‹ Traité de la formation des mots composés dans la langue française comparée aux autres langues romanes et au latinChapitre 49 sur 113 · ITO · texte numérisé non relu

ITO

tiUain cités plus haut ; et d'ailleurs , eonune l'Impératif a pu être aus^ hv&apoind {d'wpTès poindre) i que poin (= punge)^ poinM'asne est peut-être une erreur ]^\xrpoind4'asne. Mais, quelque valeur que puissent avoir ces justifications , elles sont insuffisantes, et il faut reconnaître qu'il existe des formes telles que fetr-pain , mort-pain ^ tient lo vent, etc., qui ne peuvent s'expliquer que par l'indicatif.

Ainsi , pour résumer toutes les objections , formes françaises avec l'indicatif, formes françaises avec qui et l'indicatif, formes latines avec qui et l'indicatif ou avec le participe présent ; erreur générale qui amène à voir l'indicatif dans nos composés ; genre de ces noms qui ne peut bien s'expliquer que par l'indicatif, tels sont les faits dont il faut rendre compte.

Il semble que la solution soit bien simple. Ily aurait deux procédés différents : l'un recoiurant à l'impératif, l'autre à l'indicatif, et tous deux également légitimes. Prenons pour exemple le nom de Boileau; il aurait pu être formé soit par la phrase : bois Veau! (tu, bibe aquam I), soit par la phrase : lui , il boit Veau ! (ille bibit aquam !). La première de ces formations est naturcdle, comme nous le verrons plus loin ; la seconde peut tout aussi bien se justifier logiquement. Rien ne s'oppose à admettre qu'on ait dit d'un buveur quelconque : « cet homme, il boit de l'eau I » et que cette phrase exdamative « il boit de l'eau t » se soit changée en sobriquet 2.

Mais les faits viennent contre. L'italien , en efiet , dans les verbes delà 2* et de la 3* conjugaison , le vaudois , l'allemand , l'anglais, dans leurs composés, emploient l'impérat^. Prétendra-

* L'analogie, dès le xii* siècle déjà, avait refait certains temps sur Finflnitif. Sourdantf malgré le latin surgenlem, se lit dans Marbod (XLVI). Les Dialogues de saint Grégoire, les Moralités sur Job emploient spécialement les formes analogiques complaindons, estraindoil, etc.

' La phrase qui sert d*épithète doit être exdamative, et le nom propre doit être une sorte de vocatif à la troisième personne : Jean! il boit i*eau! Prétendre que c'est la proposition simple Jean boit Veau qui s'est transformée en Jean Boileau, cela est inadmissible. On ne voit pas comment le sujet Jean, qui fait corps avec le reste de la proposition boit Ceau, aurait pu s'en détacher pour former une sorte d'apposition avec boit l'eau transformé en épithète.— Oans cette hypothèse de Tindicatif, on pourrait se demander comment avec une phrase exdamative , telle que Jean! il boit reau lies composés ne présentent aucune trace du pronom t7. Mais la vieille langue supprimait facilement le pronom personnel ; il n'y a donc pas lieu de s'arrêter à cette difficulté. —Remarquons que ce procédé de formation que nous supposons pour Boileau se retrouve dans Pierre qtuUre en vaut, Tout H faut, Jehan mau le vaul, et les analogues.

- ni -

f-on que le français ici se sépare de ces langues? c'est précisément ce qti'il fendrait démontrer. Passe encore pour l'allemand et l'anglais , langues d'une femille différente du français. Mais quand des dialectes romans nous montrent l'emploi constant d'un seul et même procédé, îl est impossible de reconnaître que chez nous les deux procédés soient primitifs.

D'un autre côté, les composés latins , traduisant les composés français^ en général, ne connaissent pas l'indicatif présent. Les formes avec l'impératif abondent : fac-similé, custodi-noSy saU vor-nos, noli me tangere, etc.; Tene-gaudia, Firma-tcssum, Pende4upum , etc. Mais on chercherait vainement des facitsimile, des salvat-nos, etc. , et, dans les noms propres, des Pungit-asinum, des Bibit-aquam. Ce fait est des plus significatifs. En effet , si les formations avec l'indicatif doivent être placées sur le même plan que celles avec l'impératif, on ne voit pas pourquoi un pungit asinum n'aurait pas le même droit à l'existence qu'un salva-nos, ni pourquoi les formes françaises comme point- Vasne seraient seulement traduites par des périphrases pungens asinum ou qui pungit asinum. Trouvât-on même quelques exemples d'un pungit-asinum, d'un bibit-^aquamy l'argumentation n'en resterait pas moins debout , car c'est un fait incontestable que l'immense majorité des noms latins ne connaissent que l'une ou l'autre des trois formes: impératif, participe présent, indicatif avec le relatif; et s'il se rencontrait quelques noms avec l'indicatif pur et simple sans relatif, ce seraient toujours des cas isolés qui ne pourraient prouver que l'erreur individuelle d'un scribe et non établir l'existence d'une formation générale et universellement admise de noms avec l'indicatif^. En somme, on crée directement avec l'impératif des noms comme fac-totum^ vade-mecum ; on n'en crée pas directement avec l'indicatif, alors que rien ne s'opposerait à cette formation , comme le prouvent les exceptions Rogerius duo valety etc. ; preuve que la formation avec l'indicatif n'est pas primitive.

» En fait, en dehors des trois noms Girardus duo vakt, Rogerius Deus me fêcit , Girardus bene se vestit , que nous avons vus plus haut (p. 16Î), et qui doivent être mis de côté, nous n'avons trouvé jusqu'ici, malgré le nombre considérable de documents dépouillés par nous, que deux noms avec l'indicatif : Reprobaddonus {Scriptor. rer. gallic., XI , 665) et Porlat bovem (Marion, Cartul, de Grenoble, p. 110). Que prouvent ces deux exemples contre la foule des formes latines ayant le participe présent ou Fimpératif ?

Enfin, avec l'hypothèse de l'indicatif, la formation des noms communs est inexplicable. L'on comprend celle des noms pro* près , dont la naissance s'expliquerait bien , mais s'expliquerait seulement par une phrase exclamative : Jean , il boit Veau ! Où trouver cette exclamation dans les noms communs î Comment arriver, par exemple , à former le mot couvre^heff Sera-t-on allé répéter : cet objet , il couvre le chef^ de manière que la phrase, à force d'être redite, devînt un sobriquet ? Une pareille supposition se réfute d'elle-même , et cependant voilà où l'on arrive en admettant que l'indicatif est primitif. La création des noms communs doit être analogue à celle des noms propres ; et si Thypothèse , légitime pour le nom propre, amène à une impossibilité pour le nom commun , comme on ne peut séparer les deux séries de noms Tune de l'autre, il faut ou accepter l'impossibilité avec l'hypothèse ou rejeter l'une et l'autre.

En effet, en dehors de la phrase : cet objet, il couvre le chef, il ne reste plus que deux explications possibles : cela couvre le chef, et ce qui couvre le chef. Or toutes deux sont inadmissibles. Pour la première , on ne comprend pas conmient le sujet cela se serait détaché de la proposition couvre le chef pour devenir une apposition à cette proposition transformée en épithète. Nous avons vu la même difficulté se présenter pour les noms propres, et elle est invincible. Quant à la seconde, si l'on dit que un couvre^hef est un qui couvre le chef, ce qui couvre le chef, et qu'il y a eu ensuite ellipse de qui, il faut admettre le même procédé de formation pour les noms propres , et, revenant sur l'hypothèse faite précédemment d'une phrase exclamative, reconnaître dans les deux séries de noms une même ellipse de qui. Or cette supposition est également insoutenable. Si, en effet, la conception primitive est la phrase analytique : Jean qui boit l'eau ; un, ce qui couvre le chef^ jamais on n'arrivera de là à l'expression synthétique : Jean boit Veau, un couvre^hef. On ne saurait prétendre qu'il y a ici ellipse de qui. Comme nous l'avons dit au début de ce chapitre , l'ellipse ne consiste pas à supprimer extérieurement des mots, mais à rapprocher synthétiquement dans un concept intérieur, subjectif, des idées ou des images qui^ logiquement, devraient être séparées. Jamais la langue ne supprime des mots nécessaires à la contexture logique de la phrase pour le plaisir de les supprimer, et sans que cette suppression vienne d'une conception synthétique. Or, si le point de départ est l'expression analytique

iean qui boit l'eau, un qui couvre le chef, jamais le relatif, qui est ici capital, n'aura pu disparaître.

