta florem)^ Brûle^ièvre (Vstura leporem). Bot vin, Bot l'eau ne cessent pas d'être des phrases impératives parce qu'elles se substituent aux phrases primitives : Tranche les sacs, Porte la fleur. Brille le lièvre , Bois du vin , Bois de l'eau, La chute du déterminatif, il est vrai , a pour résultat d'amener une généralisation ; mais celle-ci ne tombe pas sur le verbe, qui conserve pleinement sa valeur propre ; elle tombe sur le régime, qui gagne dès lors en extension. Dans serreAête, la conception première est serre ma tête ; mais pour que cette pensée prenne corps et devienne nom commun, c'est-à-dire nom général, le déterminatif tombe, le substantif gardant toutefois son singulier originel tête, et le commandement qu'exprime l'impératif s'étend sans rien perdre de son caractère propre. Comparez les deux expressions provinciales Joiter à la musse ton pot Qi jouer à la musse pot ; la signification de mtcsse n'a pas changé dans la seconde, et l'on ne voit pas d'ailleurs, à y bien réfléchir, quelle raison pourrait motiver ce changement ; si le sens du régime s'est transformé, le verbe a donc gardé sa valeur d'impératif.

Ce résultat est confirmé par d'autres observations. Pourquoi la langue aurait-^lle été choisir, afin d'en faire un thème verbal, justement l'impératif? Parce que le thème s'y montre à peu près à nu ? Mais il est bien plus à nu encore^ dans la vieille langue^ au subjonctifprésentdela première conjugaison \(qu' il )port,( qu'il) gard. Or dans les quatorze quinzièmes de nos composés le verbe appartient , dès les plus anciens temps de la langue , à la première conjugaison , et l'on ne trouve pas un seul exemple de l'emploi du subjonctif. Ce n'est donc pas pour employer le thème que la langue a recouru à l'impératif.

Mais nous allons plus loin ; il est impossible que dans nos composés nous ayons affaire à un thème. Ici nous rencontrons la théorie qui voudrait voir dans l'élément verbal , non pas même un impératif à signification thématique , mais un thème pur et simple. Les mêmes arguments valent contre l'une et l'autre théorie ; que le thème soit à l'état nu ou qu'il s'abrite sous la forme d'un impératif, la notion qu'il présente est inconciliable avec le prmcipe même delà composition que nous étudions.

Quelle est en effet la notion que présente le thème ? C'est celle d'une action vague et indéterminée. On dira par exemple queXsYO est un thème, parce qu'il ne signifie ni je dis, ni disant, ni rien qui puisse se préciser, n^is qu'il indique d'une manière abstraite

l'idée de dire. Dans les composés grecs ^epéoixoç , sx^çptjv on a des thèmes, parce que ni l^e ni çépe n'ont une signification déterminée. On ne peut y voir, comme le prétend Grimm, des impératifs, malgré l'apparence de la forme, ni aucun autre temps personnel, parce qu'ils n'ont point de compléments et que l'on ne dit point <pepéotxov, comme on dit 6 çépcDv orxov, ni è^éçpeva comme on dit 6 Ixwv çpéva *. Or, dans nos composés, nous avons précisément des compléments : passa-tempo , porte-manteau , tirebotte , factotum , Bleibimhaics. Le verbe ne présente donc point une idée générale d'action, mais l'idée d'une action qui s'exerce sur un objet ; par suite le verbe sort de l'abstraction pour entrer dans la réalité vivante ; il est donc personnel , et il faut y voir absolument un temps personnel 2.

Cela est bien sensible quand l'on considère les composés allemands. Comparez Schreibfeder et Wippsterz (hoche-queue). Dans Schreibfeder le rapport grammatical qui unit les deux termes entre eux est nul ; car il est invraisemblable d'expliquer ce mot par écris ^ plume, et rien n'autorise à y voir une ellipse avec inversion de Feder die schreibt. La seule explication naturelle est celle qui y voit le thème de schreiben accolé à Feder ; aussi , pour en donner la traduction la plus simple , fautr-il recourir au temps qui chez nous rend le mieux cette idée de thème, l'infinitif : plume à écrire. Dans Wippsterz au con traire, Sterz est régi par vipp ; le verbe exprime une action réalisée sur un objet déterminé , il est personnel. Aussi essayez de traduire vipp par l'infinitif, et vous arriverez à un non-sens : un hocher^ueue '.

