SEPTIÈME SECTION- COMPOSÉS IRRÉGULIERS
Nous avons analysé tous les procédés réguliers qui sont en usage dans la composition ; il ne nous reste plus qu'à rappeler quelques formations insolites qui échappent à tout classement : mots de création individuelle , phrases que l'usage , en les affublant d'un article, transforme en substantifs, etc.
Coq-^-l'âne. — Dans l'origine , aller, discourir du coq à l'âne^y puis , par une ellipse semblable à celle qu'on retrouve dans il possède vingt à trente mille livres de rente y mais plus difficile à expliquer, de tombe : causer coq à l'âne , d'où faire en causant un coq-àr-l^âne.
Le gw'en-rfiVa-^-ow, son quant à moi^ un onnUt^ un vive^ la-joie^ un sauve-qui-^eut^ un faire^e-faut^ un soU-Ty-iaisse et arch. fol-V y-laisse , (être sur) le quinoive , une saintenitouche (ou n'y touche), tous composés de formation claire et transparente. Si le mot simagrée doit se décomposer, comme le veut M. Brachetf'DîW. étym.)^ ensim'agrée^ il faut admettre une influence de la terminaison sur le genre.
A la queue leu leu , queussi-^queumi sont des locutions adverbiales prises à des patois. Coussi coussi est l'italien cosi cosi.
n est inutile de parler de la composition formée par le redoublement d'une syllabe, comme dans bébé^ bonbon, dodo, fanfan , mimi , nanan , nounou , toutou , etc. ; ces mots appartiennent à la langue des enfants, langue qui n'est pas plus française que latine ou allemande , qui est universelle et présente les mêmes caractères chez tous les peuples.
Les onomatopées comme coucou, cri-^ri, crin-crin, flonflon, froufrou, tam-tam, ronron, etc., n'ont rien à voir non plus à la composition. Disons cependant un mot de ces sortes d'interjections, formées de monosyllables qui reproduisent les
on a dit aussi baUedoigl : « Les ofifrandes et tout le baUemain » (Chartes du roi Gharltts YI). — « Obiations faites au baisedoy » (texte de 1487), dans Ducange, s. v. baisemain,
* « Je te Bupply de m'excuser, Si du coq a l'asne voys Saaltant » (Glôm. Marot, Première Ép. du coq à rame).
voyelles t\ a , Ott , ou les deux premières seulement : t , a ; ces interjecticms, qui deviemient parfois substantifs , se rencontrent dans les langues romanes comme dans les langues germaniques. Voici celles du français :
Interjections oq adverbes : bredùbreda , de bric et de broe^ coueicouça, cric-croc, flic-flac , pif-pafr patati-palata , ric-àrrac ou ric-eiroc, cahin-caha (si Tétym. ii*est pas quà hinc, guà hac).
Substantifs: bric-à4>rac », micmac, lic-iac, Irietrae, sigzag^^mélimélo.
Les patois sont très-riches en formations de ce genre : Jartbara (galimatias ; Ouest) ; bovii-boida (pêle-mêle ; Ouest) ^ , bourin-boura (id.), bredique-bredoque (id.); mochi-mora (pas trop ; Nord, Ouest); rif-raf (exclamation indiquant la rapidité avec laquelle les choses disparaissent ; Nord) ; rim-ram (dans l'expression : cela n'a ni rim ni ram, ni rime ni raison ; Nord), etc. L'échelle complète se trouve dans le français pifpaf-poufy qui se dit à côté de pif-paf; dans le picard berdify berdoufy berdaf (même sens), et dans le mÛanais flicchr flacchnfloucch (baragouin) *.
Rappelons enfin les composés où une erreur populaire a amené la soudure de l'artideavec le substantif: lierr^e^ lendemain y lendit y luette , loriot y larigot y ^e't?i^r (populaire), et les noms propres de lieux et de personnes : Xt7/^, Launay, LerSy Laval ^ y Lefèvrey Lelièvre ^, etc. L'espagnol est rempli de mots arabes
* Bric-à-brac ne peut être séparé de la locution de bric et de broc, sur le modèle de laquelle il est sans doute formé. De bric et de broc doit avoir pour élément primitif broc, qui a amené par allitération bric, et qui est sans doute le radical de brocanter. En effet, brocanter suppose un simple broquer (cf. le v. fr. cravanter, de cravant = crepantem), auquel conduit le bas latin abrocamentum. Ces mots brac, broc, broquer doivent être rapportés à l'allemand brock, morceau.
' Cf. bout-ci bout-tà, qui , grâce aux déterminatifs ci et ta, tend à se confondre avec les mots de cette série (comme aussi peut^tre co/itncaha).
* Voir pour plus de détails, Hôfers Zeitschrift f. d. Wissenschafl der Sprache, III , 397. On trouvera là réunies un certain nombre de formes romanes analogues.
* Cf. plus haut, p. 31.
* A cette série Ton peut rattacher mamour (dans Texpression populaire faire des mamours), dinde (=* poule d^Inde), d'où dindon, msL\8 non tante. Les uns voient dans le / de tante un ( euphonique , comme dans voUà-t-it; les autres Tadjectif possessif /a. Ni l'une ni l'autre de ces hypothèses n'est satisfaisante. Tante est un redoublement enfantin de ante (ante ante = antanle , tante) , comme nounou est pour nou(rrice) nou{r' rice), comme ftfi est pour fils fils et fanfan pour (m)fant (en)fant.
ou latins , précédés de Tarticle al ; quelques-uns de ces mots ont pénétré dans nçtre langue : algèbre, alckimie, alcâve, etc. Alcoran vient directement de l'arabe. Eldorado , mot purement espagnol (proprement le doré), a été francisé comme mot simple : Y Eldorado ^
* Cf., sur cette fusion de rarticle avec le nom, Diez^ Gramm., *, 1, 204; II,