Gomment donc expliquer nos doubles séries de formes? Une seule hypothèse est encore possible , et comme elle rend compte de toutes les dilBScultés et qu elle ressort de tous les faits , elle doit être vraie. La formation première est l'impératif ; l'analogie s'exerçant ensuite sur cette formation aboutit à l'indicatif par une nécessité logique autant que par une erreur grammaticale.

La composition avec l'impératif est éminemment synthétique. Avec ses complications apparentes , elle n'en reste pas moins naturelle et porte bien le cachet de l'esprit populaire. Le peuple, en e£fet , ne s'embarrasse pas des formes logiques , ne suit point pas à pas les degrés d'un syllogisme ; mais , doué d'une imagination plus vive, parce que chez lui le raisonnement est moins rigoureusement développé , il agit comme TenfEUit , enfant luimême par certains côtés , anime tout , s'adresse aux choses ou les fait parler, et, supprimant tous les intermédiaires par lesquels passent les esprits plus méthodiques ou plus analytiques , sousentendant des idées entières , crée ces expressions synthétiques dont la forme extérieure est Timpératif. Quand le paysan du Jura , par exemple , donne le nom de tiens-toù^ien au petit chariot dans lequel le jeune enfant apprend à marcher, il voit d'un coup d'œil , en fait ou en idée , le chariot , le jeune enfant trébuchant et soi-même disant à l'enfant de se tenir droit ; et de cette vue synthétique , de ces images diverses qui se sont en un instant éveillées dans sa pensée , de ce discours intérieur, il reste , trace visible , écho lointain un peu ajQfaibli , le mot un tiens-toi'4>ien. Cette manière de concevoir les choses est beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit. Nous avons vu les exemples donnés plus haut (p. 151-153) ; nous en retrouverons encore d'autres plus loin. Mais, en dehors de ces exemples qui la montrent comme immobilisée et âgée, si je puis dire, il est facile de l'observer dans les créations vivantes du langage journalier et de la conversation familière. Plus d'une fois , au milieu d'un raisonnement , d'un développement qui se suit dans l'ordre logique , on s'interrompt brusquement pour parler à la seconde personne de ce qui était présenté à la troisième. Il y a eu là comme une volte-face dans la pensée ; l'imagination a marché plus vite que le raisonnement, et les images pressées, qui avaient hâte de sortir et de prendre un corps , se sont condensées dans l'apostrophe. Ce que l'on peut observer dans le style familier se re-

trouve d'une manière tout à fait identique dans la formation des noms, et ici le procédé de création du nom commun est semblable à celui du nom propre. Qu'on appelle un honune BoiA'eaUt ou une brosse à gratter une gratte-hoesse , le dialogue n'a pas changé de nature ; la seule différence est que , dans le premier cas, on s'adresse à un être vivant ; dans le second à un objet que l'on anime.

Cette composition avec l'impératif, aussi vieille que la langue, est toujours vivante et en pleine activité, et elle paraît même indestructible, parce qu'elle est conforme aux lois de l'esprit humain. Son caractère essentiel est d'être une création spontanée, qui ne se raisonne pas, qui se fait de toutes pièces, par un coup d'œil soudain, et par une intuition synthétique de l'imagination. Aussi, quand le peuple veut analyser ces formations, par cela même qu'il substitue l'analyse à la synthèse» il ne se trouve plus dans la situation d'esprit qui les lui a inspirées , et il ne les comprend plus. U les reprend avec des erreurs et tout le premier se trompe sur son œuvre. Demandez à quelqu'un de vous expliquer ce que c'est qu'un revenez-^ : son premier mouvement sera de définir : ce qui engage à revenir, au plus : ce qui vous dit de revenir, jamais : ce qui vous dit: revenez-^. S'il y a des noms où l'impératif est incontestable, c'est assurément BoileaUy Sait en bien. Or, précisément, ces noms, repris par l'analyse, deviennent des participes présents avec régime: Bibens aquam, Saliens in bonum. Cette explication par ce que j'appellerais l'ordre logique, est fatale, par cela même qu'elle est une explication. De là, la tendance à ramener le temps à l'indicatif. Cependant, dans les langues oùl'impératif et l'indicatif sont distincts, la forme impérative est comme un moule déterminé où viennent prendre corps tous les composés nouveaux que crée l'analogie ; et c'est ainsi que l'italien a ses terminair sons verbales en t , et le vaudois en a et en ë. Toutefois , le sentiment de l'impératif disparaît dans ces formations analogiques i et le peuple y met sinon la forme grammaticale, du moins le sens du présent. Dans les mots grata-'cUi grator^apei, gën^ mëtzè\ etc., les paysans vaudois ont oublié, me dit M. Cornu» le ^ens de l'impératif ; le verbe y a à peu près la valeur du présent. Seules les formations spontanées , non analogiques, présentent nettement le sens en même temps que la forme de l'impératif.

Que doitril arriver quand, comme chez nous, Timpératif se confond, dans la plus grande partie des ca3i avoc l'indicatif ? LV naly se Iqgique qui tend à substituer la signifi^tioo du jpèsmX k

eelle de Timpàratif se trouve singuliàremœt aidée par cette confosion grammaticale ^ Les quatorze quinzièmes de nos exemples sont des verbes de la première conjugaison ^. De plus, ces verbes sont assez peu nombreux en somme, mais chacun d'eux fournit une ample collection de mots. Le verbe porter^ à lui seul, en a plus de cent vingt ; le verbe garder^ plus de cinquante ; de telle sorte que, l'esprit d'imitation aidant encore, les composés de porter et de garder déjà existants en amènent d'autres, et cela pour ainsi dire sans fin. En un mot, la formation analogique s'exerce sur les composés avec l'impératif, et, comme elle ne peut les reproduire que par voie d'analyse , substitue dans la signification l'indicatif à l'impératif. Les formes grammaticales aidant à l'erreur , le verbe prend la valeur complète de l'indicatif, et, l'analogie s'exerçant derechef sur des types déjà formés par une analogie erronée, le véritable esprit de la composition s'afiaiblit , et se perdrait entièrement si la force qui l'a créée ne se maintenait vivante et ne continuait de se manifester dans des créations, cette fois originales et où l'impératif est frappant 5. Ainsi, deux forces agissent pour former nos composés verbaux :

* Ainsi peuvent s'expliquer les noms bas-bretons que mon ami M. Gai^» doz me signale dans la Revue celliquef t876, p. %:Jouen Doughedroad (Yves porte son pied) , Lan Poexhevara (Alain pèse son pain] , Per Sarhelagat (Pierre ferme sçn œil). (Le Men, Noms propres bretons commençant par ab ou ap). Ces sortes de noms sont vraisemblablement des imitations des formations françaises mal comprises.

* Sans doute parce que la première conjugaison est beaucoup plus riche que les autres ; on a donc bien plus de chance, pour rendre Tidée que doit exprimer le nom composé, de tomber sur un verbe en er. Je prends la Batrachomyomachie , traduction Giguet; les vingt-deux composés qui traduisent les noms des personnages sont tous faits avec des verbes de la première conjugaison : pille-mieltes, ronge-pain, lèche-meiUe, ronge-jambon, ièch&fîat, IroUe-en-marmiie , lèche-homme, habite-trou, mange-pain, etc.