* Cette argumentation toutefois tomberait , si Ton démontrait que lx»<pp«v est démé de ix^<ppeva , forme originelle qui se serait déclinée après qu*elle eut été considérée comme simple.

' Gomment expliquer, avec Thypothèse d'un thème verbal, des formes comme rendez-votis, ne-m'oubliez'pas, regardez-moi (plante); (la mésange) perd'SQ^queue, etc., nolirme-tangere, salvcMios^ etc., tous les composés, en un mot, qui montrent indubitablement Fimpératif ou Tindicatif?

* On ne saurait prétendre que dans les composés grecs, tels que ^8<pp«v, le second terme est dans un rapport, sinon grammatical , du moins logique de régime avec le premier; qu'il en peut être de môme dans nos composés modernes , et qu'ainsi ces derniers pourraient en somme renfermer un thème. Une pareille analyse des composés grecs serait inexacte. En fait, «x^çpwv et les analogues renferment trois idées, celle du premier et celle du second élément composant , conçus chacun comme thèmes, c'est-à-dire comme abstractions, et l'idée de la termi* naison adjective , qui , reliant entre elles les deux autres idées, en fait l'attribut de la personne à qui est appliqué l'adjectif composé. '^x^99^ c^t donc ^« (idée de possession), ^f^v (pensée, réflexion) et «»v terminai-

U résulte de ces observations que nos composés par phrases, étant formés de verbes accompagnés de régimes, doivent nécessairement contenir un temps personnel. Le doute pourrait subsister sur les seuls mots que nous expliquons par Timpératif et le vocatif, tels que gratte ^boesse^ broute-biquet y morge- Une y etc., tous mots qui correspondent quant à la composition à Schreibfedery BrennôL Mais d'un côté les formes analogues des autres langues romanes (mordi-gelina, etc.), de l'autre le sentiment clair et précis de la présence de l'indicatif dans des mots tels que broute^iquet , pique^otUey etc., l'impuissance de notre langue dans la composition thématiique verbale, enfin l'impossibilité d'expliquer le verbe par l'indicatif S justifient suffisamment notre explication d'un impératif et d'un vocatif.

Pour résumer cette discussion , des exemples incontestables prouvent que le verbe est à l'impératif, et le raisonnement établit que cet impératif conserve dans nos composés sa pleine et entière signification d'ordre et dp commandement.

2^ Mais est-il bien sûr qu'on ait partout l'impératif? Ici nous arrivons à la seconde théorie, qui soutient l'hypothèse d'un indicatif présent, et dont les arguments, remarquons-le, sont autant d'objections portées contre la théorie du thème verbal. Voici les preuves sur lesquelles eUe peut s'étayer.

1 . Dans des inscriptions, chartes, chroniques latines de la fin de l'empire et du commencement du moyen âge, on trouve des noms propres , tels que Deusdedit, Deumhabet , QuodinUt-deuSy etc. ^. Ces formes peuvent sans difficulté se comparer à nos noms composés. L'analogie défend donc de voir dans ceux-ci un impératif.

son adjective indiquant que le groupement des deux premières idées forme une qualité quelconque. Mais quelle est la nature de ce groupement? Dans hf^^^y, il est vrai, le résultat est que 9^ est régi par ^t ; mais il en pourrait être autrement. <»iXôOtoc, par ex., qui est composé de 9iXo-(idée d*aimer), 6to^idée de la divinité) et oc (terminaison adjective du composé), est aussi bien celui qui aime Dieu, que celui qui est aimé de Dieu. De là vient qu'en renversant les termes, on peut dire encore 6«o9aiQc, avec les deux sens de 9iXô6toc. Cet exemple prouve la différence esêentieUe qui sépare les composés possessifis grecs de nos composés verbaux, et montre qu'aucun rapport n'est à établir entre eux.

* Voir plus bas, p. 170 et sqq.

