II. LATIN
1° Emploi adverbial des cas en latin.
Les adverbes latins nous offrent , les uns sous une forme régulière, d’autres avec des archaïsmes et
1 . La glose de Pânini (V, 3, 36) cite des exemples curieux de verbes personnels élevés à un degré de comparaison, au moyen de ces finales en dm ( tardm , tanidm), qui s’ajoutent non pas au radical verbal, mais à la désinence de personne : pacati-tamâm (de pac, « cuire »), « il cuit beaucoup, excessivement » ( atiçayé na pacati ); jalpati-tamdm (de jalp , « causer»), «il cause beaucoup, excessivement», etc. C’est comme si l’on pouvait en grec ajouter le suffixe du superlatif totov aux troisièmes personnes ittRTii, XaXsî , et dire : irs7m(-Torrov, il cuit beaucoup , XaXei-Toccov, il cause beaucoup.
2. Agni signifie « feu », et bhû ( bhavdmi ) « devenir ». — Voy. sur les divers suffixes d’adverbes la grammaire sanscrite de M. Benfey, §§ 672 A 680.
des altérations, de nombreuses désinences de cas. Il suffira d’indiquer rapidement ici :
Les accusatifs en um ( tum , qitum , multum, utrurn , etc.); en arn ( tant , quant1 2 3 , clam , trifariam , etc.); en /m (yiritirn , olirn, juxtim, etc.); en as (alias , foras) ; en ë (facile, difficile , etc.);
Les datifs ou ablatifs en o (primo, multo , crebro, etc.); en a (ea, qua, supra, recta, etc.); en i et en e (vesperi, vespere, peregri, peregre, brevi, etc.’); en u (noctu, diu, lucu, d’un ancien nom lucus, synonyme de lux , tuc-is ) ;
Des génitifs en us, forme antique de ce cas dans ej-us, cuj-üs,e te. (comme rursus, prorsiis. etc.); en is (comme mugis, paulis , dans paulis-per-, tantis , dans tantis-per, etc.).
Nous n’avons pas parlé, daus cette énumération, des adverbes si nombreux en ë ( comme pulcrê , rectë, etc.). M. Bopp, et après lui M. Düntzer, les considèrent comme un simple affaiblissement des adverbes en o, et par conséquent comme d’anciens ablatifs; d’autres grammairiens les regardent comme des accusatifs neutres , primitivement terminés en ed et qui auraient perdu le d final \
1 . Tum et tam sont des accusatifs d’un ancien thème pronominal démonstratif (voy. plus bas , 2°, p. 432) dont nous trouvons la déclinaison complète dans les autres idiomes, tandis que le latin n’en a gardé que quelques formes ; ijuum et quant sont des accusatifs du pronom conjonctif.
2. Voyez le rapprochement que fait M. Benfey entre les adverbes latins propc, sæpe, et les thèmes védiques prapi , sa pi (Gloss, du Sdma-Féda, p. 132, article prapi-ti'a).
3. I.a dentale, qui était la finale primitive du nominatif et de l’accusatif neutre, s’est conservée dans les pronoms id , i/futï, quod , etc. Comparez les formes sanscrites /at , pat , etc., les
2° Principaux suffixes adverbiaux de la langue latine.
La plupart des suffixes d’adverbes, en latin, comme en sanscrit, sont formés des dentales, qui paraissent être les lettres démonstratives par excellence (voy. les thèmes du pronom sanscrit ta-, de l’article grec to-, du pronom et article gothique tha-, neutre tha- - ta , du pronom composé latin is-te ).
Dans tus, qui marque proprement et originairement le point de départ, et par extension la manière, nous retrouvons le suffixe sanscrit tas, avec sa désinence d’ahlatif. Exemples : iri-tus, sub-tus, cœl-i-tus, futul- i-lus, hunian-i- lus ,public-i- tus, gentil-i-tus. Dans la plupart des dérivés, il s’attache, comme l’on voit, au thème du nom ou de l’adjectif d’où il est formé, au ' moyen de la voyelle i , qui est ou une voyelle de liaison, ou la voyelle finale du thème, ou un affaiblissement de cette voyelle finale1.
formes védiques kad, id, etc., l’allemand das, ancien haut-allemand dai (ôù le z a pris la place du t; voy. p. 287, note 1), en gothique le f est suivi de la voyelle a : sa, sô, thata (ancienne langue du nord et ancien saxon that, anglo-saxon thæt, anglais that, suédois et danois det).