* Pour expliquer par un exemple la formation analogique , Jean Boi Peau {bibe aquam) est un nom fait de toutes pièces par une création synthétique de Tesprit, où Ton s'adresse à un personnage pour lui dire Jean, boi Veau ! Ce nom Jean boi Veau une fois formé, on le reprend avec commentaire, et on l'explique nécessairement par Jean qui boit Veau {qui bibit aquam; bibens aquam). L'impératif boi fait donc place dans la pensée à l'indicatif boit, et comme, dans la formation première, on n'avait point de relatif qui, dans la formation secondaire qui en reproduit le moule, le corps extérieur, on ne peut l'avoir non plus; de là les mots comme un boiUtout, auxquels on n'aurait jamais pu arriver dès l'abord et sans le secours des formes avec l'impératif mal comprises. Remarquons que dans les formes latines traduisant les noms français, on n'est jamais arrivé à rindicatif bibii-aquam , précisément parce qu'il n'y avait pas de

^eule à reproduire comme pour les noms £rancais>ce qui vient à l'appui des observations présentées p. MU

l'une primitive, la force ipii les a créés à Torigine avec le verbe à l'impératif, et qui , toujours existante, est encore en pleine activité ; l'autre postérieure, la force analogique, qui imite et applique aveuglément, sans se soucier des erreurs , les formes dues à la première. L'une crée les composés où l'impératif laisse encore visible le dialogue avec ses conseils, ses exhortations, ses or^ dres ' ; l'autre donne ceux où le verbe n'exprime plus que l'action pure et simple et se réduit au présent 2. Le fait curieux, c'est qu'elles se trouvent ici en présence et se combattent, tandis que d'ordinaire l'analogie reçoit l'héritage de la ÎDrce dont elle prend la place. Dans les premiers adverbes en mente créés par la langue, mente gardait son sens originel. L'analogie s'empare de cette création , et , violant l'étymologie , développe la série des adverbes en ment jusqu'à dire ainsiment , quasiment. La langue avait fait d'autres adverbes à l'aide d'adjectife féminins pluriels à l'accusatif ou à l'ablatif : certes j volontiers , etc.

* Les divers sens de i*iinpèratif se retrouvent dans les composés de formation première. Tantôt c'est un ordre formel; tels sont les noms de certaines manœuvres de marine ou d'atelier, noms qui ne sont autre chose que les termes mêmes des commandements pris substantivement : bouU'hors, boule4à, vogue-avant, serr&4)osse, cargut-àr>vue (termes de marine), etc., tourne- à -gauche, tourne-bride, volte-face (termes de manège), etc.; tantôt c'est une exhortation, un désir lun revenex-y, unsuivegmoi, jeune komme, etc.; tantôt c'est une affirmation conditionnelle icauecou, vaurien, fainéant, etc. On s'étonne de l'emploi de l'impératif dans ces derniers composés, et on veut les faire valoir précisément en faveur de la théorie de l'indicatif dans la composition verbale. Mais, sans même se prévaloir des formes germaniques Babenichts (habe nihil, sans-le-sou), Taugenicfus (vale nihil, vaurien), quoi de plus simple, de plus conforme à Tesprit populaire que ces phrases où l'impératif perd sa signification de commandement pour prendre une valeur conditionnelle : Va, ne fais rien! dit-on à un paresseux, c'est-à-dire ne fais rien (» ù tu ne fais rien), et tu verras les conséquences de ta paresse! Ce ne fais rûn est précisément notre fainéant. Va, conduis-toi mal! dit-on à un mauvais sujet; vaille aussi peu que tu voudras;. c'est sous une autre forme notre vaurien. Un casse-cou n'a jamais été ce qui casse le cou, mais ce à propos de quoi on s'écrie casse-cou! Qui ne voit qu'on a affaire là à un impératif: Va, casse* toi le cou ! Bn somme, il n'est pas de formes qui ne soient résolubles par l'impératif; et ce temps s'y laisse toujours découvrir par une analyse plus ou moins délicate.

> Gomment la formation primitive a-t-elle fait place à la formation analogique? Il a fallu sans doute que non-seulement les noms propres de personnes et de lieux, — les premiers créés vraisemblablement, — mais encore que les noms de choses fussent assez nombreux pour que Ton songeât à utiliser cette formation spontanée de noms avec l'impératif pour la création de noms nouveaux. Ce n'est pas à dire que dès les premiers temps on ne pût se tromper sur la nature des composés avec 1 impératif, et, en les reprenant par l'analyse, y voir un indicatif. L'erreur a pu se produire avec le premier composé formé.

L'analogie s'empare encore de cette création dont le sens se perd, et elle donne des adverbes comme ains, tandis. Son caractère propre est donc de succéder à la force créatrice , et de développer, en vertu de l'inertie et au mépris du sens et de l'étymologie, l'œuvre que l'autre , en disparaissant , lui lègue. Telle est sa marche habituelle ; mais ici ce n'est pas le cas. Les deux forces coexistent et luttent entre elles , et, si l'analogie crée les formes avec l'indicatif du moyen âge , les traductions latines avec le participe présent ou avec qui et l'indicatif; si l'analogie, de nos jours, amène ces innombrables composés employés par le com^ merce et l'industrie, et qui dans la pensée de leurs auteurs contiennent bien l'indicatif : porte^igares, serre-papiers, copielettres, etc., la force primitive n'en maintient pas moins ses droits , affirmant son existence dès les premiers temps de la langue, où nous signalons im Tenegaudia, et à travers tout le moyen âge et la Renaissance avec ses Boi VeaUy Boi vin , Sail en bien , Sail du crues, Fai mi boire, Clo mes oeulSy etc., ses va-lui-dire, trousse-toHjueue, etc., et à travers la langue moderne avec ses rendez-voics, revenez-y ^ venez-y-voir, etc., ses vade mecum^ salva nos, noli me tangere, etc., ses ramasse-ton-bras , va-tovi , jusqu'à la langue contemporaine qui voit créer les suivez-moi, jeune homme, et acclamer ce mot de formation si populaire : le sire de Fiche-ton-camp.

Pour résmner cette discussion , les composés sont formés primitivement, et de nos jours encore, avec l'impératif. Une analyse inexacte amène à y voir des créations avec l'indicatif ; mais la science qui rend compte de cette erreur a le droit de la corriger, et l'on peut admettre que logiquement , sinon en fait, tous les composa contiennent l'impératif • .

* Une question reste encore à élucider, celle du genre. Les mots de formation analogique (désignant des êtres inanimés, bien entendu) sont neutres, précisément parce qu'ils sont dus à l'analogie. Quant aux mots de formation première, si leur terminaison est masculine, ils ne peuvent être que masculins : une belle venez-y-voir serait monstrueux; les mots à terminaison féminine seuls pourraient donc être féminins. Or le nombre en est très-restreint, car la plupart des composés verbaux qui ont cette terminaison dans la vieille langue déjà sont dus à l'analogie. Cependant ^aro^rofre est féminin dans Joinville; et comme il est difficile de croire que, dès le xiii" siècle, les deux termes se fussent déjà soudés et que le sentiment de la composition dans ce mot eût disparu de manière que la terminaison donnât son genre au composé deveim simple, on a là vraisemblablement un exemple d'une formation primitive féminine. Dans Froissart, on trouve le coupe-leste (I, i, 321) et to lranche4este (II, m, 8). La dernière forme est-elle-bien sûre ? En tout cas elle est contredite par la première. — Cf. plus bas, au n« IV de cette section.

f,^^c/r Le 4e»p6 enfin établi , quelle est la nature de l'ellipse qu'il

suppose ? Elle peut être triple, d'après les trois personnes du discours. Ou c'est l'objet qui parle ; ex : regardez-moi (scabieuse, plante); noli-^me-tangere (plante et ulcère: la plante, parce qu'elle contient une graine qui éclate entre les mains de celui qui la saisit, à sa très-grande surprise; l'ulcère, parce qu'il se dérobe à tout traitement et que les remèdes , ditr-on , ne font que l'irriter) ; les suivez-^moi , jeune homme (rubans que les femmes laissaient tomber du chignon sur les épaules); un ramasserons Jro^ (fanfaron).