' Mommsen, /. R, N., index ; Rénier, Inscr. de l'Algérie, index; Morcelli, Africachristiana, I, table ; Dom Bouquet (entre autres: IX, 165, 724; X, 177, etc.); Pertz, Monum. Germon, (entre autres :111, 198,245; VII, 577, etc.); les cartulaires. La liste des évoques africains dans Morcelli donne 16 Qttodvultdeus, 4 Habetdeus, 1 Deumhabet^ qui ont vécu du rv* au vu* siècle. Un Dewdedil fut nommé pape en 615. La variante Deutdedus (Pertz, Vn,

3. Un certain nombre de composés présentent incontestable^ ment dans la vieille langue la troisième personne de l'indicatif : Robert Fet pain i, Jehan mau le vaut «, Pierre, iiij en vaut ', Tout II faut *, Aubert tient lo vent ^ Radulfus Mort-pain ®, Point l'Asne 7, Saui de broel ».

Nous ne citons pas les noms comme Richard abat jour ^, Nicole le batjoe ^^ Jehan fout vieille ", Bat la nainne 12, Andréa bat festu i', etc., parce que le t appartient au radical, et que le verbe peut être aussi bien à l'impératif qu'à l'indicatif.

En dehors des noms propres , on peut citer : pent-à-col , fait-néanty fait-^en, vaut-néant **.

3. Dans l'onomastique du moyen âge, on rencontre des noms tels que les suivants : Aalis qui vent fil e linge (La Taille, p. 13), Jehan qui biau marche (16), la fille Jehan Augier qui a le pois (30), Renost qui bâcle (31), Alain, Robert

\0, 19, etc.) prouve que les deux mots dans Dexudedii s'étaient soudés et que le composé s'était réduit à un mot simple déclinable. Il en est de même de Habetdeus, QuodvuUdeus réûint à Quoddeus, Coddeus, et même Quobulus (=3 Quotbulus, QuotbuU [deus]), Deusdedit avait pour équivalents Adeodatus, Deodatus, Donadeus ou Deusdona, Cf. plus bas, p. t67, n. 5.

1 La Taille en mi, publiée par Géraud, p. 131.

« /d., ibid., 47.

» Id., ifnd., 104.

• Id., ibid., 140; nom d'homme ; cf. « la rue de tout y faut » dans Arch., admin. de la ville de Reims,l, 97.

• Archives de Metz, Bans de Tréfonds, cart. A; 1127. — Communication de M. Bonnardot.

• Guérard, Cartul. de Saint-Bertin, 465; charte du xi« siècle.

^ Nom d'une famille célèbre dans l'histoire de Paris au xiii* et au xrv« siècle.— Râle de la Taille, passim; Estienne Boileau, passim, etc., et plus bas dans les listes des noms propres.

• Andrieux, Cartul. de Notre-Dame de Bon-Port, 184, 186. Page 185, on lit Radulphus SaudeBruil à l'impératif; cf. plus haut, p. 151. La charte est de 1^0. Dans le tome XVII des Historiens des Gaules, on trouve encore un Sait de Bruil (p. 565, c).

• La Taille en 1292, p, 131.

"La rat7^«nl292,p. 104.

" Id., 115.

" Archives administratives de la ville de Reims, U, 697; texte de 1333.

" Liber albus ecclesia cenomanensis, p. 344.

" « Un pentacol d'un saphir, dedens une bourse, prisié 6 livres (Invent delà reine Clémence, 1328).— Un pentacol ou il y avait xii perles et m esmeraudes prisié vi escus (texte de 1353). » (Laborde, Émaux, II, s. v. pent* à-col) —Qui commence Claude Galien Est un bon fat et un faict rien (Ler. de Lincy, Prov. français, II, p. 37).— Frère Jean ne faict rien là; il s'appelle frère Jean faict néant (Rabelais , Pantagr., IV, 23). — Un vault néant qui a perdu tous ses biens a meschancetez (Henri Estienne, Dict. lat.'fr., s. V. profligator).^ Vaunéant, dit Nicot, est composé du verbe vaut et de néant; mais en composition on ne pNBonce en vaut le t.

qui ne ment (35), Jehan qui de riens ne s'esmaie (47), Nicholas qui tret le fil d'argent (70), Julianequifetles ouevrechies (77), Roberge qui file lainne (79), Maheut qui fet les laz (id.), Pierre qui moinne le sommier à la forge (97), Jefian qui dosnoie (100) , Guillaume qui ne rit (101) S Jaques qui dort (103) ^, etc. Tous ces noms montrent l'ellipse remplie, mais de manière à fsdre croire que le temps primitif est l'indicatif.