i . Mordicitus, dans Plaute {Aid., II, 2, 57), est dérivé de l’adverbe mordicus ou plutôt d’ün primitif inusité mordex, mordic-is, que nous offrent, précisément au même endroit, d’autres éditions, de façon que l’un des deux mots ne peut pas nous servir à former l’autre, puisque l’nn exclut l’autre. Sidoine Apollinaire (E/j., iv, 6) a fait très-irrégulièrement, d’après l’analogie de radicitus , mordicitus , un adverbe .cordicilus, « du fond du cœur, au fond du cœur ». Il a pris pour une partie du suffixe la finale des radicaux, ic. Voy. Diintzer, lot. Wortbild. , p. 157.
DANS LA LANGUE GhECyUE.
I .es suffixes ti, ter/i, la, ne forment pas, comme le précédent , une classe entière de mots , mais ne paraissent que dans quelques adverbes isolés : ut-i, i-tern, i-ta, aliu-ta *. l-ta et i-tern ont pour radical le thème pronominal i; u est aussi le radical d’un ancien pronom. Ces trois suffixes se trouvent en sanscrit sous une forme identique ou très-voisine, a-ti, i-ti , pra-ti (irpo-Ti); ka-tham (interrogatif); u-ta; la-Üui, yath-4, etc. (voy. plus haut, p. 429).
La finale de répond au sanscrit das, dtias (dans adas, ad/tas ), au grec 6ev (dans ev-Qsv), et marque, . comme ces deux formatives, le point de départ : in-de , un-de (pour avide , du radical du pronom conjonctif, comparez si-cunde % «si.... de quelque part», uli-cunde , « de quelque endroit»). Four la nasale insérée devant le d3, comparez § 234.
Le démonstratif lui-même s’emploie adverbialement, comme nous l’avons vu plus haut, dans ses anciens accusatifs, turn, Mm, et, comme suffixe, sous la forme tim .(voy. p. 431).
Ter est un suffixe de comparatif (cf. le grec riap et * le sanscrit tar, comparât, d’adj. tara, répondant au grec xepo-ç). Exemples : præ-ler, sub-ter, in-ter, circi- -ter, ali-ter, corni-ter, oci-ter (remarquez que le suffixe ter tombe, pour former le comparatif: ocius. — Quand le suffixe s'attache à un thème terminé par
1. « A tinta antiqui dicebant pro aliter... llinc est illud in legibus Numæ Pompilii : ski. guis, amuta. faxit. ipsos. iovi. SACHS. KSTO. » (Festus, p. S.)
2. « Sicunde potes, erues qui decem legati Munimio fuerint.» fCic., Ait., XIII, 30.)
3. M. Düntzer, lut. Hortbild. , p. t 32, considère in dans inde, un dans u/ide, etc. , comme d’anciennes formes d’accusatifs.
un t, l’adverbe n’a qu’un t : abundan-ter et non nbundant-ter).
L’emploi d'un suffixe de comparatif n’a rien d’ex- Iraordinaire dans les adverbes de lieu : quand on veut désigner une place, c’est, en général, à l’exclusion de toute autre place : ici (et non ailleurs), ici (plutôt que partout ailleurs). Comparez les formations d’adjectifs dex-ter(us ), «qui est plus adroite, à droite et non à gauche »; sinister'us), in-terior , exter- - ior (où nous avons deux suffixes de comparatif : le comparatif adverbial ter , et le comparatif déclinable ior).
Tra et tro sont deux autres formes de ce même suffixe de comparatif. Exemples : ex -ira, con-tra, in- tro, ci- tro (d e ci-s). .
Cus répond au suffixe sanscrit ças, dans se-cus (qui parait être dérivé d’un radical pronominal, plutôt que du verbe sequor ; comparez le grec àx a;; intrin-se-cus, ex trin-se-cus), et peut-être aussi dans mordicus ^ bien qu’on puisse, dans .ce dernier mot, regarder le c comme appartenant au radical de l’inusité morde. r, mordic-is ; voy. p. 432, note 1 ).
Bi est une ancienne terminaison de locatif. Nous avons dit plus haut , p. 428 , note , que la désinence propre de ce cas était en sanscrit même [a)bhi ; comparez la finale grecque 91. Exemples : i-bi, u-bi (pour cu-bi, du radical du proii. conjonctif; cf. si-
-cubi\ « si quelque part », oli-cubi, « en quelque
lieu », et voy. plus haut, si-cunde).