Ou c'est à l'objet que l'on s'adresse ; telle est la série des composés avec un nom régime direct : boute- feu, boute-selle ^ porte-manteau, -cigares; garde- fou, serre-tête, etc.

Ou c'est de l'objet qu'il est question. Ainsi la plante nommée morgeline, de laquelle on dit : mange-la^ gétine; ainsi encore la pâture donnée au mouton et qu'on appelle gobe-mouton , autrement dit: gobe cela, mouton; ainsi rendez-vous, c'està-dire, ce à propos de quoi l'on dit : rendez-^ous-y.

Ces trois sortes d'ellipse , aussi naturelles l'une que l'autre, sont instinctives. Par une métaphore hardie , mais tout à fait dans le génie du peuple, celui-ci anime l'objet, lui prête vie, lui parle, le fait parler, ou suppose un interlocuteur avec lequel il en parle ; et de tous ces dialogues spontanément imaginés, d'une manière consciente ou non , il ne reste que l'écho lointain dans la forme verbale du nom composé.

Quelle est l'origine de cette composition? Comme on la trouve en France et en Allemagne au moyen âge , l'on serait tenté d'y voir un emprunt du français ou, pour parler plus exactement, du roman à l'allemand. Le valaque, en effet, qui n'a eu aucune communication avec l'allemand, l'ignore. Mais l'ancien haut-allemand l'ignore également ; elle ne se montre que dans le moyen haut-allemand , au xin* siècle ^ Or on la constate à une époque

* Im deutschen treten eigennamen dieser art als dichterische und als wirkliche personennamen in grôsserer ausdehnung fast zu gleicher seit in urkunden und poetischen erzeugnissen des 13. und U. jahrhunderto auf, nachdem sich bereits zu don uralten eigennamen nocti solche geHelit hatten, welctie nach ortsnamen gebildet oder von menschlichen bescbàftigungen bergenommen waren. (Scbulze : Imperativisch gebiUkU mbtianliva dans VArch. de tierrig, 1868, p. 13.)

bien antérieure dans le français et le provençal, sinon dans les autres langues romanes. Peut-être y a-t-il là deux créations indépendantes ; peut-être TaUemand a-t-il fait un emprunt au français.

La formation française ou romane remonte-tnelle au latin f Jusqu'ici on n'a pu l'établir. Les exemples Deusdedit, Hàbetdeus y etc., qui datent de l'empire , ne peuvent être invoqués , comme nous l'avons vu précédemment. On ne peut pas plus rappeler le sobriquet cedo alteram du centurion Lucilius dans Tacite ^ , parce que l'origine de ce nom est purement accidentelle. Les plus anciens exemples qu'on puisse citer sont les deux noms composés escadefatU, échafaudy et caalit, châlit y qui viennent de types romans catafalcum^ catalectum, et sont composés de falcum ou palcum (= palk, balky planche) et de lectum, lit y combinés avec le verbe roman catar = captare , saisir , voir 2. Ces deux mots signifient planche , lit d'apparat ; proprement regarde la planche , regarde le lit. Quoiqu'on n'ait aucun exemple antérieur au xn* siècle de l'emploi de ces mots, on peut, sans hésiter, les faire remonter à la période romane primitive, qui s'étend du vi* au ix* siècle ; leur forme l'exige.

Il faut descendre jusqu'au ix* siècle pour trouver des composés proprement dits, et, bien entendu, ce n'est qu'aux chartes latines qu'on doit les demander.

Dans l'important document connu sous le nom de Testament d'Abbon et qu'on place vers 805, je trouve un nom de lieu appelé Tenegaudia 5.

Au X* siècle les noms commencent à paraître : Reprobaddo^ nti^ (910)*, Willelmus Sector-ferri y c'est-à-dire Taille fer (vers 936) ^. Je ne cite pas un Spera in deumy de 993 ou 994, parce que c'est im nom d'origine étrangère; mais Batipalmay que je trouve dans une charte roussillonnaise de la même époque, rentre bien dans la série de nos composés *. Je rappellerais le surnom du roi Louis V, si, comme il est très-vraisemblable, il

* AnnaUi, 1, 13. Cf. plus haut, p. 63, note.

* Diez, Etym. Wùrterb., 1, catafalco, calaletto.

* Voir plus haut, p. 148.

* Scriptor. rer. galiic, IX, 665.

* /d., iWd., VIII, 234; IX, 21, etc.

* Spera in Deum, dans la collection manuscrite des chartes et diplômes qui se trouve à la Bibl. nat {collection Moreau), U XV, f. 97, b. Cf. plus haut, p. 167, n. b.^Balipalma, id. ibid., f. 56, b. « Et in alio loco quem vocant Batipalmam, » Ce Bapaume est-il celui du Lot-et4}aronne (commune de Nérac]?

ne lui venait pas des chroniqueurs postérieurs ; du moins les plus anciennes chroniques l'ignorent. Vers l'an 1000, je note un Tornavent S un Thiebauz File-Estoupe 2, de nouveaux Taillefer (Scindens ferrum) ', appartenant à la haute noblesse féodale, et un peu plus tard un autre Taillefer de plus humble origine, mais beaucoup plus célèbre que ses nobles homonymes : je veux parler du jongleur dont Wace, dans son poëme de Rou, a célébré les exploits *. Parmi les compagnons de ce dernier qui ont conquis l'Angleterre se trouvaient des Taillebois, des Gardébois y des Chantaloue ^. Rappelons encore Tvdebœufy l'historien de la première croisade ^. Le Roland nous donne le premier exemple littéraire d'un composé verbal 7. Les chartes sont déjà abondantes : Gualterius Pungens Asinum ®, Walterius Fugans Lupum *, Hugo Brustans Salicem *^ Haimericus Vibrans Lupum ^^^ Hubertus de Gantante Lupo ^2, Para Lupus ^^yGuardafames^^, Aicardus Trenca novas ^^ Ven-

* Cf. plus haut, p. 150 et note t.

' ScripL rer, gallic, t. X, 311.

* Ict,, ibid,, 317.— Un Taillefer, comte d'Auvergne, est mort en 1037.

♦ Taillefer, qui mult bien cantout, Sor un ceval qui test alout Devant 11 dus alout cantant

De Earlemaine e de RoUant, E d'Oliver e des vassals

Ki morurent en Renchevals. {Rom, de Rou; édit. Pluquet,

V. 1349-1354.) a Incisor ferri mimus cognomine dictus », dit de lui Guy, évêque d Orléans , dans son poëme sur la bataille d*flastings (Pr. Michel, Chrotu anglo-normandes, I , p. 7).

^ André Duchesne, Script. rer,normann., p. 1023 et 1031. Voici leç noms avec Torthographe donnée par Duchesne : Talybois, Tailgebosch, Toilebase, Tailebois, Wardebus, Chanlilowe,

^ Les formes du nom dans les manuscrits, me dit M. Monod, sont Tudebois, Tutebovis, Tudabovis, Tudcbodus, Tudeboius, Il semble donc qu*on ait là un nom d'origine celtique en bodum traduit par lue-bœuf. En tout cas, remploi dQ tuer dans cette traduction est à remarquer i c'est le plus ancien exemple de ce verbe au sons de occire, ^ Li quens Gerins set el cheval sorel E sis cumpainz Gerers en Passe^Cerf(y. 1379-80; édit. de L. Gautier).

• Voir plus haut, p. 164, et n. 7.

» Voir plus haut, p. 164, et n. 23.

>• Voir plus haut, p. 164, et n. 21.

«' Voir plus haut, p. 164, et n. 20.

>» Voir plus haut, p. 164, et n. 24.

13 Nom de lieu; Guérard, Cart. de St-Vict. de Mars,, p. 433 (circa 1035).

^* Nom de lieu; Guérard, ibid,, p. 127 (charte de 1033).

'^ Voir plus haut, p. 148, et n. tf.

galibeni^, Willelmus Trenchefoil'^, Odo Alcepied^, WillelmtÂS Plicans montera ^, Alelmus de Crepicordio (crèvecœur) 5, Herbertus Evigilans canem ^ Joscelinus Cavans granum t, Hugo comedens rusticum (mange -vilain ?) », Johannes Escorche vilain ^, Rainaldus Paracols^^, Pontitcs Trenca sacos **, Bermundus Trenca vias ^2.