On objectera, il est vrai, que, dans des noms comme Aalis qui vent fil e linge, Ton a, non un sobriquet, une appellation nominale, mais une périphrase indiquant, avec tous les développements nécessaires, la profession de l'individu. En somme, Nicho^ las qui tret le fil d'argent, Pierre qui moinne le sommier à la forge sont des dénominations de même nature que celles de Yvon, le feseur de manches de cor (La Taille, p. 55). Retranchons donc les noms accompagnés de périphrases explicatives ; retranchons même les phrases négatives comme Jehan qui de riens ne s'esmoie , Guillaume qui ne rit , Robert qui ne ment, etc.; car la négation, en dehors de rien, esta peu près inconnue à nos composés verbaux. Toutefois il reste des noms, tels que Jehan qui dosnoie, Renost qui bâcle, Jehan qui biau marche, Jaques qui dort, etc., où l'ellipse a disparu pour faire place à une troisième personne de l'indicatif. Et si à ces formes Ton ajoute des exemples comme les suivants :

Marie qui bat les toiles (Taille, p. 20), Heibert bat les auz (id., 11),

ou bien :

Ameline qui file saie (id., 80),

Guillemete la fille saie (id., 65),

Aaliz fille soie (id., 144) ou Lyon fille soie (id., 178),

il est difficile de ne pas voir l'indicatif dans bat les auz et dans file soie, et par suite dans les formations analogues.

4. Considérons ces noms dans leurs traductions latines ; les uns , ce sont les plus rares , contiennent un indicatif pur et

< De môme Pakherim qui non ridei (lAber allms ecelesiM cenomanmiiê, ItO); Ademarus qui non ril (ChariuL Sanctonense, de Tabbé Grésiller, 140; cbarte de 1098) ; Robeles qui ne rit (Arph. adminisirai» de la ville de Reims, 1,741; texte du XIV» s.)»

' De même GUlebertus qui ne dorl (Liber albus eccUsis cenomaMnHSf^%)i Hugo dictut Qui non dormit {Biftorieji^ d§s Gatrieh ^^* ^h

simple : tels sont Oir ardus duo valet *, Rogerius Deus me fedt ^, Rainaldus bene se vestit *, etc. ; les autres , et c'est Timmense majorité, ont le participe présent on le relatif qui avec le présent de l'indicatif : Guiardus dictus Parcens verum *, domus Andrée Salientis in bonum ^, Marcello Saliente in bonum ®, Gtuzlteritts Pungens asinum ', Garinus Pungens bovem *, Gausfridi non bibentis aquam^, Benedictus Bibens aquam ^<>, Johannes Bibens aquam *^ Guillelmus Bibens i;fnum 12, Bibens sine siti ^^ Guillelmus Mordans naveriam ^^, Pons qui dicitur Incidens festucam ^s, Robertus Mordens anserem ^^, Guerricus Basians demonem ou Osculans dia~ bolum ^^, Gaufredi demonem osculantis ^*, Willelmus Plicans montem ^^, Haimericus de Vibrante Lupo ou Vibrans lupum ^, Hugo Brustans salicem ^S Odo Arachepel.... cognomine dictus Evellens palum ^2, Walterius Fugans lupum ^, Hubertus de Gantante Lupo 2^, loeus qui nomen sortitur a Gantante Pica 2^, Gungannu^ Bibens solem ^6,

■ Guérard, Cartul. de Saint-Père de Chartres, 460; commenc« du xii* siècle.

» Id., CarluL de Notre-Dame de Paris, II, 525; xin» siècle. ' Cartul, de Talmond, 109; commenc. du xu* siècle.