Au xn* siècle, je trouve dans les chartes et chroniques : (jarinm Pungens bovem ^^, Osculans diabolum ^^,HugoBroste Salz ^^ Hugo de Canta Raina ^^^ de Chanteraine *7, Pons qui dicitur Incidens Festucam i», Robertus Mordens Anserem ^^, Paganus Hapa tarta 2®, Petrus miles de Chantelu 2', Herbert Poilevilain 22, Grimaldus Mangemusche 2*, Rivallonus Calcebof 2*, Andréas Ferrechat 2^, Jvdicael Bibens vinum 2e, Hugo Frangens lupum ^, Hugo de Matfior felone 28, Ouillelmus Mordens Naveriam 2», Gaufredus

» /d., iMd,, p. 129 (circa 1065).

» Id., Cartul de SatrU-Bertin, p. 454 (charte de 1066).

» Id., ibid., p. 428 (circa 1060).

♦ Voir plus haut, p. 164, et n. 19.

» Scnpt, rer. galL, IX, 599, texte de 1058.

• Voir plus haut, p. 165, et n. l.

' Voir plus haut, p. 165, et n. 2.

• Guérard, Carlul, de Saint-Père de Chartres, 187.

* Liber albus Ecclesis cenomanensis, 201 (vers 1070); cf. plus haut, p. 149, et n. 3.

" Guérard, Cartul. de Saint-Victor de MarseiUej 467.

" Voir plus haut, p. 148, etn.8.

" Voir plus haut, p. 148, et n. 7.

" Voir plus haut, p. 168, et n. 8.

»* Voir plus haut, p. 164 et n. 17-18.

*» Guérard, CartuL deSt-Pèrede Chartres,^ 521 (entre 1101 et 1116); cf. plus haut, p. 164, n. 17-18.

'• Id., ibid., 338 (vers 1101).

" Id.,ibid., 363 (entre 1131-1141).

*• Voir plus haut, p. 164, et n. 15.

•» Voir plus haut, p. 164, et n. 16.

^ Id., Cartul. de Noire-Dame de Paris, 1, 307 (1115).

'» Id., ibid., I. 51 (1177). Plus loin, dans la charte : Chanlelou.

» Bibl.nat.; mss., CoUect. Moreau, LVl, 91 a (1134, Laon).

» Id., LXl, 41 a (1142, Beau vais).

^ Id., ibid., 82 a (1142, Rouen).

^ Gourson, Cartul. de Redon, p. 249 (1127, Nantes). Ferrechat est-il bien ici Ferre-chat ?

^ Id^ ibid., 390.

^ Scriplores rer. gaUic, XU , 306 (vers 1104).

» ld.,ibid., 500 (vers 1120-1140).— Richard Gœur-de-Lion construisit à Messine contre les Grecs, un fort qu'il appela Mate'^ffùn (0. Bouquet, XVni, 509).

^ Liber albtu Ecclesis cenomanensis, 81 (vers 1180).

Passavant i, Ermennarius Vstura Leporem ^, Paganus Hasta morsel ', Willelmus Bateste *. Ajoutons gaite tison, nom donné à un jeune homme qui reste au foyer domestique *.

Au xm* siècle, les noms abondent, noms propres réels ou de fantaisie, et aussi , quoique moins nombreux , noms communs. Dans la littérature il faut surtout les demander aux conteurs. Le nouveau recueil de fabliaux publié par M. de Montaiglon * commence par les Deitx bordeors ribauz , où je note les noms suivants : Renaut Brise" Teste , Hébert Tice-Buef, Arrache^Cuer, Runge-Foie , Abat-Paroi , Jocelin Tome- Mortier, Brise-Barre, Tranche-Funde , Tranche^ oste , Porte-Hotte, Torne-en-fuie, Brise-Voire, Songe-Feste, etc. Dans le roman de la Rose , une forge reçoit le nom de (7ope- Gorge (v. 13032), nom qui montre bien comment ces appellations ont pu passer des personnes aux choses. Chantecler ou Chanteclin est le nom bien connu du coq , dans le roman du Renard , qui nous fournit encore un certain nombre d'autres noms composés , par .exemple : Perce haie (Méon, 908, etc.), Brisefouace (9237) , Bruisebrachie (9239) , Vide escuele (9406), Hurte vilain (9489), Passe lévriers (9502), Passeoutre (9503), Vacularz (?, 9504), Escorchelande (9511), Trace menu (9524), Tome en fuie (9525), Passe mer (id.), Gete ro5e(9539), Joudome trouse putain (10341), Baudoin porte cuirie (?, 10343), Trosse anesse (10347) , Hardouin cope vilain (10372), Brisefauchile (10379), etc. Clinevent est le coursief de Gaydon dans la chanson de geste de ce nom (v. 1179); Passerose, la mère du célèbre Ogier le Danois (Gaufrey, V. 7142).

Pour en venir à des noms réels , citons Gasteblé, le chansonnier (Hist. littéraire, XXIII, p. 569), Passavant, le médecm (id., XVI, p. 94); d'après les Jugements de l'échiquier de Normandie ^ : Botevilein, Escorchebof, Pescheveiron, Taille fer , Cantemolins et Willelmu^sde Benehabeas, traduction

» /d.. ibid., 23 (1186).

' Voir plus haut, p. 149, et n. 2.

* Arch. administr. de la ville de Reims, 1, 293, 294; texte de 1138.

* Teulet, Layettes du trésor des chartes^ I, 73, c.

* Qu'or de toi dient escuyer et garçon Li [uns] a l'autre : — Vois là gaite-tison (Fougues de Candie, éd. Tarbé, p. 5). — Nous ajoutons uns pour la mesure du vers.

* Recueil général des fabliaux , par An. de Montaiglon, t I , Paris, 1872. ^ Publiés par M. Léopold Delisle dans les Net. et Extr. des manuscrits,

XX (voir la Table).

latine dans laquelle le subjonctif met bien à nu l'impératif du nom firançais correspondant ; d'après le livre des Métiers : Est. BoileaUj l'auteur du livre, les Point-V Asne (p. 383 et passim), Jehan Sail en bien (430), Hermant Papelart, Raoul Hem^ tebise , Alain Taille fer (413); d'après les chartes : Johannes Portegoie i, Tornenfuie ^, Hugo Tireveel 5, Gaufredus Sauve-grein ^, Bote- Veille 5, Richardus Pile-Oisel^, Ray^ mondus Tuebuefi, Guiardus dictus Par cens verum^, Marcello Saliente in bonum ^ Aubert Tient lo vent ^^ Gérard Magnuechievre ^S Ugon Brisepain ^2, Stevenus Brise- Serre *», Jakemin BuefVawe ^*, Weriat Saillanbien i^. Nicolas Braille- Vaiche *<^, Collignon Chasemal ^7, Jaihemin Graite-Paille ^^, Jeinat Ferreehette ^^, Boilauwe^^, Girardin Ruelle Maille ^^ Mor la char ^2, Porte- Vin ^, Acate tout^, Tuebceuf^^y Copesac ^e, Taillebos^'^, Menjuepois^^, Pescheraine 29, Rogerius Gratepance «o, Ligerons chace rat^^y etc., etc.

Mais la source la plus abondante est le rôle de la Taille de 1292, document qui nous donne les noms de tous les contribuables de Paris à la an du xm* siècle '2.

> Merlet et Moustié^ CarliU. des Vaux de Cemay, 330, — 1235. » Id., ibid., 396.- 1244.

»/d.,tWrf., 313,— 1233.

* ÎÀber albus EcdesùB cenomanensis, 409^— 1239. » Jd., 321, — 1284.

* Id., 393, - 1244.

' Guérard, Cariul, de Notre-Dame de Paris, II, 87,— 1249.

* Id.y ibid,yll, 98; voir plus haut, p. 164, et n. 4.