• Guérard, CartuL de Notre-Dame, II, 98; charte de 1255. » /rf., ibid.y 507; charte de 1260.

• /d., ibid., 509; charte de 1249.

' Id., Cartul. de Saint-Pire de Chartres, 132; antérieur à 1070. •/d.,ifti(<., 485; vei^ 1120.

• Id,, ibid., 242 ; fin du xi« siècle.

«• Id., Cartul. de Notre-Dame de Paris, II, 89, 95, 97, 542; chartes du milieu du xiii* siècle.

»« Id., ibid,, m, 32 ; IV. 124; chartes de 1300 et de 1297.

" Id., ibid., II, 174; charte de 1266.

" Liber albtu EcclesisB cenomanensis, 443; vers 1230.

»* /<*.,t^trf., 81; vers 1180.

» Guérard, Cartul, de SaUU-Père de Chartres, 566; vers 1117.

"/d.,iMd., 536; vers 1110.)

»'-" Guérard, Cartul. de Saint-Père de Chartres, 286, 294, 332. On trouve Bèse Déable, 352; texte de la première moitié du xii« siècle. Ce surnom de baise^iable est étrange.

•• Id,ibid., 173; antérieur à 1080.

» Id., ibid., 219; charte de 1078,

«• Id., ibid,, 173, 180, 181, 187, 188, 626; xf siècle. On trouve , p. ail, Hugo broste salx, qui est la forme française*

» Id., ibid,, 402. Arachepel est dans le titre ; Evellens palum dans le corps de la charte (xii« siècle?).

» Id., ibid., 191; antérieure 1061.

** Id., ibid., 139; antérieur à 1080.

V ^ Id., ibid,, 139; même charte.

^ OriUmn. des rois de France, IV^ 633«

Herbertus Evigilans canem *, Joscelinus Cavans gra^ num^; — Radulfus qui duos ducit *, Gualterius qui non bibit de aqua *, GuaiUerius qui non bibit aquam &, Wil^ lelmus qui non bibit de aqua ^ , Willelmus qui non bibit aqiuzm ^, etc., etc.

Ces traductions prouvent, à n'en pa? douter, que pour leurs auteurs le nom français cachait un indicatif.

5. Arrivons maintenant à la langue moderne. Expliquera-t>-on par l'impératif les mots qui suivent : bat-filière^ et les composés de battre : abat-jour,- foin, etc.; boit-tout , court-vite y meurt-de-faim^ tordr^oyaux^ tord-nez^ teint-vin, romptpierre, va-et-vient, (la mésange) perdsa-queue, etc. î On ne peut dire que, dans la plupart de ces mots, le verbe reproduit l'ancienne forme de l'impératif; car ils sont de création moderne, et le peuple qui les a formés y a mis assurément le temps qu'y indique l'orthographe actuelle, le présent. D'ailleurs l'explication ne vaudrait que pour la moitié à peine des exemples cités, et la difSculté n'en subsisterait pas moins.

6. A un autre point de vue, le genre même de nos composés établit qu'on se trouve en présence de l'indicatif.

Nous verrons plus loin que ce genre est le masculin, ou, pour parler plus exactement, le neutre.' Or le neutre ne peut bien s'ex-^ pliquer que par l'indicatif. Si porte- feuille, par exemple, signifie objet auquel on dit : porte les feuilles, les deux mots porte feuille n'ont plus, en somme, que la valeur d'une épithète se rapportant à un nom qui n'est pas exprimé. La raison du genre devient alors psychologique, et, selon que l'on voit l'objet sous un aspect qui rappelle quelque chose de masculin ou de féminin, l'épithète doit avoir l'un ou l'autre genre. Pour les raisons qui font dire une moissonneuse, une canonnière, etc., à côté

» Scriptores rer, gaUic,, XI, 631 ; personnage mort vers 1076. » Id., XI, 507; vers 1040. Cf. Teulet, Layettes du trésor des chartes, p. 21, ÎL » Guérard , Cartul de Notre-Dame , II, 544.

* Id., CartxU, de Saint-Père de Chartres, 289 ; vers 1114. » /d., 409; vers 1104.

• /(/., 385; charte de 1137.

' Id., 389; entre 1130 et 1149.— Citons encore cet exemple où l'emploi au pluriel du participe présent montre bien la présence d'un indicatif dans le verbe : « Nonne Frangentes panem (les Briseimn, Prangipani) familiam Leoninam et gentem Latronum , et alios Romanes... adduxerunt. ut... » {EpUt. S. Thomw Cantuar. Archiep. III, ep. 79; Historiens des OauUs, XVI, 352).

dé Uh grattoir^ un irrigateur, etc. , on devrait, en formant ces composés, pouvoir leur donner aussi bien le genre féminin qu& le masculin ; ce qui n'est pas. Le neutre, au contraire, s'explique fort bien par l'indicatif : le portefeuille est ce qui porte la feuille, quod fert. Le genre de ces noms vient donc établir qu'on a affaire non à l'impératif, mais à l'indicatif.

7. Enfin, reconnaissons les faits dans toute leur gravité. Pour le vulgaire, l'impératif, s'il a jamais existé dans nos composés, n'y existe plus actuellement. J'ai interrogé des ouvriers sur le sens qu'ils donnent aux noms de certains outils : l'emporte^ pièce , le presse^apier, etc. : j'ai pu me convaincre qu'ils y voyaient un indicatif. Des personnes qui ont reçu l'éducation classique, mais qui sont étrangères aux choses de la philologie, se sont étonnées devant moi qu'on pût hésiter un instant temps du verbe ; elles y reconnaissaient un présent. Les maires firançaises expliquent toutes , dans la théorie des noms composés , un essuie-mains , un sem ce qui essuie les mains y ce qui serre la tête, Enfaij affirmer que le peuple voit communément dans ces mots un indicatif , et rien autre chose , et que , par s les composés créés de nos jours pour répondre aux bei commerce et de l'industrie contiennent en réalité l'i porte-^gares, copie^ettres, serre^apierSy etc. Si cette persuasion n'était pas générale, d'où viendraie] eussions sur la nature de ces composés , les jugemi dictoires auxquels ils ont donné lieu ? Il ne suffit tendre qu'il y a là une erreur. Une erreur aussi doit pas être n^ligée par le philologue qui obseï langage. En &it de langue , l'instinct du peuple car ses erreurs deviennent lois. Le peuple se trom] s'il se trompe, d'où vient son erreur ?

Telles senties diverses objections qu'on a présen peut présenter contre la théorie de l'impératif ; elles et méritent examen.

Et d'abord il faut écarter les noms propres, tels que : Habet" deum, Deusdedit, etc. M. Mowat a démontré qu'ils sont d'origine africaine et qu'ils traduisent des noms puniques ou phéniciens analogues ^. L'onomastique sémitique a souvent recours

* R. Mowat>iVomipropr05 anciens et modernes, p. Z^.^nDeusdediiquem a novitate nominis Âftum putare possis » (MorceUi, Àfrica chrislianaf III, p. 358).

à ees dénominations, véritables formules préeatives, qu'on retrouve jusque chez les Assyriens. Quel que soit le sens exact du mot Nabuchodonosor ; qu'il fiedlle le traduire avec M. Menant ^^ par NébOy protège ma race! ou avec M. Oppert ^, par Nébo^ protège la couronne! il est incontestable que ce mot est une phrase renfermant un appel k la Divinité. Il en est de même des autres noms assyriens : Nabopallassar (Dieu , protège mon fils), Sardanapal (Assur a donné un fils), Nèriglissor (Dieu, protège le roi), etc. ', etc. Si nous passons aux Hébreux, nous trouvons les Eliézer (Dieu est mon secours) , les Nathanel (Dieu Ta donné), les Tsourischaddat (le Tout -Puissant est mon rocher), etc. *. Les Carthaginois nous donnent les Han^ nibal (Hannobal — Johanan = famt JDetcs), les Iddibal (hébreu : Ithiel = mecum Deics; au pluriel Immanouel = no^ biscum Deics), Muthumbal (Servus Dei = Abdallah^ Ahdalonyme), Zabdibal (IcttlM^ = Bieitdonnè), etc. Les noms puniques furent adoptés par les populations romaines de l'Afrique, qui les traduisirent en latin. Et comme les phrases sémitiques renfermaient des verbes au présent de l'indicatif ou au présent du subjonctif (Nathanel — Betcs dédit ; Ismael = audiat Deus), ou étaient de simples épithètes (Obadiah= servies Dei)^ de là les diverses formes de composés ou les diverses variantes de mêmes composés ou le verbe tantôt manque, tantôt se trouve au participe, tantôt au présent de l'indicatif, tantôt au subjonctif, tantôt à l'impératif : Habetdeus , Deumhabet , Deus-' dédit , Deusdet , Quodvultdetùs, Deus donavit^ Adeodatus^ Deodatus, Deogratias, Servus Dei, Amadeus, Ametdeus, Amedeus, Spesindeum, Speraindeum, etc. ^. C'est làl'ori-