* Jd., ibid,, II, 509, voir plus haut, p. 164, et n. 6.

'• Voir plus haut, p. 162, et n. 5. — Les noms qui suivent, jusqu'à et y compris ôirardvn Ruelle Maille, m*ont été communiqués par mon ami M. Bonnardot.

" Bibl. nat., f. fr., 10023, fol. 27, - 1239.

" Id. ibid., fol. 48, - 1245.

»/d.,t6td.,fol.47,-m5.

»*/(t,i«(l., fol. 49,-1245.

»* Id., ibid., fol. 56 , — 1246. — Cf. plus haut, p. 150 et note 8.

"Dom Tabouillot, III, Preuves,p. 200-1,-1250.

«' Bibl. nat., f. lat. 10026, fol. 33, - 1289.

«• Id., Und., 8711, fol. 3,-1288.

•• Id., ibid., 10026, fol. 33,-1289. — Cf. plus haut.

» Id., f. fr., 11846, fol. 42, 43, etc., 1298.

« Id., ibid., 11026; August., fol. 3, — 1298.

«^ Tarbé, Langage de Champagne, II, 215. Cf. Archives administratives et législatives de la vUle de Reims, Index.

^ Teulet, Layettes du trésor des chartes, 1, 74, a; texte de 1154.

»» Lespinasse, Registre terrier de Févichéde Nevers, 169; texte de 1387.

» Nous citons les noms d'après le manuscrit; voir p. 41 , n. 1. Mais les chiffres qui suivent les noms désignent les pages de l'édition im-

La compaingnie de sait en biens (p. 3), Jehan menjtêe pain (5), Hurte vin (6), Jehan escorche rainne (8), Boute roe (9), Robert tome en fuie (10), Guillaume hoche bren (id.), Jehan boute vilain (id.)^ Heibert bat les awz(ll), Jehan boi Viaue (13), Richart trousse vache (là.), Nicholas œvre Vueil (14), Gautier point l'asne (17), Tyre chape (19), Martin boi vin (id.), Jehan Hercefroe (?, 20), Thomas chacepie(27), Jaques passe avant (28), Guillaume l'armun rier dit tire veel (id.), Guillaume chante lou (29), Jehan chaufe cyre (30), Robert fet pain (31), Richart abat four (id.), Estevenot bat teste (^2), Renodet fout oe (36), Pierre chace rat (40), Richart poile haste (?, 41), Pierre tue four (id.), la marche boe (id.), Gile brise miche (44), Denise abat bois (45), Guillaume fout vielle (id.), Geneviève la pince cloe (id,), Alain tyrenlire (?, 46), Roberte porte Vyaue (50), la rue de tire vit (id.), Richart gaste Jfe'(53), Raollet tire fer (59), Robert boute avant (60), Jehan taille fer (61), Aaliz porte palefroi (62), Martin vuide rue (64), Guillemete la fille saie (65), la femme sait du crues (66), Thomas pince clo (68), Jehan brise pot (69), Trosse vaten (Trousse, va-t'en?; 73), Pierre engoule vent (id.), Jehan use brese (78), Ami ferre coc (79), Guillaume brise voirre (81), Estienne gaaingne ne^n^ (.id), Rervy boute gale{9S), Raoul fiche pie (83), Jehan sau de crues (85), Raoul tue tout (id.), Robert masque pain (87), Pierre pousse mie (88), Jehan boi boi (id.), Jehan porte chape (93), Bertaut le papelart (96), Guillaume boute feue (97), Guillaume chaufe l'eaue (99), Estienne moinne tout (id.), Nicolas brise quote (100), Gi7o^ tue pain (101), Nicolas bequepois (103), Nicole le bat joe (104), Por^^ pe7z^ (106) , /^Aan talebun tin (110) , Guiartpile avoinne (id.), Jehan croi Dieu (111), Pierre range maaille (llb), Yves gaaignepain{l22), Jehan fout en paille (125) , /a couve denière (?, 126) S Jehan tourne moutier (130), Henri garde mengier (132), /ourrfam sait du bois (id.), pmce pâte (134), Perrot bat teste (136), ?a rw^^e por^^ busche (140), Aa/i;J /î//^ 502> (144), Guillaume coingne houe (145), Henri pile pois (152), Baille

primée de H. Géraud, Paris sous Philippe le Bel, — Nous ne reproduisons qu'une fois les mômes noms donnés à plusieurs personnages, ou le nom d'un môme personnage répété plusieurs fois.

• La Taille de 1313 donne : Estienne couve-denier (Buchon, p. 122), qui est plus claii*.

hart(l5S)y Thomas brise moulin (156), Eude baille hache (158), Simon chaoe truie (yiO), Jehan pique pain (174), Rogier hurte boulie (1T7), Lyon fille soie (178) ^

Voici des noms communs : Teisserandes de queuvrechiers (couvrechefs) 2 ; la garderobe » ; (un escript qu'on appeloit) monte foy *. Ducange donne les mois gardebraSj gardecorSy gardelende, gardenappe^ gar devin ^ gardemangier, garderobe, botUe-hache, baise-main, baise-doigt, coupe-gorge^ portechappe, portehors , portefaix, etc., d'après des textes qui vont du xin* au xv* siècle. Une pastourelle du xra« siècle donne pickenpot *. Citons bote-en-cor-roie ^ aide-à-besoignox 7, et les mots suivants formés de deux impératifs : eante- fable *, dorveille ^ ; plus tard dormeveille : « Montbleru qui faisait la dormeveille *^ »; Plore chante, titre d'un petit poëme moral ^^ qu'il ne faut pas confondre avec notre chantepleure , et talemsle radical de talemelier, de taie et mêle (sous-entendu la pâte). Rappelons encore papelart^ qui a survécu à la vieille langue ^2, etc.

Pour le xiv« siècle, le second rôle de la Taille de Philippe-le- Bel, en 1313^ nous fournit encore ime ample collection de noms.

* Le registre terrier des évoques et comtes de Nevers de 1237, publié par M. de Lespinasse (Nevers, t870), renferme presque autant de noms propres que le Rôle de la Taille de 1191. On remarque avec étonnement l'absence à peu près complète de noms composés à base verbale. D'où Tient cette singularité? Gomment se fait-il que ces noms abondent à la même époque dans TUe^e-Prance et existent à peine dans le Nivernais? 11 y a là une question d'histoire et d'onomastique, dont la solution ne serait pas sans intérêt.

»B.BoU., L.(/«sil/Ml.,p.90.

» Joinville, édit. Wailly, 218.

* Cest-à-dire qui fait foi; id., 183,

* C.-àrd. PiqtMhen^ti Bartsch, Chresiom.y *, 302, 13.

* Rose, 6882.

^ Méon, Fabl. et Conl., II, 116.

» Jeu où l'on cbante ; id., tWd., 1 , 418,

* Demi-sommeil; Renard. 111, 66.

«• Ut C, Nouv. nouv., LXIII.

" Publié par Monin. Lyon, 1834.— Les vers suivants du début donnent Texplication de ce titre bizarre :

V. 5. Moult vaut mieux ptoure chante que ne fait chante plore Cil qui s'envoise e chante e en pechié demore

Plorera en enfer

8. Et de la plore chante savez que senefie Qui plore ses péchiez e vers Dieu s*umUie L'arme en a lo guiardon {sic) quand la char est pourrie Là ne se pot tenir qu'ele ne chante et rie... " Ren., 13188; Rutebœuf, édit Jubinal, 316; Ducange , popor^ ; etc.

Voici, d'après l'édition de Buchon {Chron. nationales ^ t. IX), revus sur le manuscrit de la Bibl. nationale (f . fr. 6736), les noms qui ne se retrouvent pas dans la Taille de 1292 : Macy chace pie (p. 8 de l'édition) , Jehan boute fieve (9) , Adan tire coc (25), Robert tue leu (33), Thomas mangemange (56), Jehan chace rat (60), Jehan bouie mote (61), Guillaume de crevé cuer (107), Phelippe chant en bien (sic, 126), brique bec (?, 139), Jehan brise miche (149), Thomas joz7^ pois (166), l'ostel brise motUin (172), Alis la brise coire (191), Thomas boiUe vilain (198).