* Noms propres assyriens, p. 54.

' Communication personnelle.

* D'après Menant, ihid. 57, 59.

* Cf. Ewald, Lehrbuch der hebraXichm Sprache, 6» édit, p. 586, 587.

* Pour abréger, nous n'indiquons qu'une citation de chacun de ces noms; il serait facile de les multiplier. Habetdeus et Deumhabet (Morcelli, Africa christiana, 1, table), DeusdedU (Pertz, Monum. German., VII, 577), Deusdet (Deloche, Gartul,*de Beautieu, LVIl, etc.)» Quodvultdeus (Morcelli, ibid,), Deus dona (Mommsen, I. R. N. 3427; Deusdona, forme déjà romane, pour Deusdonavit), Adeodatus (Morcelli, xbid.\ Deodatus (Chartes et diplômes, Coliect Moreau, mss. de la B. N., III, 101, b), Deogratias (Morcelli, I), Servusdei (Coll. Moreau, III, 130, a), Amadeus (Pertz, X, 286, 368), Ametdeus (Marion, CartuL de Grenoble, xxiv, C; cm, V),Amedeus (Pertz, VII, 255), Spes in deum (Morcelli, 111), Spera in deum (Coll. Moreau, XV, 97, b), Cf. supra, p. 161, n. 2. — Spes in deum a souvent été remplacé par Spe-

gine de tous les noms où entre le mot Dieu, et dont M. Mowat a dressé la liste ', tous noms qui, malgré les ressemblances qu'ils présentent avec nos composés, en doivent être séparés , parce que la cause de leur formation est différente ^.

n est difficile d'opposer les mêmes ans de non-recevoir aux autres objections. Il importe toutefois d'en déterminer exactement la portée. Considérons d'abord celles qui reposent sur l'examen des formes grammaticales. Ces objections consistent à opposer : P les formes françaises ou latines ayant le relatif qiU et l'indicatif ou bien le participe présent ; 29 les formes françaises avec l'indicatif ; et enfin 3^^ les formes latines avec l'indicatif.

Tout d'abord , celles-ci peuvent être laissées de côté. Les noms tels que duo valets Deus mefedt (voir plus haut, p. 164), montrent assez, par leur étrangeté, qu'ils n'entrent pas dans les conditions générales de formation de nos composés. À côté des créations telles que taille^ fer^ tue^œufy hoirVeaUy etc., il peut en exister d'autres dues à des circonstances fortuites qu'on ne doit pas plus faire valoir contre la théorie de l'impératif qu'on ne peut les ériger en lois. C'est surtout dans l'onomastique que l'arbitraire et le hasard se donnent carrière. Il suffit qu'on ait dit d'un homme , pour une raison quelconque , il en

rondins, qui, par suite de la similitude de sa terminaison avec Deui, 8*e8t de bonne heure changé en Sperandeus; et comme^ sous cette forme, l'élément speran était inexplicable, on en a fait, par une fausse interprétation étymologique, une combinaison du thème de sperare et de in : d'où la traduction latine Spera in Deum, et la traduction fhinçaise Espère en Dieu.-- C'est à une communication de M. Mowat que je dois l'explication par Sperandius de Esperendieu, En voulant rattacher directement ce nom à Spera in Deum, on se heurte contre les formes Sperandus, Speranditis avec a, qui sont les plus fi*équentes : par exemple, ^rand^u dans une charte catalane de 976 (Revue des langues romanes, III, 271), Sperandi (Coll. Moreau, I, 138, a; charte de 840, Gluny; mais aussi Sperendei, id., V, 152, b; charte de 935, Cluny).