Dans les ordonnances des Rois de France , je recueille encore un certain nombre de noms : Bertrand point Vasne^, Alain trousse corne 2, Fremin Pille avoine 5, Jehan Gastebrose *, Crevecuer *^, Jean poille vilain *, Caillemouton 7, Symon vuide bourse^ y Chanteprime^, Passemer lo, etc., etc.

Dans la liste que me communique M. Bonnardot, et dont j'ai déjà cité quelques noms, je remarque les suivants du xrv*siède (ils sont tous du pays messin) : Baiegorde ^S Colignon Piœe pierre ^2, Aburtin Maiœe fer i*, Blancheron paie maul i*, Pieron Piœe en haut ^^, Lowias Waigne maille ^^, Raie paiœel ^7, Martin clo mes œulz *^, Collin Murdrepain (?) ^^, Simon Peffre cœne(?)^o^ Raieboœ^^, Raienavelz m, Fran^ cisci dicti Paie bien 2*, Jehan chie denier 24 , Perrin dit Veudehennep 2*, Perrins gratte pelle ^*, Colin Briœelette^'^ ^ Uguignon Faimiboivre 2», Theiriat Briselaites 29, Coinrair

« 1304, 1, p. 413. - * 13^1, id., p. 752.— » mi, id., p. 752.— * 1321, id., Vnd. — * 1344, 11, p. 208, etc.— • 1346, id.y 245, etc.- ' 1359, UI, 391.- • 1361, td., 518. — » 1367, V, 104. - »• 1368, id., 686.

" Coll. de Lorr., vol. 971, Metz, n» 48, — vers 1300.

" Id., ibid.

" Id,, vol. 975, n» 24, — vers 1300.

" Id., ibid., 8, — vers 1300.

« Arch. de la Moselle, Chap. de la cathédr., Censier, — vers 1300.

" B. n., f. fr. 11846, Censier, — vers 1300.

" id., ibid,, fol. 209 ».

" Id,, 8711, Saint-Vincent de Metz, fol. 2, — 1305.

«• Id., î. lat 10026, fol. 48, - 1310.

» Coll. lorr., 976, Villers, 56, — 1310.

" B. n., f. lat. 11025, fol. 24, — 1317.

» Coll. lorr., 975, Cordelières de Metz, 21», — 1318.

» B. n., f. lat 10026, fol. 17,— 1319.

« Id,, ibid., foi. 88,- 1320.

»* Id., ibid,, p. 65, - 1322.

«• Id., ibid., p. 52, — 1324.

»' Coll. lorr., 976, n« 62, - 1322.

» B. n., f. lat. 10026, fol. 37, — 132«.

» Id.. ibid., table, m 58, - 1329.

Bovte pain ^ , Aburtin Haiche avoinne 2, Bouquin chie lairon (?) ».

Les chartes et archives fournissent encore des exemples : Simon Chasse prestre *, la compagnie des Gaaigne bien ^^ RaotU Poincheval «, Angoulevent 7, Perrot bat Vaveine *, Guillaume taille H brayes ^, Macé Gastevin ^^, Craque- PotUlier 11, Criemaille 12, Pique^en-pance 1», Cligne- Oreille 1*, Passentarte ^*, etc.

On retrouverait facilement des noms analogues dans d'autres listes du moyen âge , par exemple dans celles que renferme Paris et ses historiens y de Leroux de Lincy ^^ : Chanteprime (p. 354), Ferrebouc , Gasteblé (355), Hochecome , Labou^ rebien, Poilletillainy Saillembien{3b6), Cachemarée{3ST)y Henri de la Marche chauffe^ire (359), Haussecul (366) , Crocquemeure (368) , Chanteraine (id.) , Boileaue (310) y Hurtevant (id.), Poilemoyne (373), Plessebois (?, 375), Gatebrese (384), Cacheleu (id.), Ferrebouit (?, 387).

Ces listes nous conduisent au xv* siècle. La littérature de cette époque nous donne Perce forest, héros du roman de ce ncMn. Dans Froissart , je note entre autres la tranche-4este et le coupe^este , synonymes de bourreau. Charles d'Orléans connaît € la fleur de ne m'oubliez mie > i7. Le premier exemple de Chasse-marée semble être d'E. Deschamps i». Les Mystères sont très-riches en noms propres : Trotte-Menu, dans la moralité de Mauvais Riche , joli mot que La Fontaine n'a eu garde de laisser échapper 1»; Masque bignet, Hape lopin y Menjue matin , Humebrouet, CrratemauvaiSy Pinceguerre, dans les Martyres de saint Pierre et de saint Paul, de saint Denis y dans la Nativité de Jésus-Christ et la Passion de Notre-

* Id.. 11025; Aug., fol. 5,— 1335.— > Id., 10026, p. 98, - 1338. » Coll. loiT., 230, n« 91,-1399.

* Guérard, CartiU. de Noire-Dame de Paris, IV, 92,— 1304. » Id., ibid., m, 18, - 130Î. - • Id., ibid., III, 33, - 1308.

» Id., iùid., vers 1320.

* Les citoyens notables d'Angers en 1310, dans Marchegay, Archives d Anjou, II, 92. — » Id., ibid., 98 ; Timpératif est bien visible dans ce nom.

*• Marcbegay, id., ibid., U, p. 209; texte de 1320.

i«.ik Arch. administr. de Reims, p. 513 et 527 (trois documents de 1328), et p. 604 (1319), 800 (1339).

" Listes des bourgeois notables de Paris à la fin du xiv* siècle et au commencement du xv« siècle, p. 353-389.

" Littré, s. V. ne m'oubliex pas.

«• Littré, s. V.

** La gent irotte-mmu 8*en vint trouver sa perte (Fables, III, 18).

Seigneur ^ Dans les Cent Nouvelles nouvelles ']e remarque : cligne^nusse (Nouv. lxxxvii), dormeveille (faire la) (lxxih), Trenche coille (nom d'un tondeur) (id,), va lui dire (xxnr). Villon, à la même époque, nous fait connaître ses héros Baille^ vent et Mallepaye, celui-ci logeant « près la clousture de monsieur à* Engoulevent y » lequel habite au pays de Claqdent (pays des gueux, des claque-dents). Je relève encore dans Villon : C/iquepatin (traîne-savate ; avant-dernière ballade du Gr. Test.)^ faitard (paresseux; Gr. Test, y v, etc. ; mot commun dans la vieille langue), j!>or^e^am>r5 (portefaix; Gr. Test., cxux), talemouse (id., xcv; pâtisserie et aussi soufflet, mot qui existe encore dans la langue) , Robin Trousse caille (id., crv), etc.

Coquillart n'ignore pas non plus cette source de noms de fantaisie; dans YEnqueste de la Simple et de la Eicsée, par exemple, je relève les suivants :

Jeffroy Chasse marée, Regnault Prens tout, maistre Bidault de Cullebute, chappellain d'Emmance Faucille , archiprestre i'Escaille noix, archediacre de Trousse quille, Tévesque de Pince dadier. Olive de Ga^te fatra^y Oudette de Trainepoitras, Guillemette Porte cuirache, Eudeline Pisse collette, Godefroy de Rachace brode y Yvonnet d'Empoigne clicaille, maistre Hervé de Crocquepoe, maistre Mathieu de Hocheprune y recepveur de RiflepecunCy grant cousin de Happe la lune , maistre Artus de Tourne moletlCy maistre Adam de Tire lambeau, maistre Ponce Arache boy aulx, maistre Gracien Ta^te mistrCy maistre Marpault de Chante epistre.