' Toutefois, si l'origine en est autre , le principe même de formation qui régit ceux de ces composés ayant l'impératif ou le subjonctif , ne diffère pas essentiellement, en dernière analyse, de celui auquel on doit nos composés romans avec l'impératif. Aîhsi s'explique le développement qu'ont pris les noms religieux de ce genre chez les nations occidentales, sous l'influence de l'éducation biblique d'ailleurs (voir Pott, Personennamen, 693 et sqq.). Mais, quoi qu'il en soit de ces rapports , on ne peut pas s'autoriser des formes avec l'impératif ou avec l'indicatif que présentent les noms d'origine orientale , pour soutenir l'une ou l'autre des deux hypothèses touchant le temps du verbe dans nos com-

vaut deux , il en vaut quatre, pour que cette phrase devînt un sobriquet : Oirard deux en vaut (Girardus duo valet); Pierre quatre en vaut (Taille, p. 104) *. Il en est de même de Rainaldus bene se vestit, et de Bogerius Deus me fecit. Pour ce dernier nom d'ailleurs , nous avons montré plus haut qu'il faut écarter les composés où entre le nom de la Divinité ; et puis , la forme même du nom prouve qu'il est d'une création toute spéciale ; comment rendre avec l'impératif l'idée qu'il exprime 2 ? L'objection tirée des formes latines serait invincible si l'on avait toujours le présent dans des verbes accompagnés de complément direct , si par exemple l'on ne trouvait que des formes comme : bibit-a^juam, mordet-panem, facit-nihil, etc. Or, l'on n'en a pas d'exemple '. Ce fait, comme nous le verrons tout à l'heure, a son importance.

Quant aux formes teUes que : Aaliz file^oie , Cruilemete la filesoiey Ameline qui file soie, ou telles que : bibens aquam, qui non bibit aquam , elles sont incontestables et prouvent bien que nos composés, dans la pensée de ceux qui écrivaient ces noms, contenaient l'indicatif.

Pour les noms français avec l'indicatif, on pourrait les discuter, et peutnêtre arriverait-on à démontrer que , dans un grand nombre , l'impératif est primitif. Va^t-vient , par exemple , en italien se dit an£?i-rment, rivieni à l'impératif*. Si au xvi* siècle Ton trouve fait-méant , on a également des exemples de fai-^ant ; Ronsard ne connaît pas d'autre forme ^ ; vautnéant, vaut-^rien ont contre eux le wallon valerien , allongement de valrien qui ne peut être qu'un impératif*. L'orthographe rompt-pierre a contre elle l'ital. rompi-capo, -collo, etc. ; boit^out se dit en Picardie bois-^out 7. Pent-àcol est peut-être pour pend à col, par une assimilation naturelle du dBMt.k point'4'a^ne on peut opposer poin-cheval et poin

* A ces mots de formation accidentelle se rattachent évidemment ceux que nous avons cités plus haut : TotU-li-faui, Jehan mau U vaut,

» De môme WUlelmus Dex-U-set (Andrieux, CarluL de Noire- Dame de Bon- Port, 83), Philippus Dex le fist (Liber albus ecclesis cenomanensis , 415); cf. Dieulefit, commune du département de la Drôme. On voit que ces noms n'ont aucun rapport avec nos composés avec Timpératif.

' Je n'en connais que deux, j'y reviendrai plus loin.

* Andi pour anda est amené par l'analogie de rivieni. Cf. Diez, Gramm., », II. 416.

* Un fainéant en la fleur de son âge (Franciade, I, p. 595, éd. Buon).

* Comparez également le mot orvale, de or et de vale^ de vakre. ' Corblet, Dict. picard.

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