Rabelais sème ces composés à profusion. Il ne faut pas songer à en donner la liste complète. Voici ceux du Gargantua : tirelupin (prologue), coquemart {Q\i. 2), serrecroupière{3)y passetetnps (A), Brisepaille (6)y RoquetailladCy CroquemoTiche (id.), tirelarigot (7), porteballe (9), Mouillevent (12) , torchecul , cachecol y caquesanguCy couvrechef (13), Hurtebise (14), taillebacon (15), gagnedenier (20), passedix (22)y à tire la broche , à botUe foire, à compère prèstez-^moi vostre sac y à touche merde, au ca^se-poty à Guilléonin y baille-mi ma lance, à la bactUCy à monte, monte Veschelette, àcroquetestCy àtaillecoup{ià.)y cloche-pied (24) y chie-en-lits (25), faictnéantSy rien-ne-vaulx y hapelopins^

• Jubinal, Mystères inédits du XV siècle, I, p. 77, 143; U, p. 77, etc.

trainegaines , claquedents (ià,), Touquedillon , Raquedenare, Engoulevent (26) , portegaudon , portenseigne (27), Tourne7noule{3l),Mo7^piaille(? , id.), Frippesaulce {37), Hochepot, Pillever jus {id,), Trouble-fest es (40) y Maschemey^dCy moque-Dieu (id.), Tiravant (43), garderobe (53). Quant au Pantagruel, je citerai au hasard : Bridoie, d'où Beaumarchais a tiré son Bridoison , accote^ot, coupe-aureille , fripelippe , maschefin , pillemaille , portesole , rapoil (rase-poil , barbier), racletorets , tire-^nonde (sage -femme), tire^ate^ étrille fauveau , qui se retrouve dans Marot (u* épître du coqà-l'asne) ^ Baisecul , Humevesne, Ri/landouille, Tailleboudin, — Voir, entre autres, le catalogue de la librairie de Saint-Victor (II, 7), la liste des âmes vues par Epistemon aux enfers (II, 30), celle des cuisiniers (IV, 40), ceUe des plats servis aux dames lanternes (V, 33), etc. Cf. également le chap. 14 du livre V.

Avec Ronsard et la Pléiade, la langue est inondée de composés de toute nature , et, en particulier, de composés verbaux 2. Mais ceux-ci présentent un caractère nouveau. Tandis que jusqu'alors ils étaient généralement employés comme substantifs , noms de personnes et noms de choses , la Pléiade en fait des épithètes. D'après l'auteur de la Franciade , Astyanax reçut le nom de Francus parce que « ... des soldats fut nommé Porte- Lance ; Phere-enchos, nom des peuples vaincus. Mal prononcé, et depuis dit Francus >. Apollon est le Dieu « à l'arc d'argent, tire-loin » (Fr., chant i). Ailleurs (chant u), l'on voit « le dormir ocieux , chasse-souci » , l'amour « porte-brandon » , l'aube « jour-apporte >, le vent « chasse-nue », « ébranlerocher » , etc. Ronsard est encore modéré dans ses créations. Dans Du Bartas on recueille les composés avec l'impératif à pleines mains : iQsovûm&labrége-nuits^ chasse-soins y chasse-

* Sur le «ens de ce composé, qui dérive de Texpression, proverbiale au moyen SLge,élriller Fauveau ou Fauvel, voir le début du poëme:le Roman de Fauvel, publié par M. Pey dans le Jahrbuch fUr romanische Literalur, 1867. Cf. Rabelais, Gargantua, 5 : « Ce Faulveau à la raie noire. — pour Dieu, estrillons-le à proflct de mesnaige. »— Voir G. Paris, dans la Reviie critique, VIII, 28-29 (Il janvier 1873).

^ Sur la Doctrine littéraire de Ronsard , voyez la Préface de sa Franciade. Ronsard cependant préférait aux composés d*origine française les composés grecs ou latins :

Combien je suis marry que la muse françoise Ne fasse pas ses mots comme fait la grégeoise, Ocyniore, Dyspotme, Oligochronien t

ennui; la guerre aime^leurs, brusle^ostel y casse4oiXy casse-mœurs, rase- forts, fauche-ennemis ^verse-sang^ etc.; Y^moviV domte-orgueil, emble-cœur, traîne-peuple \\eC\ir\ai domte-enfer, domte^éché, domte-mort; le printemps portefleurs; AJîraham domte-ennui, guide-espoir y sèche^leurs; le ciel porte-flambeaux ^ ; le pin baise-nue , le contre fendgtcérety etc.; < Le feu donne-clarté, porte-chaud, jetteflamme. Source de mouvement, chasse-ordure, donne-âme » (Semaine, II); « Phébus aux cheveux d'or ; Apollon donne-hon^ neurSy Donne-âme, porte-jour^ soutien des grands seigneurs, Aime-sucs y aime-vers y tes routes sont bornées... » (id., IV) ; 4c Herme guide-navire. Mercure échelle-ciel, invente-art, aime-lyre » (id., ibid.), et « Phœbe verse- froid, versehumeur, borne-mois » (id., ibid.); « son ventre (à l'araignée) engendre-estain , crache- fil, porte-laine > (id. , VII).

Du Bellay avait surtout recours aux composés grecs ou latins ; je feuDlette sa traduction du iv* chant de l'Enéide , et n'y rencontre qu'un composé ou deux : (Cérès) porte lois ; (Atlas) porte ciels. Henri Estienne appartient, pour la composition des mots, à récole de Ronsard ; mais il préfère la composition française proprement dite, dont il fait une ingénieuse apologie, dans sa Précellence du langage françois ^. Avec la Pléiade finit

• Cf. Schuhe, dans Herrig's Archiv, 1868.

' La page qu*il lui consacre est trop intéressante et rentre trop bien dans notre sujet pour ne pas mériter d'être citée en partie ou résumée. Vantant les grands moyens que possède la langue d'ajouter richesse sur richesse et de forger des mots composés, il déclare que l'italien « n'est si heureux à forger des vocables que le nostre , lequel de toute ancienneté a imité aucunement la liberté des Grecs en ce qui concerne la composition des mots, voire jusques à faire ceste imitation en aucuns de mesme signification. Pour exemple , ce que les Grecs disent irpo^po[io<y nous rappelons avanUoureur, usans d'une composition du tout semblable. Pareillement ce qu'ils disent xaxo{iinx*^oç.nou8 l'exprimons par ce vocable composé songemalice. » Passant ensuite en revue les composés avec particules, il arrive à ceux dont nous nous occupons, et s'exprime ainsi : « Nos ancestres nous ont monstre le chemin d'autres imitations plus hardies sans comparaison, comme quand pour nous représenter ce beau mot d'Homère x«>J^ûX't«^«5i ils ont dict (en despit de la couardise des latins) fervesliu *. Et pourquoy ne dirait-on ferveslu aussi bien qu*on dit cour/v03/ti ? Pourquoy ne dira-on porteciel (en parlant d'Atlas}? Pourquoy en parlant d'Hercule ou d'Ulysse , ne dira-on portepene ou portelabeur , au lieu du grec iroXuxXo;? Il feroit beau voir que nous eussions fait un composé pour un crocheteur, en l'appelant portefaix; pareillement pour un paresseux, en l'appelant fainéant; et que nous voussissions demeurer courts, quand il serait question d'honorer la mémoire des gens de bien de quelque bel épithète... » Il cite ensuite les composés portenseigne, porteq^e qu'il donne comme archaïques, portepanier ^tort en usage dans

* et ptaM hwtk, p. 141.

Tâge d'or des composés avecrimpératif dans notre littérature ; disparaissant de la langue noble, ils sont relégués dans la langue populaire, et c'est chez les conteurs qu'il faut aller cher^ cher des créations nouvelles.

La langue moderne possède un nombre considérable de ces composés ^ : ils appartiennent pour la plupart à la langue des arts et métiers ; un certain nombre sert d'épithètes spécifiques aux plantes et aux animaux , spécialement aux oiseaux et aux insectes. Un plus petit nombre est entré dans la langue littéraire proprement dite. En voici la liste aussi complète que possible^ d'après le dictionnaire de Littré.

I. — Premièrb personne : l'objet est supposé parler, — ELLIPSE : ce qui dit.

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